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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 13:49


©Sera - FLIC - Casterman 2012

  Quand j’étais le lieutenant de permanence du dimanche, j’aimais bien patrouiller avec une fille. C’était mon incontournable rituel, mon caprice décidé d’avance pour ces tournées plus longues que celles des autres jours de la semaine. Je trouvais ça reposant, apaisant. Une fille, ça fait moins de bruit, ça gesticule moins, ça ne rigole pas dans les basses fréquences en mettant des grands coups de patte sur le tableau de bord, ça n’ouvre pas la vitre pour hurler : « Et ta chiotte, papy, tu la dégages ou faut que j’t’aide avec un décapsuleur ? » Une fille dans une voiture de police, ça fait joli, ça peut prendre une voix d’hôtesse de l’air sur les ondes, ça contredit les préjugés. Et puis, ça sent bon une fille, ça chlingue rarement des arpions ou des aisselles. Et quand on passe plus de huit heures en voiture à ratisser quatre arrondissements en plein été, ça y fait et pas qu’un peu.
  Une paire de filles, c’était vraiment la patrouille idéale du dimanche.
  C’est ma copine Pascale que je préférais comme équipière, une ex-championne de boxe française, férue des méthodes alternatives de l’analyse transactionnelle. Je me disais qu’entre sa force de persuasion, son coup de pied fouetté et mon mawashi, en cas de baston, on ne s’en sortirait pas forcément moins bien que deux vieux collègues bedonnants et bas du derche.
  Un dimanche, donc, où j’avais magouillé à l’avance avec mon chef de brigade pour qu’il me colle Pascale en chauffeur de ma voiture d’officier, on était en ronde sur le district, devisant gaiement dans nos effluves de patchouli et de vanille, quand un appel radio nous est parvenu. Il s’agissait de se rendre au Parc des Princes en renfort et, une fois sur place, de prendre contact avec le commandant d’une compagnie de CRS.
  Je ne me souviens plus de ce qu’il y avait là-bas ce jour-là, un match de foot ou un concert, mais un gros dispositif de maintien de l’ordre commençait à être mis en place pour la soirée. Nous nous sommes donc annoncées, nous dirigeant vers les beaux quartiers, et Pascale fit gracieusement brailler les pneus autour de la place de Clichy pour foncer vers l’Étoile, son avant-bras hâlé à la portière et ses bouclettes voletant autour de son visage rond.
  Arrivées au Parc des Princes, nous avons commencé à chercher la CRS avec laquelle nous avions rendez-vous, en roulant au ralenti le long des dizaines de cars stationnés et en essayant de repérer le numéro de la compagnie qui nous attendait. Nous étions tout à nos recherches quand on a entendu une voix tonitruante au-dessus de nous.
  « Ohéééééé ! Oh! les pépettes ! »
  C’était un CRS hilare, penché à la fenêtre d’un car, en gobe-sueur et bacchantes au vent, qui nous hélait.
  « Voilà bien notre chance, j’ai dit à Pascale, on se fait alpaguer par une section de CRS du Nord. Ils sont terribles, que des sous-baloches qui parlent ch’ti et qui ont voué leur âme et leur corps au maintien de l’ordre et au bitume. »
  Et l’autre continuait :
  « Waaah! hé, ho, les mecs, venez voir, y a deux filles, y a deux fiiiilles dans une voiture de poliiiice ! »
  J’ai de nouveau levé les yeux vers le car et je l’ai vu, entouré de deux clones tout pareils, grassouillets et moustachus.
  « Mais ils sont cons ou quoi, ces têtes d’enclume ? a dit Pascale.
  – Bouge pas, je vais leur demander », je lui ai répondu.
  Je suis descendue de notre joli carrosse sérigraphié en bleu, blanc et rouge.
  « Vous êtes cons ou quoi ? Et le respect ?
  – Ah! Le respect… Le respect ? Le respect ! Aaaah, les filles ! Vous montez dans le car ? Miam miam! »
  Je me suis penchée vers Pascale et je lui ai dit qu’à vue de nez, ils étaient complètement mûrs et chauds bouillants, et qu’il valait mieux partir dignement avant d’atteindre des limites disciplinairement irréversibles.
  Je me suis redressée de toute la grandeur de mes galons et leur ai lancé :
  « Messieurs, vous avez tous des tronches à bouffer des tartines de saindoux trempées dans un bol de bière au petit déjeuner, souffrez que nous prenions congé à l’instant. »
  Nous les avons laissés à leurs mines déconfites et avons vite rejoint la CRS 1 de Vélizy, celle des escortes présidentielles, effectifs rasés du jour avec les oreilles bien dégagées, autrement plus distinguée.

 

 

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 13:35

UP 2015

 

 

gender flic studies

 

 

Je ne compte pas le nombre de fois où la question m’a été posée…
« Un métier d’homme, ce n’est pas trop dur ? »
— Il arrive que ce soit dur, parce que les situations sont dures, non pas parce que je ne serais pas à ma place dans la police. Quand c’est dur, c’est dur pour tout le monde.
— Oui mais quand même, une femme n’est pas faite pour ça.
— Pas faite pour quoi au juste ?... »

Et là, s’ensuit généralement une énumération de lieux communs et de présupposés.

Je réponds alors que, rationnellement, les qualités d’un bon flic sont asexuées.
Avoir une bonne connaissance de la loi et de la procédure, être intègre et juste, faire preuve de patience, de rigueur, persévérance, diplomatie, sang-froid. Être ferme mais objectif, avoir ce qu’il faut d’empathie, ni trop ni trop peu, mais une écoute sincère et sans jugement. Être solidaire dans les moments difficiles. Savoir s’adapter rapidement, surmonter et mettre de coté l’émotion, la colère, le dégoût. Etc, etc.
(de même que les défauts des mauvais flics sont tout autant asexués. Lâcheté, manque de fiabilité, arrivisme, etc.)

Immanquablement, c’est prévisible, arrive l’argument supposé mettre à mal mon argumentaire.
« Et la force physique ? Ça pose un problème tout de même…
— On ne peut pas résumer le métier de policier à la force et aux muscles. C’est totalement réducteur.
— Et quand il le faut ? Si vous devez maitriser un type très énervé de cent kilos, vous êtes dans la panade, non ?
— Dans ce cas de figure, tout le monde l’est.
— Mais dans une situation d’affrontement physique, vous êtes plus vulnérable qu’un homme...
— Pas forcément. Il y a des hommes plus faibles que certaines femmes. Il y a des hommes peureux aussi. Et d’autres qui seraient enclins à envenimer des situations. Globalement, plus puissants musculairement, mais aussi moins souples et moins agiles que les femmes. Mais tout ça est pondéré par le fait que la police de terrain est un travail d’équipe. »

Soit dit en passant, à propos de l’agressivité (au sens large et non péjoratif) que l’on a tendance à associer à la virilité et à la biologie masculine, voilà déjà plusieurs années que les endocrinologues ont établi qu’elle n’est pas une incidence de la testostérone. Au contraire, cette hormone mâle (mais que les femmes produisent naturellement en plus faible quantité, tout comme les hommes produisent des œstrogènes) tiendrait un rôle dans l’aptitude à gérer le lien social.

« Enfin, c’est indéniable, si vous portez un uniforme, une arme, vous devez bien mettre votre féminité de coté…
— Qu’entendez-vous par féminité au juste ?
— Hé bien par exemple, dans ce métier vous ne pouvez pas vous habiller "en femme", vous maquiller, porter une jupe, des talons hauts… être féminine.
— Bien évidemment, mais cette définition de la féminité est réductrice elle aussi. À mon sens les gestes que vous citez relèvent de l’image, voire de la séduction. Objectivement, ce sont des artifices qui n’ont pas nécessairement leur place dans l’exercice d’une profession, à moins de considérer que la féminité se résume à une apparence. »

Dans le discours commun, le mot féminité est très souvent associé à l’image, laquelle image est une sorte de caricature essentiellement à l’usage des hommes. Ce concept est ensuite décliné sous forme de comportements et de tâches prétendument dédiés au genre féminin.

« Heureusement tout de même qu’il y a des femmes dans la police. Vous tenez certainement un rôle privilégié quand il s’agit d’intervenir sur des différends conjugaux, des femmes battues, des victimes viols, des enfants en détresse…
— Cliché. Dans ces situations qui nécessitent beaucoup de tact et d’écoute, voire de la douceur, ce ne sont pas nécessairement les femmes flics qui sont les plus à l’aise et efficaces. Dans l’absolu, c’est bien davantage une question de ressenti, d’expériences, de situation familiale ou d’âge. Dans la pratique, femme ou homme, chacun fait au mieux.
— Une femme ne se confie pas plus facilement à une femme ?
— Pas forcément, mais une victime peut en formuler le souhait si c’est son cas. »

Lors d’une intervention, l’expérience ou la situation (généralement désagréables) d’autrui peut faire écho au vécu de l’interlocuteur policier, et le rendre à même ou difficilement capable d’avoir l’attitude attendue. Être femme ou homme ne fait pas la différence. Dans le domaine de la compétence policière, il y a bien plus de différences d’atouts ou d’entraves, à prendre en compte que la différence de genre.

« De toutes façons, il y a une application de quotas au recrutement dans les écoles de police.
— En effet, mais ça ne présume en rien des aptitudes des uns et des autres. Un recrutement sans quotas pourrait d’ailleurs réserver des surprises.
— Plus de femmes ?
— Non, mais peut-être une parité naturelle… Quand je suis entrée dans la police, les quotas étaient très défavorables aux femmes. Du coup, au concours de gardien de la paix, toutes épreuves confondues, les femmes ont été reçues à partir de 17/20 et les hommes 9/20. En revanche, à la fin de la scolarité, la tête de promotion était constituée de 5 femmes et 5 hommes. »

Ce n’est pas parce que la police a été un bastion masculin très résistant à la féminisation de ses effectifs – Police nationale, un métier d’homme - qu’elle devait arbitrairement rester un domaine réservé.
Les hommes l’ont néanmoins plutôt mal vécu au début, et ont longtemps couiné à l’aberration de cette mixité. Un peu comme si leur virilité s’en était trouvée affectée, puisque du jour au lendemain, ils s’étaient retrouvés à ne plus exercer... un métier d'homme.

Objectivement, aujourd'hui beaucoup de métiers d’homme ne le sont plus, et beaucoup de métiers dits pour femmes, de façon similaire, le sont uniquement en application d’un conformisme social et culturel et de prédispositions supposées.

Une femme qui envisage de devenir flic, pompier, mécanicienne, chef d’orchestre, pilote de ligne ou astronaute n’usurpe la place de personne. Pas plus qu’un homme qui souhaiterait faire de la puériculture son métier, ou devenir danseur classique. La bonne place est celle que l’on choisit hors du carcan de conventions qui n'ont pas ou plus de sens.

Au nom de quel aveuglement hors d'âge faudrait-il qu’on tolère encore d'entendre parler de sexe fort et sexe faible ? et que perdurent des stéréotypes sans autre fondement que le dictat d’une phallocratie devenue sans objet ? si tant est qu’un jour, elle en ait eu un…

Si l’école enseigne que des nations se sont émancipées, que le temps de l’esclavage et de la ségrégation est révolu, que le racisme n’a aucun sens, que la colonisation était inéquitable, invivable – et pourtant, dans ces époques-là, tout le monde trouvait ça parfaitement normal et cohérent – s'il est démontré que l'héritage du passé n'est pas toujours beau à voir et qu'il faut en tirer des leçons, mais encore, si l’éducation civique et les Droits de l’Homme font partie des programmes scolaires, si le mot discrimination est dit et expliqué, alors il est logique que le sexisme et tous les déterminismes abscons qui lui toujours sont liés, soit abordé, expliqué et démonté, tant le principe du stéréotype justifie une approche intellectuelle.

L’égalité n’est pas synonyme d’uniformité, et dégagés du poids des clichés et préjugés, de Vénus et de Mars, féminité et masculinité trouveraient enfin un sens qui ne soit pas synonyme d’entrave sociale. Et la seule parité acceptable, qui aurait un sens authentique, serait celle qui, non contrainte par des textes inefficients et à courte portée, se construirait hors de tout stéréotype.

Alors ne vous moquez pas des fillettes qui jouent au cowboy, trouvent qu’en rose elles ressemblent à une fraise tagada, ou se rêvent dans un 38 tonnes. Ou au volant d’une voiture de police.
Plus le garçon est manqué, plus la fille est réussie.

 

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Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 21:02

 

 

Mille bravos, et merci à tous nos collègues, RAID, GIGN, BRI, et tous les autres, qui ont préparé et donné l’assaut au cours des deux opérations d’aujourd’hui ! Bravo pour leur courage, et leur admirable professionnalisme.
La fierté que nous avons tous - flics et citoyens de France, n’en doutons pas - est à la mesure des risques qu’ils ont pris au péril de leurs vies.
Une énorme pensée et une reconnaissance particulière aux blessés, puissent-ils rejoindre rapidement leurs proches, et leur autre famille… la police.
Restez vigilants, dans ce monde de fous, tous n’ont pas la même soif de démocratie et de liberté que nous tous.
Et aujourd’hui plus que jamais, chacun peut comprendre qui est en première ligne pour protéger nos valeurs.

FB flic

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 13:01

 

 

Ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant : Faites attention à vous, vous êtes des cibles. Des cibles faciles et visibles, et tellement symboliques... Aujourd’hui encore la police a payé le prix fort pour que vive la démocratie. Faites gaffe, on n’a pas du tout envie de vous offrir des fleurs…
Attention aussi aux infos qui circulent. On a tous reçu des messages, des mails, des textos. Des infos qui souvent ont précédé ce qui est paru dans la presse. On imagine bien que les services intervenants intègrent au mieux le fait qu’il faut tenir compte du brouhaha numérique, de cette maladie du scoop et de l’exclu, et que l’enquête s’efforce d’avoir un temps d’avance sur la diffusion sauvage, mais il n’en reste pas moins que cette manie est gravement préjudiciable. A l’enquête en cours, au déroulement d’interventions et à la sécurité de ceux qui sont sur le terrain. Il n’y a rationnellement aucune utilité à rendre public ce qu’on sait ou croit savoir. C’est dangereux. Ou de se faire mousser en laisser à penser qu’on est dans le secret des dieux. C’est ridicule. Pas plus d’intérêt à diffuser des rumeurs en singeant une presse en quête de buzz et de scoop.
N’allons pas lire et ne donnons pas d’écho aux messages de haine, de provocation de ceux qui se satisfont du massacre d’hier, ça pourrait les réjouir. Ils ne sont que la gangrène d’une religion défigurée et éreintée par des dingues.
Gaffe aussi aux théories conspirationnistes débiles qui inévitablement circulent déjà. Notre collègue n’est pas mort, la video est un fake, les meurtriers sont téléguidés par l’occident, les Illuminati, Obama, le Mossad, etc. Pas la peine de perdre son temps là-dessus, ni d’y répondre, on se fait du mal pour rien, et pour des crétins. L’homme n’a pas marché sur la lune, parait-il…
Soyez prudents.
Tous ceux qui aspirent à la paix et la liberté sont derrière vous.

FB flic

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 18:45

élections professionnelles police 2014

 

Il y a habituellement une sorte d’alternance syndicale. L’ensemble des syndicats de sensibilité de gauche est majoritaire sous un gouvernement de droite, et vice versa. Ce n’est pas une révélation d’affirmer que les membres des bureaux nationaux des syndicats sont très proches d’élus et décideurs politiques de leurs bords respectifs, et souvent encartés et engagés dans des partis. Bien qu’ils clament leur indépendance politique à qui veut bien les entendre…
Il est donc logique que les syndicats ne soient pas trop offensifs quand leurs amis sont aux affaires, et surtout, tout aussi logique que les syndicats adverses se positionnent comme un contre-pouvoir, promettant énormément de choses puisqu’ils n’auront pas l’occasion de tenir leur engagements, et qu’en outre, ceux-ci sont souvent irréalisables. Mais malgré ça, leur discours séduit, donne de l’espoir, et ils engrangent des suffrages.
Il suffira pourtant d’attendre l’élection professionnelle suivante pour s’en rendre compte, et observer que la soumission au pouvoir politique est bien partagée.

Pour les élections professionnelles 2014 des représentants des gradés et gardiens de la Paix, on peut observer une autre tendance :
- D'abord, un taux de participation, stable en 2006 et 2010 à plus de 82%, qui tombe à 68%,
- Les deux syndicats majoritaires voient tous les deux leurs scores baisser par rapport à 2010,
- L’alternance habituelle ne suit plus la même règle puisqu’à eux deux, Unité-SGP-FO et UNSA font un score supérieur à celui d’Alliance (ce qui n’engage pas à grand-chose puisque ces syndicats - marqués à gauche, quoiqu’ils en disent - se tirent volontiers dans les pattes).
- On aurait pu attendre qu’Alliance soit mathématiquement le contre-pouvoir syndical, c’est loin d’être le cas avec pas même 2% d’avance.
- Des syndicats minoritaires voient leurs scores augmenter (sauf la FPIP qui, malgré ses gesticulations guerrières plafonne depuis des années, et compte ses adhérents sur les doigts d’une main)

Si la police veut continuer à se situer parmi les professions les plus syndicalisées, et ainsi garder la main autant que faire se peut sur son évolution, il est nécessaire de faire des constats rationnels, avec honnêteté intellectuelle, et que les « représentants du personnel » (guillemets volontaires) se remettent en question.

Il n’est pas question ici de mettre en cause le travail effectué par les délégués syndicaux de terrain, leur dévouement et leur abnégation. Ils sont plus que quiconque capables, pour une cause collective, d’accorder leurs violons avec leurs collègues des syndicats opposés, et ils sont les premiers à souffrir des postures et comportements de leurs bureaux nationaux, et par procuration, en récolter toutes les critiques.

Le leitmotiv de plus en plus assourdissant, d’année en année, dit des syndicats majoritaires « tous les mêmes », « bonnet blanc et blanc bonnet », « s’il n’y avait des demandes de mutation et les dossiers d’avancement, on ne voterait pour personne » etc.
Le découragement et l'aigreur  prennent racine, bien davantage à l'intérieur que dans la rue.
Aujourd’hui, les syndicats majoritaires perdent du terrain, et on vérifie mieux que jamais ces affirmations, ces résignations à cautionner un système qu’on exècre.
À ce jeu, tout le monde y perdra. L’abstention compréhensible ira grandissant, et la police tombera dans les seules mains de l’administration. Les syndicats demeureront vraisemblablement des petites tours d’ivoire, mais ne serviront plus à rien, sinon qu’à eux-mêmes.

Comme à l’accoutumée à l’approche des élections, il y a eu un regain d’agitation syndicale, une manifestation, et des déclarations d’intention.
Ces derniers jours, en une semaine, les fonctionnaires de police ont reçu pas moins de 40 mails de la part des syndicats. Jurant avec un quasi silence radio entre les élections professionnelles, nonobstant la mise à disposition sur leurs sites de rafales de tracts sous forme de pdf, lapidaires, hystériques, tous plus colorés les uns que les autres, de mauvais goût équivalent, illustrés de figures ridicules, et semblant avoir renoncé à regret aux gifs animés. Les fonctionnaires de police méritent mieux que ça. Ils sont capables de comprendre autre chose que des slogans. Les syndicats sont censés représenter le personnel et leur doit de se mettre à leur hauteur, ne pas les prendre pour des attardés crédules, disposés à jouer inlassablement leur jeu de bastons récurrentes.
Les flics attendent mieux en terme de politique syndicale, que d’être gavés jusqu’à l’asphyxie de critiques visant bien plus le syndicat d’en face, que l’administration, qui doit se frotter les mains de voir tout ce monde-là s’occuper à des micro-conflits stériles et démoralisants, pendant que la police cesse doucement d’être une vocation.

La raison et la décence ne semblent plus être des qualités inhérentes au syndicalisme. Des petits détails suffisent à le rendre détestable et sa représentativité irrecevable.
Les membres des bureaux nationaux devraient mettre un point d’honneur à ne pas réclamer, ou ne pas accepter, des avancements supersoniques. Un flic « de base » (bien plus « flic » que ses représentants, ça va sans dire…) ne pourra jamais le comprendre autrement qu’une forme de corruption tacite. Lui, ne bénéficie d’aucune accélération et attend son tour.
Les mêmes syndicalistes devraient considérer comme une hérésie de se voir accorder le grade de RULP - Responsable d'une Unité Locale de Police, faut-il le rappeler - c'est-à-dire un grade réservé aux majors exerçant un commandement (et les responsabilités qui vont avec, et qui ne sont pas des moindres) Un non-sens pour un permanent syndical…

Dans le même registre, il est scandaleux de voir les têtes de syndicats se faire décorer du Mérite National ou de la Légion d’Honneur (quel mérite ? quel honneur ?) dont on peut légitimement se demander ce qu’elles récompensent, quand des fonctionnaires de police attendent, ou ne la voient jamais venir, la médaille du courage et du dévouement. Et doivent payer de leurs deniers ladite médaille. Par respect pour cette police laborieuse et déconsidérée, par respect pour ces décorations, ils devraient se faire un devoir de les refuser.

Les syndicats perçoivent chaque année une dotation de l’État, dont le total dépasse 1,5 millions d'euros. C’est de l’argent public. Le service public et les policiers adhérents-cotisants apprécieraient un retour sur investissement limpide et manifeste.

Les fonctionnaires de police n’auront jamais d’autres moyens de sanctionner les syndicats, à défaut de pouvoir les contraindre à faire du syndicalisme efficace et à la mesure de leurs attentes, que celui de bouder les élections professionnelles.
Ils ont l’utopie d’un syndicat unique, parce que l’utilité et la nécessité du débat contradictoire de syndicats opposés n’existe plus.

Il est temps que l’oligarchie syndicale se reprenne, ouvre les yeux, et fasse le constat que le désamour des fonctionnaires de police tient à peu de chose : le sens des réalités, l'autonomie, et le désintéressement, seuls préalables à l'action et à l’efficacité.



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Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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