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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 18:30

 

Picole

 

  Je me demande si un pacte n’aurait pas été signé entre le ministère de l’Intérieur et les syndicats de police, lesquels se seraient mutuellement promis de faire passer la police nationale pour une bande de types irrémédiablement infréquentables.

   Quoi qu’ils disent ou qu’ils fassent, aussi bien les uns que les autres, ils engagent ceux qu’ils représentent ou dirigent. Ils engagent leur image, le sens de leur métier et leur crédibilité, à tous collectivement. Sans se soucier des conséquences, l’important étant d’occuper l’espace médiatique. La police devient plus qu’à toute autre occasion - et au-delà des expériences personnelles qu’on a d’elle - un énorme singulier - LA police - qui endossera le costard mal taillé du dernier qui aura parlé.

   Cette parole publique prise au nom d’une institution qui, statutairement et réglementairement, a le devoir de se taire, participe très activement à l’élaboration de l’opinion publique qui n’est déjà pas très bien disposée vis-à-vis de la police.

   Le fonctionnaire de police, lui, ne dit rien, ou presque, ou au risque d’être sanctionné, parce qu’il est soumis à l’obligation de réserve, la discrétion professionnelle, protection du secret professionnel et du secret de l'enquête, et tout un tas de petites entraves légales à la liberté d’expression. Même la liberté d’opinion se doit d’être manipulée avec une infinie précaution, le devoir de réserve ayant, intentionnellement, des limites assez floues.
   Je n’ai rien contre le devoir de réserve au sens strict. Logiquement, il tient bien davantage de la retenue et de la discrétion, de la modération et du respect, que de la censure et du camouflage. Mais le pli est pris, et dans le doute cette construction jurisprudentielle se traduit le plus souvent par un silence prudent.

   Les syndicalistes savent que la parole policière est frileuse, sévèrement encadrée, et de fait ils en ont donc le monopole. Mais ils ne se définissent pas pour autant porte-parole… pas plus qu’ils ne le sont d’ailleurs, et ça leur est souvent reproché. Le mandat syndical, c’est à dire la faculté de formuler et faire remonter les revendications professionnelles vers le sommet de la hiérarchie, celle qui décide, est une infime partie de leur fonction. Auparavant, il faut s’occuper du déroulement de carrière des uns et des autres (mais surtout des autres s’ils sont permanents syndicaux), des mouvements de mutations, participer à des mesurettes de surface pour justifier le coût des cotisations syndicales, et surtout énormément se plaindre des réformes importantes (RGPP, réforme de la garde à vue, LOPPSI 2, etc) qu’on aura regardé se faire et se voter sans moufter - ou si peu - histoire de garder de l’énergie pour pondre à un rythme diarrhéique des tracts de lamentations, mondieustaffreux et pauvre France
   Mais jamais ô grand jamais s’aventurer sur la voie de la contestation, ou mieux de l’action. Celle qui mettrait l’administration au pied du mur, chatouillerait les médias pour la bonne cause, et ferait des problèmes rencontrés par la police quelque chose d’audible, compréhensible et bien accueilli par la population. Ce serait un lien police-population comme un autre après tout, celui des difficultés partagées. Quelque chose qui n’entraverait pas le service public. Qui ne mettrait pas la sécurité en péril. Quelque chose de simple. Soit dit en passant, et ce ne sont pas les idées qui manquent…

   Donc, par défaut - et à défaut d’autres interlocuteurs - les syndicats représentent la police, ils ont un mandat via des élections, et donc la légitimité d’organisations bavardes, hargneuses, mais peu efficaces.

   Quant au(x) ministre(s) de l’Intérieur, ils ont la légitimité de la toute-puissance exécutive, ils n’ont pas d’obligation de réserve identifiable et, de plus en plus, se plaisent à distiller aux médias qui en sont très friands, leurs opinions personnelles, blagues, gaffes et fausses gaffes, et qu’importe qu’elles aient l’air de beaufouilleries de comptoir. Qu’importent aussi les effets secondaires de ces tirades sur les effectifs de police en terme d’impact médiatique et d’impopularité.

   À force, de ce coté là, le fardeau finit par être lourd. Par procuration, il faut trimballer dans une besace de flic : un Kärcher à dégommer la "racaille", un "prototype d’Arabe mais pas un de plus parce que quand il y en a beaucoup il y a des problèmes", une "immigration incontrôlée et plein de gens qui ne se sentent plus chez eux", la solidarité à des policiers ripoux, l’indulgence ministérielle pour ceux qui ont manifesté en uniforme devant un tribunal, le mode d’emploi de la laïcité catholique et française, de la pédagogie à faire tomber les niqabs, et toutes sortes d’héritages d’états d’esprit et d’états d’âme dont on se passe très bien pour faire de la vraie police.

   Pourtant, émergeant de la grande partouze médiatique, le dernier gag surréaliste est arrivé cette semaine par voie syndicale.
   On en a été abreuvés – c’est le cas de le dire – par la presse : c’est l’histoire du soutien inconditionnel au quart de rouge et à la binouze du CRS.
   L'origine de ce drame figure dans les archives de Backchich.info qui n’a que ça à foutre de prendre en photo des CRS se désaltérant à l’heure du casse-croûte, une canette à la main, autour de leur car. C’est certain que c’est moins risqué qu’un vrai reportage en maintien de l’ordre. Bref, la direction émet un rappel à l’ordre via une note de service. Ça aurait pu en rester là, charge aux CRS de faire appliquer cette note ou de se planquer pour boire leur mousse.

   Mais non, il a fallu en faire un combat syndical, menacer de conflit ouvert, c’est dire à quel point la profession se porte bien s’il ne restait que cet "acquis" à défendre !

   Comme le sujet n’est professionnellement pas très vendeur, on parle de traditions, de convivialité, on tente un peu d’humour "On veut faire de nous des curés, mais sans le vin de messe", mais ça tombe à plat.
   Et de façon tout à fait prévisible, c'est toute la police - et les CRS en particulier - qui est la risée de l’opinion.
   Elle était déjà présumée raciste, brute, idiote, cette police nationale, eh bien la voilà, intervention syndicale en renfort et médiatisation à l’appui, portée sur la bibine. N’en jetez plus, merci. Comment pouvait-on imaginer que tout ce pataquès puisse être traduit autrement par une vox populi par nature défavorable et soupçonneuse ?
   De quel œil ceux qui estiment opportun de défendre cet usage verraient un verre de vin sur le bureau d’un médecin, ou une canette de bière dans la main d’un conducteur de bus scolaire ?
   Comment peut-on ne pas se figurer qu’il vaut mieux sacrifier une habitude, aussi anodine soit-elle, à l’image d’une profession, et que ça ne devrait même pas être négociable ?
   Grâce à ce combat cache-misère, ce plaidoyer bidon pour le quart de rouge en CRS, c’est chaque flic qui s’expose aux sous-entendus et railleries sur la voie publique. Comme s’il fallait encore en rajouter…

   Il n’était pourtant question ni d’alcoolisme, ni d’ivresse. Simplement d’image. De priorité et de cohérence avec le port de l’uniforme et de l’arme. Et de respect.

 

mise à jour du 27 avril 2011
CQFD dans le Canard Enchainé
et voilà une opération de communication très réussie.

CRS canard

d'autres commentaires sur AgoraVox [lire]

Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 15:12

 

alliance

 

 

  L’article du Point n’a guère besoin de commentaires.
  Un syndicaliste qui monte en grade, c’est un peu comme un parlementaire qui se vote une augmentation ou petite prime entre soi. Ça va tout seul, ça ne se discute pas puisque tout le monde est d’accord, c’est non négociable avec ceux qui t’ont élu, et ça ne peut même pas s’appeler "magouille" puisque c’est partie intégrante de la règle du jeu.
  Et quand un syndicat est très proche de la majorité au pouvoir – pour ne pas dire qu’il est son petit bras armé (pour ne pas dire aussi : diamétralement opposé à la notion de contre-pouvoir) – la chose se passe encore mieux, avec un sourire béat sur la face des promus et sans aucun scrupule.

  Voyons voir...

  Nous avons là une police nationale qui a commencé une lente asphyxie, faute de moyens, d’effectifs et de projets. Au point d’ailleurs, que les deux syndicats d’officiers (Synergie et SNOP) viennent l’un après l’autre d’indiquer à leurs adhérents et collègues, la façon d’obtenir la prime d’indemnité de départ volontaire. C’est dire comme ça sent le roussi. Des syndicats professionnels qui vous donnent la marche à suivre pour dégager, le mode d'emploi de la démission, c’est plutôt surréaliste.

  Les effectifs de police sont démotivés comme jamais ils ne l’ont été. La majorité des flics préfère aujourd’hui être des fonctionnaires que des policiers. Encore une fois, courage fuyons. Fuyons le sens de ce métier, trahissons notre vocation puisqu’elle nous a trompés, ne nous posons pas trop de questions car nous ne pourrons être que déçus. Et puis, à bien faire son boulot on ne récolte que des emmerdes. Appliquons les quotas, baissons la tête, et efforçons-nous de rentrer entiers à la maison.

  Et au milieu de tout ça, on nous donne à observer des syndicalistes faire la fête du galon, devenir des chefs – préfet, même…- sans jamais s’être sali les mains à la crasse du terrain - ou si peu – et se préparer une retraite plus juteuse que celle des petits camarades du même grade.
 C’est indécent. Indigne du mandat de représentativité qui leur a été confié.
 Et si ce n’est pas nouveau, c’est de plus en plus mal perçu et on le comprend.
 Il y a comme une distorsion entre la carrière et l’avenir radieux de ces gens-là, et le mérite complètement anonyme de ceux qui travaillent, font de la police au quotidien, et payent des cotisations syndicales comme des assurances-vie au cas où.

  Le plus triste est que tout ça n’a plus vraiment d’importance.
  La véritable alliance – entre la politique, ce syndicalisme et une base qui n’a pas eu d’autre choix que de transformer sa déprime en indifférence – a consisté à laisser filer les prérogatives de la police nationale.

  Le nez dans le guidon, quand on nous montrait la lune, on a regardé le doigt.  [lire]

Published by le flic - dans syndicalisme
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 23:06

 

Hebdoff

 

  Synergie-Officiers, un syndicat qui a le sens de l’humour, indique – du haut de sa très haute bienveillance – une façon de quitter la police nationale.

  Dans sa feuille de chou du 20 avril, drôlatiquement intitulée Hebd’OFF, ces représentants du personnel qui se sous-titrent pour la défense de tous les Officiers de la Police Nationale, vous indiquent qu’en période de disette d’effectifs et de déficit de vocations policières, la meilleure chose est peut-être de prendre de la thune et partir sans se retourner.
  Bah oui quoi, la réduction des effectifs de police, l’hypothèse (excessivement) plausible de se voir à moyen terme, peu à peu remplacés par des polices municipales, des sociétés de sécurité privées et des caméras de vidéosurveillance, tout ça, tout ça...
quelle importance...
  Il n’y a pas de lutte finale, pas que ça à foutre.
  Positivons, anticipons chers collègues, et tirons-nous avant que le bateau coule !

  Le recrutement, le maintien de l’emploi et des prérogatives républicaines de la police nationale, et toutes ces revendications hors propos... à d’autres !

  Le syndicat Synergie-Officiers, entendez "syndicat défendant les intérêts des cadres officiers", vous transmet le texte du décret portant sur l’indemnité de départ volontaire de la fonction publique.
  Et là, t’es content d’avoir cotisé.

  J'ai l'honneur de porter à votre connaissance le décret suivant :

 

indemnité de départ volontaire de la fonction publique

Textes de référence : Décret 2008-368 du 17 avril 2008
Circulaire DGAFP B7 n°2133 du 21 juillet 2008



Une indemnité de départ volontaire peut être attribuée aux collègues qui quittent définitivement la fonction publique à la suite d’une démission régulièrement acceptée.

Conditions
Avoir accompli la durée totale des services exigés à l’issue d’une formation (par exemple après engagement décennal ou congé formation) ;
être à plus de 5 ans de l’âge d’ouverture des droits à pension (les parents de 3 enfants doivent choisir entre cette indemnité et la liquidation anticipée de leur pension, sans pouvoir cumuler les deux dispositifs) ;
ne pas être admis à la retraite, licencié ou révoqué ;
ne pas percevoir l’indemnité de résidence à l’étranger.
Les collègues en disponibilité, en congé de présence parentale ou en congé parental peuvent bénéficier de cette indemnité.

Démarche
Avant de demander sa démission, le collègue doit adresser à l'administration une demande d’attribution de l’indemnité de départ volontaire, en précisant son motif qui peut être :
pour créer ou reprendre une entreprise ;
pour mener à bien un projet personnel.
L'administration doit accueillir "favorablement" les demandes liées à la création d’entreprise, mais peut refuser les demandes autres au motif des nécessités de service. L’administration informe le collègue demandeur de sa décision et du montant de l’indemnité qui lui sera attribuée. Ce n’est qu’après cette étape que le collègue présente sa démission à l’administration, qui dispose d’un délai de 4 mois pour lui répondre.

Montant de l’indemnité
L’indemnité correspond à 24 fois un douzième de la rémunération annuelle brute perçue l’année civile précédant la demande (traitement indiciaire brut + indemnité de résidence + supplément familial de traitement + primes + indemnités). Pour une demande faite en 2008, on prend donc en compte la rémunération annuelle 2007. Pour les collègues qui étaient en disponibilité ou congé parental l’année civile précédente, la référence sera la rémunération perçue la dernière année civile rémunérée.

Versement
Dans le cas général, l’indemnité est versée en une seule fois.
Dans le cas de démission pour création d’entreprise, l’indemnité est versée en deux fois : une moitié à l’envoi du K-bis attestant de l’existence de l’entreprise dans les six mois suivant sa démission, l’autre moitié à l’issue du premier exercice à l’envoi des pièces justifiant la réalité de l’activité de l’entreprise.

Attention : si, dans les cinq années suivant sa démission, un collègue est recruté en tant qu’agent titulaire ou non titulaire pour occuper un emploi dans l’une des trois fonctions publiques, il doit rembourser le montant de l’indemnité de départ volontaire au plus tard dans les trois ans qui suivent son recrutement.

 

 

  Finalement, je vais étudier cette possibilité.
  Après vous le déluge.

 

Hebd'OUF en pdf

Published by le flic - dans syndicalisme
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 00:26

 

 

  Reçu en commentaire de l’article précédent [lien]
  Ce que j’en dis ? Pas mieux.

 

  Pourquoi croyez-vous que notre institution est devenue la nouvelle grande muette ? Pourquoi croyez-vous que notre corps civil se tait docilement devant les absurdités de nos hauts fonctionnaires du MININT (en novlangue), devant les discours convenus de nos représentants syndicaux nationaux et devant toutes les conneries qu'elle entend chaque jour à son sujet ou sur la situation sécuritaire de la France ?

  Alors on nous rabâche le devoir de réserve en y mettant ce que l'on veut pourvu que ça fasse taire la base... Trop de bon sens, trop de vérités pourraient être explosifs !
  Et ce devoir, on nous l'impose à coups de menace, de mutations dans les placards pour les plus courageux, de coalitions entre délégués syndicaux de haut rang et hiérarchie pour tuer dans l'oeuf toute vérité bonne à dire... Voilà pourquoi peut-être ce collègue crie son désappointement de manière anonyme !

  On nous rabâche aussi notre devoir, celui d'être garant des libertés fondamentales et de la République. On nous fait bouffer à l'indigestion un code de déontologie. Et pour quoi ? Pour faire de nous des sous-citoyens de cette République ?!
  Le flic est présumé coupable sans que jamais nos syndicats se mouillent la chemise pour réclamer le droit à la présomption d'innocence comme on l'accorde à la première crevure venue.
  Le flic n'a pas le droit à la liberté d'expression et de pensée sans cacher son nom sous peine de sanctions déguisées, menaces, parfois syndicales !
  Si les collègues sont aujourd'hui furieux contre vous, syndicalistes, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas eu leur mutation malgré votre racket annuel... Pardon, le timbre syndical.
  Aujourd'hui s'ils sont furieux, c'est parce qu'ils attendent des syndicats qu'ils soient un contre-pouvoir de notre administration. Qu'ils défendent les plus méritants pour que soit reconnu à juste valeur leur travail.

  Or, les syndicaux dans la police (et la FPE et FPT en général) ne sont plus un contre-pouvoir depuis très longtemps. Ils sont devenus un des pouvoirs dans le système. Si on veut muter qu'importe vos qualités tant que vous êtes syndiqués. Payer l'impôt révolutionnaire est le seul sésame dans la boîte. Du coup, comme les syndicats sont devenus incontournables, qu'ils font leur fortune sur "la vente des indulgences" comme l'Église en son temps, ils se divisent pour récolter les miettes données grassement par l'Administration.
  Et puis les syndicats ont vite compris qu'ils feraient bien plus de business en protégeant les cas sociaux de la boîte plutôt que les plus méritants et ceux qui risquent vraiment leur vie, leur intégrité physique et de plus en plus leur job en bossant vraiment.
  Comme m'a dit un jour un des chefs qui m'a formé : "si tu veux muter rapidement, faut être une sous-merde que tout le monde veut voir partir... En plus, les syndicats adorent cette manne financière."
  Tout a été dit par ce chef connu pour son bon sens terrien.

  Les syndicats, à l'instar de notre administration, ont tout intérêt à continuer cette infantilisation, ce clientélisme pour ne pas dire cette crapulerie institutionnelle.
  Un flic qui se tait est docile. Si les flics avaient le droit d'expression sans être menacés dans leur carrière, ils feraient tomber des gouvernements entiers.
  Ce que l'on sait est explosif. Nos constats effrayants. Et notre connaissance de l'étendue du mensonge étatique trop dangereuse pour beaucoup trop d'intérêts... Les syndicats les premiers.

  Et si Bénédicte a beaucoup de mesure, moi j'en ai beaucoup moins. Je n'ai connu qu'un seul délégué qui n'était pas une tanche au taffe. C'était un délégué d'un syndicat ultra minoritaire à des années lumières de mes opinions politiques. La seule fois où j'ai eu besoin des syndicats, tous se sont dégonflé comme des merdes, sauf lui. Je lui ai dit que jamais je n'adhérerai à son syndicat au vu de nos divergences politiques. Malgré tout il est monté au créneau avec moi. Son intérêt ? Aucun !
  Il a fini par me dire qu'il n'aurait jamais pu être dans un syndicat majoritaire parce qu'à partir du moment où on a quelque chose à vendre, on n'est plus un contre-pouvoir libre. Là encore, le bon sens d'un flic qui devrait pouvoir l'ouvrir sans subir la censure institutionnelle.

  Si vous voulez arrêter de chouiner devant la mollesse de vos collègues pour les soi-disant combats que vous nous ressassez, commencez par vous libérer de l'administration en ne faisant plus partie du pouvoir en place. Pourquoi un syndicat devrait choisir qui doit ou ne doit pas muter ?

  Et si vous voulez vendre des combats auxquels les collègues adhèrent, soyez des flics comme les autres, avec des problèmes et des vies de flics. Peut-être verrez-vous que vos revendications sont complètement à l'ouest, que vos combats n'intéressent que vous et les cas sociaux que vous protégez, quand vous n'en êtes pas vous-mêmes...
Si demain au lieu de casser mes acquis de flic de VP pour consolider ceux des postes aménagés de délégués départementaux ou autres, si demain au lieu de nous présenter vos avancées comme des victoires alors qu'on a reculé de trois pas pour avancer de deux, si demain vous vous battez pour ce que veulent vraiment la majorité des collègues qui bossent, peut-être effectivement que l'individualisme, la soumission au système et le côté réceptif au clientélisme que vous proposez prendra fin. Peut-être aurons-nous envie de nous battre pour cette boîte...

  Parce que c'est tout de même énorme de voir que l'immense majorité des flics rentrent par amour du taffe, par volonté de servir et que cet amour, peu le perdent après les années. Mais quand la haine de l'institution et des syndicats devient tellement forte qu'elle arrive à nous faire espérer que l'institution s'écroule sur ses fondements de merde, là on voit l'étendue du malheur !

  Syndicats, battez-vous pour qu'on devienne une police professionnelle et apolitique, avec le droit de l'ouvrir dans les débats civiques. Et là, on vous suivra... Mais personne se tire une balle dans le pied n'est-ce pas...

 

 

Published by le flic - dans syndicalisme
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 19:26

 

 

  J’en ai croisé pas mal des syndicalistes, et j’ai vu de tout.
 Des feignants, des trouillards, des mauvais flics reconvertis délégués à titre de prétexte, des types avec des sourires de vendeurs de voitures, des complexés en mal de pouvoir et d’emprise sur leurs semblables, des carriéristes qui voyaient là un tremplin efficace vers la politique, et qu’importe qu’elle fut du bord opposé.
  J’ai souvent vu un corporatisme éhonté, gardiens de la paix d’un coté et cadres de l’autre, adversaires comme s’il n’y avait pas plus d’intérêts que de possibilités de combats communs. Comme s’il ne s’agissait pas du même métier, et qu’il fallait davantage jouir d’un grade que d’une vocation. Comme si la qualité de fonctionnaire de police devait primer sur celle de flic...
  J’ai vu des gens malhonnêtes, avides d’une misérable notoriété, instrumentalisant les conditions de travail de leurs collègues jamais éprouvées par eux-mêmes, pour se hisser près des caméras et des micros, ou s’imaginer important à faire les yeux doux à un ministre ou son chef de cabinet.
  J’en ai vu aussi qui étaient plus exaltés par leur propre discours que par un hypothétique résultat de celui-ci.
  J’en ai vu marchander l’avenir des uns au détriment de celui des autres, pour le prix d’une cotisation.
  J’en ai vu bander d'autosatisfaction, parce qu’un collègue les suppliait de l’aider.
 « On va voir ce qu’on peut faire… »
  Mais j’ai aussi rencontré des syndicalistes formidables.
  Moins souvent, mais j’en ai connus. Des flics qui avaient le sens du bien commun. Qui avaient réussi à mettre en harmonie profession et métier.
  J’en ai connus qui ne subordonnaient pas carrière et avancement à leur mandat syndical. Des vrais militants - si ce mot peut encore avoir un sens noble et la saveur du désintéressement. À la fois bons policiers, et représentants intègres et justes de leurs collègues.
  Des vrais flics qui envisageaient le syndicalisme au-delà de toute affinité politique. Simplement parce que l’avenir d’un métier se projette bien plus loin que le temps d’un mandat ministériel ou d’un quinquennat.
  Ceux-là qui comme nous, ont parfois cette utopie d’un syndicat unique. Parce que le métier est difficile, impopulaire, décrié, dangereux, et le sera de plus en plus. Parce que l’individualisme est un cancer, et que peut-être plus que d’autres nous avons besoin de solidarité.


  Message d’un collègue aux syndicats de police :

 Pour ma part je vous le dis tout net, je n’irai pas voter aux prochaines élections professionnelles, parce que je n’adhère pas à ce système mafieux qui fait que l’on est muté que si l’on est syndiqué.

  Quelle belle vidéo que celle vantant les reculées de nos acquis et encore une fois, faisant la comparaison entre syndicats (nous on fait ça, voilà ce qu’on fait les autres, votez pour nous!) qui nous demande de nous battre pour des réformes qui sont déjà en place, comme si on devait prendre le train alors qu’il est déjà arrivé en gare.
  Je ne crois plus aux belles paroles. Preuve en est, un de mes gars qui vit séparé de sa femme et de sa fille depuis deux ans, alors qu'elle est fonctionnaire d'état et attend son mari dans une caravane parce que nos salaires ne nous permettent pas de vivre mieux. Les syndicats s’occupent de son dossier parce que je pensais - naïf que je suis - que c’est l’administration qui nous mute, mais non... On lui promet la mutation s’il prend sa carte, appelez ça comme vous voulez, moi j’appelle ça du chantage.
  J’en profite, mes chers syndicats, pour vous remercier de votre engagement à tâtons dans les conseils de discipline, parce que chez nous la deuxième chance n'existe pas, on vous laisse sur le bas côté, sans solutions de reclassement, certains finissent vigiles en supermarché, avec le ricanement des gens que vous avez arrêtés.

  Pour finir de vider mon sac et que chacun comprenne bien : le 6 janvier dernier à Chessy, je faisais partie de cette haie d’honneur avec une poignée de baqueux, et nous avons pu constater encore une fois l’intérêt que nos syndicats ont porté à cette affaire.
  Aucune déclaration ou protestation, j’ai appris la cérémonie grâce à facebook, rendez vous compte... Pas de témoignage de solidarité affiché dans les commissariats. On m’a demandé de faire suivre par mail la date de la cérémonie aux syndicats afin qu’ils préviennent un maximum de gens. On attend encore le communiqué !
  Quand je vois que certains d’entre nous se posent la question de la raison de notre déplacement sur place, et qui ne savaient même pas qu’un Major était mort dans l’exercice de ses fonctions, je me dis qu’on est mal barrés.
  Je n’ai pas à me poser cette question quand je passe chaque jour devant la stèle des policiers morts pour la France.

  À cette cérémonie, j’ai vu des policiers avec leurs enfants en poussettes bravant les moins 5 degrés, parce qu’ils voulaient honorer une dernière fois un homme de 52 ans. On nous a donné le choix entre être parqués dans un gymnase, plein à craquer ou rester dehors, la cour du commissariat de Chessy étant trop petite pour accueillir ministre et feuilles de chênes, agglutinés derrière lui pour la photo.
  Ordre, contre ordre et désordre parce que le "protocole" nous interdisait de nous aligner le long du cortège et du cercueil. J’ai vu des policiers prêts à en venir aux mains avec un commissaire qui voulait nous interdire de passer. Aucun responsable syndical présent pour organiser la présence de mille policiers, ils étaient sans doute eux aussi dans la cour du commissariat.
  Et le summum, pour finir, j’ai vu un CRS en fin de carrière, faisant le jalonnement, me donner une chaufferette parce que nous étions transis de froid, chaufferette achetée à chaque CRS par le fils du collègue décédé, parce que ni l’administration, ni les syndicats n'ont pensé que nous serions si nombreux et que nous aurions sans doute un peu froid. Juste un détail, le fils du Major est également policier

  Alors je vous le redis, je n’irai pas voter, je n’attends rien de ces gens, mon travail me suffit.

 

 

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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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