“au jour le jour”

2 Juin 2016

À lire entre deux micros-trottoirs.
Recommencer en cas de verglas, grêle, sécheresse, froid , canicule, vent, pas de vent, coup de soleil, orage, tempête, marée basse, etc.


  « Quand il ne fait pas de ski à travers Paris, Homo Festivus va se promener en moyenne montagne avec ses raquettes ; et déclenche une coulée de neige qui, dans un bruit de cauchemar, dégringole pour l’engloutir. Ou bien il participe, dans un petit port de pêche quelconque, à une Fête de la mer qui se termine en naufrage. Lorsque ce n’est pas son camping qui se retrouve noyé sous un torrent de boue.

   Toutes ces horreurs n’ont rien de drôle. Mais ce qui est singulier, c’est l’air de stupéfaction infinie, c’est l’expression de douloureuse surprise d’Homo Festivus chaque fois que la Nature lui joue un de ses tours. La montagne serait méchante ? L’océan dangereux ? Les rivières peuvent grossir jusqu'à devenir des fleuves mortels ? Même la recherche systématique des responsabilités, les mises en examen, la traque des coupables, ne consoleront jamais Homo Festivus de ce genre de trahison. Il n’y a qu’à voir, chaque hiver, lors de l’habituelle « vague de froid », qui se débrouille en général pour coïncider avec les vacances de février, tous ces gens bloqués sur les autoroutes, naufragés, coincés dans les trains arrêtés, et stigmatisant la négligence des autorités, pour comprendre qu’en fait, derrière toutes ces accusations, c’est la pensée magique qui est de retour, avec l’ère hyperfestive, même si les termes dans lesquels elle s’exprime ont un peu changé. On ne danse plus pour faire tomber la pluie ou la convaincre de cesser, mais on cherche les responsables s’il y a du verglas ; et on les lyncherait volontiers si on les avait sous la main.

   Depuis que le concret n’existe plus, les décors naturels, devenus terrains de jeux, se sont rapprochés vertigineusement des Idées platoniciennes. On exige d’eux, en plus, la même transparence que des affaires de l’état et de la vie privée des vedettes en vue. Homo Festivus croit dur comme fer que la montagne ou l’océan sont synonymes du mot bonheur ; qu’ils n’ont été inventés que pour servir d’écrin à la perfection de son divertissement. Le moindre accident, dans ces conditions, devient un scandale ; et un coup de canif dans le contrat festif. Que la montagne ou la mer rappellent, de temps en temps, leur existence indépendante de la vision hyperfestive est une sorte de crime. Comme tous les enfants, Homo Festivus prend son désir pour une réalité qui n’existe plus. Il ne veut pas envisager que la Nature puisse être tortueuse, vicieuse, compliquée. Sa puérile religion est censée l’assurer contre le hasard et les accidents, ces résurgences d’Ancien Régime, ces spectres d’un temps où l’on n’avait pas encore inventé le risque zéro. »


Philippe Muray, in Après l'Histoire, chapitre février 1998

Voir les commentaires

B. Desforges

#au jour le jour

18 Mai 2016

J’ai été invitée par LCI, ainsi qu’un permanent syndical d’Alliance, à venir parler du sujet qui ces temps-ci nous occupe tous, et aujourd’hui en particulier puisqu’a eu lieu la manifestation de protestation contre les violences anti-flics initiée par Alliance, et autres joyeusetés qui immanquablement sont venues parasiter cet évènement. Et puis, en fin de matinée aujourd’hui, le journaliste m’a appelée pour m’informer que je dégageais du casting, et que le chef du Service d'information et communication de la Police nationale serait sur le plateau. Ça ne s’invente pas… Mais ça se passe comme ça, c’est même prévisible. Ce n’est de loin pas la première fois que ça m’arrive, tout comme c’est arrivé à d’autres flics défroqués.

J’avais accepté car c’est une émission en direct. Pas de mauvaise surprise au montage donc, et c’est précieux quand les occasions sont rares de s’exprimer publiquement sur des sujets d’actualité importants, et de mon point de vue, déterminants pour la police et l’impact de son image sur la population.

Je voulais dire à quel point c’est difficile d’être dépositaire de la violence d’État, et à quel point aussi cette violence est incontournable, comme l’est la violence de certaines situations, et comme l'est la violence sociale. Je voulais aussi dire qu’il faut faire la différence entre la violence dans le travail quotidien, et celle qui s’exprime dans le contexte du MO. Je voulais dire le maximum de choses possibles. Sans corporatisme aveugle, dire tout ce que j’entends, tout ce qu’on me dit, tout qu’on m’écrit, et que vous ne pouvez pas dire car vous êtes soumis à l’obligation de réserve, et ça, ma démission m’en a définitivement soulagée.

J’ai tenté tout à l’heure d’écouter "la voix de son maître", j’ai coupé très vite. Un bel exercice de langue de bois comme on pouvait s’y attendre. Je suis désolée de n’avoir pas pu ajouter ma pierre à l’édifice fragile de la défense de ce métier que je continue d'aimer… malgré tout.

Bon courage pour la suite à vous tous.

Voir les commentaires

10 Mai 2016

Nous aussi, Monsieur, on vous aimait bien.
À un de ces jours !

Voir les commentaires

Bénédicte Desforges

#au jour le jour