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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 09:22

[UP] article du vendredi 24 juin 2011

gang-bang

 

Je partage ici le coup de gueule et l’opinion de Marc Louboutin à propos de la nouvelle "affaire Sihem Souid". Et d’aucuns ne pourront nous soupçonner d’une union sacrée sur le dos de la pasionaria autoproclamée de la police nationale, nous ne sommes pas souvent en phase, deux électrons très libres et un peu trop inaptes aux consensus.
Bref, je suis comme lui sidérée par l’aveuglement et les partis pris indus qui entourent cette affaire qui apparaît de plus en plus comme instrumentalisée.
Je suis abasourdie par le rôle des médias – cette salade est un symptôme, une parfaite illustration – à préférer le buzz à l’investigation minimale quelque soit le sujet.
Ça en devient terriblement anxiogène.
Ces accusations, et généralisation maintenant clairement énoncée, sont une insulte à mes collègues femmes et hommes désignés comme des idiotes prêtes à tout entendre et supporter pour les unes, et des êtres grossiers voire lubriques pour les autres.
Tout ça est grotesque.
Nous avons évidement conscience que quoique nous pourrons dire à ce propos fera de nous des complices de la machination visant à cacher les turpitudes de la police nationale, et que forcément, on nous soupçonnera d’être guidés par un corporatisme aveugle.
Qu’importe.

 

Les propos approximatifs de Melle Souid, en mal de médiatisation, sur une présumée affaire de viol dans un commissariat font à nouveau la une des chaînes d’information, depuis cette dénonciation sur RMC, hier, de cette affaire criminelle qui aurait été étouffée (évidemment) par l’administration. Les faits dénoncés sont graves. Peu importe qu’ils soient approximatifs, l’important c’est le buzz….

Melle Souid, nouvelle icône de la Police Républicaine pour certains médias et pour le Parti Socialiste qui n’a de cesse de la soutenir, depuis l’automne dernier est omniprésente dans les médias. Le PS a même déposé un projet de loi sur la déontologie portant son nom. A quel titre ? Là aussi, au vu de la tournure un tantinet paranoïaque de Melle Souid, il serait peut-être temps de se poser la question. On ne légifère pas sur des potins. Ou alors cela mérite une enquête parlementaire.

Cette affaire, depuis l’origine, est symptomatique d’une certaine paresse des médias et du faible niveau de compétence du PS en matière de sécurité publique qui n’a décidemment pas grand-chose à avancer en dehors de cette égérie bien peu consistante.

A-t-elle une quelconque compétence en matière de sécurité publique ? Non. Est-elle un exemple de « déontologie » ? Non plus, il suffirait aux journalistes d’avoir simplement la curiosité de faire le tour de ses déclarations dans la presse pour se rendre compte de l’approximation perpétuelle de ses déclarations.

A-t-elle seulement écrit son livre ? Non plus.

Melle Souid, à part le crédit qu’on pourrait peut-être lui apporter d’avoir éventuellement été témoin d’actes discriminatoires qui restent exceptionnels à la Police de l’Air et des Frontières d’Orly, son ancien service, est totalement bidon. Hystérique lorsqu’on lui apporte la moindre contradiction, elle n’a de plus aucune des qualités de sang froid et d’analyse que nécessite la moindre intervention banale de police, domaine technique qui lui est totalement étranger d’ailleurs.

Depuis des mois, elle tente de se faire passer pour une sorte d’Erin Brockovich à la française, seule contre tous, victime d’un complot généralisé, qu’il soit de l’Etat, de la Halde qui aurait évidemment « bidonné » son dossier pour lui donner tort, des policiers qui ne sont pas d’accord avec elle…

Les médias lui donnent abondamment la parole, sans jamais rien vérifier de ses affirmations. Pourquoi travailler un peu le dossier réel de Melle Souid, alors qu’elle sert, habilement, des arguments pré mâchés ? Les policiers sont donc d’après elle globalement racistes, maintenant on apprend qu’en plus ils sont sans doute généralement sexistes et des pervers sexuels en puissance.

Sa prochaine phase c’est quoi ? Les poncifs sont tellement nombreux sur la Police que la ligne éditoriale des interventions prévisibles de Melle Souid est infinie. Que les policiers sont tous d’extrême droite, alcooliques, analphabètes, incultes et évidemment incompétents ? Sauf elle bien sûr, qui sait tout sur tout, modèle de vertu et de République, nouvelle Marianne d’une presse et de responsables politiques, qui en la soutenant aveuglément sans jamais rien remarquer ni vérifier de ses incohérences, se livrent à une propagande à la fois mensongère et d’une mauvaise foi calculée.

En tête de cette propagande qui est une insulte pour la qualité de la presse en France, l’hebdomadaire le Point, sous la dynamique d’Aziz Zemouri, ami proche de Melle Souid depuis l’origine de ses problèmes administratifs, n’hésitant pas à bidonner de fausses interviews (A la façon « je ne vous connais pas ») de Melle Souid qui ne sont en fait que des communiqués de presse de promotion de son livre qui ne disent pas leur nom.

La meute réclame une meilleure déontologie dans la police, mais où est la leur dans cette affaire ?

Le journalisme serait-il définitivement mort en France ? A quand une enquête un peu sérieuse sur Melle Souid, sur ses propos, sur sa personnalité, sur l’ensemble de la genèse de cette « affaire », sur ses relations exactes avec certains journalistes, bref, sur les tenants et aboutissants de ce fantôme médiatique omniprésent ? Un peu de lumière ne ferait pas de mal à ces polémiques inutiles. En matière de Sécurité Publique, il y a d’autres urgences à installer dans le débat que cette caricature perpétuelle sans queue ni tête qui déshonore le journalisme et diffame pour des raisons uniquement promotionnelles ou égotique la grande majorité des policiers qui font leur travail parfaitement.

A défaut, de grâce, arrêtez de nous bassiner avec Sihem Souid.

Marc Louboutin
(24 juin 2011)

 

    Si on m'aurait posé la question...

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 01:05

 


"Des viols entre policiers dans un commissariat" par lesgrandesgueules

« Le sexisme il existe, voilà. Il y a beaucoup de machos dans la police et il y a beaucoup de femmes qui souffrent et qui.. qui...
- Mais elles souffrent comment, et comment vous l’avez ressenti ou subi ? C’est des réflexions ? des gestes ?
- Les réflexions, ça c’est toute la journée. Mais après c’est des blagues, et tout ça, alors là on en a à tire-larigot. Après qu’on supporte ou qu’on supporte pas...
- Mais c’est de la camaraderie !
- Oui mais bon il y a des limites à tout, il y a des limites à tout, ah ah ! J’ai le sens de l’humour pourtant, et je suis contre...
- Donc c’est lourd quoi en fait.
- Oui oui, c’est lourd.
- Non non, mais attendez parce que vous disiez aussi qu’il y a des gestes déplacés, il y a des...
- Oui oui, il y en a ! Oui ben c’est connu, en tout cas il y a même eu des viols entre collègues, ça a existé, excusez-moi, dans une mairie, voilà, une mairie sur Paris, donc voilà, dans une mairie, dans une... un...
- Un commissariat
- Dans un commissariat sur Paris, donc.
- Mais ça a été dénoncé ? Ou ça a été étouffé ?
- Ça a été dénoncé, puis étouffé, voilà. Donc, ils ont muté les victimes, voilà.
- Les victimes...
- Ont été mutées.
- Les victimes dans un commissariat ont été mutées. »

 

Magnifique, le traquenard des stars de la radio-populo.
Il va falloir aller jusqu’au bout de la gâterie merdiatique maintenant.
Et dire ce qu’il y a, et qui il y a, derrière la rumeur.
Parce que des viols entre flics, au pluriel et en plein Paris, il doit bien en rester quelque chose quelque part.
Pénalement c’est du lourd, de la bonne matière criminelle et du cumul de circonstances aggravantes, l’IGS ne va pas cracher dessus. Moi, si j’étais chez les bœufs, j’en baverais de bonheur rien que d'y penser.
Et puis il y a au moins un syndicat qui a du être averti, c’est pas possible autrement, et peut-être même que pour une telle affaire, il aurait cessé deux minutes de dénoncer-déplorer-s’indigner-débiter ses fadaises cache-misère pour se mettre au boulot.
Allez savoir, des fois que ce serait vrai...
On ne peut jurer de rien.

Mais on peut jurer de ce qu’on connaît, de ce dont on est sûr :
NON, dans la police, beaucoup de femmes ne souffrent pas d’exactions de leurs collègues lubriques,
NON, les réflexions graveleuses ne vont pas bon train toute la journée,
NON, les blagues obscènes ne constituent pas la communication entre flics,
Et NON, crétins de journalistes à audience facile, faiseurs d’opinions médiocratiques, si c’était le cas, ce ne serait pas de la camaraderie !
NON, les gestes déplacés, ce n’est pas connu, ce n’est pas banal, ce n’est pas un usage que l’on subit et que l’on tait dans la police.

NON, les flics – femelles et mâles – souffrent d’autres maux. Le Chiffre, la RGPP, la stérilité syndicale, la délinquance, la violence... etc.
Mais les idées reçues sont plus vendeuses, maniables et digestes que l’exposé de la réalité, n’est-ce pas.

Les modalités des relations hommes-femmes dans la police n’ont rien de particulier, sauf peut-être un peu plus de solidarité qu’ailleurs face à l’opinion publique et aux bavardages d’amateurs.
Comment pourrait-il en être autrement...


source : RMC - Les Grandes Gueules - mardi 21 juin 2011
(totalité de l'interview [RMC : 21/06 - Les Grandes Gueules - 12h-13h] à 19'00 environ)

 

Jeudi 23 juin 2011

 

notif.devoir2reserve-2

Une image qui se balade sur internet (un clic dessus pour la voir en entier)
Sans commentaire...

and the show must go on :

Le Point - Nouvel Obs - Le Parisien - Europe 1 - RTL - JDD - Midi Libre -Les Inrocks - Le Post - Yahoo -Challenges - 20 minutes - TV 5 - La Nouvelle République ...

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 23:40

robot-chicken

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  C’est quand même drôle – façon de parler – parce que si tout le monde s’accorde à se persuader que la sécurité est un enjeu majeur et déterminant pour le bien-vivre et le bien-voter, l’opinion semble ne pas voir qu’elle se laisse balader en absolue insécurité médiatique.

  Je ne sais pas ce qui est le plus anxiogène, en fait.
  La presse ? On ne sait pas trop si elle est asservie et à quoi, médias et politique sont un couple qui se cocufie autant qu’il sait s’entendre. On peut aussi douter, pour la plupart, de l’aptitude à un exercice autre que la paraphrase de dépêche AFP, la dentelle de faits divers, et le copié-collé de projets de lois. En revanche, aucune ambiguïté quant à l’appétit pour les particularités à transformer en généralités, ça aide à bien des démonstrations bancales.
  L’opinion ? la sécurité c’est – en apparence - aussi simple que le bien et le mal, alors elle avale tout sans sourciller, et piaille de bon cœur et en chœur non-non-non ou oui-oui-oui quand on lui sert un poulet grillé ou sa soupe sécuritaire.

(Volontairement, j’appelle le citoyen l’opinion car parlant de presse (et de politique) un citoyen n’est plus qu’un objet d’influence susceptible de restituer l’impact d’un discours par une attitude (et un vote))

  Le préalable absolu de ce qu’il est convenu d’appeler de l’information, c’est le suivisme de la presse, envers et contre toute pertinence, interdisant le temps de l’information véritable, de la connaissance, la mémoire, la réflexion, bref de la rationalité et la raison.

  Il suffit d’avoir un tout petit domaine d’expertise – j’ai la prétention de dire que la police ne m’est pas tout à fait inconnue - pour se rendre compte qu’on se fait bourrer le mou à longueur de temps. Pas toujours sciemment, pas à coups de mensonges délibérés, non, mais par péché d’immédiateté, souci d’audience, par parti pris de principe, lacunes et déficit de synthèse.
  Il est plus simple de donner du relief à un fait qu’à une idée.
  Plus simple aussi d’être dans le commentaire que dans l’analyse.

  Les ficelles des marionnettistes sont parfois énormes.

  Mais l’opinion s’en contente. Il est attendu d’une opinion qu’elle réagisse, c’est tout. Un individu peut réfléchir, pas une opinion. Et c’est bien pour ça que la sécurité est à la fois un enjeu et un outil idéologique idéal.
  Et à propos de sécurité, l’opinion est très réactive. Qu’on parle de délinquance ou de police, le réflexe épidermique et la posture prennent le pas sur le raisonnement.

  Pourtant si on retrace sommairement quelques chronologies de faits et d’annonces, et les priorités journalistiques qui guident les choix de titres à glisser dans les rubriques Sécurité ou Police, il y a de quoi s’interroger.

  À propos de déontologie policière par exemple :
  Phénomène médiatique, tout le monde a entendu parler d’elle. Celle qui a dénoncé de fâcheuses atteintes déontologiques, que la hiérarchie de la PAF et l’administration ont cru bon de ne pas sanctionner, peut-être pour générer ultérieurement un écran de fumée sur lequel la presse se précipiterait comme la misère sur le monde pendant que le démantèlement du service public police serait mis en oeuvre (eh oui, moi aussi je suis capable d’imaginer des machinations…) dans une quasi indifférence de l’opinion.
  Elle a dit d’elle-même qu’elle fut dans son service d'affectation l’Arabe de service. Je crains qu’elle soit aujourd’hui l’Arabe de service de beaucoup de monde qui, malgré des poses compassionnelles et empathiques très affectées, l’aura complètement oubliée quand les feux journalistiques se seront éteint et que son sort sera soumis à d’autres lois que celles de l’audience et de la visibilité.
  Les hommes politiques sont comme ça, friands de cautions morales, d’étendards volontaires, de bonnes consciences par procuration. Et ils oublient vite.
  Les journalistes y trouvent leur compte aussi, ce genre d’affaire est simplissime à décliner sur le mode des-gentils-et-des-méchants et de la-police-qui-a-tous-les-vices. Un grand classique. Puis ils se lassent vite, ils ne parlent pas deux fois de suite de la même chose parce que l’audience s’émousse.
  Et pour parfaire la péremption d’un fait d’actualité, l’opinion est ainsi faite qu’elle n’a pas plus de constance que de mémoire. Il suffirait donc à l’administration police de programmer un conseil de discipline au milieu d’une actualité bien chargée pour que personne n’en parle. C’est le jeu des médias, il est donc de bonne guerre. Je défie quiconque de faire entendre une cause juste – ou pas, d’ailleurs - entre les deux tours d’une élection présidentielle. Par exemple.

  À propos des armes, autre exemple :
  De façon récurrente, l’usage des armes non létales – flashball et Taser – est remis en cause. À chaque accident, ou bavure selon qui commente. Et aussi régulièrement, il se trouve des associations pour démontrer que la police française figure sur le podium des tortionnaires. L’opinion éminemment informée par la presse, prône la suppression de ces armes. On ne garderait que le 9mm, et chaque légitime défense recevrait donc la même réponse. Mais là, il faudrait éclairer l’opinion d’un peu de droit pénal, et ça se corse pour les journalistes-à-tout-faire.
  Quand on évoque l’armement des policiers municipaux – de plus en plus impliqués dans la lutte contre la délinquance – sous impulsion médiatique, l’opinion frissonne d’effroi.
  Mais quand le ministre Hortefeux annonce une modification de la législation sur les armes, arguant que « la législation sur les armes est inefficace, car trop tatillonne pour les honnêtes gens, impuissante face aux trafiquants » (24 juin 2010 - Seine Saint-Denis) personne ne relève, ni se pose la question de savoir qui sont ces honnêtes gens qui pourraient profiter de cette toute nouvelle deuxième catégorie d’armes soumises à autorisation. Pour l’opinion, un honnête gens est certainement moins attentatoire à la sécurité qu’un policer municipal armé ou qu’un flashball. Bah tiens. En tout cas la presse a négligé cette petite phrase pas-anodine-du-tout de la déclaration du ministre, et autant dire qu’elle est passée comme une lettre piégée à la poste.
  Plus récemment, une loi a été votée stipulant que la réserve civile renforçant les effectifs de police accueillerait désormais en plus des retraités policiers, des citoyens volontaires. Lesquels, après une courte formation pour un emploi qui reste à déterminer précisément, se verraient remettre une arme. À feu.
  La presse - à grande audience en tout cas - n’a pas eu grand-chose à en dire. Et l’opinion non plus, du coup. Trop technique ? Trop juridique ? Trop énorme ?
  Il n’en reste pas moins que cette milice citoyenne armée suscite beaucoup moins de débat que le flashball, mais apporte la preuve lumineuse que la sécurité cesse d’être un métier de spécialistes, et que les valeurs et garanties républicaines sont solubles dans l’amateurisme.
(Et en outre, je tiens le pari aujourd’hui que la détention d’arme sera bientôt étendue à certaines professions. Pour commencer.)

  Bref. Pendant que se prépare l’éparpillement de la gestion de la médiatique et sacro-sainte sécurité, entre des policiers municipaux plus ou moins armés selon les budgets et le bon vouloir des élus, des citoyens volontaires qu’on éduque déjà à la délation avant de les armer, des "professionnels" de la sécurité privée (200 000 en 2012, autant que de policiers et gendarmes), des caméras de vidéosurveillance ; pendant que la police nationale se réduit comme une peau de chagrin abandonnant ses prérogatives républicaines et ses missions régaliennes aux mains du bizness, de simulacres de rentabilité et d’ambitions personnelles, de vocations de la dernière pluie, au détriment de la lutte contre la délinquance et de la sécurité publique, avec quoi occupe-t-on l’espace médiatique ? Un livre à scandale. À se demander s’il n’est pas co-édité par le ministère de l’Intérieur. Tout ça est dérisoire. Décourageant...
  Voilà ce que je reproche à la presse. D’ignorer un essentiel parce que son traitement est un peu plus compliqué - mais tellement nécessaire. De prétendre parler de police et de service public en évoquant en boucle une lamentable histoire, de résumer la police à cette histoire, d’en faire un arbre qui cache la forêt qui nous arrive dessus comme une déferlante à emmerdes. Parce qu’avec les prochains flics en plastique de la dernière tendance légiférante, il y a fort à parier que vous allez en manger de la bavure et de l’atteinte aux droits de l’homme. Et de la sévère.

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 10:12

rue89ico 

 

CRS-BS

 

 Il est important de mettre des mots sur les craintes d’une population en proie au sentiment d’insécurité, parce que le simple énoncé d’un diagnostic lui procure le sentiment d’être mise en sécurité.
  À peine le mal est-il identifié, qu’un remède est prescrit. Qu’importe l’effet placebo sur un malade imaginaire, la thérapie passe par le verbe : il faut savoir que le sentiment d’insécurité est inversement proportionnel au risque véritable de se trouver en insécurité. Ce qui est tout de même la preuve d’un discours très efficace.

  La grande messe médiatique est la courroie de transmission essentielle, dans un sens comme dans l’autre. À force d’asservissement au discours politique, et de micros-trottoirs pour servir la cause populiste, n’importe quel fait divers est traduit en fait de société.
  Le journaliste-prédicateur quotidien, tout en se donnant des airs d’analyste averti capable de faire autre chose que de la paraphrase de dépêches AFP, sait transformer un épiphénomène délictuel en endémie criminelle.

 Les faits divers, quels qu’ils soient, sont multiples et nombreux tous les jours. Il suffit d’en faire une sélection calculée, et en faire de l’information, pour donner l’illusion d’une aggravation particulière, préambule de mesures répressives ciblées... ou d’effets d’annonce.
  Les relations entre médias et services de presses policiers sont mystérieuses, mais le fait est – par exemple – qu’un accident mettant en cause un chien dit dangereux réveille aussitôt une meute d’autres chiens dangereux partout en France, mordant et mutilant tout et n’importe qui dans un temps limité. Une loi est promulguée dans la foulée, catalysée par les médias et applaudie par les adeptes du tout-sécuritaire. Qui dans leur urgence d’interdiction, ont oublié de relever que les chiens les plus mordeurs sont les labradors, les plus tueurs les bergers allemands, qui eux sont pourtant autorisés à continuer de gambader sans muselière. La loi sur les "chiens dangereux" avait donc un objectif plus obscur, mais là n’est pas le sujet.

  Pour maintenir la peur au niveau nécessaire et suffisant permettant la perméabilité au discours sécuritaire, il faut donc parfois inventer de nouveaux mots, des formules nouvelles. Ainsi, on peut croire à des infractions émergentes, des crimes inédits, produits par des délinquants d’un nouveau genre.
  Un état de crise sémantique, une intensification de la communication, où la prévention s’appelle désormais gestion des risques, et où on met en place des stratégies territoriales de sécurité. Rien que ça.

  Nouveaux mots, nouvelles cibles, potentiel de victimes exponentiel, nouvelles peurs.
  La peur annihilant le jugement, la question de savoir si la frénésie des mots est proportionnelle à une augmentation de la délinquance devient sans objet.

  J’aime beaucoup le mot ultra. Il a le goût d’un point de non retour.
  On connaissait l’extrême-gauche, et on a vu arriver l’ultra-gauche sous les traits d’un exalté sans envergure politique qui aurait balancé des saloperies sur les caténaires du TGV en guise d’acte qualifié de terroriste. Avant, on disait vandalisme.
Alors si le vandalisme est d’inspiration ultra-gauchiste, comment pourrait-on aujourd’hui désigner Action Directe ou la bande à Baader ? Hypra-méga-supra-gauche ?
  La rhétorique s’emballe, joue de surenchère.
  Dans le même ordre d’idée, on a vite fait de rebaptiser un manifestant d’activiste, ou encore un Arabe de musulman, et un musulman d’islamiste, un islamiste d’intégriste, un intégriste de fondamentaliste et un fondamentaliste de terroriste – voire lui coller un muezzine en fond sonore au montage, ces incantations moyen-orientales tout droit sorties d’un minaret laissant entendre qu’un type mal intentionné pourrait exploser d’un moment à l’autre.
  Et après, on nous fait rigoler avec le "vivre-ensemble"...

  Dans la catégorie des ultra-concepts, l’ultra-violence a désormais sa place dans les faits divers, comme s’agissant qualitativement de faits nouveaux.
Faux. Complètement faux.
  Le nombre de crimes très violents, faits de déséquilibrés, viols, actes de barbarie, et autres sauvageries listées dans le code pénal, est linéaire dans le temps. (À condition bien sûr que le temps sur lequel s’opère la mesure soit significatif. Des fluctuations de faits peu nombreux enregistrées sur des périodes courtes n’ont aucun sens, c’est une contrainte de la statistique.)

  Il y a toujours autant de dingues, c'est-à-dire pas tant que ça pour une société qui marche sur la tête.
  On a beau retourner les chiffres dans tous les sens, les homicides sont en baisse constante.
  On a beau regarder les gamins d’un sale œil, depuis des années l’âge du premier délit a tendance à croitre.
  En fait – quitte à faire hurler de réprobation les convertis – globalement, la violence est en baisse.
  Ce serait un affront à l’intelligence de rappeler la violence des pratiques infractionnelles d’un passé lointain, de citer des extraits de Zola, ou de se souvenir que le baron Haussmann a fait installer l’éclairage public dans Paris parce qu’on s’y égorgeait au coin des rues. Etc.
  Et même si les plus intégristes du tout-sécuritaire appellent de leurs vœux une répression implacable, l’histoire du droit et de la criminalité démontre que – hormis un effet de catharsis sur une société qui in fine reconnaît quelques bienfaits à la violence – la brutalité de la sanction pénale (de la torture à la peine de mort en passant par les travaux forcés) n’avait pas d’effet sur la délinquance qui lui était contemporaine.

  La violence scolaire est un autre exemple intéressant. Elle fait partie de ces nouvelles catégories d’infractions, et pourtant elle a toujours existé aussi, à ceci près qu’elle était indifférenciée, et considérée comme du fait divers. Le véritable changement est l’augmentation des effectifs et de l’âge de la population scolaire de l’enseignement secondaire, et de fait, le transfert de délits inhérents aux post-adolescents et jeunes adultes dans l’enceinte de l’école.
  Quoiqu’on en dise aujourd’hui, quelque soit l’écho qu’on lui donne, la vraie violence à l’école a toujours été marginale. Les incivilités et autres dégradations relevées seraient plutôt à mettre en rapport avec les suppressions de postes opérées dans l’Éducation nationale.

  Dans le même esprit de saturation en incantations sécuritaires, la loi se gonfle de mots nouveaux, comme autant d’infractions non encore prévues par les textes.
Mais à y regarder de plus près…
  Le guet-apens rentre dans le cadre de l’association de malfaiteurs
  L’inceste était superflu, la loi dispose déjà qu’une agression sexuelle ou un viol commis sur un mineur par un ascendant ou toute personne ayant autorité constitue une circonstance aggravante.
  Un senior fait partie des "personnes vulnérables." Prévu par la loi aussi.
  Etc.

  Ce gavage de mots doit persuader que tout est mis en œuvre pour que la population se sente rassurée et protégée, tout en sous-entendant de nouvelles pratiques délinquantes très inquiétantes.
Même si les annonces concernant la délinquance sont faites sans aucun paramétrage, aucune indication, permettant une meilleure compréhension.
  Récemment, on apprend que les délits contre les seniors sont en augmentation. L’explication se trouve dans la courbe démographique. La France vieillit et les vieux ont toujours été une cible privilégiée des agressions physiques. Ils ne sont pas plus en danger, ils le sont autant qu'avant.
  La préoccupation sécuritaire occulte tout le reste, et tombe toujours à point nommé pour occuper l’espace médiatique. La vulnérabilité économique et sociale s’efface quand il le faut derrière le sacro saint chiffre de la délinquance et toutes ses déclinaisons. Ce concept-là fait vendre – ou élire – le reste, plus personne n’y croit.
  La sécurité apparait de plus en plus comme un argument électoral par défaut.

  On finira par se convaincre qu’une poubelle qui brûle met davantage en danger la République qu’un système de retraites qui se délite. Ou qu’une police nationale, bientôt sacrifiée sur l’autel de la sécurité privée.
Ou peut-être est-ce un écran de fumée ?

  Et justement, la police dans tout ça ?
Les policiers n’ont pas une vision macroscopique de la délinquance, mais une observation très précise de ses formes et ses modalités là où ils exercent.
Ils peuvent témoigner de certaines formes de radicalisation de la violence, notamment à leur encontre. La preuve la plus infecte que cette option prise sur la gestion de la sécurité et de la paix publiques est une impasse.
  Plus que jamais, la police de proximité fait défaut. Contrairement à ce qui est plaidé, préconisé, annoncé, vidéosurveillance, drones (!), etc, plus la situation s’envenime et plus une police de proximité serait nécessaire. Ou plus exactement l’état d’esprit qui animait cette orientation. La police, c’est par définition de la proximité. Dès lors qu’on fait une partition des missions policières, c’est de la politique.
  Et c’est en partie pour cela que les relations police/population n’ont cessé de se dégrader.
  La police se trouve au cœur de la réalité des effets de la férocité sociale, économique, et la délinquance. Même s’il se trouve aujourd’hui des idéologues pour affirmer qu’il n’y a pas de lien entre la délinquance et la précarité…
  La police doit absorber toutes les conséquences de la politique sécuritaire.
  Intrinsèquement par l’application de la culture du résultat qui va constituer la matière première d’une statistique dopée, et les effets pervers qu’elle génère en interne (esprit de compétition, course au bâton, à la prime au mérite, etc). Mais aussi - le désengagement de l'État en matière de sécurité est limpide - par la baisse de ses effectifs, par un recrutement anémique qui souffre de trop de jeunesse, un encadrement qui prend ses distances avec la base, par une déprime qui se généralise moins à cause du contexte professionnel que de son malaise interne.
  Et face à une population de plus en plus hostile, dans une sorte d’engrenage réciproquement haineux, avec qui la communication n’est pratiquement plus possible.

  Les scénarios-catastrophe plaisent au cinéma, la recette est simple et le public réceptif. Les journaux télévisés sont des feuilletons où tout doit être générateur de peurs. La météo, la santé, la nourriture, la voiture, etc… autant dire qu’avec la délinquance - la menace de l’autre - c’est de la balade…
  L’importance relative des informations d’actualité servies par les médias dominants est hallucinante de mauvaise foi, le fait divers fait la une plus que de raison.
  L’endoctrinement est médiatique, et l’émotion a pris le pas sur la réflexion : si "on" ne parle pas de quelque chose, cette chose n’existe pas, si "on" parle d’un fait, il se doit de concerner tout le monde. C’est ainsi que le suffrage de petites communes tranquilles démontre une paranoïa irraisonnée, et une radicalisation de la peur que les quartiers sensibles ne connaissent même pas.
  L’histoire contemporaine de la délinquance est amnésique, elle se raconte sur les pages rédigées d’avance d’un futur sécuritaire, avec un maigre argumentaire constitué d’une indigestion de faits divers. Jusqu’à une oppression qui finit par rendre hors sujet toute tolérance du minimum de brutalité indissociable de l’être humain, et transforme le citoyen en maniaque de la loi et de l’interdiction.
  L’honnêteté intellectuelle est bannie du débat, le court terme des chiffres, des mots, et des lois, n’est pas raisonnable. C’est de la propagande. À croire que l’objectif est une mutation de la société toute entière, qui avec logique accepterait de vivre de méfiance mutuelle, et sous un contrôle permanent.
  La criminologie est aujourd’hui une discipline quasi négationniste, sans passé, sans recul, sans sérénité, dont la plus belle arme est l’instrumentalisation. De la population, des délinquants, de la police. Et des médias mis au diapason politique.

  Et bizarrement, rien ne sert de leçon.
  Et les uns accuseront toujours les autres de déni de réalité. Et vice-versa.

 

 

« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité,
tu ne mérites ni l'une ni l'autre. »

Thomas Jefferson

 

Les sources que je consulte régulièrement :

- Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales
- Délinquance, justice et autres questions de société
- Champ Pénal - Nouvelle revue internationale de criminologie
- Cairn.info
- Journal d'un avocat

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 09:13

rue89ico  

 

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(racaille)

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(incivilités)

 

  Il y avait dans les missions de la police, la lutte contre la délinquance.
  Mais le mot est usé et manque de ferveur à la tâche. La lutte n’est plus d’actualité, la lutte c’est mou du genou. Outre la dimension répressive de la "lutte", le sens du mot y inclut ce qui est du domaine préventif et informatif, tandis que le combat appartient aux ardeurs des phases terminales. Il faut remplacer la lutte par le mot combat, et la dimension urgente et dramatique devient aussitôt une évidence.
Alors même si l’énergie était la même dans la lutte, le politique, suivi par le médiatique, évoque désormais un combat contre la délinquance.

  Cette police exponentiellement rebaptisée ne pouvait décemment continuer à patrouiller sur des secteurs. Le paysage devait aussi changer. On parle aujourd’hui de territoires. Un dealer ne vend plus dans son quartier, mais il a le contrôle d’un territoire.
 Le maintien de l’ordre - association de mots pourtant impopulaire, synonyme de procédé fasciste il y a vingt ans pour certains - est désormais un objectif d’envergure inadaptée au choix de société qui semble s’affirmer. Maintenant, les criminologues agréés parlent de pacification.
 Les vieux flics ont connu dans les faits de délinquance communs, le trafic de drogue, le recel de vol, et autres atteintes aux biens du même ordre. Ils sont priés de se mettre à la page, de ne plus parler de "deal" ou de "fourgue" mais d’économie souterraine. C’est vrai que ça a tout de suite une autre résonnance. Ça fout les pétoches au citoyen-électeur parce que c’est souterrain. C’est localisé au même endroit invisible que les réseaux dormants, quelque part entre chez lui et pas loin.
L’économie souterraine, ça se chante comme la dissimulation d’une organisation tentaculaire et bien rodée, donc – aussi - le message d’un constat d’échec. Autant d’angoisse et de fantasme pour une population élevée à la soupe sécuritaire, qu’il y a d’adrénaline dans le flagrant délit pour un flic. La sécurité, c’est désormais le vertige des deux infinis.

  Certains services de police sont qualifiés par les mêmes criminologues-communicants d’offensifs. Lors d’un débat télé, j’avais demandé à une éminence de l’ONDRP* pourquoi il utilisait ce langage de guerre (j’avais spontanément pensé à la grenade offensive, association d’idée, allez comprendre…) et pourquoi il fallait que le mot "répressif" tombe lui aussi en désuétude, alors qu’il était précisément et exactement adapté au travail policier.
La répression ne satisfait plus la rhétorique, elle n’a plus de relief, elle a trop servi aussi, le mot s’émousse, il faut passer à l’offensive. Il n’a pas répondu.

  Mais contre qui ?
  Aujourd’hui on dit surtout les jeunes. La seule précision apportée est en bande ou mineurs. S’ils sont plus de trois, on parle de bande organisée, s’ils sont mineurs, il est d’usage à intervalles réguliers (le temps d’oublier) d’évoquer des couvre-feux. Le couvre-feu est une mesure prévue par la Constitution en cas d’état de crise ou état de siège. C’est dire que ça ne rigole pas, là.
  On dit aussi racaille si on est président de la République. On peut dire crapauds si on est flic et qu’on aime bien les baragouins d’initiés.
  Avant, en situation de troubles à l’ordre public par exemple, on parlait de casseurs. Ou encore - avec un brin de paranoïa - des autonomes, anarchistes ou autres dénominations appartenant à un folklore politique. Par ailleurs on parlait de délinquants. Tout simplement. Ou de voyous. Au moins, ces gens-là avaient un qualificatif.
Aujourd’hui ce sont des jeunes… c’est dire le potentiel de dangerosité de cette tranche d’âge. (même si c’est une permanence dans le temps de voir les adultes redouter et s’effaroucher de leurs propres rejetons… une France vieillissante n’arrangeant rien.)

  Le métier de policier se concentre autour de mots forts, et se précise dans son appellation, tandis que sa clientèle de prédilection s’imprécise faute de mots. A cause d’une amnésie du langage pour désigner ceux qui tombent sous le coup de la loi, l’ambiance vire anxiogène. Si le délinquant est flou, s’il n’est personne, c’est qu’il peut être tout le monde.

  Il y avait également - et il y a toujours - des pointures, des criminels sanguinaires, des fous, des braqueurs qui n’avaient peur de rien et qui tiraient à l’arme lourde si leur plan était contrarié. Aujourd’hui on dit arme de guerre en cas de vol à main armée. Mais ce sont toujours des pistolets mitrailleurs, kalachnikovs, etc, bref, de mémoire de flic, personne n’est jamais monté au braquage avec des pistolets à billes. Mais il semblait opportun d’introduire le mot guerre dans la désignation de l’arsenal du grand banditisme - qu’on préfère d’ailleurs appeler crime organisé, même s’ils ont toujours été assez doués pour l’organisation, et ça depuis très longtemps. Le vol à main armée bénéficie aujourd’hui de la libre circulation européenne, mais la pratique reste la même.

  Le décèlement précoce est une notion nouvelle, également énoncée par la criminologie new-wave.
L’objectif de cette méthodologie est d’identifier les délinquants avant qu’ils ne le deviennent (exemple : les non-délinquants en bas-âge) ET les infractions avant qu’elles n’aient eu lieu (par exemple, avec la très populaire vidéosurveillance, pardon : vidéoprotection). Autrement dit, procéder à un contrôle permanent d’à peu près tout le monde, et – c’est un point de vue - le très cartésien monsieur-tout-le-monde aime à dire « quelle importance si on n’a rien à se reprocher !...»
  C’est une drôlement bonne idée, non ? Mais il va falloir faire cohabiter dans la loi et la procédure pénales, le décèlement précoce avec la présomption d’innocence. Et aussi avec les libertés constitutionnelles, les droits de l'Homme, et tout ce genre de dispositions à la sauce Vème république.


*ONDRP : Observatoire National de la Délinquance et de la Réponse Pénale

 

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"Sans la police,
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