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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:45

Hi. J’ai bien reçu votre invitation mais je la décline. Le flic de service s’efface, le flic de service n’est plus flic.
Mais que diriez-vous d’inviter de temps en temps des vrais flics ? C'est-à-dire ni des auteurs, ni des démissionnés, ni des syndicalistes, ni des anciens patrons, ni tous ces gens dont je fais partie à qui vous prêtez une supra légitimité à s’exprimer à la place des autres ?
C’est pas assez "dans l’air" le vrai flic ? Un gentil poulet sauvage d’extérieur à qui vous garantiriez son anonymat et que vous protègeriez parce que ses mots valent de l'or, et vont vous bousculer, ça ne vous tente pas ?
Parce que celui-là voyez-vous, il est excessivement légitime tant il met quotidiennement les mains dans le cambouis. Celui-là, il a plein de choses à vous dire dont je ne saurais vous parler correctement.
Tentez le coup, arrêtez d’être conforme, et de vous refiler le même carnet d’adresses de vos bons clients. On les a assez vus, ils nous ennuient, ils ne nous apprennent rien.
Innovez. Pour parler de police, invitez un flic. Un vrai.

C'est dans L'Air mais il y a trop de vent
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 18:00

J’ai été invitée par LCI, ainsi qu’un permanent syndical d’Alliance, à venir parler du sujet qui ces temps-ci nous occupe tous, et aujourd’hui en particulier puisqu’a eu lieu la manifestation de protestation contre les violences anti-flics initiée par Alliance, et autres joyeusetés qui immanquablement sont venues parasiter cet évènement.
Et puis, en fin de matinée aujourd’hui, le journaliste m’a appelée pour m’informer que nous dégagions du casting, pour faire place au chef du Service d'information et communication de la Police nationale.
Ça ne s’invente pas…
Mais ça se passe comme ça, c’est même prévisible.
Ce n’est de loin pas la première fois que ça m’arrive, tout comme c’est arrivé à d’autres flics défroqués.


J’avais accepté car c’est une émission en direct. Pas de mauvaise surprise au montage donc, et c’est précieux quand les occasions sont rares de s’exprimer publiquement sur des sujets d’actualité importants, et de mon point de vue, déterminants pour la police et l’impact de son image sur la population.


Je voulais dire à quel point c’est difficile d’être dépositaire de la violence d’État, et à quel point aussi cette violence est incontournable, comme l’est la violence de certains contextes. Je voulais aussi dire qu’il faut faire la différence entre la violence dans le travail quotidien, et celle qui s’exprime dans le contexte du MO. Parler évidemment de la violence, des violences dont les policiers sont l’objet, de plus en plus souvent et durement. Je voulais dire le maximum de choses possibles. Sans haine, sans corporatisme excessif, dire tout ce que j’entends, tout ce qu’on me dit, tout qu’on m’écrit, et que vous ne pouvez pas dire car vous êtes soumis à l’obligation de réserve, et ça, ma démission m’en a définitivement soulagée.


J’ai tenté tout à l’heure d’écouter "la voix de son maitre", j’ai coupé très vite. Un bel exercice de langue de bois comme on pouvait s’y attendre.
Je suis désolée de n’avoir pas pu ajouter ma pierre à l’édifice fragile de la défense de ce métier que je continue d'aimer… malgré tout.


Bon courage pour la suite à vous tous.

Merci LCI et bonjour à l'éthique médiatique
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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 12:02

 

Valls-Reuters
©Reuters

 

En matière de police, les sirènes que l’on entend finalement le plus ne sont pas le chant des lumières bleues qui tournent et clignotent, mais celles des discours monotones et attendus des statistiques de la délinquance.

Nous aurions aimé croire, éternels naïfs que nous sommes, et après avoir assisté à toutes les hystéries électorales, que dans ce domaine « le changement c’était maintenant ».

L’automne dernier, devant les cadres de la police, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, volontaire et déterminé, pointait à mots à peine couverts, la réalité de la communication sur les chiffres de la délinquance constatée sous le précédent gouvernement :

 

« Tout d'abord, nous devons franchir une étape vers plus de fiabilité de la statistique publique de la délinquance, et de sincérité dans son maniement. Il faut sortir de l'instrumentalisation politique et médiatique permanente de données, trop hétérogènes pour être significatives, ou trop agrégées pour ne pas être manipulables.

Vous connaissez, mieux que moi, l'art et la manière de piloter habilement un taux d'élucidation global ou un volume "attrape-tout" d'infractions révélées par l'action des services (IRAS) ; les secondes pouvant d'ailleurs servir à gonfler artificiellement le premier.

Les reports statistiques du fait d'enregistrements clos le 26ème ou 27ème jour du mois, les déqualifications judiciaires injustifiées, les déperditions entre le logiciel de rédaction de procédures et le logiciel de centralisation statistique : toutes ces pratiques, là où elles avaient cours, doivent cesser sans délai ! C'est une obligation de service public.

J'entends mettre un terme aux pratiques statistiques ayant dérivé vers une "politique du chiffre", devenue pour vous une équation impossible.
Des pratiques qui ont pu, d'autre part, vous détourner, vos collaborateurs ou vous-mêmes, des missions véritablement prioritaires du traitement de fond des problèmes de délinquance.
»


[discours cadre sur la sécurité - 19 septembre 2012]

 

La cause paraissait entendue, et le changement était peut-être pour maintenant : comme nous le répétons tous les deux depuis des années, les chiffres statistiques de la délinquance constatée, de même que ceux du réel taux d’élucidation, étaient bidonnés. Donc faux. Tout simplement. Nous pouvons même affirmer qu’ils étaient prédéterminés par des instructions précises d’objectifs à atteindre chaque semaine, chaque mois, chaque année.

À l’aune des communiqués réguliers des glorieuses victoires du Chemin des Dames de la lutte pour la sécurité depuis 2002, parfois pour seulement quelques dixièmes de point de baisse artificielle, l’imposture n’était pas neutre. Il aurait été simple à Manuel Valls de la faire établir clairement par une volée d’audits dans les services de police les plus représentatifs, en comparant tout bonnement par sondages le taux de variation entre les infractions réellement constatées et celles présentées après rectifications dans les statistiques officielles. Cela aurait déjà évité les éternelles querelles de politique partisane sur la progression ou non de la délinquance.
Sauf que…
Lui posant la question d’une telle « opération vérité », le 2 juin 2012, Jean-Jacques Urvoas, ancien secrétaire général des questions de sécurité au PS, répondait : « Impossible. Le gouvernement ne peut pas prendre le risque de se mettre à dos le corps des Commissaires. »

Serait-ce donc là le nœud du problème de communication de Manuel Valls sur ces fameux chiffres, et sur les récurrentes polémiques comparatives avec ceux de l’ancien gouvernement comme nous l’avons vécu ce mois de janvier 2013 ?

Le ministre esquive, argumente des évidences de principe, tourne autour d’une vérité pas bonne à dire sans jamais la formuler, rien n’est vraiment clair. Il ne dira pas que les chiffres étaient simplement faux. Circulez y’a rien à voir…

Pourtant, c’est bien le discours qu’il avait publiquement (et médiatiquement) tenu aux cadres des forces de l’ordre On aurait été en droit de s’attendre à ce qu’il s’y tienne et en informe les citoyens en toute transparence.

Mais autant il est aisé d’expliquer qu’un commissaire de police peut difficilement refuser d’obéir aux instructions et impératifs du gouvernement en place, sauf à sacrifier son emploi, sa carrière et son métier, autant il est plus délicat d’établir que l’enjeu va bien au-delà.

Imaginons juste qu’un journaliste pertinent (il doit en rester qui ne prennent pas leurs informations uniquement de sources autorisées) pose publiquement une question rationnelle sur le bon fonctionnement d’une institution républicaine :
« Les chiffres fournis par la hiérarchie de la police durant des années étant faux, cette même hiérarchie étant gratifiée, dans le même temps, de primes annuelles conséquentes, (et y rajoutant celles dites de performance depuis 2011) ,plusieurs dizaines de milliers d’€uros dont une bonne partie tenait à cette production statistique, peut on en déduire que ces résultats « de commande » furent « achetés » par la précédente majorité? Et combien cela a-t-il coûté aux citoyens ? »

Impossible. Cela dépasserait l’entendement.

Tout aussi préoccupant, les instructions chiffrées ont-elles cessé depuis le changement annoncé de mai 2012 ?

Dans bon nombre de services de police, ce n’est absolument pas le cas. D’absurdes notes de service imposant des objectifs chiffrés à atteindre ont même été réitérées depuis l’élection présidentielle. Le ministre en a été avisé. Ces notes sont néanmoins restées en vigueur, et les policiers les ont appliquées jusqu’à fin 2012.

Le ministre de l’Intérieur, de tout évidence conscient d’un problème de crédibilité, promettait une « nouvelle méthode » plus exacte et transparente, d’évaluation du volume de la délinquance constatée, et des évolutions des catégories d’infractions. Lors de sa présentation des chiffres du 18 janvier, il réaffirmait cette promesse pour l’année 2013, sans véritablement de précisions.

C’est là où le bât blesse. Et sérieusement. Parce que quelques jours plus tôt, le Directeur Central de la Sécurité Publique demandait, lui, à tous ses Directeurs Départementaux, de commenter la délinquance constatée par leurs services pour les années 2012, 2011 et 2010, en utilisant comme références…deux notes de service et une circulaire ministérielle datant de… 2010.

 

politique du chiffre 2013
pdf2

 

En clair, il faut donc qu’au 28 février 2013, ces hauts fonctionnaires de la police aient commenté des chiffres considérés comme inexacts, ou pour le moins explicitement mis en doute, par le ministre de l’Intérieur lui-même, et ce en application stricte d’instructions établies sous la mandature de Brice Hortefeux !

Des consignes élaborées pour la police du temps de la présidence de Nicolas Sarkozy seraient donc ces "nouveaux outils statistiques"(sic) ?

Voilà pour le moins un « changement » incompréhensible. Et une valse à deux tons plus que troublante.

Marc Louboutin et Bénédicte Desforges
ex lieutenants de police et auteurs

 

bonus (26 janvier 2013) :

jju-26janv2013

Manifestement, l'amnésie est un syndrome bien partagé.
Même la mémoire à court terme n'y résiste pas.



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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 18:26

Un policier lyonnais s'adresse à son ministre à l'occasion d'une visite officielle dans sa ville.

 

La Duchere

 

Lettre ouverte à Manuel Valls, Ministre de l'Intérieur

 

Lyon, le 13 septembre 2012

 

    Monsieur le Ministre,

    Vous venez de créer les quinze premières Zones de Sécurité Prioritaires, dont celle de La Duchère, ici dans le 9ème arrondissement de Lyon. Moi qui connais ce quartier, j'aurais aimé vous en parler, et même vous le faire visiter, mais selon des itinéraires qu’aucun "officiel" n’oserait emprunter avec vous, tant le constat de l’échec à juguler la délinquance dans certains secteurs est flagrant, difficile à concevoir et à accepter.

    De ce que nous savons déjà, ces zones ne seront pas renforcées d’effectifs prélevés sur d’autres circonscriptions de Sécurité Publique, mais feront l’objet d'une concentration de moyens humains. Générant du même coup, une pénurie d’effectifs hors des limites des ZSP, cela ne revient-il pas finalement au même ?

    Dès votre arrivée au Ministère de l'Intérieur, vous avez dit entendre le "ras le bol" des policiers, mais l'avez-vous bien écouté, et en avez-vous pris l’excessive mesure ?

    Depuis des années, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, le nombre de postes ouverts aux concours et le recrutement de policiers ont considérablement chuté, ajoutant à une déflation d'effectifs qui complique terriblement l’accomplissement de nos missions jusqu’à en rendre certaines impossibles. Le renfort prévu pour 2013 apparaît d’ores et déjà dérisoire et insuffisant au vu de l’anémie en effectifs qui touche la police depuis bien trop longtemps.

    L’ordre public et la sécurité des citoyens n’ont pas de prix, Monsieur le Ministre.
Et si la sécurité publique est - ce que nous savons mieux que quiconque - une priorité et une nécessité pour tous, il faut donner aux gardiens de la paix que nous sommes les moyens (humains, matériels, juridiques) nécessaires à l’accomplissement efficace de nos missions.

    Mais voilà qu’au lieu de recruter, l'administration déplace des fonctionnaires de police vers les ZSP, zones dites "difficiles", en en créant ainsi de nouvelles ! Vous admettrez, Monsieur le Ministre, le côté irrationnel que présente cette mesure de notre point de vue de professionnels, et son incompatibilité avec l’absolue nécessité de la présence des policiers sur leurs secteurs d’affectation.

    Cela fait des années que nous observons de telles expériences se faire et se défaire, et ne pas se donner les moyens réels de leur efficacité, cela fait des années que, de là où nous sommes, nous avons l’impression que la sécurité est davantage l’objet d’opérations de communication en lieu et place de mesures concrètes et efficaces, cela fait finalement des années que l’exercice du métier de policier se dégrade, faute de cohérence et d’écoute sincère des réalités de terrain, le manque d’effectifs étant une réalité très préoccupante.

    J’espère, Monsieur le Ministre, que le jour viendra où la police pourra accomplir ses missions dans des conditions acceptables. Il n’est pas une seule entrave au travail policier qui ne ramène pas au problème récurrent de l’insuffisance d’effectifs.
   Et la police nationale, service public pour tous et partout, garante de la sécurité et de l’ordre publics, est bien trop indispensable socialement pour qu’il soit possible de négliger éternellement ses difficultés et ses manques.

   Veuillez agréer, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, l'expression de ma respectueuse considération.

Un policier de Lyon

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 10:10

 



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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

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