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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 18:40

 

 

  Ça m’est revenu en quittant le ministère de l’Intérieur hier après-midi.

  J’y étais allée pour rapporter un dossier de candidature pour l’accès au grade de capitaine, que j’avais reçu vendredi. La date limite étant le lundi suivant, hier donc, je n’avais d’autre choix que d’oublier la poste et le rapporter moi-même, et très vite, tout en me disant que si l’administration avait voulu que je ne fasse pas partie de la liste, elle n’aurait pas pu mieux s’y prendre.
  J’ai reçu un accueil conforme à ce que j’attendais. Froid...

 

 

à suivre dans Police Mon Amour

 

15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 00:03

 

 

  Il avait pour habitude de débarquer dans les postes de police par surprise. Il dédaignait de s’annoncer, et prenait tout le monde au dépourvu, c’était sa façon de faire. Une sorte de ruse, il était connu et redouté pour ça. On s’était dit qu’il aimait probablement observer in vivo les poulets en liberté dans leur habitat naturel, avant que le coq de la basse-cour n’ait pris soin de les aligner, vérifier la couleur de leurs chaussettes, les plis de chemise, et donné les recommandations d’usage.
  Il faut bien dire que ce n’était pas monsieur-tout-le-monde, et que la perspective de le voir débarquer n’importe quand, provoquait des sueurs froides à quiconque avait une responsabilité sur l’ordre, la discipline, ou du moins les apparences.
  Ce soir-là, il avait décidé de rendre visite aux effectifs du poste des G.C. Peut-être même allait-il y rester le temps de boire un café, et fumer une cigarette. Car il fumait beaucoup, on le savait aussi. Il avait donc laissé sa voiture en haut de la rue qu’il avait descendue seul, les mains dans les poches de son imperméable, et une cigarette aux lèvres.
  Le planton, qui avait aussi les mains dans les poches et qui fumait de même, l'avait d'abord regardé venir sans trop y prêter attention. L’homme était assez grand, il avait le pas de celui qui sait où il va, et une belle assurance se dégageait de lui.
  Il s’était arrêté devant la porte du poste de police.
  « Bonsoir.
  - Bonsoir monsieur. » avait répondu le gardien de la paix.
  Et puis il avait regardé cet élégant quinquagénaire aux boucles grises qui n’avait pas vraiment le style du quartier, et son visage s’était fendu d’un immense sourire. Il s’était alors retourné vers l’intérieur du poste et avait crié en direction de ses collègues.
  « Ho les gars ! Venez voir ! Il y a Darry Cowl qui vient nous rendre visite ! »
  Et se retournant vers l’homme :
  « Quelle bonne idée vous avez eue de passer cette nuit, monsieur Cowl ! J’adore votre humour, passez-moi l’expression, mais vos films me font pisser de rire ! »
  L’homme le regardait d’un air imperturbable, et restait silencieux.
  « Hé les collègues ! Il nous reste bien un fond de whisky pour trinquer avec Darry, bougez-vous, c’est pas tous les jours qu’on a la visite d’un comique ! »
  Le chef de poste était alors apparu sur le seuil, et d’une voix blanche s’était adressé à l’homme :
  « Mes respects monsieur le Ministre, si vous voulez bien vous donner la peine de rentrer... »
  Et il avait hurlé :
  « Fixe ! »
  Et monsieur Joxe, Ministre de l’Intérieur, était entré dans le poste de police.

 

 

Toute ressemblance ou similitude avec des faits et un ministre ayant existé, n’a rien d'une coïncidence fortuite. Messieurs Joxe et Cowl se ressemblaient pas mal. Surtout de nuit.
Récit tiré d’une histoire vraie.

 

 

récit tiré de Police Mon Amour

 

27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 18:25

 

 

 

une démission.
un mort.

 

 

22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 01:14

 

 

Écrit en souvenir de Philippe Fivet et de François Klein,
tués en service le matin du 30 mai 1985.

 


le mur du CP18

 

  Quand c’est arrivé, je commençais à devenir flic en banlieue. J’avais appris la nouvelle à la radio. Banalement. Aux infos. Juste avant la météo. Rubrique des faits divers.
  Ça avait été dit en quelques secondes, d’un ton neutre, égal et monocorde, qui ne faisait pas la différence avec le reste. Comme pour une information que l’on oubliera en même temps qu’on coupe le son. Quelque chose qui ne fera pas date, sans mémoire, dont on ne reparlera pas. Juste un fait divers...
  Mais pourtant... j’avais porté les mains à mon ventre avec comme une envie de vomir. À cause de l’impact. Insupportable fait divers. Malgré moi, l’anxiété projetait derrière mes yeux, juste là où il ne sert à rien de les fermer pour ne pas voir, une scène, des images, du son...
  Là-bas, j’avais des amis. Et à la radio, ils n’avaient pas donné de noms.
« Attaque d’un convoi de fonds en plein Paris. Sur le dix-huitième arrondissement. Ce matin. Les braqueurs qui ont pris la fuite ont abattu un convoyeur et deux fonctionnaires de police. »

  Quelques années plus tard, je passais tous les jours devant leurs portraits accrochés au mur. Deux sourires en noir et blanc et en uniforme, deux jeunesses figées entre deux dates, le temps d’une mise à mort.
  Je connaissais bien l’endroit où le drame avait eu lieu, à l’angle de deux rues dans un quartier à l'avenir délabré, dont le seul charme était les habitants, mes voisins. C’était tout à coté de chez moi, et je passais souvent devant les impacts de balles laissés dans le béton, en forme de rafale, très précisément d’en bas à gauche vers la droite en haut. Le mur était resté tel quel, tout comme un trou dans un poteau où une balle était restée prisonnière. Ils étaient tombés là.
  L’intervention n’avait pas duré très longtemps. Les braqueurs étaient lourdement armés, et très organisés. Il y a eu un échange de coups de feu, et les collègues ont été touchés.
  Le premier a pris une balle en pleine tête, sa boite crânienne avait éclaté, éjectant son cerveau à plusieurs mètres de là. Le second, déjà atteint d’une balle et gravement blessé, tentait de se mettre à l’abri quand un des malfaiteurs s’était approché de lui. Avant d’essuyer une rafale, il avait eu le temps de passer un dernier message à la radio. « Dis-leur que ce sont des tueurs, et qu'ils m'ont achevé sur place… »
  Un autre était parvenu à ramper sous un véhicule qui stationnait là. Avant de prendre la fuite, un des hommes avait mis un genou à terre, il avait aligné son pistolet mitrailleur très près du sol, et presque à bout portant, il avait tiré, ne transperçant que la manche de l’uniforme. Les autres avaient tenté une progression désespérée au milieu des coups de feu et des vitres de voitures qui volaient en éclat, incapables d’arriver jusqu’à cet épouvantable râle du collègue qui mourrait, perdant tout son sang sur le trottoir.
  Les braqueurs avaient réussi à prendre la fuite, et peu après, avec la cohorte des enquêteurs et commissaires, le préfet de police était arrivé sur place. Il s’était ému du fait que les policiers intervenants n’avaient pas le képi sur la tête, et en avait fait la remarque à un officier…

  Tous les ans, à la date anniversaire, on organisait une minute de silence, au pied de ce mur criblé de balles. A plusieurs reprises, il avait été réclamé l’autorisation d’accrocher là, une petite plaque avec les deux noms de nos collègues. Et à chaque fois, on nous opposait un refus. Le mur appartenait à la SNCF m’avait-on dit, et ils ne voulaient pas qu’en y mettant une plaque, on le saccage, qu’on fasse des trous dedans.
  Alors on a gardé les deux noms au chaud avec nous, sur le mur du poste de police, à coté des autres flics morts.

 

 

extrait de Police Mon Amour

12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 01:36

 

 

  C’est une nuit comme les autres.
  Et c’est un planton comme celui d’avant la relève, comme celui de la veille et de l’avant-veille à la même heure, devant la porte d’un commissariat parisien pareil à tous les autres.
  À cette heure-là, il y a moins de passage, on s’ennuie un peu, mais il faut être là, et tenir compagnie à la porte...

 

 

à suivre dans Police Mon Amour

 

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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