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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 17:14

Sébastien suicide

 

L’info va vite, demain on n’en parlera plus, après-demain on n’y pensera plus.
Dans l’info, il y a trop d’infos, rien n’a plus vraiment d’importance.
Ou plutôt si : tout a beaucoup d’importance, tout de suite, énormément, intensément, définitivement, et la seconde d’après, plus du tout.
Partout, quelque part, on tue, on se fait tuer, on se tue.
Et on se tait.
C’est la vie.

Dans la police, il y a plutôt plus de suicides que dans d’autres professions, c’est sûrement pour ça qu’on évoque immédiatement des raisons d'ordre privé quand un flic s’autolyse.
Fatale logique.

Sébastien s’est suicidé en uniforme.
Faut-il croiser les doigts qu’aucun chefaillon de la police ne franchisse un autre pas vers l’indécence, et n’invoque Halloween pour donner du sens à ce détail ?

Les policiers sous le choc ont porté du crêpe noir en signe de deuil.
C'est très sympathique, mais cela semble être la moindre des choses. On ne va pas leur décerner la médaille du courage et du dévouement pour si peu. Dommage qu'aux signes de deuil ne s’associent jamais des signes de colère.
Une petite grève du zèle a minima aurait pu être une réaction joignant l’action à la certitude qu’on n’écarte pas d’un revers de main les raisons professionnelles du suicide d’un flic.

Les deux syndicats de police sont pour une fois d’accord en formulant un non-avis. Raisons professionnelles ET personnelles. Standing ovation... Saluons le courage syndical de cette analyse incroyablement audacieuse.
Normal me direz-vous, ils ont du apprendre l’existence et la mort de Sébastien au même instant.

Sébastien demandait depuis quatre ans un rapprochement familial.
Ah. Voilà sûrement un début d’explication, l’enquête vient de faire un grand pas en avant.
Eh bien disons que si l’administration police réfute systématiquement les motifs d’ordre professionnel, elle ne se met pas les tripes à l’air pour ne pas y rajouter des raisons personnelles.
J’espère que l’enquête mettra à jour le rôle des syndicats dans une telle demande non aboutie, aussi insignifiante soit-elle dans un tableau de mutations, mais aussi vitale pour la vie d’un homme.

Le parquet de Nice semble avoir fait le tour de la question d’un drame privé,
Et la hiérarchie policière a fait part d’une grande émotion, même si chacun qui connaît sa "très haute bienveillance" sait qu’elle n’en pense pas un mot.
(lors d’un suicide de l’année, la hiérarchie s’est flattée que le suicidé ait eu la délicatesse de faire "ça" chez lui… )

Quant à l’épitaphe en forme de foutage de gueule, que l’administration a soufflée à Nice-Matin, j’en suis encore abasourdie.

Sébastien, tu t’es flingué alors que tu étais l’élu entre tous pour être chauffeur d’un préfet ? Sérieusement, tu ne sais pas apprécier le cadeaux de la vie, toi. Parce que chauffeur de préfet pendant le G20… quand même !
Sébastien, je ne crois à rien, je ne peux plus rien te souhaiter, c'est trop tard.

Je ne porterai aucun deuil, mais haut et fort, la colère de l’annonce de ta mort dans les faits divers.

Et je souhaite à ceux qui n’ont rien dit, rien vu, rien entendu, rien fait et laissé faire, de ne pas trouver la paix.

Published by bénédicte desforges - dans le suicide dans la police
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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 15:07

Lettre ouverte aux élus et aux médias

 

 

Bonjour,

Depuis des années, l’un comme l’autre, lors de nos carrières respectives de policiers puis au cours de nos activités d’auteurs de livres spécialisés sur la police, nous n’avons eu de cesse de nous préoccuper de manière active du phénomène des nombreux suicides dans l’institution policière.

Nous avons tous les deux écrit de nombreux articles et participé à de multiples interviews pour alerter publiquement sur ces décès dont la moyenne reste désespérément stable (entre 45 et 50 par an) malgré la mise en place après le pic de l’année 1996 du Service de Soutien Psychologique Opérationnel (SSPO).
Notre but n’est pas la polémique partisane, une telle utilisation serait indécente pour la douleur des familles et des proches des victimes qui, même des années plus tard, reste vive.

Les quatre suicides du 22 septembre dernier sont un nouvel appel, terrible par sa répétition, à une réaction la plus déterminée et prompte possible.

L’urgence pour les policiers, mais aussi, nous en sommes persuadés, pour la majorité des citoyens, n’est plus au constat mais à une recherche volontaire de solutions novatrices de prévention, attendues depuis des années par les effectifs, pour endiguer enfin de manière sensible cette hécatombe.

Nos ouvrages, nos contacts quotidiens avec les milliers de policiers qui font partie de nos réseaux, nous ont permis, avec eux, de rédiger une série de propositions pertinentes pour agir avec volonté et plus d’efficacité dans la prévention des suicides qui endeuillent trop souvent la Police Nationale.

Merci à vous d’en prendre connaissance, de relayer ces préconisations, complémentaires au dispositif existant, peu onéreuses et faiblement mobilisatrices en personnel, et de rejoindre les policiers dans cette volonté de préserver des vies, la leur comme celles de leurs collègues.

Marc Louboutin et  Bénédicte Desforges  

 

 

PRÉCONISATIONS POUR LA PRÉVENTION DES SUICIDES
DANS LA POLICE
:



- Engager, par le Ministère de l'intérieur, dans ses indicateurs de suivi des unités une démarche de mesure qualitative des relations d’écoute et d’échanges entre les personnels de tous grades et la hiérarchie, intermédiaire ou sommitale, dans les différents services. La prise en compte en temps réel de problèmes personnels ou familiaux, souvent passagers, peut désamorcer un sentiment (réel ou supposé) “d’abandon” ou de mépris par les fonctionnaires. Une recherche d’humanisation optimisée du commandement, sans en perturber la pertinence ni la performance, pourrait court-circuiter certaines démobilisations génératrices de tendances dépressives.

- Recentrage du SSPO sur sa mission initiale (et non comme élément intégré, trop souvent, à la chaîne hiérarchique). Retour aux consultations uniquement sur volontariat (et non comme devenu parfois sur saisine du commandement) Réaffirmation d’une confidentialité stricte des entretiens et saisine de la hiérarchie du problème rencontré avec accord express de l’intéressé(e). Possibilité de consultation d’un(e) psychologue extérieure à l’administration. Recherche de solutions graduées d’aide ne déqualifiant pas d’emblée les fonctionnaires requérant parfois un simple soutien moral.

- Immersion régulière obligatoire des psychologues de soutien du SSPO avec les services actifs pour les imprégner de la réalité du métier, leur permettre d'avoir une analyse pertinente des stress rencontrés dans les missions, d’être plus accessibles, et renouer un lien de confiance (et de confidences) parfois dissous avec les effectifs de leurs zones de compétence. La possibilité de constatation “de visu” des situations possiblement traumatisantes (lorsque c’est possible et sécurisé) ne pourrait de plus qu'accroître la compétence de ces professionnels reconnus et leur appréhension des effets possibles.

- Mise en place d’un réseau de cellules de veille et d'écoute par fonctionnaires référents volontaires (avec expérience de services actifs et élus par l’ensemble du personnel du service concerné, bénéficiant d’une formation adaptée) dans les services et de détection et d'alerte aux psychologues professionnel(le)s du SSPO et/ou de relais avec des structures sociales ad hoc. Il ne s’agit pas de créer des “inactifs” mais des personnels en activité détachables en fonction de l’urgence de leurs saisines de cas préoccupants. Affichage de ce recours d’écoute dans les services. Là également, confidentialité stricte des entretiens et avis à la hiérarchie du problème abordé avec accord express de l’intéressé(e).

- Mise en place d’une écoute nationale permanente, centralisée (par téléphone, mails, intranet et sms), permettant d’optimiser le recours à un soutien même la nuit, une autre voie de saisine du référent sectorisé, éventuellement de prendre des mesures d’urgence motivées. Cette cellule centraliserait et d’analyserait les retours d’expérience des dossiers traités par les référents de service. Mise en place d’un réseau Intranet des réactions et commentaires des personnels de service ayant connu un suicide d’un de leurs collègues. Analyse (éventuellement extérieure pour plus de crédibilité) de ces témoignages et des enquêtes de faits de suicide. Personnel bénéficiant d’une formation adaptée, d’une expérience de terrain préalable significative et recruté après un sérieux entretien de motivation.
(cela fonctionne, nous avons testé avec succès de telles écoutes aux policiers en difficultés psychologiques affirmées lors "d'appels au secours", qui effectivement se confient avec beaucoup plus de spontanéité à des collègues "comprenant" et appréhendant totalement leur univers. D'une part par les centaines de courriers reçus par l'un et l'autre d'entre nous, suite à la visibilité conférée par notre expérience éditoriale, puis via nos sites et pages internet, notamment "Le blog de police" depuis deux ans - avant que la direction de FaceBook ne supprime les groupes de plusieurs milliers de policiers à trois reprises. L'utilisation, comme personnes ressources de policiers ayant surmonté de telles difficultés est un plus.)

- Meilleure affirmation, appréhension et règlement des enquêtes internes pour harcèlement.( Il semblerait apparemment - de source syndicale - que l'un des fonctionnaires s'étant donné la mort s’était déclaré victime dans une telle procédure en cours.)

- Enfin, reconnaissance de possibilités d'états de stress post-traumatique (ESPT) à court (événement exceptionnel), moyen ou long terme (par répétition des situations) et possibilité d’adoption sur dossier médical d'un statut de reconnaissance de maladie professionnelle. L'ESPT s'ajoute à des traumatismes extérieurs à la fonction, de même que certains syndromes possible dits de "Burn out" (usure professionnelle), et même sans les admettre de manière dogmatique comme une cause primordiale ou essentielle dans la mortalité par suicide dans la police, il est difficile d'en contester la part, souvent rajoutée à des traumatismes personnels (divorce, difficulté familiales, endettement...etc etc...)

- Debriefing systématique du personnel concerné par un suicide dans un service et association de celui-ci aux mesures locales de prévention*, de même qu’association du référent élu “prévention suicide” du service à l’enquête interne, avec communication par la hiérarchie des conclusions au personnel concerné. (*Le retrait systématique de l’arme en fin de service à tous les fonctionnaires d’un des services concernés par les suicides du 22/09/2011, dérogatoire à l’article 8 du Code de déontologie entendant une obligation d’intervention en flagrant délit hors service, est considéré par eux comme une infantilisation et une déqualification par suspicion générale de faillibilité)

- Présentation d’un bilan qualitatif annuel des interventions nationales de prévention et de celles du SSPO, du nombre de suicides et du décryptage (anonymisé) technique de leur causalité en association avec les centres d’aide aux policiers (ex : centre du Courbat de l’ANAS) et mise en place d’une journée nationale de consultation des personnels dans chaque service sur le “malaise” éventuel des effectifs, l’importance locale des ESPT et du “burn out”, et des solutions préconisées par le personnel, de même qu’un état de la gestion locale des interventions (anonymisées) du référent sus-mentionné. Retour qualifié de ces réunions à la cellule centrale, et affichage au personnel dans chaque service de ce bilan local, de même que de celui qualitatif et quantitatif national. Définition d’objectifs pour l’année à venir.


Le 24 septembre 2011,


Marc Louboutin
Journaliste et auteur de “Métier de chien” et “Flic c’est pas du cinoche”
marclouboutin@gmail.com
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Louboutin

Bénédicte Desforges
auteur de “FLiC” et “Police Mon Amour”
police.etc@sfr.fr
http://police.etc.over-blog.net/

 

mise à jour du 25 septembre 2011 : Tribune sur Médiapart

mediapart

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 18:41

deuil

 

Vous n’êtes pas sans savoir les drames, les quatre suicides qui viennent d’endeuiller la police nationale.
Des suicides que l’administration attribuera pudiquement à des raisons personnelles, et que le syndicat majoritaire des gardiens de la paix a d’ores et déjà qualifiés d’actes "intimes et mystérieux".
Ça suffit ! MAINTENANT, ÇA SUFFIT !

Combien faudra-t-il encore de morts pour qu’enfin, vous médias et responsables politiques, considériez sérieusement ces suicides, non seulement comme des désastres humains, mais encore comme l’indicateur le plus épouvantable qui soit de la dégradation des conditions de travail des fonctionnaires de police, et plus globalement celle de la sécurité publique ?

Depuis 2007, nous tentons par tous nos moyens d’attirer votre attention sur ce problème dramatique. Nous n’avons pas de représentativité syndicale, ni politique, mais nous sommes la voix de centaines, de milliers de policiers qui en ont ASSEZ d’être déconsidérés, niés et qui en ont ASSEZ d’exercer leur profession en dépit du bon sens !

Écoutez les enfin ! Écoutez ce qu’ils ont à dire de ce métier, et de leur rôle pour VOTRE sécurité ! Écoutez leurs difficultés, elles vous concernent !

Comment peut-on imaginer, aujourd’hui, que les conditions de travail des policiers sont étrangères à ces suicides… Comment peut-on supporter sous la même casquette la réduction des effectifs, des brimades et soupçons insupportables, une impopularité exponentielle et la culture du résultat ? Comment ?

La police est là 24 heures sur 24 pour vous tous.

Aujourd’hui, les policiers ont besoin du soutien des médias et des citoyens pour changer leur avenir et celui de la sécurité publique, et qu’on n'ait plus à porter le deuil de nos collègues, morts en service... d’une façon ou d’une autre.

Alors nous vous le demandons clairement et sans arrière pensée : combien encore faut-il de suicides dans la police pour que vous, journalistes et responsables politiques, fassiez du problème de la sécurité publique et de ses ouvriers, une priorité ?


Bénédicte Desforges et  Marc Louboutin

 

Lettre envoyée ce jour à plusieurs centaines de journalistes et responsables politiques avec, à titre d'information, tout ce que nous avons écrit et fait à ce sujet, et bien d'autres sources et documents..

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 23:12

ruban-noir

  Il y en a qui ont besoin d’équipements décents, d’autres de renfort en effectifs, et puis récupérer leurs jours de congés qui finissent par prendre la poussière à force de s’entasser sur des piles de fatigue.
  Il y en a certains qui voudraient juste qu’on croie en leur parole, et qu’on cesse de les suspecter de faire indignement leur métier.
  Aussi, il y en a qui ne demandent pas forcément un merci, mais de temps en temps le minimum de reconnaissance parce que ramasser tous les jours toute la merde que la société génère, c’est pas simple à vivre.
  Il y a tous ceux qui ont compris qu’ils ne sont pas plus que les outils d’un service public méprisé et sacrifié, autant par la main qui les tient, que par ceux pour qui ils portent à bout de bras un équilibre humain et social lui-même malmené.

  Et puis, il y a ceux qui ne demandent rien, mais dont on devrait se douter que leur quotidien peut être, certains jours, particulièrement monstrueux.

  Il s'appelait André Bories, il allait avoir 39 ans le 10 décembre.

  C’est celle qui partageait sa vie qui m’écrit.

(avec son autorisation)

 

  Mon compagnon s'est suicidé il y a 14 jours aujourd'hui. Il avait été promu capitaine il y a moins d'un an, officier de la Police Nationale et exerçait depuis plus de 10 ans à la Brigade des mineurs...
  Il aimait son métier et toute sa vie a été consacrée au bien-être de son prochain. Ses parents, sa femme, sa fille, nous... Mais lui?
  Il voulait changer de secteur parce que le boulot lui pesait (pédophiles, autopsies de nouveau-nés, etc...) mais devait attendre encore un an et demi pour pouvoir demander une mutation qui risquait de ne même pas être acceptée - deux officiers dans le service, et son collègue voulait déjà partir. Lui, il rêvait de devenir formateur.(.../...)

  On parlait de tout, sauf de son travail : je respectais l'aspect confidentiel des dossiers qu'il était amené à traiter et ne lui posais pas de questions. Lui me parlait juste de son ressenti quand il avait un mauvais jour mais ne donnait aucun détail sur les affaires en cours.
  Pour le reste, on parlait de tout et je le savais épuisé physiquement autant que moralement, très angoissé d'un éventuel échec de notre couple, mais en même temps il montrait tant d'investissement et d'enthousiasme que j'étais sûre de la réussite de nos projets. On s'était fixé des petites étapes tous les mois concernant des choses positives sur lesquels il pouvait se focaliser et il me disait retrouver l'appétit et adorer retrouver toute cette vie en rentrant à la maison le soir.(.../...)
  Il avait la garde de sa fille d’un premier mariage. Je l’avais rejoint avec mes enfants. Tous les cinq on voulait se construire ensemble un avenir dans lequel les maîtres-mots seraient plaisir et harmonie. Mais on n’en a pas eu le temps...

  Le vendredi 3 septembre 2010, il a attendu que son collègue revienne de congés, puis il a pris son arme de service, a mis de l'ordre dans ses dossiers au bureau et ses affaires à la maison, il a roulé pendant plus de deux heures pour aller se tirer une balle dans la tête sur la plage.

  La police m'a appelée au bureau pour m'avertir de sa disparition et des recherches en cours, ils ont tenté de localiser son portable mais il ne l'a allumé que juste avant... Quand je leur ai demandé de localiser son GPS qui est équipé d'une antenne radio, ils m'ont répondu que la loi l'interdisait pour atteinte à la vie privée.
  Il a laissé des courriers pour ses collègues enquêteurs, pour sa famille, pour ses proches... Il tente d'expliquer son geste mais nous laisse évidemment avec la seule question qui compte : Pourquoi ?
  J'ai dû me rendre au commissariat le lundi suivant pour faire une déclaration et répondre à des questions telles que: Ces lettres, ça lui ressemble ? Aviez-vous des problèmes de couple ? Saviez-vous qu'il pensait se suicider ?

  Comme s'ils cherchaient à nous faire dire: Bien sûr, ça n'avait absolument rien à voir avec le boulot…

  Depuis, je ne cesse de repasser en boucle ce jour et ceux qui ont précédé sans trouver de réponses, juste des raisons supplémentaires d'être en colère : Pourquoi le suivi psychologique n'est-il pas obligatoire dans ce corps de métier ?
  Pourquoi son équipe, avec laquelle il passait plus de temps qu'à la maison, n'a pas réagi quand il s'est absenté à deux reprises pour malaise ?
  Pourquoi la loi interdit la radio localisation dans de telles situations où il est indéniable qu'il y a danger de mort ? Pourquoi ce jour-là, je n'ai pas gardé mon portable dans ma poche comme d'habitude ?...
  Enfin, je n'attends pas de vous des réponses à mes questions mais vous vous êtes exprimée à plusieurs reprises sur le travail des policiers, sur leur statut et les risques du métier, sur le suicide... Peut-être aurez-vous tout de même quelques explications pour m'éclairer, je vous lance ça comme une bouteille à la mer...
  Il était l'homme le plus formidable qu'il m'ait été donné de rencontrer, mon meilleur ami, mon âme sœur, un père et beau-père exceptionnel.
  Il était intelligent, intuitif, tendre, compréhensif, indulgent et extrêmement sensible...

  J'ai perdu l'homme de ma vie et je n'arrive pas à l'accepter.

Pauline    

 

  Pauline,

  Je ne pourrai jamais avoir la bonne réponse, la bonne explication, le mot juste...
  Ou alors, vous énoncer des raisons - celles que je pense, que j'accuse - qui ne seraient que celles de ma colère :
  L'indifférence de tout un système, les collègues comme les chefs, ça passe ou ça casse. La négation des difficultés de ce métier de la part de ceux pour qui on n’est qu’un matricule. Rien n’est dit avant, rien n’est fait après les moments insupportables.
  La négation de l'usure, de la destruction qui touche ceux qui s'investissent et bossent les yeux grands ouverts, avec leur cœur, leurs tripes et leur raison.
  Bien sûr que oui cette profession a un impact lourd sur le moral et le psychisme.
  Bien sûr que oui, on vous jouera toujours le couplet des raisons personnelles, c’est tellement plus simple dans ce monde d’autismes juxtaposés où personne ne prend ses responsabilités, et ne veut admettre défaillances et erreurs.
  André a laissé une lettre à ses collègues, il leur disait qu'ils n'y étaient pour rien, pas plus que son métier...
  Il ne faut pas vous en vouloir, rien n’est de votre faute non plus. Rien.

  L’arme menottée au poignet, c’est une signature.

  L’assassin c’est cette profession.

  Qu’André repose paix avec votre souvenir et de l’amour au fond de l’âme.

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Sur le même sujet :

  

 Suicides dans la police : hasard ?
 Suicides dans la police : un plan de réduction des effectifs ?
 Muriel post-mortem

17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 15:12

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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