“actu police”

22 Janvier 2014

J'ai repensé à ce texte après avoir discuté avec un collègue de ses déboires, et puis sa descente aux enfers, l'injustice, Kafka au boulot, sans qu'aucun syndicat n'ait levé le petit doigt pour lui, eux qui sont si prompts, les trémolos dans le tract, à disserter sur le malaise et le suicide dans la police.
Je me suis souvenue d'un certain nombre de planqués, de nuisibles, de balances, d'incapables, qui font la pluie et le beau temps, et détruisent des carrières par caprice ou par négligence.
Il y en a des bons me direz-vous. Très bien, mais ils ne font pas le poids. Ceux-là ne décident rien.
Je ne changerais pas grand chose à ce qui suit. Sauf peut-être qu'à présent, ils commentent les faits divers à la télé.

alouette


  Il paraît qu’il y en a des sérieux, mais je ne les ai jamais rencontrés.
  Dans la police, la coutume veut que l’on dise d’eux que la seule chose qu’ils aient arrêtée au cours de leur carrière policière, est leur montre. Voire le bus pour les plus courageux.
  L’idéal d’un syndicaliste est de devenir permanent de sa structure le plus vite possible, et d’aller le moins possible sur la voie publique exercer le métier de policier. Ce qui lui permettra d’en parler d’une façon très détachée.
  D’ailleurs, un syndicaliste a souvent été un flic quelconque, et un mandat syndical est toujours le bienvenu pour masquer des carences professionnelles.
  Un syndicaliste perd très vite la fraîcheur, la couleur et le naturel du flic de base qu’il n’a pas été longtemps. Il prendra vite goût à se déguiser en commissaire de police avec des costards mal taillés, et des chaussettes blanches dans des mocassins noirs. Leurs vestes sont toujours trop petites, à moins que ce ne soit l’effet produit par un embonpoint précoce dû à une sédentarité mal maîtrisée. Mais cela n’a guère d’importance, car une veste de syndicaliste de la police doit pouvoir être retournée dans tous les sens jusqu’à en perdre les coutures.
  C’est un carriériste né, et la rapidité de son avancement tient du miracle.
  Un jour, j’étais allée rendre visite à un syndicat d’officiers dans le but de pleurnicher sur une épaule compréhensive. Ma hiérarchie me faisait des misères et je voulais en faire état à mes pairs, qui à coup sûr – j’étais presque parvenue à m’en persuader – s’insurgeraient et défendraient mon bon droit dans un fougueux élan corporatiste. Peine perdue. Je suis arrivée en plein débat d’une importance majeure. Les officiers s’indignaient de la matière de la doublure de leurs casquettes. Il se trouve qu’elles étaient synthétiques à l’identique de celles des gardiens de la paix. Le psychodrame des couvre-chefs de la catégorie B, qui n’accepte pas et se sent humiliée d’être coiffée comme la catégorie C. Ils revendiquaient donc auprès des autorités compétentes, le droit à une dotation de casquettes à doublure en cuir comme celles des commissaires. Enchaînant dans le sujet des signes extérieurs hiérarchiques, sur lesquels repose leur autorité pour la plupart, ils ont évoqué avec beaucoup d’émotion et le plus grand sérieux le droit à porter un sabre ou une épée aux cérémonies du 14 Juillet.
  Ce jour-là, j’ai compris que mon tragique contentieux – qui allait ruiner ma splendide carrière dans un imbroglio de recours – était dérisoire au regard de l’urgence et du bienfondé des affaires en cours, et qu’il était inutile que je tente de les attendrir sur mon destin de flic contrarié. Je les ai salués bien bas et j’ai quitté leur local en ne me privant pas de leur piquer un joli cendrier à titre de dédommagement de mon inutile visite.


Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé n’est absolument pas fortuite. Si ça a l'air d'une coïncidence, c’est que vous les connaissez aussi.


extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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Bénédicte Desforges

#actu police, #syndicats

12 Décembre 2013

menottes


Il n’y a pas si longtemps, que n’entendait-on pas sur les traitements de faveur accordés aux "fils de", qu'ils soient ceux de Nicolas Sarkozy - ministre ou Président, avec une mention spéciale à la tragédie du jet de tomate, ou de Frédéric Péchenard, alors DGPN.

La presse, galvanisant les bonnes âmes offusquées, hurlait des jours durant au "fait du prince", au détournement de la police et de la justice, à la rupture d'égalité entre les citoyens face à la Loi, au comportement "monarchiste" du pouvoir.

Chacun dénonçait évidemment une injustice dans le traitement judiciaire dérogatoire d'indulgence pour les "enfants du pouvoir". Seule la gauche - c'est à dire le PS - allait permettre de revenir aux fondamentaux du Droit. Mais ça, c'était avant...

Où sont-ils aujourd'hui, les moralisateurs de comptoir, les indignés à la petite semaine, les révoltés du clavier, les bobolutionnaires de la morale, quand c’est le fils de la concubine officielle du Président qui bénéficie des stupéfiantes mêmes largesses pénales à chaque récidive ?

Et la ministre de la justice, d'ordinaire si prompte à empoigner l'étendard de l'égalité, à monter sur la barricade médiatique, et clamer à l’application d’une même Loi pour tous ? Qu'en pense t'elle des oukazes présidentiels autorisant l'impunité pénale au "fils de la dame de" ? Rien peut-être, elle regarde ailleurs, se rappelant qu’il y a quelques années, elle avait cherché à faire annuler purement et simplement la condamnation de son fils pour complicité de vol. Laxisme pour tous ? Pas tout à fait…

Pendant ce temps-là, le pétillant ministre de l'Intérieur communique à tout-va sur le nouveau Code de Déontologie de la Police Nationale. Et, telle une démonstration par l’absurde, il ne le respecte pas lui-même en permettant formellement que "le fils de" échappe en toute illégalité à une procédure pénale qui aurait dû être diligentée par ses propres services de police...
Il va sans dire qu’un gardien de paix lambda qui interviendrait pour minimiser la mise en cause judiciaire d'un de ses gamins - ou de celui d'un de ses proches - serait immédiatement sanctionné sans état d'âme, suspendu dans l'heure sans doute, puis trainé dans la boue médiatique avant d’être lapidé sur l’autel de la morale socialiste... Avec son Ministre en première ligne dénonçant avec la plus grande fermeté une conduite inacceptable.

La "déontologie" c'est bon uniquement pour les simples flics. Quant à l'application stricte de la Loi, c'est juste pour les simples citoyens.
Le pouvoir, l’animal politique, il s'en contrefout de tout cela : les règles communes ne valent jamais pour lui...

Quant à la gauche, une fois encore, une fois de trop, elle apporte la preuve qu’elle n’existe pas. Le parti socialiste est un parti imposteur qui n’a plus rien à voir avec les valeurs fondatrices de la gauche des grands principes. Le parti socialiste est un parti bourgeois qui fonctionne en caste et pratique le privilège, le passe-droit et le mépris de classe.
La Loi, prétendument pour tous dans les discours propagandistes, mais bien plus certainement, pour tous selon la Constitution, pour eux, se décline selon la position statutaire de l’auteur ou de la victime de l’infraction. Comme dans le Droit médiéval.

Et à moins qu’il soit le lobby ou la communauté du jour - éphémère électorat à caresser dans le sens du poil - le peuple n’a aucune sorte d’importance. La caste politique peut s’en moquer avec application - même si elle se prétend socialiste - et il ne leur importe pas du tout de faire de leurs cas personnels des exemples de probité. Non, ils n’ont pas même cette sorte d’amour-propre, pas plus qu’ils n’ont de respect pour leur mandat et leur électorat. Pour eux, joindre l’acte à la parole est sans objet. Donner des leçons de morale à longueur de micros et d’incantations est plus facile et n’engage à rien. Inventer chaque jour une nouvelle disposition liberticide ou autre interdiction qui pourra être transgressée à coups de petits arrangements entre amis politiques, se fait sans états d’âme.

Le Code de déontologie est assené aux policiers comme si le postulat de l’exercice de leur métier était la suspicion, le Code de déontologie des journalistes n’a jamais vu le jour, quant à la déontologie du milieu politique, il n’en a jamais été question. Alors les fils de…


Marc Louboutin et Bénédicte Desforges


source : Passe-droit pour le fils de Valérie Trierweiler ? [Le Point 7 décembre 2013]

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23 Mai 2013

HP


"Peut-être avez-vous déjà vu passer cette invitation, sinon il se peut qu’il vous soit proposé de participer à un rassemblement de soutien aux "Forces de l’Ordre" (et en majuscules s’il vous plait) le weekend prochain dans certaines villes de France, dont Paris, Besançon et Agen.
Ces rassemblements sont orchestrés par une personne sous pseudo qui prétend avoir eu les autorisations nécessaires pour ces réjouissances, et ne sont en aucun cas l’initiative de fonctionnaires de police, ni de près ni de loin, sachez-le.
Ce truc est apparu sous forme d’un énième groupe Facebook de soutien et d’adoration de la police et autres hommes bleus, et plus si affinités.
Ce que ces gens désignent par "forces de l’ordre" sont les fonctionnaires de police, gendarmes, CRS, GIPN, DCRI, DCPJ, brigade criminelle, militaires et réservistes, douaniers, pompiers, vigiles, ambulanciers et secouristes, RATP, SNCF, maitres-chiens, gardiens de prison, agents municipaux, etc, etc, vous aurez compris le dénominateur commun, tout ce qui est susceptible de porter un uniforme et figure "le bien" dans la lutte contre le "mal" (parce que vu comme ça, le monde est quand même beaucoup plus simple)
Je ne vous l’apprends pas, Facebook est un nid de mythos et de groupies dont la passion pour la police tient davantage du spasme hormonal que d’un réel intérêt. Quand ce n’est pas l’expression d’une frustration ou d’un délire maladif.
Ces gens n’annoncent pas la couleur, on ne sait pas qui ils sont ni d’où ils sortent, et néanmoins ils se prétendent des porte-parole maitrisant vos problématiques professionnelles au point d’en parler à votre place.
Le discours pro-flic de cette clique de mal-comprenants est blindé d’outrances, de raccourcis primaires, et de fautes d’orthographe (comme si l’image de la police n’était pas assez en souffrance comme ça) et incite clairement à garder ses distances... et à laisser à leurs fantasmes cette bande de pompom girls et préménauposées hystériques, et autres poulpes satellites en échec scolaire qui se rêvent en bleu."

Voilà le message que je postais avant-hier sur Facebook.
 

Devant quelques réactions de commentateurs fanatiques, je rajoutais ce qui suit :

"On est en plein délire là.
NON. Vous êtes complètement à coté de la plaque et votre fascination pour ce métier comme en témoignent ici vos nombreux messages quasi extatiques est délirante.
NON la police n’a pas besoin de "sympathisants" on n’est pas une équipe de foot ou un parti politique, mais un SERVICE PUBLIC. Si vous, USAGERS de ce service public, avez de bonnes idées pour l’améliorer, mettez-les en commun et faites des propositions à votre député, qu’il portera à l’assemblée nationale. L’exercice de la démocratie c’est ça plutôt que de bouffer de la bande passante sur facebook. Faites comme si internet n’existe pas, les flics eux bossent dans la vraie vie.
Et NON, la police n’a pas besoin qu’on croit en elle, qu’on ait la foi (les termes que vous employez sont flippants !) ce n’est pas non plus une religion (même si, le-bien-le-mal-les gentils-les-méchants, tout ça tout ça) Et d’ailleurs, si personne ne croyait en la police, elle ferait son travail de la même façon. Pas plus qu’elle n'a besoin qu’on l’aime passionnément. Simplement le respect de la fonction et de ce qu’elle représente, et le respect nécessaire et suffisant élémentaire dû à chacun. Ni plus, ni moins.
Et encore NON, la police n’est pas là "que" pour protéger et servir, c’est bien plus délicat et compliqué que ça. La police réprime, la police maintient l’ordre, applique la loi pénale. La police concentre dans ses attributions le pouvoir de coercition (et la "violence") de l’État, et ça ne vous pouvez pas le comprendre tant que vous n’en avez pas ressenti le poids et la responsabilité.
Avec des gens comme vous, le prestige de l'uniforme prend une tournure malsaine et contre-productive."
 

Le même jour et aussitôt, était publiée la photo d’un dépôt de déclaration de manifestation (*) établi… le jour même ! [lien] Alors que cette même personne annonçait déjà au mois de février la tenue d’un rassemblement sur les Champs-Élysées (rien que ça), puis éditait un tract [lien] et confirmait il y a 15 jours avoir reçu une autorisation pour l’organiser place de l’Alma. Faudrait savoir. Accessoirement, elle faisait également état d’un prétendu rendez-vous avec messieurs Hollande et Valls, rencontre malheureusement annulée. C’est ballot.

J’avais aussi et à titre d’avertissement, posté une capture d’écran (sujet effacé depuis) de la page accessible au public de l’organisatrice non identifiée. Il s’agissait pour moi de donner une indication de l’état d’esprit et du pitoyable niveau des débats, et surtout que les flics curieux de cette initiative puissent avoir une idée du désastre prévisible s’il venait à l’idée d’un journaliste de tendre un micro à un de ces rageux improvisé "soutien des forces de l’ordre".

Sandy-sandy (3)

Rien d’étonnant quand dans ce fan-club, on en voit afficher des appartenances à coté desquelles le Front National fait figure d’aimable amicale centriste. Et c’est sans compter les psychopathes comme cette greluche qui utilise ma photo comme étant la sienne, les spécimens du style de  Flic Force de L’Ordre qui aime les drapeaux et les écussons, un ex flic viré pour recel de vol et proxénétisme, ou d’autres sujets à désordres mentaux qui écument internet.

Grand bien leur fasse d’exprimer leurs névroses ou leurs idées politiques de la façon qui leur plait, mais je suspecte leur engouement pour la police et leur désir de le clamer de façon visible de n’être pour certains ni plus ni moins qu’une tentative de récupération inavouée, et pour les autres un prétexte à glavioter toutes sortes de haines et de hargnes. Lesquelles se doivent évidemment de ne pas établir d’interférence avec le concept de "forces de l’ordre". Sauf à être complètement idiot et inconséquent, et se foutre éperdument de l’obligation de neutralité de la fonction publique, et de ceux que ce genre de propos engage.

Je suggère donc aux fonctionnaires de police qui auraient été approchés de se désolidariser de cette initiative, et n’y associer ni leur nom ni, d’une façon ou d’une autre, l’image de la police.

(*) Manifestation : Formalités administratives préalables [préfecture de police]

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