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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 02:29

★ article mis à jour
★★ mise à jour 2

 

 

[video] policiers en colère - avis aux syndicats

 

Alors que tous les syndicats du monde du travail sont capables de s’allier, et quand la cause l’exige, concevoir des manifestations unitaires, les organisations syndicales policières, elles, s’appliquent à faire bande à part.
Malgré les protestations de l’immense majorité de leurs adhérents qui leur demandent d’unir leurs forces, au moins une fois, exceptionnellement, et de marcher main dans la main comme les policiers l’ont fait spontanément ces jours-ci, quasi quotidiennement, dans toute la France, et de manière souvent spectaculaire.

Rien à faire. L’un décide d’une date, et le second décide aussitôt d’organiser des rassemblements la veille. Consternant. Surfant l’un comme l’autre sur une colère qui avait jusque là été rigoureusement autonome, et que seules l’urgence et le sentiment d’injustice avaient guidée.
Ces flics-là, sans banderoles, libres de leurs slogans, sincères, solidaires comme jamais, n’avaient rien calculé. À force de déni, à force de se perdre à tenter de comprendre l’éternelle hibernation syndicale, ils ont choisi de porter seuls et sans attendre leur parole dans la rue.
Et ce fut une totale réussite.
Un mouvement qui fera date dans l’histoire de la police nationale.
Une fierté.

Quand on sait que la police est la profession qui peut afficher le plus haut taux de syndicalisation de France (pas loin de 80% contre 7 à 8% pour l’ensemble des salariés) on ne peut que déplorer un tel gâchis de forces, de volonté, de potentiel mobilisable… à croire que le but de ce syndicalisme éléphantesque n’a jamais été une mobilisation, bien au contraire.

Ces syndicats ne sont pas vraiment des représentants du personnel. À moins qu’il ne s’agisse de porter devant les commissions paritaires des dossiers de mutation et d’avancement triés selon des équations qui leur sont propres. Non, ces syndicats ont un fonctionnement pyramidal inversé : l’adhérent est prié de recevoir la parole du système, de l’accepter, et de constater la distorsion entre ses légitimes revendications - celles qui touchent essentiellement ses conditions de travail (politique du chiffre, effectifs, etc) qui n’ont cessé de se dégrader - et des victoires syndicales très relatives. Mais aussi écouter des promesses à long terme, ou celles qui sont tellement dites et redites qu’on finit par douter qu’elles ne se réalisent jamais, le temps de cotiser dans le vent quelques années de plus.

Tout ça ne peut plus fonctionner très longtemps. La crédibilité s’étiole. La "manif monstre" promise par le syndicat majoritaire n’aura jamais eu lieu, ou plutôt si mais sans lui. Il n’y a rien à regretter, lors du dernier rassemblement parisien, les consignes étaient de ne pas traverser la rue pour ne surtout pas gêner, et de rester muet devant les médias à moins d’être pourvu d’un mandat syndical.
Autant dire que le cortège sur les Champs-Élysées et les gyrophares des villes de France relevaient ce jour-là de la science-fiction...

Jamais le syndicalisme policier n’aura été plus ridicule qu’en mai 2012.
La preuve est aujourd’hui aveuglante que la préoccupation de ces gens-là est bien moins d’écouter ceux qui leur donnent un mandat, que de protéger le pré carré de leurs prérogatives systémiques. Et peu leur chaut de faire passer les flics pour des cons, divisés par leurs propres représentants, aux yeux de la population et des médias.

Jamais proposition aussi grotesque n’aura été faite que celle de réunir deux jours de suite sous des banderoles différentes, des professionnels pourtant animés du même état d’esprit et de la même urgence à vouloir préserver leur métier et dire haut et fort les difficultés à l’exercer.

Syndicalistes, une chose est certaine : quelque soit la mobilisation lors de vos rassemblements dissociés, le message que vous vous apprêtez à inscrire sur vos banderoles, et à dicter dans vos slogans, le message qui tentera de restaurer votre légitimité de représentation, le message de la difficulté à être flic, ce message-là est déjà passé.
Sans vous.

 

 

Bravo et merci aux quelques sections locales qui ont décidé, malgré la volonté des appareils syndicaux, de s'unir et placer leurs banderoles côte à côte le même jour.


 

★ mise à jour :
(diffusion par mail, reçu ce soir)

lettre ouverte-syndicats

 

★★ mise à jour 2 :

À la question "Est-ce que tu viens aux manifs SGP et Alliance ?" :

Non je n’irai pas. Ni à l’une, ni à l’autre, ni aux deux. Pour moi, ces rassemblements n’ont pas de sens, ou plutôt si, un seul : pirater à bon compte l’énergie dégagée ces jours-ci et la portée des messages de colère.
En d’autres termes, c’est la quintessence de la récupération, et accessoirement le constat rassurant pour eux que vous pouvez ENCORE avaler des couleuvres et des slogans syndicaux, en vous rangeant sous leurs banderoles.
Parce qu’après tout, qu’est-ce qui les oblige à passer par la case manif pour se charger de vos revendications ? Rien. Absolument rien. Sinon, avoir le dernier mot, la dernière médiatisation, être les derniers interlocuteurs, et clore le mouvement.
C’est adroit, d’un coté ils rejoignent leurs adhérents dans la rue pour regagner leur coeur, opération séduction, d’un autre ils indiquent à l’administration qu’ils reprennent la main. Opération communication.
Parce que des manifs, c’est pas ça qui a manqué ces jours-ci, alors deux de plus où il vous faudra de surcroît applaudir des syndicalistes de bureau, je ne vois pas l’intérêt. Vous avez fait le job.
Leur urgence à eux, aurait été de se prendre par la main et de se poser autour d’une table entre syndicalistes, et avec l’administration, histoire de discuter, se demander comment on a pu en arriver à ce degré de ras le bol, pratiquer le difficile exercice de l’autocritique, et trouver des ébauches de solutions.
L’urgence n’était nullement de se proclamer porte-parole "pour tous et partout de la colère des policiers" - je dirais que ça va sans dire, qu’ils sont payés pour ça, et ça aurait fait l’économie d’un slogan de trop dans une frénésie de tracts - mais de l’être véritablement et sans attendre.
Les banderoles qui reniflent la naphtaline sont totalement superflues.
L’urgence syndicale est aujourd’hui une obligation de résultat allant dans le sens des revendications qui ont été dites tant de fois, qu’il n’y a pas besoin d’un seul gardien de la paix de plus dans la rue en guise de caution, avant de se mettre au travail, pas plus qu’il n’y a de temps à perdre à se tortiller sur les chaines d’infos.
La logique aurait voulu un boycott total.
Le constat est un quinquennat d’insignifiance et d’immobilisme syndical avant un réveil contraint.
Vous êtes encore bien gentils de vous prêter à ce jeu de dupes.
Boycott.


Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 10:37

lettre ouverte à Claude Guéant, Ministre de l'Intérieur

 

 

 

   Monsieur le Ministre,



   C’est avec grand intérêt que nous vous avons entendu sur France-Inter énumérer les quelques roues de secours censées assurer la tenue de route de la police nationale pendant que la RGPP la videra de sa matière vitale.

   Ces mesures « pour participer à la compensation des 3.000 postes de policiers et gendarmes supprimés par la RGPP » vous les appelez l’optimisation.
   C’est un bien curieux mot-piège qui ressemble - mais n’a pourtant rien à voir - avec l’optimisme qui aujourd'hui fait défaut au service public… et en effet, vous avez véritablement piégé les fonctionnaires de police avec ce système d’ores et déjà appliqué dans les services, car ce sont eux-mêmes qui vous apportent la preuve qu’on peut réduire les effectifs en dopant leur charge de travail d’heures supplémentaires.

   Là-dessus, même s’il est celui du court terme, le pari est gagné. Beaucoup d’entre eux ont consenti à cette optimisation, ne se rendant pas compte qu’ils contribuaient avec une terrible efficacité à cette RGPP, qu’ils sont d’ailleurs tout autant capables de conspuer dans une récrimination schizophrénique.
   Mais de votre discours, ce qui a surtout retenu notre attention est votre consigne d’appliquer de façon rigoureuse les textes afférents aux détachements et exemptions syndicales, et de remettre quelques centaines de détachés sur la voie publique.

   Alors là, chapeau Monsieur le Ministre !
   L’annonce de cette mesure qui joint avec bonheur l’utile à l’agréable, a réjoui énormément de fonctionnaires de police, qui vous en seront très reconnaissants le jour où ils reverront à l’appel de leurs brigades, ceux qui ont abusivement délaissé la voie publique pour le mirage syndical.

  Parce qu’objectivement, Monsieur le Ministre, force est de constater que malgré l’incroyable taux de syndicalisation dans la police nationale, les syndicats de police ne sont pas les grosses machines de guerre qu’ils prétendent être, et nous doutons fort qu’un seul de leurs tout petits coups de gueule ait pu une seule fois vous empêcher de dormir.
   Ils n’ont de toute évidence aucun besoin d’être aussi nombreux à se consacrer à la chose syndicale pour une action aussi insignifiante.
   Aussi, nous espérons que les chefs de service auront le courage d’affronter les protestations très prévisibles de ces fonctionnaires à la représentativité, et aux mandats syndicaux parfois fictifs, pour les remettre au travail dans le strict respect de l’application des textes réglementaires.

   Les bureaux nationaux des organisations syndicales regorgent de gens vieillissants sujets à l’embonpoint et à l’hypercholestérolémie. Certains étaient déjà permanents syndicaux quand nous sommes entrés dans la police, c’est dire l’ancienneté de leurs mandats. C’est dire aussi à quel point la police de terrain leur est devenue étrangère… Ceux-là, Monsieur le Ministre, ils sont perdus pour la cause publique, aucun recyclage ne vous les métamorphosera en policiers. Pour eux, c’est terminé.
   Il suffirait d’un simple audit sur le coût de la formation nécessaire à les rendre à nouveau opérationnels pour en juger. Que cela soit les gestes techniques de police, l’appréhension de l’arme de service (certains n’ont jamais vu un pistolet SP 2022 et encore moins les autres armes sub-létales modernes, voire un simple tonfa), comme d’une procédure pénale qu’ils argumentent sans jamais en connaître l’application, ou encore la dotation en uniformes récents dont nous doutons fort qu’ils soient un jour passés chez le fourrier les chercher, le fossé entre la "base" et eux n’a cessé de se creuser, tout comme leurs divergences d’intérêts. Monsieur le Ministre, ces détachements syndicaux à vie sont, vous en conviendrez, une aberration.

   Mais les autres, les valides, les occasionnels, les bons copains, les planqués syndicaux, certes oui, on pourrait sans doute encore en faire quelque chose.
   Ce sera leur rendre service que de leur faire redécouvrir la police, les conditions de travail quotidiennes, les brimades des chefs quand aucun mandat ne vous couvre, et celles de l’ingrate population.
   Ils comprendront ce qu’ils ont oublié le jour où leur organisation syndicale leur a confié en même temps qu’un mandat, cette infecte possibilité d’opérer des choix arbitraires dans les dossiers à défendre. Ils réapprendront la pleine mesure du mot collègue.

   Et puis la presse se passera bien d’eux, soyez-en sûr Monsieur le Ministre, pour commenter les faits-divers à travers la France devant les caméras des rédactions régionales. Ce n’est pas, et n’a jamais été leur mission. Et le commentaire de faits-divers est l’exercice le plus stérile, le plus intellectuellement médiocre, qui soit. Ils finiront même par vous remercier de les en avoir épargnés, vous verrez.

   À ce propos et concernant cette course à l’exposition médiatique, vous pourriez même aller plus loin, Monsieur le Ministre, en rendant obligatoire le port de la tenue pour les interventions publiques syndicales. Du Préfet de Police au simple chef de service, chacun se plie à cet exercice. Il semble étonnant que seuls les représentants des organisations syndicales puissent s’en affranchir alors qu’ils sont censés représenter ceux qui sont fiers de porter l’uniforme au quotidien sur la voie publique. Et puis cela serait l’occasion, pour certains, de mettre en évidence leurs grades et décorations certainement chèrement gagnés au feu.

   Parlant d’équité et d’intégrité, Monsieur le Ministre, et puisque les passe-droits syndicaux sont dans votre collimateur averti, vous pourriez, permettez-nous de vous le suggérer, faire en sorte que cesse également cet usage qui consiste à confier le choix et l’affectation à certains postes aux syndicats. Ces listes qu’on nomme sans vergogne les "listes de pistonnés" négociées de façon inique en commission sur la base des listes dites "préparatoires" et qui permettent que certains fonctionnaires en fin de scolarité - que rien ne distingue de leurs collègues - n’aient pas à choisir de postes selon le classement, et que d’autres en attente de mutation puissent davantage compter sur leurs années de cotisation que sur des règles d’équité pourtant bien établies, pour obtenir l’affectation de leur choix, ni vu ni connu je t’embrouille.

   Ça aussi, Monsieur le Ministre, il serait juste que vous y mettiez un terme. Vous n’imaginez pas les tensions que cela peut générer. Et les déprimes et déconvenues lorsqu’un policier a connaissance de la mutation vers un poste convoité de longue date, d’un autre, quand celui-ci n’a que l’heur d’appartenir au bon syndicat, et d’avoir flatté la bonne personne le temps nécessaire à obtenir gain de cause.
C’est terriblement injuste et inéquitable.

   La délégation cédée aux syndicats pour l’attribution de certains logements aux fonctionnaires souffre des mêmes maux. Il serait logique que ce rôle soit aussi entièrement remis à la neutralité de l’administration. Ce qui se fait de manière impartiale et anonyme n’aura jamais les mêmes travers que les affres du copinage, surtout pour quelque chose d’aussi essentiel que le logement. Voilà encore là un cache misère syndical, laissant croire que ces organisations sont incontournables alors même qu’elles sont attendues en vain sur le terrain des acquis sociaux et de la qualité du service public.

   Il faut que vous sachiez, Monsieur le Ministre, que les mots "magouilles syndicales" font partie du vocabulaire policier, et que ce n’est pas à tort.

   Si c’est intentionnellement que le ministère de l’Intérieur laisse cette liberté, et de telles marges de manœuvre dans des domaines et décisions qui devraient être du ressort exclusif de l’administration, c’est au prix de la cohésion et de l’équité. Et c’est dommage pour cette profession qui par essence n’est déjà pas simple à exercer.

   Au nom des policiers qui, nombreux, se confient à nous et sont attachés aux principes d’équité et de neutralité de la fonction publique, nous vous remercions, Monsieur le Ministre, de l’attention que vous porterez à leurs voix libres et sans étiquette.

   Veuillez agréer, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, l'expression de notre respect et sincère considération.

 

 

 

Marc Louboutin et Bénédicte Desforges
auteurs et ex lieutenants de police

 

 

référence : LeMonde.fr 9 novembre 2011
Claude Guéant veut remettre des détachés syndicaux sur la voie publique


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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 22:13

mise à jour :

 

 

L’automne italien

À l’appel de leurs syndicats de gauche comme de droite, les policiers italiens ont manifesté mardi 18 octobre devant le Parlement à Rome, mais aussi devant toutes les préfectures des villes de province.

Toutes tendances politiques confondues, ils ont dénoncé le manque de moyens donnés à la police, et les coupes budgétaires qui touchent le secteur de la sécurité de façon drastique depuis trois ans.
Le déficit en moyens matériels et la carence en effectifs est à un point tel, qu’aujourd’hui l’ensemble des organisations syndicales s’accorde sur le fait que la sécurité ne peut plus être assurée convenablement.

Évoquant la manifestation des indignados qui a dégénéré samedi dernier à Rome - avec un bilan de 130 blessés - un syndicaliste a déclaré que « en l'absence d'effectifs suffisants, la police n'a pas pu permettre aux indignés de défiler dans le calme contre ce capitalisme exacerbé. »

« Les restrictions sont telles que les boucliers des policiers assurant le maintien de l’ordre ne sont plus remplacés » déclare un autre représentant du personnel, ajoutant qu’ils doivent à présent faire l’avance de leurs frais de déplacement.

« Face à la hausse de la criminalité, le gouvernement doit investir dans la sécurité » estime encore un policier.

Mais c’est sur un autre aspect de leurs difficultés que les policiers italiens sont allés à la rencontre de leurs concitoyens : la pénurie d’essence.
Selon l’ensemble des syndicats, de plus en plus de véhicules d’intervention ne quittent plus leur stationnement faute de carburant. Le budget alloué à l'essence et la manutention a été divisé par deux en un an…

Les policiers italiens ont donc organisé une collecte de dons, symbolique et spectaculaire, à l'aide de tirelires géantes afin de pouvoir refaire le plein de leurs voitures de service, et ils ont remis à chacun un communiqué signé de tous leurs syndicats.

Cette journée d’action s’est déroulée dans le calme et a remporté l’adhésion et la solidarité de la population italienne, qui a pu comprendre grâce à cette démonstration par l’absurde, la nécessité de préserver les services publics.

« Cela ne fait pas honneur à ce gouvernement, qui a gagné les dernières élections en axant sa campagne sur la sécurité et l'ordre public...» a commenté un policier.

 

 

L’automne portugais

Policiers et gendarmes portugais, mobilisés par une coordination de syndicats et d’associations de professionnels des forces de l’ordre, ont mené à la fin du mois de septembre 2011, une semaine d’action - semana da indignação dos polícias - pour protester contre les restrictions budgétaires, le gel des salaires (bien qu’un accord salarial avait été convenu en 2010) et la dégradation de leurs conditions de travail.

Touchés par la crise au même titre que les employés des autres services publics, et n’échappant pas à une légitime inquiétude qui est celle de chaque citoyen, ils ont décidé de se rassembler et mener solidairement des actions de contestation.

« Si le budget alloué à la police n’augmente pas, il n’y aura pas d’autre choix que de mettre la clé sous la porte. » explique un leader syndical.
« La seule façon de mettre un terme à cette semaine de mobilisation serait que le ministre garantisse l’entrée en vigueur d’une hausse salariale. » précise le secrétaire national de la coordination, qui a déjà prévenu que le bras de fer allait durer.

La semaine de revendications des policiers portugais s’est organisée autour de multiples actions parmi lesquelles une baisse maximale de l’activité contraventionnelle, et des arrêts de travail avec certificats médicaux à l’appui. Et pour finir par une importante manifestation unitaire dans la capitale, qui a réuni des centaines de policiers venus de tout le pays, en civil mais aussi en uniforme, au mépris du règlement, qui là-bas aussi l’interdit, et acceptant solidairement le risque de sanctions disciplinaires.

Les fonctionnaires de police en service chargés du maintien de l’ordre, se sont joints à la marche tout en contenant le cortège, et ont fait en sorte que puisse être remise une lettre au ministre de l’Intérieur réclamant la revalorisation de leurs salaires, et l’amélioration de leurs conditions de travail.

En avril 2011, à l’appel de la même coordination syndicale, plus de 8000 policiers portugais avaient déjà défilé dans les rues de Lisbonne.

Juntos venceremos o estatuto que queremos e Basta de demagogia, estatuto digno já!

 

 

syndicalismepolicier

L’automne français

Pendant ce temps à des milliards de kilomètres de là, sur le lointain continent Europe, en France, le pays où tout va bien dans le meilleur des mondes, les responsables des gentilles organisations syndicales de policiers français se demandaient à quoi ils pourraient bien occuper leur mandat.

Le syndicat Alliance a opté pour la guerre, et passe agréablement son temps au tribunal à rectifier les conneries de quelques collègues qui ont complaisamment soumis à la sagacité de Copwatch le déroulé de leur vie privée et professionnelle, ainsi que leur pedigree complet sur trois générations, sur les réseaux sociaux. Copwatch a donc encore très facilement complété sa collection d’images de fonctionnaires de police comme autant de cartes Pokémon, et Alliance a aussitôt bondi en renfort du ministre de l’Intérieur qui a déjà fort à faire avec le commissaire Neyret, qui aurait – parait-il, de source proche de l’enquête – à voir avec le torpillage du Titanic, et qui est chaque jour balancé par un vertueux collègue de plus.

Parallèlement à ce combat syndical de compétition, Alliance continue de veiller à son enquête scientifique, qui après des dizaines et dizaines de questions posées à des collègues qui n’ont décidément pas de quoi occuper leur temps libre, révèlera, conférence de presse à l’appui, qu’il y a un malaise dans la police, et en énumérera les causes qu’on connaît déjà par cœur.

De son coté, Unité Police SGP FO toujours plus offensif a organisé un méga meeting géant dans le plus grand secret avec rien que des délégués syndicaux. Les flics de base, ils ne savent pas se tenir et ils ne font rien que de rouspéter, ils croient qu'ils peuvent tout dire, c’est pénible à force. De toute façon la tenue de ce meeting n'ayant été révélée aux adhérents qu’une semaine avant, et vu le déficit en effectifs, pour avoir la journée, c’était pas gagné. Bref, ils étaient donc entre deux et trois cents selon la police.

Le secrétaire général a déclaré que son meeting était le signal visible de la colère froide des policiers (…) et instaurait un rapport de force dans toute la France contre la RGPP.
Il a usé et abusé de mots clés – force, colère, ça ne peut plus durer, etc – sans aucune mesure avec l’action syndicale réelle observée sur le terrain, c'est-à-dire trois fois rien.
Et Nicolas Comte de conclure que les fonctionnaires de police ne vont pas se laisser faire ! et de promettre «une très grosse colère» des policiers à l’été prochain.
C’est extrêmement impressionnant, non ?

Sauf qu’à la manifestation de décembre 2009 organisée par ce même syndicat, juste avant les élections professionnelles, des promesses, toujours des promesses, il y en avait déjà eues.
Les policiers ne vont pas se laisser faire, les poulets ne se laisseront pas plumer! clamait-il déjà en évoquant un rapport de force avec le ministère.
Une fois, pas deux ! avait-il martelé. Une fois, pas deux !
Et de faire la menace, alors déjà, d'une manifestation monstre à Paris.
Qui n’a jamais eu lieu.

Dommage que la colère reste… froide.


Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 01:42

Il y a bientôt deux ans, le secrétaire général du syndicat majoritaire des gardiens de la paix, Unité-SGP-Police-FO déclarait que… et là, j’ouvre des guillemets émus et convaincus, tant la formule a fait date dans l’histoire récente du syndicalisme policier :

"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat"

C’était sur une tribune, lors d’une manifestation de policiers à Paris, 2000 participants selon les organisateurs, 800 d’après la police, un chiffre officiel largement surestimé d’après moi. Énormément de revendications pourtant (je vous fais grâce de la liste, à peu de choses près, ce sont les mêmes depuis vingt ans) à un mois des élections professionnelles, et un pari réussi pour l’organisation syndicale qui remportera une majorité relative, mais forte de ses promesses, une majorité tout de même.

Donc, "Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat"…
Idiotement, je me suis dit que le Grand Soir des flics était pour bientôt.
Il y a des jours comme ça, où on est disposé à croire ce que l’on nous chante, d’autant plus quand le ton et la mise en scène s’y prêtent.

Et là, l’idée de ce poulet en colère qui, tel un pokemon rageux se métamorphosait en coq de combat, ça sentait bon la menace, la désobéissance utile, la lutte finale.

Un secrétaire général chaud comme un marron, une matière première revendicative prête à être transformée en mobilisation, des idées qui fusent, grèves du zèle, service minimum, et des fonctionnaires de police saturés de ras-le-bol n’attendant que le feu vert syndical pour bouger, défendre leur métier, œuvrer à restaurer les relations police-population, redonner du sens au caractère utile et républicain de la police, et privilégier la lutte contre la délinquance à celle de la sacro-sainte statistique.
On avait envie d’y croire.

"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat", voilà ce qui s’est dit ce jour là, sous les fenêtres, non pas de la place Beauvau, mais du ministère des finances, le plus excentré de Paris, au cours de cette manifestation sage et discrète de poulets en colère qui avaient pour consigne de rester groupés et ne surtout pas défiler pour ne pas attirer l’attention ni semer le trouble dans ce quartier où il ne passe pas un piéton.
Et en plus il pleuvait.
Une manifestation pétard mouillé pour les médias, une aimable petite manif qui a fait parler d’elle jusqu’au lendemain à peine. Normal, il n’y avait eu ni casse, ni débordements, la réalité policière fait toujours moins d’audience que les spectacles de rue…

Les élections professionnelles ont donc eu lieu, et ont été remportées par Unité-SGP-Police-FO avec un cri de guerre qui avait fait mouche.
"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat."

J’ai longtemps cherché à entendre l’écho de cet appel. J'ai guetté l’offensive syndicale dans une actualité où le débat sécuritaire excite la politique et les médias, à mesure qu’il épuise une police avec des moyens humains et juridiques inversement proportionnels à la somme des missions à accomplir et des résultats attendus.

La colère des poulets ne s’est pas dissipée, mais les coqs de combat ne sont jamais sortis de l’œuf.
Jusqu’à la semaine dernière...

Enfin il se passait quelque chose, des poulets en colère emmenés par le syndicat Unité-SGP-Police-Force Ouvrière (le dernier ferme la porte) passaient à l’attaque et manifestaient devant leur commissariat à Angers. Contre les privilèges indiquait la dépêche de presse.
La bonne odeur de contestation que voilà ! je me suis dit. On y est ! Enfin !

Fausse alerte. La révolte du jour était provoquée par l’affectation d’un gardien de la paix au commissariat d’Angers, pistonné par Alliance, le syndicat adverse.
Oui, vous avez bien lu…
Un gardien de la paix a été affecté à Angers – le rêve d’énormément de gens de par le monde – et il y a eu une manifestation.
Alliance aurait pistonné un type qui rêvait de bosser au commissariat d’Angers, et le syndicat majoritaire a jeté des fonctionnaires de police dans la rue pour crier leur colère. À Angers.
L’irréprochable Unité-Police-etc a identifié un coup de piston de la part de son adversaire syndical et a convoqué la presse à assister à sa rage.

On a touché le fond là, où il y a encore de la marge ?

Merci, merci à tous, merci Unité-SGP-Police-FO pour cette exhibition.
Les occasions et les motifs de sortir les banderoles et faire le mariole devant les appareils photo sont si rares, tout va si bien, l’avenir de la sécurité publique est si limpide, qu’il ne fallait effectivement pas louper une telle occasion.
Et puis c’est drôlement utile de contribuer à l’image d’une police solidaire, avide de défendre son métier et le service public.

Alors ? "Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat ?"

On a vu ça…

Et on en est restés tout ébaubis.


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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 02:17

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N’allez surtout pas déranger les syndicats de police, ils sont bien trop occupés à maintenir la police nationale dans le coma.
Si j’étais ministre de l’Intérieur, je crois que je leur distribuerais des galons à tous ces syndicalistes de bureau, que je leur cuisinerais des jolis petits déroulements de carrière, en échange de l’assurance que cette anesthésie générale ne cesse pas. Que l’encéphalo-gramme des troupes reste bien plat. Que le calme demeure.
D’ailleurs, je crois que c’est déjà le cas. En ce qui concerne le silence et l’avancement (dans la police nationale, il y a deux manières de monter très rapidement en grade : à titre posthume ou syndical) tout est sous contrôle.

Les fonctionnaires de police n’ont pas vraiment d’autre choix que celui par défaut, de subir leurs syndicats, et s’acquitter de grasses cotisations comme on paye une assurance voiture en croisant quand même les doigts pour qu’il n’arrive rien de grave.
L’avancement en grade et les mouvements de mutations devraient logiquement s’effectuer de façon mécanique et rationnelle, mais bizarrement il faut mieux être syndiqué. Dans les commissions paritaires, les irrégularités du fait de l’administration sont pourtant bien moins un enjeu que les arrangements et passe-droit syndicaux.

Quant à tout ce qui relève des conditions de travail en général et de la politique, il y a une novlangue de rigueur et le discours syndical via tracts et communiqués est éloquent :
Le syndicat "s’indigne" et il "condamne"
Il "soutient", il "dénonce",
et quand il est très remonté il "souligne", il "rappelle" et "réaffirme". Carrément.
Au comble de l’énervement, il "exige".
Parfois, il dit être "à l’écoute" mais on n’est pas obligé de le croire.

Et l’action syndicale, me direz-vous… L’action ? Fédérer pour une cause et faire bouger les choses, créer une dynamique, et pourquoi pas une pression, générer de la solidarité, construire, défendre le métier ? Néant. Sauf à considérer l’obtention de mesurettes statutaires comme de grandes victoires syndicales, et les descentes dans les services de police et les gesticulations un mois avant les élections professionnelles comme un intérêt sincère porté aux effectifs.

Dans le domaine de la futilité, on peut aussi observer que les syndicalistes occupent beaucoup d’espace médiatique à commenter les faits divers – exercice qui relève du micro-trottoir en à peine plus élaboré – donnant l’illusion d’une constante présence de terrain, pourtant complètement hors sujet en matière de défense des personnels et stérile concernant la définition du métier de flic, mais apportant la preuve que l’administration police n’a absolument plus besoin d’autres porte-voix que ses collaborateurs des organisations syndicales.

L’énergie et les grosses colères des représentants du personnel sont consacrées à tirer dans les pattes du syndicat adverse, balancer des piques et jeter de pathétiques peaux de bananes sous les pieds du frère ennemi, lesquelles attaques ont d’autant moins de sens que pas mal de permanents des bureaux nationaux ont joyeusement navigué d’un syndicat à l’autre au fil du temps et des dissidences.
J’ai croisé l’autre jour un vieux flic qui aligne au moins 50 ans de syndicalisme, et au plus 3 minutes de voie publique, autant dire que celui là doit en connaître un rayon…
Bref, preuve en est, la presque totalité des tracts d’un horizon à l’autre de ce monotone paysage syndical se termine par un grotesque coup bas vers celui d’en face. Le syndicalisme policier, c’est une partie de ping-pong à deux ou trois, qui fait du bruit parasite, et sature le discours et les panneaux d’affichage des services de police.
C’est l’administration qui doit bien rigoler.
Bien plus que les policiers qui regardent ces simagrées avec consternation, eux qui, bien plus pragmatiques que leurs délégués, ont toujours aspiré à une représentation collective, ou au moins, à des initiatives positives, sensées et porteuses d’espoir.

Les conditions de travail se dégradent, la RGPP met en péril la sécurité publique, les effectifs baissent à mesure que le nombre de missions augmente, le contexte social se complique, la violence se radicalise à l’encontre de la police, les flics de demain seront des contrats précaires et des outils de vidéosurveillance, le principe même d’une police nationale et républicaine n’a jamais été aussi vulnérable, et la parole policière par la voix de ses représentants reste linéairement la même, sans aucun relief, terriblement lissée et filtrée par les syndicats.
Plus cette parole est égale d’un communiqué à l’autre, plus elle est superposable d’un syndicat à l’autre, et moins elle est audible, jusqu’à devenir parfaitement inutile.

Quant à la parole critique ou dissidente, n’en parlons même pas.
Quand mon Flic, chroniques, de la police ordinaire est paru en 2007 en même temps que Le journal d’un flic du commandant P. Pichon, le délicieux JC Delage, grand manitou du syndicat Alliance, s'est fait un devoir de déclarer aussitôt via une dépêche dans la presse que "n’ayant pas de mandats, nous n’avions aucune légitimité pour nous exprimer en tant que policiers."
Plus récemment, je me suis vu interdire l’accès d’une page internet du SGP-Unité Police au motif que mes remarques "portaient atteinte à l’organisation" et j’ai pu constater qu’à défaut d’accepter le débat on ne boudait pas quelques mots empruntés à la rhétorique stalinienne pour opposer une petite censure de confort.
Tout ça en dit long sur la frilosité des représentants du personnel et - bien plus zélés que le ministère de l'Intérieur - leur propension à confisquer toute parole non accréditée.

La dénomination de porte-parole n’existe d'ailleurs pas dans les organisations syndicales de police, on n’est pas chez Lutte Ouvrière, et on affectionne les titres pompeux. Ces représentants sont des secrétaires généraux, nationaux, etc., ils ne savent pas avoir la carte de visite modeste. Porte-parole, ça aurait été bien pourtant, mais trop prolétaire peut-être, ou plus sûrement trop impliquant, le mot aurait fini par imposer son sens… Mais qu’est-ce qu’un flic sinon un prolo de la sécurité qui a besoin de syndicats solides, tenaces et fiables ?
La tâche est double : représenter et défendre les policiers dans leurs difficultés, et la police, service public républicain, porteur de valeurs et de principes à préserver et tenir hors de portée des tourments sociaux et politiques.
C’est bien moins la population qu’il faut convaincre que ceux qui décident. L’administration, la hiérarchie policière, les parlementaires, tous les interlocuteurs de ceux à qui les flics ont donné un chèque en blanc pour parler en leur nom.
On est loin du compte.
À propos de la politique du chiffre par exemple, que manque-t-il encore pour démontrer que c’est une absurdité et pour poser des actes derrière des années de palabres ?
Une amie affectée à l’accueil du public dans un commissariat me disait être elle aussi soumise au chiffre : elle doit compter le nombre de renseignements qu’elle donne pendant son temps de service. Voilà où on en est.

Les syndicats de police ne peuvent plus prétendre être des contre-pouvoirs, ils font partie du système et ne sont que d’aimables filtres entre la base et l’administration.
Ils font diversion et, dociles, ils élaborent des stratégies d’immobilisme pendant que les flics de base avalent des couleuvres, eux qui sont les seuls à connaître et vivre la réalité de la sécurité publique.

 

 

Pièces jointes témoignant du chemin parcouru :

  • action syndicale de la F.A.S.P. (Fédération Autonome des Syndicats de Police)

pv-fasp

 

  • intervention syndicale de Synergie-Officiers ayant fait l'objet d'une dépêche AFP
  • pdf2(syndicalisme de compétition, je l'aime beaucoup celle-là...)

     

Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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