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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 18:31

 

 

 

 

11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 14:07

 

 

Bonjour,

Par ces quelques lignes, je veux d’abord vous remercier pour vos très nombreux encouragements et toutes ces belles choses que vous m’avez écrites. Vous avez été touchés, émus ou étonnés, je l’ai été aussi en vous lisant.
Merci à mes collègues qui se sont un peu reconnus dans ces chroniques qui sont aussi les leurs,
Merci à tous ceux qui m’ont dit qu’ils voyaient désormais la police d’un autre œil,
Merci à ceux qui m’ont témoigné affection et sympathie,
Merci d’avoir apprécié le récit de ce monde qui est l’essentiel de notre quotidien, anonyme et loin de l’intérêt des médias et des géants,
Mille fois merci du fond du cœur.

Maintenant, je voudrais vous raconter ces dernières semaines. Et expliquer mon absence sur ce blog.
J’écrivais donc ici, tranquillement, sans me poser trop de questions, ni tenter de savoir qui me lisait. Sans aucune autre ambition que ce plaisir d’écrire qui passe par l’étreinte du souvenir, et le souvenir qui en appelle un autre, et l’envie de partager ces petites tranches de vie de flic. C’est pour cette raison que j’étais passée du papier au blog. Raconter et confier ces mots au hasard d’internet. Sans autre prétention et avec la liberté d’en attendre aucun retour.
En fait, je n’ai rien calculé, j’ai écrit comme j’ai pensé, en tentant simplement de contourner mon ressenti pour laisser toute la place à ceux et celles dont j’évoque l’histoire.
Et puis un jour, un mail… Un mail tout court, mais c’est là que tout a commencé.
« Bonjour, je chronique les blogs pour France-inter, le votre est passionnant, accepteriez-vous même sous anonymat une brève interview  pour parler de votre démarche ? »…
Je ne connaissais David Abiker qu’à travers l’émission Arrêt sur Images, j’ignorais qu’il consacrait une émission radio aux blogs. Je l’ai appelé, on a bavardé, et il a fait l’interview quelques jours plus tard. Pour être vraiment sincère, il faut que je dise que je n’en revenais toujours pas qu’il ait pu s’arrêter sur mon blog.
Je n’avais jamais été tentée de le référencer tous azimuts, ni d’en gonfler le trafic à l’hélium, ni d’user de toutes les malices bien connues des courtisans de la blogosphère, et surtout pas d’aller cirer les pompes de ce qu’il est convenu d’appeler les « bloggeurs influents » pour vanter ma prose et mendier la flatterie ou un pixel de virtuelle reconnaissance.... Non, Abiker et mon blog, c’était juste un coup de mots-clé sur Google…
Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Le jour même de l’interview, un autre mail. « Je viens de découvrir votre blog suite à la chronique diffusée ce matin sur France-inter. Un blog passionnant. Je suis journaliste etc… votre témoignage toucherait nos auditeurs… ». Deuxième passage à la radio.
Et ce n’est pas tout. J’ai reçu des dizaines de mails, vraiment beaucoup… dont ceux de trois éditeurs… dont Gilles… « Je suis responsable éditorial pour une maison d'édition parisienne et je souhaiterai m'entretenir avec vous à propos de vos textes… remarquables. » Et là, vertige… Tout ça dans la même semaine… Alors, on s’est vus. « Continue comme ça, et ne change pas une virgule. », il m’a dit. Et puis il m’a demandé si ça me tentait d’écrire un livre. Moi, je n’y avais jamais pensé, mais avec le coup de la virgule, je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai signé un contrat. Un contrat avant même d’avoir fini… Un éditeur sans l’avoir cherché, sans avoir jamais imaginé que ma prose discrète puisse un jour prendre la forme d’un livre. J’ai encore du mal à y croire.
Mais il sort au mois de mars aux éditions Michalon. Mon livre…
Voilà pourquoi, j’ai moins écrit sur le blog. Et pourtant j’ai écrit, je n’ai pas arrêté. Intensément, en essayant de faire abstraction que tout ça sera imprimé sur papier. Avec une couverture et un titre…
Tout sera sur des vraies pages. Dans le livre.
Et il est prêt.
Il ne reste qu’à enlever le surplus de points de suspension dont j’ai abusé (Gilles… n’aime pas… les points… de suspension…) et quelques fignolages.
Merci Gilles et merci David. Sans vous, je n’aurais jamais osé penser à ça.
Je n’ai pas envie de lâcher ce blog, je lui dois beaucoup, et je vais réfléchir à la façon de continuer à le faire vivre.
En tout cas, on garde le contact.
Bien à vous.

B.

Info du jour : un article qui parle de mon blog dans le magazine Jasmin d’aujourd’hui.
«Un blog qui deviendra un livre… C’est l’un des blogs les plus passionnants du Net… plus instructif qu’un reportage du JT de 20 heures. »
(Là, j’ai la tension qui est montée à 22…)

 

 

7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 14:40

  Il avait été mis en retraite anticipée et forcée suite à un licenciement. Dans la même journée, il avait perdu son emploi, ses amis, son bleu de travail et ses habitudes… Il aurait voulu reprendre le métro jusqu’à la gare Saint-Lazare comme avant, mais pour aller où ? Alors il tournait en rond dans son petit appartement de la rue Marx-Dormoy en se disant qu’avec toutes ces années de travail, il n’aura même pas de quoi payer à sa femme le beau voyage que depuis trente ans, ils promettaient à leurs vieux jours… D’ailleurs, il la trouvait vieille sa femme. Vieille et laide, depuis qu’il avait le temps de bien la regarder. Il ne savait plus à quel moment de leur vie, elle avait tant changé. Le temps était passé plus vite à la maison qu’à l’usine… Et maintenant que le temps était derrière lui, que l’avenir lui avait été confisqué un matin à onze heures sur une feuille en trois exemplaires où il avait signé son inutilité, il se méprisait au point de ne plus sortir de chez lui. Il ne voulait rien avoir en commun avec tous ces vieux qui viennent les yeux baissés, traînant des pieds et de l’arthrose, chercher leur pension à la poste d’en face.
  Il s’ennuyait...
  Il se levait à la même heure qu’avant, se mettait à la fenêtre, et regardait les gens entrer et sortir de la bouche du métro, empruntant les mêmes marches, tenant la même rampe que lui, il y avait tout juste quelques mois, quand il partait à l’usine. Il lui arrivait de reconnaître à travers le carreau qui séparait désormais le monde de la vie, et celui de l’ennui, quelqu’un avec qui il avait partagé un trajet ou une heure de pointe. Et il s’exclamait : « Ah ! Comment s’appelait-il celui là ? »… En fait, il ne l’avait jamais su.
  Tous les matins à sa fenêtre, jusqu’au jour où il l’a ouverte et s’est jeté dans le vide…
  Quand on est arrivés, le Samu tentait de le réanimer. Il gisait, la face contre l’asphalte du trottoir, comme pour encore cacher celui qu’il ne supportait plus d’être. Ses jambes étaient brisées et désarticulées. Il avait aux pieds de vieilles pantoufles usées par cent pas d’inutile éternité devant sa fenêtre. Seules ses mains, trapues et meurtries, posées à plat sur le sol comme pour le repousser, semblaient avoir voulu résister au choix de sa fin. Le médecin penché au-dessus de lui m’a jeté un regard fatigué… On essaye, mais il est foutu.
  Sa femme était tenue à l’écart par un voisin. Elle était en peignoir et portait les mêmes pantoufles éculées que lui. Incrédule et pétrifiée, son visage dans les mains, elle regardait sans rien dire la mare de sang qui s’étendait autour de la tête de son mari. « Est-ce que je peux aller le voir ?... me demanda-t-elle.
  - Non… Laissez le médecin s’occuper de lui pour l’instant… Ecoutez… Vous savez… Il ne va pas fort… Je ne sais pas si…
  - Non, non ! me dit-elle, regardez, le docteur, là… le tube qu’il lui met… C’est bon signe !... »
  Mais moi, je sais que non. Je la prends par l’épaule, et je l’éloigne encore un peu. « Dites-moi ce qu’il s’est passé, plutôt… »
  Et elle m’a raconté cette histoire.
  Son mari est mort dans l’instant qui a suivi.
 

 

30 octobre 2006 1 30 /10 /octobre /2006 22:19

  La première fois de ma carrière que j’ai été révoquée, je n’étais pas encore titularisée dans le grade de gardien de la paix. Mes collègues et moi roulions en voiture quand surgissant d’entre deux véhicules en stationnement, un homme a subitement traversé devant nous, obligeant le chauffeur à un grand coup de frein qui m’avait projetée, nez en avant, sur son appui-tête. Le brigadier a baissé sa vitre, et a réprimandé le bonhomme lui signalant un passage piéton à quelques mètres. Celui-ci s’est aussitôt insurgé. Il a commencé à nous tenir un discours qui portait sur les Droits de l’Homme, la liberté constitutionnelle de traverser où bon lui semblait, et son droit inaliénable à nous donner un cours magistral sur la voie publique. Nous avions osé entraver sa marche, et nous étions rendus coupables d’une inadmissible atteinte à sa dignité d’homme libre…
  Trouvant son propos amusant, nous nous sommes garés et l’avons invité à nous présenter ses papiers. A cette demande, il s’est lancé dans un plaidoyer poignant contre le totalitarisme et le nazisme contemporain. A l’entendre, nous aurions tous les trois vendu du beurre aux Allemands dans les années quarante… L’usage du passage piétons n’était d’après lui, réservé qu’aux moutons de la République, aux esclaves soumis à un ordre public indu, et ne visait qu’à infantiliser le citoyen en l’obligeant à des attitudes grégaires face aux feux rouges, niant l’autonomie et l’identité propre de l’individu. Le fait qu’on lui ait demandé ses papiers l’avait mis dans une rage indescriptible, et il évoquait désormais le délit de sale gueule dont il était victime sous l’œil indifférent des infâmes collabos qu’étaient les passants.
  - Bon, Monsieur ayez la décence de cesser votre cirque, et présentez-nous une pièce d’identité, lui dit le brigadier.
  - Certainement pas ! Nous sommes dans un état de droit et il n’y a aucune raison que je vous présente quoique ce soit ! Je suis victime d’une arrestation arbitraire, et…
  - Monsieur, traverser en dehors des passages piétons est une infraction.
  - Ah ouais ! Elle est bonne celle-là !
  - Non Monsieur, elle n’est pas bonne, c’est une contravention qu’on ne met jamais, mais là…
  - C’est un scandale, je vais tous vous faire révoquer !
  - Si vous voulez, Monsieur.
  - Donnez-moi vos matricules !
  Le type devenait vraiment lassant. Il avait sorti un petit carnet de sa poche, et attendait en trépignant qu’on lui donne nos matricules. Me vint une idée qui allait satisfaire tout le monde, et je sortis mon carnet de contraventions.
  - Il n’y a pas de problème Monsieur, je vais vous noter mon numéro de matricule à l’emplacement prévu à cet effet sur cette contravention. Maintenant, présentez-moi vos papiers, ou on vous embarque pour outrage et ça ne sera pas le même tarif.
  Et ce fut la première et unique fois que j’écrivis « piéton traversant la chaussée en dehors des passages prévus à cet effet, article R412-37du Code de la Route », sur une contravention. 
  Par la suite de mon cursus policier, j’ai encore frisé la révocation bon nombre de fois. Le plus souvent, cela arrivait dans les quartiers favorisés où on nous considérait comme un sous-prolétariat indigent tout juste bon à emmerder le monde. Je me souviens dans une belle banlieue de l’ouest parisien, avoir été révoquée deux fois dans la même semaine. La première avait fait suite à une interpellation d’un automobiliste qui avait franchi un feu rouge à vive allure, au volant d’une Porsche jaune aux vitres fumées. Coup de sifflet, et signe de la main…
  - Garez-vous sur le coté, s’il vous plait.
  - Il était vert.
  - Non, rouge.
  - Vert.
  - Rouge.
  - Vert ! Je sais ce que je fais !
  - Permis de conduire, carte grise, assurance.
  - Vous ne savez pas qui je suis !
  - Je vais bientôt le savoir. Présentez moi les pièces afférentes à la conduite de votre véhicule (j’ai toujours bien aimé cette formule…)
  - Vous allez entendre parler de moi ! Je joue au bridge avec le maire !
  - Transmettez lui mes respects et présentez-moi vos papiers.
  - Je vais vous faire révoquer !
  - Je vous en prie Monsieur, faites.
  La contravention a sauté parce que le chauffard connaissait le bon dieu et ses saints, mais je n’ai pas été révoquée.
  Quelques jours plus tard, nous avisions un adolescent conduisant une petite moto, sans casque. Nous l’avions interpellé alors qu’il faisait des roues arrière sur le trottoir. Il était arrogant et nous toisait de tout le dédain qu’on lui avait enseigné. Il était pieds nus dans des mocassins Weston…
  - Je connais parfaitement la loi, vous n’avez pas le droit de me demander mes papiers !
  - Tiens donc !
  - Je préfère vous le dire, mon père est avocat.
  - Suggérez lui donc qu’il vous fasse un rappel sur le cadre du flagrant délit, et présentez nous les papiers de la moto.
  - Je ne les ai pas ! Mais je dirai à mon père que vous m’avez mal parlé, il déposera plainte à l’IGS et vous serez tous révoqués !
  C’est drôle tout de même ce goût qu’ont les gens à nous révoquer, cette vulnérabilité qu’ils aiment à nous rappeler comme une tentative d’intimidation… surtout quand ils sont en porte-à-faux… 

29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 18:38

 Il y avait avenue de Clichy, une petite vieille qui faisait la manche. Quand le feu passait au rouge, elle s’engageait d’un pas lent entre les files de voitures, toute voutée et boitillante, toute petite et toute tordue. On ne la voyait qu’à la nuit tombée. En fait, on la voyait à peine. Si petite et silencieuse, elle disparaissait entre les voitures. Elle portait un gilet en laine trop grand pour elle, et un petit chapeau informe d’où s’échappait une longue tresse grise. Elle avait sur le bras un gros sac en plastique marqué du nom d’un magasin qui n’existait plus, et qui devait contenir ses jours et ses nuits de vagabondage. Son sac la faisait pencher sur le côté…
  Elle ne tendait jamais la main. Elle mendiait avec les yeux. De grands yeux gris qui racontaient sa honte d’être là. On se disait qu’elle avait du être une grande dame, et qu’elle avait choisi la nuit pour ne pas qu’on la reconnaisse. On lui inventait un passé aussi joli que ses yeux gris. On se demandait comment elle était arrivée là. Toujours sur cette avenue. Alors on se disait qu’elle avait peut-être eu un bel amant avenue de Clichy, et qu’elle avait du mal à l’oublier.
  Elle nous évitait, comme par crainte d’être jugée ou réprimandée. Ce qu’on faisait… Madame ! Faites attention aux voitures, vous allez vous faire renverser ! Elle sortait sa main de sa manche trop longue et nous faisait signe… Tout va bien… Et elle continuait son inlassable balade, ombre grise avalée par la circulation parisienne. Elle frôlait la transparence des vitres des voitures derrière lesquelles on la devinait à peine.
  On l’a vue pendant des années, et à chaque fois, on lui criait par-dessus le bruit de faire attention à elle. Faites attention Madame… Faites attention… Faites attention… Attention ! 
  Et c’est nous qui avons refermé sur elle la fermeture de la bâche à cadavre quand une grosse voiture l’a écrasée, un soir de Saint-Valentin. Le conducteur ne l’avait pas vue.

 



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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