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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 17:36
Enfumage et récupération syndicale

Alors voilà où nous en sommes. Mercredi prochain, un des deux syndicats majoritaires organise une marche de la colère tout en clamant qu’il n’y a aucune récupération. Bien entendu il n’y aura pas de signe ostentatoire de syndicalisme, et bien entendu, aucun responsable de SGP-Unité Police ne prendra la parole dans un des nombreux micros qui leur sera tendu ce jour-là. Normal, ils resteront muets, car comme ils disent, il n’y a aucune récupération. Vous pouvez tenter d’y croire…

Deux jours plus tard, l’autre syndicat majoritaire, propose pour que vous puissiez exprimer votre colère des rassemblements silencieux (c’est bon, on vous a assez entendus) devant les tribunaux tous les mardis à heure fixe. Une petite demi-heure à l’heure du déjeuner, comme ça vous ne dérangerez personne, c’est mieux.

Accessoirement, Alliance s’associant à d’autres syndicats, qui eux non plus ne récupèrent rien du tout de vos actions et revendications de ces jours-ci, inventent opportunément une intersyndicale. S’associant aux commissaires et officiers, ne doutons pas un instant qu’ils convaincront, par exemple, ceux-ci de renoncer à leurs primes de responsabilité et de performance et primes de commandement, moteur de la politique du chiffre et petit gouffre financier, et que ces sommes seront réaffectées utilement. Là aussi, vous pouvez essayer d’y croire… comme de croire à la cohérence et à la sincérité d’un tel mariage de raison, dont le seul but est de reprendre la main sur la contestation par souci de crédibilité pour les uns, d’autorité pour les autres, et à la demande de l’administration qui n’aime pas qu’on sorte des clous.

La dernière raison d’être des syndicats policiers, et de vos coûteuses adhésions, malgré la défiance permanente dont ils font l’objet depuis trop longtemps, est la gestion de l’avancement et des mutations que l’administration leur a pratiquement confiée. Et c’est bien pour ça que vous vous syndiquez. S’il n’y avait cet argument, il n’y aurait nul besoin de procéder à des élections professionnelles, un vote à main levée parmi des irréductibles embrigadés suffirait, tant l’action syndicale se résume désormais à se balancer des scuds sous forme de tracts très colorés auxquels il ne manque plus que des gifs animés, et à recycler des promesses jamais tenues. Vos représentants s’y connaissent en avancement et mutations, ils passent RULP à la vitesse de la lumière, sans aucun scrupule par rapport au sens de ce grade, et quand ils veulent voir du pays, ils obtiennent une mutation avant même d’en avoir fini de signer la demande. Il arrive même que la médaille du mérite national leur tombe sur le col, ou encore qu’ils soient aspirés dans le corps préfectoral. Etc.

Malheureusement, ce sont bien vos syndicats qui portent vos revendications auprès du pouvoir. Il y aura sûrement des promesses et quelques mesurettes immédiates pour montrer un semblant de bonne volonté, Flicards, on vous a compris ! maintenant rentrez dans le rang. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions, la dead-line des présidentielles, et un pouvoir déjà en campagne ne l'obligera pas à grand-chose, sinon à des promesses qu’il n’aura pas à tenir.

Il y aurait pourtant une revendication à ajouter, la revendication impossible et pour cause : celle des modalités de la représentation syndicale. Par exemple, limiter des mandats dans le temps leur permettrait de gagner en légitimité et crédibilité, renoncer le temps de leur mandat à participer aux mouvements d’avancement et de mutation serait une belle preuve de vocation syndicale au sens noble, lesquels avancements et mutations devraient s’opérer sous le contrôle intègre et vigilant de la seule administration dans l’application stricte des textes.
Ainsi débarrassés des préoccupations de leurs passe-droits et privilèges, et de la motivation et l’énergie qu’ils mobilisent au détriment d’une saine représentativité et d'une combativité nécessaire, les syndicats, aujourd’hui débordés par un malaise au point de non-retour, auraient pu remplir leur rôle et on n’en serait pas arrivés là.

 

 

Published by benedicte desforges - dans actu au jour le jour syndicalisme
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 18:45

élections professionnelles police 2014

 

Il y a habituellement une sorte d’alternance syndicale. L’ensemble des syndicats de sensibilité de gauche est majoritaire sous un gouvernement de droite, et vice versa. Ce n’est pas une révélation d’affirmer que les membres des bureaux nationaux des syndicats sont très proches d’élus et décideurs politiques de leurs bords respectifs, et souvent encartés et engagés dans des partis. Bien qu’ils clament leur indépendance politique à qui veut bien les entendre…
Il est donc logique que les syndicats ne soient pas trop offensifs quand leurs amis sont aux affaires, et surtout, tout aussi logique que les syndicats adverses se positionnent comme un contre-pouvoir, promettant énormément de choses puisqu’ils n’auront pas l’occasion de tenir leur engagements, et qu’en outre, ceux-ci sont souvent irréalisables. Mais malgré ça, leur discours séduit, donne de l’espoir, et ils engrangent des suffrages.
Il suffira pourtant d’attendre l’élection professionnelle suivante pour s’en rendre compte, et observer que la soumission au pouvoir politique est bien partagée.

Pour les élections professionnelles 2014 des représentants des gradés et gardiens de la Paix, on peut observer une autre tendance :
- D'abord, un taux de participation, stable en 2006 et 2010 à plus de 82%, qui tombe à 68%,
- Les deux syndicats majoritaires voient tous les deux leurs scores baisser par rapport à 2010,
- L’alternance habituelle ne suit plus la même règle puisqu’à eux deux, Unité-SGP-FO et UNSA font un score supérieur à celui d’Alliance (ce qui n’engage pas à grand-chose puisque ces syndicats - marqués à gauche, quoiqu’ils en disent - se tirent volontiers dans les pattes).
- On aurait pu attendre qu’Alliance soit mathématiquement le contre-pouvoir syndical, c’est loin d’être le cas avec pas même 2% d’avance.
- Des syndicats minoritaires voient leurs scores augmenter (sauf la FPIP qui, malgré ses gesticulations guerrières plafonne depuis des années, et compte ses adhérents sur les doigts d’une main)

Si la police veut continuer à se situer parmi les professions les plus syndicalisées, et ainsi garder la main autant que faire se peut sur son évolution, il est nécessaire de faire des constats rationnels, avec honnêteté intellectuelle, et que les « représentants du personnel » (guillemets volontaires) se remettent en question.

Il n’est pas question ici de mettre en cause le travail effectué par les délégués syndicaux de terrain, leur dévouement et leur abnégation. Ils sont plus que quiconque capables, pour une cause collective, d’accorder leurs violons avec leurs collègues des syndicats opposés, et ils sont les premiers à souffrir des postures et comportements de leurs bureaux nationaux, et par procuration, en récolter toutes les critiques.

Le leitmotiv de plus en plus assourdissant, d’année en année, dit des syndicats majoritaires « tous les mêmes », « bonnet blanc et blanc bonnet », « s’il n’y avait des demandes de mutation et les dossiers d’avancement, on ne voterait pour personne » etc.
Le découragement et l'aigreur  prennent racine, bien davantage à l'intérieur que dans la rue.
Aujourd’hui, les syndicats majoritaires perdent du terrain, et on vérifie mieux que jamais ces affirmations, ces résignations à cautionner un système qu’on exècre.
À ce jeu, tout le monde y perdra. L’abstention compréhensible ira grandissant, et la police tombera dans les seules mains de l’administration. Les syndicats demeureront vraisemblablement des petites tours d’ivoire, mais ne serviront plus à rien, sinon qu’à eux-mêmes.

Comme à l’accoutumée à l’approche des élections, il y a eu un regain d’agitation syndicale, une manifestation, et des déclarations d’intention.
Ces derniers jours, en une semaine, les fonctionnaires de police ont reçu pas moins de 40 mails de la part des syndicats. Jurant avec un quasi silence radio entre les élections professionnelles, nonobstant la mise à disposition sur leurs sites de rafales de tracts sous forme de pdf, lapidaires, hystériques, tous plus colorés les uns que les autres, de mauvais goût équivalent, illustrés de figures ridicules, et semblant avoir renoncé à regret aux gifs animés. Les fonctionnaires de police méritent mieux que ça. Ils sont capables de comprendre autre chose que des slogans. Les syndicats sont censés représenter le personnel et leur doit de se mettre à leur hauteur, ne pas les prendre pour des attardés crédules, disposés à jouer inlassablement leur jeu de bastons récurrentes.
Les flics attendent mieux en terme de politique syndicale, que d’être gavés jusqu’à l’asphyxie de critiques visant bien plus le syndicat d’en face, que l’administration, qui doit se frotter les mains de voir tout ce monde-là s’occuper à des micro-conflits stériles et démoralisants, pendant que la police cesse doucement d’être une vocation.

La raison et la décence ne semblent plus être des qualités inhérentes au syndicalisme. Des petits détails suffisent à le rendre détestable et sa représentativité irrecevable.
Les membres des bureaux nationaux devraient mettre un point d’honneur à ne pas réclamer, ou ne pas accepter, des avancements supersoniques. Un flic « de base » (bien plus « flic » que ses représentants, ça va sans dire…) ne pourra jamais le comprendre autrement qu’une forme de corruption tacite. Lui, ne bénéficie d’aucune accélération et attend son tour.
Les mêmes syndicalistes devraient considérer comme une hérésie de se voir accorder le grade de RULP - Responsable d'une Unité Locale de Police, faut-il le rappeler - c'est-à-dire un grade réservé aux majors exerçant un commandement (et les responsabilités qui vont avec, et qui ne sont pas des moindres) Un non-sens pour un permanent syndical…

Dans le même registre, il est scandaleux de voir les têtes de syndicats se faire décorer du Mérite National ou de la Légion d’Honneur (quel mérite ? quel honneur ?) dont on peut légitimement se demander ce qu’elles récompensent, quand des fonctionnaires de police attendent, ou ne la voient jamais venir, la médaille du courage et du dévouement. Et doivent payer de leurs deniers ladite médaille. Par respect pour cette police laborieuse et déconsidérée, par respect pour ces décorations, ils devraient se faire un devoir de les refuser.

Les syndicats perçoivent chaque année une dotation de l’État, dont le total dépasse 1,5 millions d'euros. C’est de l’argent public. Le service public et les policiers adhérents-cotisants apprécieraient un retour sur investissement limpide et manifeste.

Les fonctionnaires de police n’auront jamais d’autres moyens de sanctionner les syndicats, à défaut de pouvoir les contraindre à faire du syndicalisme efficace et à la mesure de leurs attentes, que celui de bouder les élections professionnelles.
Ils ont l’utopie d’un syndicat unique, parce que l’utilité et la nécessité du débat contradictoire de syndicats opposés n’existe plus.

Il est temps que l’oligarchie syndicale se reprenne, ouvre les yeux, et fasse le constat que le désamour des fonctionnaires de police tient à peu de chose : le sens des réalités, l'autonomie, et le désintéressement, seuls préalables à l'action et à l’efficacité.



Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 00:01

 

J'ai repensé à ce texte après avoir discuté avec un collègue de ses déboires, et puis sa descente aux enfers, l'injustice, Kafka au boulot, sans qu'aucun syndicat n'ait levé le petit doigt pour lui, eux qui sont si prompts, les trémolos dans le tract, à disserter sur le malaise et le suicide dans la police.
Je me suis souvenue d'un certain nombre de planqués, de nuisibles, de balances, d'incapables, qui font la pluie et le beau temps, et détruisent des carrières par caprice ou par négligence.
Il y en a des bons me direz-vous. Très bien, mais ils ne font pas le poids. Ceux-là ne décident rien.
Je ne changerais pas grand chose à ce qui suit. Sauf peut-être qu'à présent, ils commentent les faits divers à la télé.

 

alouette

 

  Il paraît qu’il y en a des sérieux, mais je ne les ai jamais rencontrés.
  Dans la police, la coutume veut que l’on dise d’eux que la seule chose qu’ils aient arrêtée au cours de leur carrière policière, est leur montre. Voire le bus pour les plus courageux.
  L’idéal d’un syndicaliste est de devenir permanent de sa structure le plus vite possible, et d’aller le moins possible sur la voie publique exercer le métier de policier. Ce qui lui permettra d’en parler d’une façon très détachée.
  D’ailleurs, un syndicaliste a souvent été un flic quelconque, et un mandat syndical est toujours le bienvenu pour masquer des carences professionnelles.
  Un syndicaliste perd très vite la fraîcheur, la couleur et le naturel du flic de base qu’il n’a pas été longtemps. Il prendra vite goût à se déguiser en commissaire de police avec des costards mal taillés, et des chaussettes blanches dans des mocassins noirs. Leurs vestes sont toujours trop petites, à moins que ce ne soit l’effet produit par un embonpoint précoce dû à une sédentarité mal maîtrisée. Mais cela n’a guère d’importance, car une veste de syndicaliste de la police doit pouvoir être retournée dans tous les sens jusqu’à en perdre les coutures.
  C’est un carriériste né, et la rapidité de son avancement tient du miracle.
  Un jour, j’étais allée rendre visite à un syndicat d’officiers dans le but de pleurnicher sur une épaule compréhensive. Ma hiérarchie me faisait des misères et je voulais en faire état à mes pairs, qui à coup sûr – j’étais presque parvenue à m’en persuader – s’insurgeraient et défendraient mon bon droit dans un fougueux élan corporatiste. Peine perdue. Je suis arrivée en plein débat d’une importance majeure. Les officiers s’indignaient de la matière de la doublure de leurs casquettes. Il se trouve qu’elles étaient synthétiques à l’identique de celles des gardiens de la paix. Le psychodrame des couvre-chefs de la catégorie B, qui n’accepte pas et se sent humiliée d’être coiffée comme la catégorie C. Ils revendiquaient donc auprès des autorités compétentes, le droit à une dotation de casquettes à doublure en cuir comme celles des commissaires. Enchaînant dans le sujet des signes extérieurs hiérarchiques, sur lesquels repose leur autorité pour la plupart, ils ont évoqué avec beaucoup d’émotion et le plus grand sérieux le droit à porter un sabre ou une épée aux cérémonies du 14 Juillet.
  Ce jour-là, j’ai compris que mon tragique contentieux – qui allait ruiner ma splendide carrière dans un imbroglio de recours – était dérisoire au regard de l’urgence et du bienfondé des affaires en cours, et qu’il était inutile que je tente de les attendrir sur mon destin de flic contrarié. Je les ai salués bien bas et j’ai quitté leur local en ne me privant pas de leur piquer un joli cendrier à titre de dédommagement de mon inutile visite.

 

Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé n’est absolument pas fortuite. Si ça a l'air d'une coïncidence, c’est que vous les connaissez aussi.

 

extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

Published by le flic - dans syndicalisme
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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 12:49

 

nike-la-police

 

Je veux donner une place particulière à ce message reçu d’un collègue. Je n’y ai pas bougé une virgule.
Il parle de syndicats, et je lis sa lassitude et son découragement.
Même si j’y perçois encore ce qu’il aime et exige de ce métier
... et du service public.



"Ce n'est sûrement pas un scoop, mais je me demande de plus en plus fortement si le but premier des syndicats n'est pas tout simplement de nous empêcher de prendre la parole.

En la monopolisant dès qu'il se passe quoi que ce soit, même un fait divers. En comparaison avec les gendarmes par exemple, lorsque quelqu'un, chez eux, s'exprime face à la presse au sujet d'une affaire, c'est un officier, en grand uniforme, avec tout ce que peut avoir de gueule un officier de l'armée française. C'est quand même une autre classe qu'un "pignouf" (désolés collègues mais c'est le premier mot qui me vient à l'esprit) en civil, mal fagoté et qui n'a pas travaillé sur le cas, ni de près ni de loin.

Quant à ce qui n'est pas un fait divers... bah... une nouvelle fois chers collègues, j'en suis navré, mais on a toujours droit aux trois ou quatre même gugusses, invités sur les plateaux télé pour y débiter les mêmes poncifs, qui ne sont d'ailleurs pas bien différents de ceux des journalistes dans leur forme, et à quelques détails près dans le fond.

A côté de ça, le collègue sur la voie publique, l'enquêteur du quotidien ou le C.R.S. en faction, makach (oui, ça doit pas s'écrire comme ça). Un bon coup d'obligation de réserve dans les gencives et retourne chez mémé. Laisse causer ceux qui savent.

Résultat, des mouvements de grogne spontanés qui ont pris tout le monde à contre-pied, pas ou peu relayés dans les médias (je suppose que je dois avoir une idée trop personnelle de ce qu'est un scoop, bien calé entre le dernier chien écrasé et le temps qu'il fait) et des syndicats pratiquement muets, complètement dépassés et immobiles.
Si leur but est "réellement" (et ce mot entre en guillemets ne reflète que mon opinion personnelle) de défendre nos conditions de travail, je ne vois pas meilleur pain béni. Je m'attendais, encore très naïvement, à ce qu'ils s'engouffrent dans la brèche comme des chiens enragés.

Mais non, dans l'immense majorité des services, les deux principaux syndicats n'ont même pas réussi à se mettre d'accord sur une date de rassemblement. C'est dire le niveau de motivation...

Alors on va me parler des petits délégués locaux qui suent sang et eau. Ouais, c'est pas faux, mais sans remettre en doute leur engagement et leur abnégation, quand on y réfléchit trente secondes, que font-ils ? Ils plaident les petits bobos et les mutations/avancements. À tel point qu'obtenir ce que de droit en terme de déroulement de carrière sans être syndiqué, revient à sacrifier plusieurs années de sa vie. Et ce, même s'ils le font le plus sincèrement du monde. Une fois encore, ferme-la camarade, laisse causer ceux qui savent. Et même si en l'occurrence, ils savent bien mieux défendre nos intérêts que nous ne le ferions individuellement, ils finissent tout simplement par se substituer à tout ce qui devrait nous apporter une solidarité sans faille.

"Mais le syndicat c'est la solidarité!" Bah non.
Les principaux syndicats font partie des fédérations syndicales, elles-mêmes très politisées. Et là où il y a de la politique, ça pue, c'est comme ça...

Regardez les dernières arnaques en date…
Le bloc O.P.J.  Et même si beaucoup de collègues s'y sont engouffrés en y trouvant un réel intérêt et généralement avec grand succès, ils se retrouvent à faire le boulot d'un officier d'il y a 20 ans pour la moitié ou deux tiers de son salaire.

L'heure sécable, on m'a dit que c'était la modernité face à un archaïsme qui ne pouvait durer car trop coûteux. Mouais, citez moi un corps de métier où on fait des heures sup' gratos sans s'en plaindre.
On a toujours eu des compteurs d'heures monstrueux car on ne pouvait en pratique pas les prendre, mais maintenant l'administration peut dire qu'elle ne travaille plus à crédit (d'ailleurs, ça aussi c'est discutable mais c'est une tout autre histoire) puisque le curseur des compteurs baisse. Argument purement marketing, lui aussi tout à fait politique et puant.

La fameuse politique du chiffre qu'on voit passer dans tant de tracts. D’accord, mais concrètement, l'action des syndicats a changé quoi à ce sujet là?
De là où je suis, je n'ai vu aucune différence, aucune action concrète. Que ce soit chez Alliance ou chez Unité. C'est toujours complètement opaque et très mal défini. Sans parler, c’est évidence, que ça pue tout de même pas mal en terme de service rendu à la collectivité.

Conclusion, les syndicats nous tiennent par les ... enfin, vous voyez par où ... pour ce qui est de faire bouillir la marmite, et nous font taire, pour que le gentil citoyen ne se rende pas compte de la merde noire dans laquelle nous sommes, et continue gentiment de voter et de croire à la version qu’on lui raconte.

Et voilà, maintenant, ils préfèrent s'insurger devant une affiche qui ne nous crache pas dessus, qui ne remet pas en question nos orientations sexuelles et qui ne parle pas de l'honnêteté de nos mamans, plutôt que de s'attaquer aux problèmes de fond. Vous trouvez ça surprenant? Moi pas.

En attendant, travaille, mets des prunes et tais-toi camarade, c'est ce que ton syndicat attend de toi.
Et si tu as l'impression que ça ressemble vachement à ce que l'administration attend de toi, dis-toi que c'est parce que tu n'es qu'un petit flic sans envergure ni intelligence, et que tu n'es pas capable de comprendre la façon dont on défend l'intérêt général de ta profession. "


Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 22:59

SGP-Unité-Police-FO-poulet

 

Alors comme ça, on s’agace, on vitupère, on fait sa poulette scandalisée. On se bouleverse, on en appelle à la censure, et on injonctionne le préfet sur papier à entête. Et on alerte la presse.

SGP-Unité-Police-FO-le-dernier-ferme-la-porte vient de montrer son vrai visage, celui, empourpré et rageux, du coq de combat qu’il promettait d’être.
C’est bien remarque, on croyait que ce syndicat était moribond, ou pire, se complaisait dans la complaisance, et en fait non pas du tout, on peut même dire qu’on a affaire à un syndicalisme extrêmement réactif.

Voilà deux fois en deux ans que les poulets de Loué font leur pub avec des images désuètes de poulets en bleu, et voilà deux fois que ce syndicat s’en émeut et s’insurge furieusement à grand renfort médiatique, comme… comme si… je ne sais pas, moi… comme si par exemple, le service public se cassait la gueule dans la spirale d’une RGPP impitoyable, avec la même détermination que si l’insécurité et la violence étaient très préoccupantes et que les moyens manquaient pour les combattre, avec la même hargne que si l’administration avait décidé de supprimer des effectifs, qu’il fallait se démerder avec du matériel pourri et des véhicules à l’agonie, ou que les flics étaient accusés de procéder à des contrôles d’identité au faciès à tout bout de champ (quoique non, là, le syndicat a très gentiment participé à l’élaboration d’un projet mort-né) ou encore, que les fonctionnaires de police subissaient un régime d’exception face à la présomption d’innocence, que les relations avec la justice étaient calamiteuses, que le taux de suicides était particulièrement inquiétant, etc, etc, comme si ce poulet fermier entraînait toute la maison Poulaga à la catastrophe, en fait.

Mais heureusement, dans le monde du syndicalisme policier, tout va plutôt bien, on ne se disperse pas, on ne verse pas dans la communication futile, on a le sens des priorités, et le temps de s’essayer au décryptage d’affiches publicitaires entre le fromage et le dessert. Quitte à récidiver, et à faire une tragédie d’un seul poulet béat de bonheur sur son tracteur, un combat syndical d’envergure, et une lutte sans merci pour restaurer l’image de la police nationale.

Quelle démonstration de force ! Quel super pouvoir syndical que voilà !
Tout ce buzz médiatique sous le regard effaré de la majorité des vrais poulets !... des vrais flics voulais-je dire, pas vraiment en phase avec les indignations de salon du syndicat majoritaire, et qui ne trouvent cette image ni malveillante, ni outrageante, même plutôt amusante. Des vrais poulets de terrain qui aimeraient trop souvent voir leurs syndicats s’agiter avec autant d’énergie pour des choses plus graves. Des vrais poulets qui savent aussi discerner les revendications utiles des protestations indigentes, et à l’occasion prendre la liberté de rire d’eux-mêmes… voire se déguiser en poulet pour réclamer moins de salades et plus de blé

Le slogan de la pub est d’ailleurs plaisant : un bon poulet est un poulet libre. Voilà du pur slogan de compétition, une formule qu’on aimerait presque reprendre à son compte, un beau slogan pondu par un poulet de Loué alors qu’on aurait tant apprécié qu’il le fut par un syndicaliste éclairé. Mais non, faut pas rêver, pas de ça chez nous. Par ici on se fait encadrer l’humour et la dérision par des petits-pères-la-morale psychorigides, et on ne s’occupe plus guère de la liberté d’exercer le métier de flic correctement.

Bien davantage que la campagne de pub des poulets de Loué, la médiatisation du spasme agroalimentaire du SGP-Unité-Police-FO (le dernier ferme la porte, merci) syndicat majoritaire des gardiens de la paix, aura eu pour effet de ridiculiser toute une profession.


Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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