Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre.
Thomas Jefferson

 

un texte au hasard  







week-end
carrément
toulousain
et
complètement
Philippe



x

Jeudi 2 juillet 2009

 

 

 

   Seigneur dieu roi du ciel ! Le petit blanc a croisé des fantômes dans les rues de sa douce France ! Et il a eu grand peur. Et il se demande s’il ne faut pas interdire tout ça, pour ne conserver que Halloween et le fondamentalisme dormant des citrouilles.
   Parce que ça, cet accoutrement ridicule et hors d’âge, c’est tout de même extrêmement dangereux pour la République, voyez-vous. Si si, absolument. Certes, il y avait bien cette vieillerie de loi de 1905, dite de séparation des églises et de l’État, qui ne préconise l’intervention de ce dernier qu’en cas de trouble à l’ordre public par des fantaisies d’inspiration religieuse, mais il semblerait qu’elle soit tombée en désuétude. Dommage. Elle aurait dû être rangée au patrimoine mondial des lois intelligentes.
   Mais là ! Merde alors ! Les bougnoules et leurs fatmas dépassent les bornes ! Sus aux Sarrazins masqués que diable ! Enfin un prétexte ! Croisade ! Croisade !!
   Bon, c’est vrai que c’est pas très fin de lire le Coran avec des rondelles de saucisson halal devant les yeux, pour finir sous une burqa. Dans ce texte vieux de 1500 ans, il est juste indiqué aux femmes de faire preuve de pudeur devant les hommes qui ne sont pas leurs proches ou leurs esclaves eunuques. "Qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines..." (in sourate Les Croyants, verset 31) Rien de très coercitif en fait. Le Coran (pas plus que les Hadiths) ne prescrit en rien quelque chose qui ressemblerait à une burqa. Mais ces femmes lui ont donné un sens religieux, c’est ainsi.
   Alors il faut l’interdire dit-on à droite comme à gauche, chez les intellos éclairés et au bistro, chez les féministes totalitaires comme chez les bigames clandestins et les cocus. Interdire au nom de la liberté de la femme évidemment.
Interdire au nom de la liberté, oui. Même si ça sonne faux.
   Parce que par ici, la liberté ne se calcule que sur la voie publique, ne se mesure qu’à la visibilité. Les dames en burqas dérangent parce qu’elles sont trop voyantes à ne vouloir être vues. Si la preuve était faite que la burqa était assortie d’une oppression domestique, les ayatollahs blancs s’en ficheraient passablement. Mais la condition féminine tout le monde s’en fout un peu, n’est-ce pas. La burqa c’est plus exotique que l’égalité des salaires par exemple, plus voyant que l’excision, ça enflamme mieux les conversations. Parce qu’autant on trouve ça tout à fait pittoresque dans les rues de Marrakech ou à Barbès (passe encore, allez c’est presque le Maghreb) quand il faut en débattre en France, c’est une autre affaire. La liberté de la femme ne s’entend qu’à la mode occidentale, on ne supporte pas qu’elle puisse être déclinée autrement. Parce que sous la burqa, il y a quand même des femmes qui disent qu’elles ont pris la liberté de la porter. Soit dit en passant.
   Quoiqu'il en soit, on se retrouverait donc à résumer la liberté de la femme à la gestion de l’accoutrement, aussi extravagant soit-il, donnant un accord social tacite au droit (au devoir si on est conformément "émancipée") de montrer son cul, et repoussant ce symbole de pudeur extrême décrit comme tel par les femmes voilées de burqas.
   En outre, l’esprit est ainsi fait que tout ce qu’on ne voit pas est une porte ouverte au fantasme.
   Par ici, on dit qu’il y a conspiration, qu’elles sont mandatées par des imams barbus pour tester la résistance de la Nation à une future islamisation des masses. Facile, mais l’époque paranoïaque s’y prête bien.
Que la burqa est la porte ouverte aux dérives communautaristes. Mais à force de règlementer, légiférer, interdire, on ne fait qu’attiser les manifestations et bravades identitaires, et il serait judicieux de prendre en compte, avant tout autre paramètre, le caractère récent de cette radicalisation du voile.
   Par là, on hurle à l’asservissement et à l’oppression. Et si la musulmane affirme haut et fort que ce choix est le sien, c’est entendu comme une preuve supplémentaire de la perversité de la domination masculine dans l’islam.
Parce que ces femmes voilées, elles ont quand même un truc pas clair et très déstabilisant pour ces défenseurs des libertés qui veulent tout gérer des libertés d’autrui, n’est-ce pas. Si c’est une nunuche équivalente à bobonne, elle est forcément opprimée. Par un mâle en djellaba. Mais si c’est une femme intelligente et instruite – le voile laisse passer les idées et les arguments – c’est de toute évidence une dangereuse idéologue prosélyte… ou terroriste, allez savoir.
   On parle aussi de renoncement à la féminité. Quelle féminité ? Qui donne les limites de la féminité ? Le modèle dominant du dictat de l’apparence est-il si séduisant ? Faut-il s’étonner de postures provocatrices – la burqa par exemple – en réaction à une image de la femme qui n’est pas faite pour convenir à tout le monde ?
Sans approuver, ne peut-on pas tenter de comprendre pourquoi on renonce à ce point à la nuance pour se couvrir de la tête aux pieds ? Finalement, la femme occidentale "libérée" ne satisfait-elle pas toutes les attentes et exigences phallocrates ?
   Mais non, il faut interdire la burqa. La non-apparence dérangeante.
   Sous prétexte de liberté, de dignité à préserver, il faudrait interdire un asservissement présumé.
   Même si la liberté s’entrave bien ailleurs que sous un voile et sur la voie publique.
   Clamer qu’on veut, qu’on exige, qu’on ordonne de voir les visages, parce que c’est la coutume par ici, une histoire de correction, de sociabilité, d’humanité… alors qu’on est si prompt à ne pas regarder dans les yeux les vraies différences, les vraies discriminations. La misère. La violence. Les inégalités et oppressions parfaitement visibles. Confortablement intégrées dans le décor.

   La burqa ! La belle affaire !
   Un combat idéal pour petits blancs héritiers de toute l’arrogance et la condescendance judéo-chrétiennes.

 

 

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Vendredi 26 juin 2009

 

 

  « Non mais faudrait savoir ce qu’on veut, non ? Port d’arme blanche, je te dis ! Et attention, pas une arme blanche de rigolo, un truc de tueur ! Je le chope à la sortie du métro, avec son gros sac qui n’a l’air de rien, et qu’est ce que je vois ? La poignée d’un sabre qui dépasse ! Et l’autre, une bonne tête de racaille, les cheveux rasés, et qui me regarde de haut en plus, avec son air à me prendre pour un con. Alors qu’est-ce que je fais, hé bien je lui dis de poser son sac par terre, mettre les mains contre le mur, reculer les pattes arrière, et je le palpe. Ouf, rien d’autre, heureusement. Et puis je lui demande si je peux ouvrir son sac, il veut bien. Je le menotte au cas où, hein, flagrant délit, t’aurais fait pareil, hein ? Et là dans le sac, des fringues, et un sabre gigantesque... Monsieur, vous allez venir avec moi au poste, je lui dis. Là, il se met à gueuler que non, que je suis un demeuré, que la police nationale est dans la panade, que ça se sent que je viens du fin fond du trou du cul de la France, et que je n’ai qu’à regarder ce qu’il y a d’autre dans son gourbi pour piger le coup du sabre. Donc, je mate le contenu du sac, et je tombe sur un petit chapeau ridicule avec des plumes. Alors là, je me marre, et je lui demande s’il bosse au Moulin Rouge. Le grand con me regarde bizarrement, et me dit qu’il veut aller au commissariat et vite. Et là, j’attends. Je suis convoqué chez le commandant qui court dans tous les sens depuis un quart d’heure, et qui a l’air complètement furieux. Merde alors, ça ne fait qu’une semaine que je suis sorti d’école et déjà des emmerdes quand je fais mon boulot consciencieusement...
  - C’est vrai que t’es con, toi. Dis, t’avais pas la télé dans ton village ? Pas l’électricité peut-être ?
  - Bah si, pourquoi ?
  - Quel jour on est, là ?
  - Bah le 13 juillet, pourquoi ?
  - Parce que bougre d’abruti que tu es, tu viens de nous ramener un officier de Saint-Cyr qui vient à Paris pour le défilé de demain ! »

 

 

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Vendredi 26 juin 2009

 

 

 

   Juste un hommage à la plus grande star de mon adolescence.
   Repose en paix, MJ.
   Enfin, la paix...

 

 

   Et je vous recommande le documentaire Living With Michael Jackson (2003)

 

 

 

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Mardi 9 juin 2009

 

 

  Des problèmes personnels, il en avait. Sa femme l’avait quitté. Elle disait qu’elle ne le voyait jamais, qu’ils se croisaient à longueur de jours et de semaines sans jamais vraiment se retrouver, et qu’un jour ils ne se reconnaitraient même plus... Quand il rentrait, elle dormait déjà, elle devait se lever tôt. « Tu n’es qu’un fantôme, lui disait-elle, pire, tu es en train de devenir un souvenir... » Alors un jour, elle était partie. Avec leur môme. Et le môme, il appelait l’autre "papa". Et elle le laissait faire, elle disait que ce n’était pas grave, que ça lui passerait quand il comprendrait, qu’il était encore trop petit. Et l’autre, il le connaissait bien. Ils avaient travaillé ensemble quand il était arrivé à Paris quelques années auparavant, il était devenu un ami, et ils avaient souvent partagé un repas, un anniversaire, un réveillon. Il se sentait avec lui comme en famille. Sa femme aussi, mais ça il ne l’avait pas compris.
  Et puis il avait aussi des problèmes d’argent. Il n’avait pas réalisé que la vie à Paris était si chère. Là-bas, chez lui, il avait une petite maison, un bout de jardin, et puis sa famille qui n’était pas loin. Sa mère gardait le petit quand ils allaient travailler, lui et sa femme. Il ne regardait pas l’heure, il savait la tendresse de sa mère, et que tout se passait bien.
  Un jour, il a été licencié. La petite usine allait fermer, alors il a bien fallu qu’il change de métier, dans cette région, il n’y avait plus rien pour lui. C’est comme ça qu’il était arrivé en banlieue parisienne, dans un petit appartement dont il disait qu’il en payait un loyer de château. Il avait trouvé à grand peine une nounou qui venait s’occuper de son fils à la maison, prête à effectuer n’importe quels horaires. Elle était adorable, mais ne voulait pas être déclarée. C’était cher, mais il n’avait pas le choix. Et le petit était tout sourire et commençait à parler le wolof aussi bien que le français. Lui, il aurait préféré le breton, mais ça le faisait tout de même rire.
  À vouloir se refaire un cadre de vie joli et qu’aujourd’hui ressemble à avant, et en achetant une voiture confortable pour emmener sa petite famille à la campagne, chez eux, il s’était endetté. Il avait eu une première saisie sur salaire, et avait dû revendre la voiture. De toute façon, il n’avait plus personne à emmener sur les routes, plus personne avec qui chanter à tue-tête toutes vitres ouvertes, pour faire rire son petit.
  Sa mère pleurait au téléphone « Mais qu’as-tu donc fait pour qu’elle s’en aille ? N’étais-tu pas capable de prendre soin de ta famille ? Les reverrai-je un jour ? » Il ne savait pas quoi répondre. Il avait juste envie de dire que ce n’était pas de sa faute, que le temps ne se mesure pas de la même façon pour tout le monde, que ses journées pourtant si longues, dont il ne connaissait jamais la fin, il ne les avait pas vues passer. Qu’il avait choisi cette vie-là.
  Et son métier, c’est vrai qu’il l’aimait. Même si, comme les autres, il sentait une sorte d’étau se refermer sur lui, même s’il se disait qu’ils étaient de moins et moins des hommes, et chaque jour un peu plus des machines. Même si on ne les aimait pas, là où ils allaient. Qu’on leur crachait dessus.
  Non, il n’avait que des problèmes personnels.
  Et pourtant... pourtant... quand, un dimanche trop silencieux et solitaire, quand pour la première fois les larmes n’ont pu se tarir jusqu’au soir, qu’il a commencé à comprendre, et qu’il s’est enfermé dans sa chambre pour se tirer une balle dans la tête, il s’est mis en uniforme.

 

 

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Lundi 8 juin 2009

 


  Quel pataquès, dis donc. Ils n’ont pas bien supporté. Ils le savaient peut-être tout ça, mais ils ne voulaient pas qu’on leur dise. Ou alors, ils ne le savaient plus, va savoir… la force du nombre engendre sournoisement d’autres normes.
  Dans ce petit monde trafiqué et verbeux qu’on imagine être un monde, on laisse son petit journal (extime, dites-vous) grand ouvert sur une page choisie pas du tout au hasard, ses révoltes de clavier, ses rebellions hors sujet du courage, signés de frileux pseudos, et on gémit que la passante mal embouchée que je suis ait pu les lire. Et ait pu dire beuark. Foutaise !
  Sur un blog, n’importe lequel, la thématique qui intéresse tout le monde, c’est le blog.
  Et là, ça rapplique dans tous les sens, et ça rigole, ou ça s’offusque et ça pousse des petits cris..
  Alors tout vexés qu’ils étaient, ils ont lu et relu. Tout comme le lecteur du Parisien qui se précipite sur l’horoscope, parce que c’est la seule page du journal qui parle de lui. Avant de passer aux faits divers.
  Passionnant.
  Belle leçon.
  « À mon sens obtus, ils se ressemblent tous... farouchement dans l’insignifiance... Un petit peu plus un petit peu moins de plastronnage, de cuistrerie, tortillage, de velléités, d’onanisme. C’est tout ce que je peux découvrir !... Je me rends bien compte qu’ils essayent de faire des grands et des petits effets, qu’ils se donnent du mal, c’est exact pour faire lever un peu la pâte sur ces platitudes... mais la pâte ne lève jamais... C’est un fait... qu’on a beau prétendre le contraire, c’est loupé... ça flanche... ça découle...
  Et plus ils se décarcassent, se malmènent la pauvre traguitte, plus ils sonnent affreusement factices de tous leurs organes et tambours... Plus ils sont pénibles à regarder... plus ils déconnent intimement et plus ils s’ébullitionnent de rage et de haine !... qu’on s’en doute et s’en aperçoive... Ils ne peuvent plus émettre jamais que de "l’informe", c’est indiqué dans les oracles du magma, de "l’inorganique"... Ils ne sont plus assez vivants pour engendrer autre chose que des histoires creuses et qui ne tiennent plus debout... Ce sont des grossesses nerveuses, infiniment prétentieuses, autoritaires, susceptibles, délirantes, d’orgueil. »

Louis-Ferdinand CÉLINE, Bagatelles pour un massacre 1937

(évoquant des écrivains parisiens, ses contemporains bobos)

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Vendredi 29 mai 2009

 

 

   Ah que c’est triste ! Affreux ! Ils ont les humeurs et les sangs à l’envers, un sang d’encre qui ne coule plus sur la page web ! Misère ! Ça coagule d’immobilisme, la posture était trop dure à tenir ! Et ça contagionne et métastase dans tous les sens ! La relation de l’homo blogum vulgaris à sa chose se complique dans les grandes douleurs ! Le monstre est gourmand, exigeant, la fonction a créé l’organe et l’organe est devenu vital ! il a pris le pouvoir, il le domine, il lui en fait baver ! Le chœur des pleureuses nous le fait tout en vibrato !
   Ils se posent des questions, et ils angoissent métaphysique, les pauvrets ! Et ils craquent, anéantis par la démultiplication de leurs ambitions impossibles.
   Et un jour, le blog se referme comme la coquille vide d’une matrice fétide, exhalant un dernier charabia d’agonie sur son créateur.
  Il se pensait le roi du monde, dressé sur la pointe des pieds en haut de son minuscule podium à ego, ce petit tribun de son moi immense. Face à une tribu qui déserte, absente et ingrate, la salope. Il y avait quelques clampins désœuvrés, chasseurs d’amitiés factices. Mendiants prosternés devant des solitudes miroirs.
  Et là, d’un coup, il se sent très seul. Les courtisans n’étaient que des passants. Qui déambulaient sur les chemins de l’empathie facile, et de la sympathie approximative, postillonnant des petits mots creux. C’était un terrible effort d’y croire quand il n’en reste presque rien. Des fidèles sans lendemain et sans visages, avec des faux noms et l’esprit flou. La flatterie facile dégoulinant de leurs virtuelles bouches sans voix, la compassion en bandoulière, errant de pages en pages, d’intimités répandues en confidences indécentes. Mateurs chez les autres, et exhibitionnistes dans leur cabane en paille de petit cochon. Échangisme d’inspirations anémiques et d’états d’âmes clones.
   C’est très con un journal intime, quand la confidence n’est plus un murmure complice, mais un strip-tease en place publique. C’est super naze si tu y regardes de près, ces blogs à tout faire. Ils sont comme des trous noirs. Celui qui en accouche finit par tomber dedans.
   Ou bien il part s’accrocher tout seul à la potence du non-sens.
   Il ne pense qu’à ça toute la journée. À son grand déballage du soir, à son spectacle sans son ni lumière, sa petite mise en scène quotidienne. Et pour bien plomber la chose, il est souvent plus prompt à gémir qu’à rire.
   Ah ! Regarde comme je souffre bien ! Comme j’ai la larme gracieuse et élégante, n’aie pas peur d’approcher, elle ne mouille pas, elle ne tâche pas celle-là ! Mais si tu pouvais compatir, m’applaudir, et aussi fermer ta gueule quand je dis des horreurs…
   Parce que oui, il y en a des mochetés, des culs malpropres et des saloperies étalées, mais l’intime c’est sacré tu vois, on ne touche pas, on ne juge pas, même si on te met le nez dedans. On ne l’ouvre pas en grand, on regarde par le trou de la serrure, et par tous les trous qu’on te présente d’ailleurs, sans jamais ne rien dire à moins d’être désigné comme un frustré arrogant. La contradiction est malvenue, la remarque doit être emballée avec précaution. On ne se dégoute pas, on indulgence à tout va. On se contorsionne l’intellect pour se dire, parce que c’est l’usage, que l’autothérapie en plein air, ça a forcément du bon s’ils disent que ça leur fait du bien. Si au moins ça avait l’air vrai, ce bien qu’ils se font…
   Alors on part en balade sur les petits blogs à fond noir des bérénices, des petite-fleur, des chat-sauvage, et autres princesses et poètes de fond de chiottes. Et on y cueille des fleurs fanées de honte entre les halètements d’une boulimie de points de suspension qui se veulent soupirs et mystère. On y voit de belles images aussi. Images prétextes pour vous ravir… non ! pour les cacher, les travestir, ces vilains niais !
   Alors on prend une autre route, histoire de voir, d’explorer la forêt des ego. On a des petits élans d’affection pour quelques perfectionnistes d’un art maitrisé, pour des talentueux discrets, on se marre de quelques débats d’idées, finalement ils s’amusent au moins ceux-là, ils ferraillent avec leurs contradictions, quand ils se font chier ils les fabriquent ces contradictions pour jouir d’une joute de plus, ils ont le verbe haut et facile, ils ont la méchanceté efficace, c’est drôle.
   Un peu plus loin, il y a quelques vestiges d’une aristocratie déchue, ceux qui se sont fait doubler par le nombre, et qui ne savent pas s’ils doivent l’accepter ou jouer de l’entre-soi comme des vieux cons et des sales dindasses acariâtres. Les dinosaures sont malheureux, mais les aristos c’est fait pour se faire couper la tête, n’est-ce pas, et ça n’a jamais fait aucune révolution. Pas plus ici que dans l’Histoire. Alors, ils continuent à disserter la bouche en cul de poule sur l’outil qu’ils ont tant aimé. À la manière d’une discussion qui n’en finirait pas sur des tournevis et des clés à molette dont ils n’ont finalement pas fait grand-chose.
   Au virage suivant, on croise une armada de mères Teresa. Ceux-là, ils aiment tout le monde, toutes les bonnes causes sont les leurs. Trémolos. Du bébé phoque au Darfour, tout les émeut, ils en font une affaire personnelle, et vous livrent deux ou trois lignes d’une analyse très fouillée de la situation. Ils sont merveilleusement bons et généreux. Ils veulent qu’on les aime au moins pour ça. Faut pas leur dire qu’ils sont bidons, c’est méchant.
   Et on bifurque encore, on se retrouve chez les crados, les gros dégueulasses, comme celui-là tiens, qui avait des prétentions. Actes Sud sinon rien, grognait-il ! Il se libère lui aussi, il fait ses écritures, un peu de sperme, un peu de larmes, un peu de merde, au moins c’est coloré, et ça te met du relief sur ses fictions pédo-littéraires. Quand je te dis qu’il y a des horreurs. Mais chut. Ta gueule. Ferme-la, ne dis rien, tu es ici sur un espace de liberté, d’intense créativité. C’est un crachoir ? Un urinoir ? Mais non ! C’est un blog !
Il expose, il y a vernissage tous les jours ! Oui ! Il s’expose à la critique aussi ? Au jugement ? Ah oui, mais non. Faut rien dire, t’as pas le droit, laisse donc les narcisses en plastique s’épanouir dans les cloaques, les tombes sont béantes, grandes ouvertes, t’as qu’à pas y aller après tout. Mais c’est si drôle. Tu connais ce dicton : quand je me vois je me désole, quand je les vois je me console. Et bien voilà ! pourquoi s’interdire d’y aller, de s’en morfaler de profondes bouffées qui puent l’autopsie ? Et admettre sans tortiller du fion qu’ils sont à la limite de l’atteinte à la dignité humaine, et une immense insulte au bon goût. Littérature mon cul. Il n’y a pas de littérature. Les rimes merdiques, c’est pas de la littérature, le passé simple c’est pas de la littérature, les points-virgules non plus. Je ne sais pas ce qu’est la littérature, mais c’est pas ça, évidemment.
   Que c’est misérable cette incapacité à la solitude.
   Ils quémandent, leurs blogs cannibales se nourrissent de vous, disent-ils, c’est affiché à l’entrée, pliez-vous à la règle, soyez généreux, balancez-leur des petits papiers sous leur porte, ils croient qu’on les aime.
   Et ils continueront à se raconter, s’enjoliver, jacasser, pérorer, bomber du torse, du nibard ou du cul qu’ils doivent avoir aussi triste et flasque que leur propos.
   Ils continueront à pleurnicher sans grâce aucune, juste pour avoir l’air triste, c’est tellement romantique et séduisant la tristesse… C’est un si joli fond de commerce. Tu leur jettes deux mots mignons tout plein, ça t’engage à rien, et ils te remercient comme si tu venais de leur décrocher la lune de ta sœur ! et vous devenez amis. C’est adorable, n’est-ce pas.
   On devrait avoir pitié, mais même pas. C’est juste grotesque. Et fascinant.
   Cet incroyable brouhaha de monologues intimistes et putassiers qui finirait par engendrer la répugnance de son prochain. Cette prétention à croire que tout peut être déballé et intéresser. Cette médiocrité de l’expression qu’on sauve à grands coups d’artifices, pour fabriquer des petites ambiances où le semblable se sentira bien, quelle escroquerie ! Cette vulgarité auto complaisante, ces simulacres de communication, cette masturbation collective pénible…
   Merde. Stop. C’est lourd.
   Vous êtes atteints de blogopathies multiformes.
   Amputez-vous du blog.
   Ou supportez le microscope sur vos gueules inconnues.

 

 

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« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
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