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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 11:22

OPx Desforges

 

   J'étais jeune quand j’ai eu envie de toi. À peine plus de vingt ans. Je n’ai pas hésité longtemps, et j’ai tout laissé tomber pour toi. Je ne pensais qu’à toi, et n’espérais que de toi. Tu étais déjà tout, avant même que je te connaisse. Tout de toi me séduisait. Je n’étais qu’impatience… Et je t’ai tout donné.
   Je ne parlais que de toi, je ne pensais que par toi. Il n’y avait plus de place pour quoi que ce soit d’autre, il n’y avait plus de place pour personne. Ceux qui ne t’aimaient pas comme je t’aimais sortaient de ma vie, même s’ils y étaient installés depuis bien plus longtemps que toi.
   Je t’ai tout donné et tu m’as tout pris.
   Mais j’étais consentante. J’étais toi, et tu étais mon identité. Tu étais ma façon de vivre et d’être. Toi et moi, ce n’était pas une rencontre, mais cent mille.
   Mieux que le bonheur et la paix, tu étais sous un seul mot tous les savoirs et tous les sentiments. Police.
   Tu as été ma famille et ma maison. Tu as été mon temps qui passe, aussi. Ça s’appelle un bout de vie, je crois…
   Tu m’as fait grandir, et sans me laisser d’autre choix, tu m’as ouvert les yeux sur les autres et le monde. Tu étais la fenêtre la plus rare qui soit sur la vie, ce théâtre infernal où tu m’as donné un rôle.
   J’ai aimé ça, j’en redemandais chaque jour encore plus.
   Tu as été mon plus beau refuge. Et mon pire ennemi.
   Peu à peu, tu as changé mon paysage, je ne devais y voir que ce qu’il fallait y voir. Je n’avais jamais voulu ni le calme, ni la paix, ni toutes ces choses dont les gens disent que ça les rend heureux, mais sans un peu d’insouciance, sans un peu d’air entre nous pour respirer, l’expérience de toi devient envahissante et si lourde à porter.
   Pour une vie bien plus qu’un métier, tu n’as guère eu de reconnaissance. Mais je t’avais peut-être trop donné pour que tu me rendes si peu.
   Pire, tu as fini par trahir et tromper. Mais, c’est sans doute moi qui te voyais autrement.
   Toi et moi, ça aurait pu durer des années encore, mais je me suis éloignée, et aujourd’hui je ne suis pas sûre de pouvoir te retrouver. Tu n’as pas besoin de moi. Comme on dit, je ne suis, pareille aux autres, qu’un matricule. Mais ce petit numéro à six chiffres ne regrette rien, et a toujours fait au mieux entre ton exigence, tes contraintes, et celles d’un monde dont on a la charge. Entre l’ingratitude et le mépris.
   Je laisse la rue, et je laisse mes collègues où ils sont.  Avec ces souvenirs qui ont des trous noirs à la place des yeux. La seule façon de les retrouver une dernière fois était de les raconter.
   C’est fait maintenant. J’ai mal à me dire que c’est fini.
   Tu me manques tant. Toi et tous.
   Si je ne suis plus flic, je ne suis plus grand-chose.
   C’est idiot mais c’est comme ça.


Published by bénédicte desforges - dans chroniques d'un flic ordinaire
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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 23:35

A86

 

ciel

 

 

  On roule sur l’A86. On va sûrement vers une des cités où l’on travaille le plus. Les vols, les agressions, la came. Les overdoses.
  Je ne me rappelle plus où. Je me rappelle de moins en moins.
  Mais les cités sont souvent près des accès aux autoroutes. Je ne sais pas pourquoi.
  « TV 12, vous êtes toujours sur le secteur Nord ?
  - Affirmatif, TN 92.
  - TV 12, A86 sortie Nanterre Centre, direction Paris, vous allez vous rendre en renfort pour une déviation de circulation. AVP mortel, SP sur place. »
  Le chauffeur arrache le micro de la main du chef de bord.
  « Négatif TN 92, nous sommes en interpellation. Pas disponibles.
  - C’est reçu à TN 92. »
  On roule sur l’A86.
  « Pourquoi tu dis ça ? Pourquoi on n’y va pas ? »
  Il ne répond pas.
  Le chef de bord ne dit rien, il regarde loin, ailleurs.
  On a continué à rouler sur l’A86, et on est allés dans une cité. Je ne me rappelle plus laquelle. Je ne me souviens pas de ce qu’on a fait ce jour-là. Vol, agression, came, overdose, je ne sais plus.
  Et puis on est rentrés à la fin du service.
  « Pourquoi t’as dit ça ? Pourquoi on n’y est pas allés ?
  - Tu vas où, là ?
  - Je ne sais pas. Nulle part. Enfin, chez moi.
  - Quelqu’un t’attend ?
  - Non.
  - On va boire un verre ?
  - Si tu veux. »
  On est allés dans un rade pourri, pas loin. À Nanterre centre. C’était moche, il était tard, il n’y avait que ça d’ouvert. Et on n’avait pas envie d’aller plus loin. Paris, on n’y va presque plus.
  « Tu bois quoi ?
  - Un Gin sec.
  - Pareil. »
J’aime quand tu dis qu’on est pareils.
  « Pourquoi on n’est pas allés sur l’AVP sur l’A86 ?
  - J’aime pas les AVP sur l’A86. Où tu veux, mais pas là.
  - Pourquoi ? »
  Quelques mois auparavant, il avait reçu un appel radio.
  « TV 12, vous êtes sur le secteur Nord ?
  - Affirmatif, TN92.
  - TV 12, A86 sortie Nanterre Université, direction Paris, un AVP vient de se produire, SP prévenus.
  - C’est bien reçu TN 92, on est en route. »
  Et il avait mis le deux-tons et le gyro. Et il avait accéléré.
  Une voiture avait percuté un mur de l’autoroute. On n’a jamais su pourquoi. Pas de témoins. Pas eu le temps de comprendre.
  Il s’est garé à quelques mètres. Son équipier est parti en courant vers la circulation, sifflet à la bouche, pour dévier le flot de voitures.
  Il s’est approché de la tôle tordue.
  Une femme était à la place du conducteur et tentait de détacher sa ceinture.
  « C’est coincé ! » disait-elle.
  Il a essayé d’ouvrir la portière.
  « C’est coincé » il a dit.
  Et puis il y avait le petit à l’arrière dans son siège, mais il ne pouvait l’atteindre sans ouvrir cette portière.
  « Aidez-moi ! » elle a dit en tirant encore sur sa ceinture.
  Là, il a vu que de toute façon, ses jambes étaient avalées par l’avant de la voiture, que le volant la collait au siège, et qu’il fallait que les pompiers arrivent vite.
  « Je vais vous aider, madame, restez calme.
  - Mon bébé ?
  - Il va très bien, je vous le promets. Il n’a rien.
  - J’ai envie de vomir.
  - Les pompiers arrivent madame, on va vous sortir de là. »
  Et puis il y a eu un bruit dans le moteur, sous le capot défoncé. Et de la fumée.
  « Aidez-moi. »
  Et il y avait l’autre là-bas, trop loin, et qui lui tournait le dos, et qui faisait de grands signes aux voitures pour qu’elles passent sur l’autre voie.
   « Aidez-moi. »
  Et il n’arrivait pas à ouvrir cette putain de portière qui était coincée, et la femme était coincée dans la tôle, avec le moteur qui lui couvrait les jambes. Et elle disait :
  « Aidez-moi. »
  Et la voiture se remplissait de fumée.
  Et il a bu son verre d’un trait.
  « Et là, tout s’est embrasé. C’est parti d’un coup, c’est venu du moteur. Moi, je ne pouvais rien faire, tout était coincé. La femme, la portière, la ceinture. Et je ne sais pas ce qui m’a pris, je lui ai hurlé dessus « Aidez-moi ! ». Le bébé toussait, pleurait, il a compris avant la mère, je me suis dit après. »
  J’ai fini mon verre.
  « Elle, elle pigeait rien, tu vois, ou elle sentait rien, elle me regardait. Et puis j’ai dû m’éloigner à cause de la chaleur. L’autre, il faisait toujours la circulation, il n’a rien entendu, j’étais comme un fou, je criais « Aidez-moi ! » pendant que la voiture brûlait.
Alors, l’A86, je roule dessus mais je ne m’arrête plus. Pas encore. »
  Les verres avaient fait des ronds sur la table, et on avait fait des traces de doigts avec les ronds pour dessiner des soleils liquides.
  « On reprend la même chose ? »

 

 

AVP : Accident de Voie Publique
SP : Sapeurs Pompiers

 

récit extrait de Police Mon Amour

6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 23:04

 

 


  L’ histoire était banale. En milieu d’après-midi, un homme était monté dans un wagon du métro. À l’arrêt suivant, à l’instant même où s’ouvraient les portes, il avait violemment bousculé une femme d’un coup de coude en plein thorax et lui avait arraché son sac. La femme était tombée par terre en poussant un cri strident, tout le monde s’était regardé avec des yeux ronds, et personne n’avait bougé.
   L’homme avait sauté sur le quai et s’était mis à courir vers la sortie. Ce qui était moins banal était la présence de ce passager qui s’était lancé à sa poursuite, laissant les autres dévisager leur lâcheté, eux qui étaient restés accrochés de toutes leurs mains aux barres métalliques du wagon, à s’en faire exploser les articulations.
   La fuite du voleur n’avait pas duré longtemps. Se voyant distancé, son poursuivant avait décroché un extincteur de sa niche sur le quai et le lui avait envoyé dans les jambes. Le voleur avait alors fait une culbute en plein élan, et était allé se casser le nez et s’étourdir contre un mur. La femme, encore choquée et peinant à retrouver sa respiration, était arrivée et avait ramassé son sac. Elle avait chaleureusement remercié l’homme et s’était vite éclipsée, pressée de se mettre à l’abri de ce sale souvenir et de se trouver hors de la vue de son voleur. Les témoins de la scène s’étaient également dépêchés de quitter les lieux, peu désireux de faire connaître leurs noms à l’homme audacieux, ou d’être confrontés à l’autre. Ils préféraient n’avoir rien vu, ça prend moins de temps et ça n’engage pas la parole.
   N’étaient restés sur le quai que l’homme et le voleur blessé, sans butin, le visage en sang, et qui s’était mis à hurler à l’agression. Il n’y avait plus ni victime, ni objet d’un vol, ni témoins. Simplement un homme à terre, un extincteur cabossé et celui qui l’avait lancé.
   La police était venue, et tout naturellement, puisque la scène parlait d’elle-même, le voleur avait été conduit aux urgences et l’homme en garde à vue, le premier dénonçant la folie du geste de l’autre qui pourtant protestait tant qu’il pouvait.
   Plus tard, dans la soirée, quelqu’un s’était présenté au commissariat. Un homme qui tenait à raconter une agression à laquelle il avait assisté dans le métro l’après-midi même. Il se trouvait dans le fond d’un wagon, il avait vu une sorte de bousculade, puis une femme s’effondrer en criant et un homme s’enfuir avec un sac à la main. La femme était sortie du wagon, et le métro avait redémarré car personne n’avait tiré le signal d’alarme.
   Alors tout naturellement, puisqu’à la virgule près il persistait et signait la même histoire que le lanceur d’extincteur, la police avait remplacé un agresseur par un autre, plus malfaisant dans la garde à vue.

 

Le truc en plus : Métro KO bobo

 

récit extrait de Police Mon Amour

Published by bénédicte desforges - dans chroniques d'un flic ordinaire
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 18:45

occident

   Il aimait l'ordre et l'Occident.
   Il avait chez lui une abondante littérature sur le troisième Reich, et il était fier du passé douteux de ses origines allemandes. Ses enfants étaient blonds aux yeux bleus, ils obéissaient au doigt et à l'œil, et il en était très fier aussi. Le jour de la finale de la Coupe du monde de football, quand la France avait vaincu le Brésil, il avait préféré s'enfermer dans son bureau et écouter Tannhäuser de Wagner, parce que, disait-il, il n'y a pas de victoire française possible avec une équipe de bougnoules et de métèques. Il disait qu'en chaque Européen sommeillait un Beethoven, et que les Nègres n'étaient capables que de tendre la main pour cueillir des noix de coco, et chier à l'endroit où ils les avaient mangées. Il disait aussi que les Arabes allaient exterminer tous les Blancs de la planète dans un avenir proche, et construire une mosquée sur les ruines de Notre-Dame. Il estimait que le régime d'apartheid de l'Afrique du Sud avait été un modèle exemplaire. Alors, il avait préféré installer sa famille dans un lotissement à la campagne, et avait imposé à sa femme de cesser de travailler pour se consacrer à l'éducation des enfants, à la maison, et au catéchisme à la paroisse voisine. Loin de la sauvagerie de Paris.
   Son sentiment de supériorité raciale n'avait de commune mesure qu'avec son inculture et sa peur de l'autre. Il commandait une brigade, et il m'aimait bien parce que, avec mes tresses, j'avais un faux air de Fräulein.
   Il était sorti parmi les derniers de l'école de lieutenant, mais comme il adoptait lui-même l'ordre et la discipline, et l'absolue soumission au grade supérieur, valeurs qu'il chérissait avant toute autre, il était monté en grade avec le minimum de temps requis entre chaque galon.
   Il exerçait ses fonctions, retranché derrière le savoir-faire de ses effectifs, et s'attribuait l'initiative et la fierté de chaque belle intervention en apposant son nom en haut de chaque rapport. Cette manie de piratage, très répandue chez les officiers, avait d'ailleurs contribué au bon déroulement de carrière de beaucoup d'entre eux. Ils ne supportaient pas les conséquences du risque encouru, mais assumaient sans aucun scrupule les bons résultats de l'activité de leurs troupes - leurs hommes, comme ils aimaient à dire - et collectionnaient les félicitations des chefs de service.
   Il avait naïvement cru que tout ce qui portait uniforme, casquette et arme, avait les mêmes penchants que lui. Il avait vu en la police le fantasme néomilitariste d'un refuge idéologique, où sa haine pourrait s'épanouir et ses velléités de nettoyage ethnique se réaliser.
   Alors, il avait tenté une fraternité de contexte avec ses effectifs, mais personne n'était dupe. Sans eux, il n'était rien, mais sans lui, ça ne changeait rien non plus. Il était incompétent, trouillard, et personne n'avait jamais trouvé drôle sa manière d'arriver à l'appel en claquant des talons et en lançant des Zeig Heil ! Il n'était qu'un nom sur l'organigramme, et la troupe insoumise à sa loi du plus Blanc attendait patiemment qu'il fût muté loin de là.
   Comme la brigade était composée de policiers expérimentés pour qui la hiérarchie ne servait qu'à lire les notes de service, il se contentait d'être à l'heure et d'avoir une bonne diction. Et comme il n'était pas entreprenant, il ne faisait donc aucune connerie, et il a rapidement attrapé un galon supplémentaire. Sans qu'on sache si c'était le fruit du hasard ou d'un bon sens immanent des hautes sphères, il s'est retrouvé à la tête de lui-même, dans un bureau où il ne commandait plus personne.
   Malgré ça, il a continué à prendre son service en uniforme, et à tordre sa casquette pour la porter comme ça se faisait outre-Rhin il y a quelque temps.

 

 

 

Texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire (2007)
et inédit sur le blog

Published by bénédicte desforges - dans chroniques d'un flic ordinaire
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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 23:00

[UP] petite histoire rigolote dédiée à mon amie Pascale.

 

 

Pascale

 

  Quand j’étais le lieutenant de permanence du dimanche, j’aimais bien patrouiller avec une fille. C’était mon incontournable rituel, mon caprice décidé d’avance pour ces tournées plus longues que celles des autres jours de la semaine. Je trouvais ça reposant, apaisant. Une fille, ça fait moins de bruit, ça gesticule moins, ça ne rigole pas dans les basses fréquences en mettant des grands coups de patte sur le tableau de bord, ça n’ouvre pas la vitre pour hurler : « Et ta chiotte, papy, tu la dégages ou faut que j’t’aide avec un décapsuleur ? » Une fille dans une voiture de police, ça fait joli, ça peut prendre une voix d’hôtesse de l’air sur les ondes, ça contredit les préjugés. Et puis, ça sent bon une fille, ça chlingue rarement des arpions ou des aisselles. Et quand on passe plus de huit heures en voiture à ratisser quatre arrondissements en plein été, ça y fait et pas qu’un peu.
  Une paire de filles, c’était vraiment la patrouille idéale du dimanche.
  C’est ma copine Pascale que je préférais comme équipière, une ex-championne de boxe française, férue des méthodes alternatives de l’analyse transactionnelle. Je me disais qu’entre sa force de persuasion, son coup de pied fouetté et mon mawashi, en cas de baston, on ne s’en sortirait pas forcément moins bien que deux vieux collègues bedonnants et bas du derche.
  Un dimanche, donc, où j’avais magouillé à l’avance avec mon chef de brigade pour qu’il me colle Pascale en chauffeur de ma voiture d’officier, on était en ronde sur le district, devisant gaiement dans nos effluves de patchouli et de vanille, quand un appel radio nous est parvenu. Il s’agissait de se rendre au Parc des Princes en renfort et, une fois sur place, de prendre contact avec le commandant d’une compagnie de CRS.
  Je ne me souviens plus de ce qu’il y avait là-bas ce jour-là, un match de foot ou un concert, mais un gros dispositif de maintien de l’ordre commençait à être mis en place pour la soirée. Nous nous sommes donc annoncées, nous dirigeant vers les beaux quartiers, et Pascale fit gracieusement brailler les pneus autour de la place de Clichy pour foncer vers l’Étoile, son avant-bras hâlé à la portière et ses bouclettes voletant autour de son visage rond.
  Arrivées au Parc des Princes, nous avons commencé à chercher la CRS avec laquelle nous avions rendez-vous, en roulant au ralenti le long des dizaines de cars stationnés et en essayant de repérer le numéro de la compagnie qui nous attendait. Nous étions tout à nos recherches quand on a entendu une voix tonitruante au-dessus de nous.
  « Ohéééééé ! Oh! les pépettes ! »
  C’était un CRS hilare, penché à la fenêtre d’un car, en gobe-sueur et bacchantes au vent, qui nous hélait.
  « Voilà bien notre chance, j’ai dit à Pascale, on se fait alpaguer par une section de CRS du Nord. Ils sont terribles, que des sous-baloches qui parlent ch’ti et qui ont voué leur âme et leur corps au maintien de l’ordre et au bitume. »
  Et l’autre continuait :
  « Waaah! hé, ho, les mecs, venez voir, y a deux filles, y a deux fiiiilles dans une voiture de poliiiice ! »
  J’ai de nouveau levé les yeux vers le car et je l’ai vu, entouré de deux clones tout pareils, grassouillets et moustachus.
  « Mais ils sont cons ou quoi, ces têtes d’enclume ? a dit Pascale.
  – Bouge pas, je vais leur demander », je lui ai répondu.
  Je suis descendue de notre joli carrosse sérigraphié en bleu, blanc et rouge.
  « Vous êtes cons ou quoi ? Et le respect ?
  – Ah! Le respect… Le respect ? Le respect ! Aaaah, les filles ! Vous montez dans le car ? Miam miam! »
  Je me suis penchée vers Pascale et je lui ai dit qu’à vue de nez, ils étaient complètement mûrs et chauds bouillants, et qu’il valait mieux partir dignement avant d’atteindre des limites disciplinairement irréversibles.
  Je me suis redressée de toute la grandeur de mes galons et leur ai lancé :
  « Messieurs, vous avez tous des tronches à bouffer des tartines de saindoux trempées dans un bol de bière au petit déjeuner, souffrez que nous prenions congé à l’instant. »
  Nous les avons laissés à leurs mines déconfites et avons vite rejoint la CRS 1 de Vélizy, celle des escortes présidentielles, effectifs rasés du jour avec les oreilles bien dégagées, autrement plus distinguée.

 

 

récit extrait de Police Mon Amour

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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