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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 19:39

 

 

Philippe,

Je ne sais pas quoi dire de tout ça, vraiment pas, je n’ai pas de mots raisonnables pour exprimer ma colère et ma tristesse. Pour faire court et sobre : c’est dégueulasse.

Jamais je n’aurais imaginé que tout cela finisse comme ça. Par une révocation.
Il était pourtant tellement évident que depuis le début de ce combat pour l’éthique, ta démarche était une démonstration. Et que si celle-ci était risquée, elle était éminemment saine et constructive.
Dans ce que tu as fait et écrit, rien de malfaisant, rien de nuisible. Ni mensonges, ni compromissions, ni magouilles, pas de dégâts collatéraux non plus, juste cette aveuglante démonstration que quelque chose ne tourne pas rond.

Quel dommage. Quel dommage pour la police nationale et pour les usagers de ce service public à l’agonie.
Quel dommage pour toi à qui je ne peux même pas dire qu’il faut continuer à lutter. Je n’ai plus aucun argument pour ça. Pas plus que je n’ai de raison de penser que quoi que tu fasses, les jeux sont faits et que tu n’en aurais gagné aucun.

Par définition de ce que tu es et de ce que tu dénonces, tu as tort.
Les hypocrites contournements du Droit et autres petits arrangements avec les règles de procédure ont fait le reste.
Le postulat de base était que tu n’avais pas à parler. Parce que tes mots sont graves.
Parce qu’ils sont dangereux : le système est en équilibre… instable.

Ta rigueur ne t’a pas servi.
Ton intransigeance et ta loyauté aux principes que tu défends n’ont pas fait de toi un bon client pour les médias, tout ce que tu as tenté est passé inaperçu.
Il aurais fallu que tu joues le jeu de la Star’Ac des porte-drapeaux et que tu sois le dernier survivant du Koh-Lanta des enflures.
On ne laisse la parole qu’à ceux qui n’ont rien à dire, sauf fadaises pré mâchées et présupposés populistes. Ce n’est pas sérieux.

Les domaines d’expertise qui sont les tiens ne sont pas vendeurs, Philippe, tes livres ne peuvent pas être présentés en deux minutes en prime time. Deux minutes ne sont pas suffisantes à expliquer un vrai scandale, un de ces cancers sociétaux qui n’en finiront pas de métastaser… Alors tu n’as pas eu de bouclier médiatique, c’est comme ça.

Sans quoi peut-être, tes batailles solitaires auraient été rendues accessibles, tu serais devenu un héros des temps télévisuels, et tu aurais été immunisé contre la grosse machine administrative, judiciaire, politique, et le bâtard rejeton de ces trois-là qui est un prédateur vorace pour les diseurs de vérité.

Encore une fois, quel dommage, quel gâchis.
La raison du plus fort est celle de l’imposture.
Ce monde est schizophrène et anxiogène.

Le combat pour l’intégrité et l’éthique était véritablement le tien.
Et ta détermination a été admirable.
Tu as tout mon respect en plus de mon amitié.

J’aurais voulu que tu aies raison de ce système autant que j’aurais aimé travailler avec toi.
Prends soin de toi, Commandant.

A un de ces jours, Philippe.

Bénédicte Desforges

 

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Cher Philippe,

Que t'écrire ?
Malgré parfois nos divergences, sur la forme plus que sur le fond, je constate que l'examen attentif que nous faisons au quotidien des affaires tenant à la sécurité publique, à la police en général, nous permettent à tous les trois de mesurer à quel point la société actuelle (comme ce fut sans doute toujours plus ou moins le cas) est gangrenée jusqu'à l'os. Et sans doute dans les autres domaines que nous ne maîtrisons pas, de la même manière.

Sans doute n'avais tu pas le bon profil pour t'assurer d'un soutien notable à la fois des médias et des milieux politiques...
Le débat sur la sécurité publique n'a existé de manière éclairée que loin de l'attention de la majorité des leviers d'opinion.

Le procès général fait sur ces fiches STIC - je n'étais pas en phase avec ta démarche provocatrice et illégale, tu le sais, mais tu l'as toujours assumé avec une intelligence certaine- volait sans doute trop haut pour être compris. Il n'en reste pas moins que la sanction est d'évidence disproportionnée, car éminemment politique.
Pas au sens de l'importance publique de ta position, elle n'en a jamais vraiment eu, nous l'avons constaté à force de contacts, pas plus que les nôtres d'ailleurs.
Tous les trois nous avons été victimes, de manière plus ou moins affirmée, simplement de lettres de cachet. Sans doute avons nous la chance que la Bastille un jour fut démantelée. Mais la mise au ban social est de nos jours plus efficace qu'un cul de basse fosse.

Nous avons établi par l'absurde, à force de combats perdus, souvent sur des principes ou des symboles pensant qu'ils étaient fondamentaux à l'équilibre de la démocratie dans notre pays, que finalement seules les caricatures avaient force de loi.

D'un côté de la balance des deux partis majoritaires : la politique de Monsieur Guéant, que nous subissons depuis des années, depuis qu'il fut DGPN, dont l'histoire de la police ne retiendra jamais malheureusement qu'elle n'était que destruction d'un beau service public de mission et de sacrifices pour en faire, avec succès, une simple et gigantesque officine de communication partisane au service du pouvoir en place.
Qui se souviendra des pleurs de Bénédicte démissionnant à force de désillusions et pour ne pas avoir à collaborer, d'un commandant de police viré comme un malpropre (alors que pour pire que cela nous connaissons des commissaires poursuivant leur carrière), ou d'un ex-flic devenu journaliste débarqué d'une rédaction par simple courrier d'un DGPN et dont un livre impertinent fut simplement censuré ?
Personne sans doute ne gardera trace de ces méthodes, inqualifiables pour éviter de tomber dans des comparaisons trop faciles.

De l'autre bord politique, avec un amateurisme extraordinaire qui vire à la farce publique, on se cantonne dans les clichés, tellement d'Epinal que son symbole est devenu une fausse égérie de la sécurité dont les mensonges et l'imposture mènent aujourd'hui jusqu'à représenter le PS aux élections législatives. La honte se porte décidément de nos jours de manière plus attractive que la raison.

Que tout cela ne finisse de manière plus que prévisible à servir efficacement le Front National sera sans doute une autre confiscation du débat, mais quelle prétention avons nous eu, du haut de notre naïveté républicaine, de penser ouvrir un jour une vraie réflexion...à trois pauvres officiers (ou ex mais nous sommes tous désormais du côté "civil" de la société) là où d'autres plus puissants n'y arrivent pas ?

Nous n'avons jamais été, Philippe, audibles.

Pas assez carriéristes. Pas assez engagés politiquement. Pas assez intéressés par un profit quelconque. Pas assez diplômés. Pas assez attirés par une fraternité de réseaux peut-être aussi. Nous réclamions cette indépendance - presque statutaire à notre combat - comme un gage d'objectivité. Ce fut ce handicap, conscient et assumé, d'être au service général et non d'une coterie, qui est devenu notre principal tort aux yeux de tous. Trop pertinents techniquement également. La police est un métier que nous maîtrisons et dont nous gardons les cicatrices, sur la peau et dans nos âmes, pour l'avoir fait avec détermination. Ce n'est pas un discours ou un slogan publicitaire. Nous avons le défaut de le rappeler trop souvent. Cela pique les certitudes confortables des raisonneurs.

Tout cela n'a été qu'un interminable dîner à longues fourchettes durant lequel nous avons joué le rôle des "idiots" volontaires pour amuser la galerie avant d'être congédiés à coup de pompes méprisantes dans le fondement.

Restera entre nous le souvenir d'une certaine idée de la République, de celle qu'on devrait montrer en exemple et qui fut rappelé en 1989 lorsque Monsieur Joxe eu l'excellente idée, profitant d'être Ministre de l'Intérieur à l'occasion du bicentenaire de la Révolution, de nous faire parvenir à tous les textes fondateurs à ne pas oublier dans l'exercice quotidien de notre métier de policier.
Vingt deux ans plus tard c'est à croire que personne chez les dirigeants politiques ne les a lu un jour ni même qu'ils n'aient jamais existé. Ils furent peu, nos ministres, un peut-être pour chaque côté de l'échiquier politique, à se soucier depuis trente ans de cette dimension, mais ce n'est pas le sujet...

C'est ainsi mon ami.
Loin des réseaux et des accointances, nous avons tenté de faire preuve d'un humanisme, non encadré certes, mais bien plus franc que celui de la majorité des tenants dits intéressés de ce principe. Il y a des exceptions je pense à ce constat global, ou plutôt j'aime à m'en persuader pour garder sous perfusion quelques illusions moribondes.

Que puis-je te conseiller à la lecture de cette exécution sociale pour raison politique ?
Les uns comme les autres nous avons sacrifié beaucoup. Trop sans doute.
Notre principal défaut est de ne pouvoir nous défaire de cette obsession de courir chaque jour soutenir une digue qui a pourtant cédé depuis longtemps, au détriment du reste, de nos vies et de tâches, personnelles ou professionnelles, sans doute plus utiles et que pourtant nous négligeons trop.

Gardons le souvenir de ce qui tourne à une désespérance conduisant à une sorte de névrose obsessionnelle comme celui du devoir, au moins moral, accompli.
Mais maintenant révolu et inutile.

Il est temps de penser à nous, à nos proches et de ranger dans une malle à laisser recouvrir de poussière cette inclinaison suicidaire au sacrifice pour l'intérêt collectif. dont tout le monde se contrefout.
Il y va de l'avenir de nos enfants, du confort de nos conjoints et de notre santé également. Du peu de notre dignité qu'il nous reste également sans doute tant nos voix finissent par sonner comme celles de prédicateurs hurlant dans le vent.

Ce système, basé uniquement, et de tous bords, sur des intérêts partisans et à réaliser à court terme est en train, j'en suis persuadé, de s'écrouler tout seul. Et ce ne sont plus quelques principes défendus, même si cela était avec succès, qui le sauveront. Autant donc garder quelques forces pour plus tard, pour le monde de demain dont on peut prévoir qu'il risque d'être terrible à plus d'un titre. Il est trop tard. Pour se battre. Pour espérer. Pour pleurer. Pour se saouler.
Le temps de s'en foutre est venu, pour faire comme tout le monde : devenir égoïste avec détermination.

Je pourrais aisément trouver, pour te redonner un peu de baume au cœur, une citation de Céline, ton auteur fétiche, pour panser ta tristesse à cette décision.
Je préfère m'en tenir à une simple formule, qui pourrait te sembler pompeuse, mais qui loin de la politesse des bas de courriers d'un autre siècle, illustre parfaitement ce qui est oublié depuis dans notre société, mais qui au moins nous tient proches dans l'adversité.
"Salut et Fraternité"

Marc Louboutin


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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 15:33

le-silence-des-pantoufles-etouffe-le-bruit-des-bottes

 

 

(© le grafitti est de moi, le mur est à moi, la phrase j'en sais rien et je m'en fous)

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 18:29

Voiture-police-G20

De retour du G20 où énormément de policiers de France avaient été conviés à y faire bonne figure, et à contribuer à l’illusion d’optique d’un service public bien portant, des collègues de Sarcelles (très jolie ville du Val d’Oise) ont eu la très mauvaise idée de tomber en panne.
Avec un véhicule de service sérigraphié Police.
Sur l’autoroute...
La panne s’étant produite vers Mâcon, et la solution de pousser la voiture à la force du biceps étant exclue, les naufragés de la route durent se résoudre à joindre leur direction par téléphone. Après plusieurs appels infructueux à la DDSP95, ils se virent proposer de rentrer à leurs frais par le train, ce qu’ils refusèrent, l’excédent de bagages composé de flashballs, gazeuses grand format, et autre matériel de maintien de l’ordre n’étant pas du meilleur effet dans un wagon rempli d’enfants en bas âge et de bobos émotifs.
Suggérant alors qu’un véhicule administratif en avance de 30 kilomètres devant eux fasse demi tour pour les récupérer, le commissaire de permanence leur opposa un refus.
De même que, malgré leur insistance, il leur fut refusé qu’une voiture de leur direction départementale vienne exprès les récupérer avec leur matériel.

Alors qu’ils se demandaient s’il leur faudrait bivouaquer sur la bande d’arrêt d’urgence, un sympathique automobiliste immatriculé 95 se proposa de les ramener à bon port dans sa splendide DS des années 70.

Le trajet se déroula sans aucune autre péripétie fort heureusement.
La moindre panne, le moindre accrochage aurait contraint les policiers à rendre compte à leur hiérarchie de l’incident, et donc à mettre noir sur blanc ce qui avait généré la situation. Véhicule mal entretenu tombé en panne de façon prévisible, rapatriement des effectifs refusé, etc, ce qui n’aurait pas fait l’affaire de tout le monde…

Mais ça ne s’arrête pas là.
Après avoir déposé les policiers à Sarcelles, le jeune homme à la DS se fait interpeller par la BAC 93, et a le plus grand mal à expliquer que les deux bombonnes de gaz lacrymogène qui se trouvent dans sa voiture ont été oubliées là par des fonctionnaires de police qui faisaient de l’auto-stop sur le bas côté de l'autoroute, à coté d’une voiture de police en panne, à 300 kilomètres de là.
Ben tiens… raconte ça à un cheval de bois, et il te file une ruade…

Par chance, l’homme à la DS et les collègues avaient échangé leurs numéros de téléphone, et l’un d’eux pu confirmer la version du présumé receleur de gaz lacrymogène.

Au delà du coté marrant de l’anecdote et de la happy end à la faveur de l’intervention d’une voiture mythique et d’un citoyen bien plus aimable, patient et arrangeant qu’une hiérarchie qui n’a décidemment plus rien de bienveillant, cette histoire - pas si drôle que ça - illustre parfaitement l’état du matériel… et de l’ambiance.

Démerdez vous !


Merci à mon complice Marc Louboutin qui a bien voulu que je raconte ici cette histoire qui lui a été rapportée.

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 11:36

lettre ouverte à Nicolas Sarkozy

 

 

 

   Monsieur le Président de la République,



   Depuis des années, nous dénonçons et nous luttons contre l’ingratitude et les dispositions particulièrement injustes qui s’abattent parfois sur les fonctionnaires de la police nationale. Avec plus ou moins de bonheur et de réussite.

   C’est donc avec soulagement et une immense satisfaction que lors de votre intervention télévisée du jeudi 27 octobre nous vous avons entendu nous rejoindre, et conforter nos positions en affirmant la votre avec clairvoyance et pugnacité.

   Enfin ! Enfin la parole présidentielle affirmait une vérité qui nous est contestée depuis tant d’années. Pour cela, Monsieur le Président de la République, soyez assuré de notre reconnaissance et de celle de nos collègues.

   À propos de la mise en examen de Monsieur Squarcini, directeur de la DCRI, Yves Calvi vous interrogeait avec toute la malice dont les journalistes savent faire preuve : « Il pourrait tout simplement être suspendu, tout en respectant la présomption d’innocence… Momentanément… » Et là, du tac au tac, vous avez eu, Monsieur le Président, l’extrême pertinence de rétorquer : « Bien sûr…Comme ça, sanctionner momentanément en respectant la présomption d’innocence, cela s’appelle la présomption de culpabilité Monsieur Calvi. »

   En quelques mots, vous avez énoncé, Monsieur le Président de la République, votre attachement déterminé et légitimement intransigeant, aux principes de Droit dans notre pays.

   Cette affirmation forte a malheureusement échappé à l’habituelle extrême sagacité des organisations syndicales de la police nationale. Pas à nous.

   Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le Président, que plusieurs dizaines de policiers, peut-être plus de cent actuellement, sont suspendus de leurs fonctions. Il s’agit pour la plupart, de gardiens de la paix passionnés et dévoués à leur métier, lequel est presque un sacerdoce, comme vous l’avez très justement souligné. Beaucoup d’entre eux font donc l’objet de mesures dites de précaution administrative ("à titre conservatoire" lit-on de manière lapidaire et souvent peu motivée dans les rapports) qui peuvent durer plusieurs mois, et qui privent leur foyer environ du tiers de leurs revenus lié à l’exercice effectif de leurs missions.

   Quand une suspension administrative intervient, ces policiers conçoivent un terrible sentiment d’abandon et d’exclusion. Leur hiérarchie les rejette comme des pestiférés sacrifiés sur l’autel d’un principe de précaution démesuré et hors propos.
Victimes d’une sorte de "formolisme" (sic) administratif, cette mesure est de fait, dans l’immense majorité des cas, ressentie comme une authentique sanction, grave et bien plus traumatisante qu’une mesure disciplinaire justifiée et résultant d’une faute établie.
Alors, vous imaginerez sans peine, le cas d’un fonctionnaire mis en cause, puis suspendu, et sa profonde amertume lorsque l'enquête finit par le mettre hors de cause.

   Vous avez raison, ce système de "double peine" est injuste et ne repose que sur une logique aussi sournoise qu’insupportable de présomption de culpabilité.
   Certains que la parole présidentielle ne pourrait être remise en cause par l’administration, et par souci d’équité avec le cas du fonctionnaire que vous avez évoqué, nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, de faire examiner au plus vite les dossiers de ces policiers.

   Nous leur conseillons de vous faire parvenir sans délai leur arrêté de suspension administrative pour que vous puissez faire appliquer le principe de présomption d’innocence que vous avez affirmé avec tant de conviction, et auquel nous adhérons tous sans réserve.

   Confiants dans la jurisprudence administrative que vous avez affirmée, Monsieur le Président, nous ne doutons pas qu’elle puisse s’appliquer à l’ensemble des policiers de France avec la même détermination que pour un directeur de la police nationale.

   Nous vous en remercions en leur nom, et savons pouvoir compter sur votre soutien.


   Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de notre respect et sincère considération.

 

 

 

Marc Louboutin et Bénédicte Desforges
auteurs et ex lieutenants de police

 

 

référence : vidéo Nicolas Sarkozy face à la crise (time code 67’50)

 

 

pdf2   document en pdf
   incluant un modèle de courrier à adresser au Président de la République

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 16:57

police-politique-PS

 

François Hollande, tout juste issu des urnes socialistes et aspirant à la présidence de la République, nous apprend qu’il dispose déjà d’une police politique infiltrée, et qu’il est en mesure d’accéder – et de se servir – de renseignements concernant les appartenances syndicales et préférences politiques de fonctionnaires de police.

En effet, François Hollande voudrait procéder à une sélection très précise des fonctionnaires du SPHP [1] que l’État lui affecte pour assurer sa sécurité en campagne. Son équipe compte bien détecter des fonctionnaires efficaces et professionnels, bref des personnes de confiance.
On peut déjà observer que le parti socialiste, à travers les suspicions de son chef de file, a une très haute opinion de la police nationale puisque trouver efficacité et professionnalisme parmi ses effectifs semble être un sacré défi.

Mais voilà le drame, on lui a fourni une liste vérolée, déclare un partisan anonyme - vérolée est bien le mot employé et les symptômes lui en sont infiniment reconnaissants - comprenant des fonctionnaires syndiqués dans des syndicats pas réputés défavorables au pouvoir en place – comme Alliance, s’oblige-t-on à préciser, soit des fonctionnaires pas fiables politiquement.
Eh bien ! Le parti socialiste et ses mouchards seraient-ils mieux informés, et plus adroits et vicieux que le fichier Edvige qui avait suscité des petits cris d’effroi ?
Le fichage politique de policiers existe donc, et là ce n’est pas Cop-watch qui balance…

La question que devrait, légitimement, se poser une presse démocratique, serait de savoir QUI balance les informations sur les appartenances syndicale et politique supposées, sur quelle base légale et d’après quel hypothétique fichier.

Ce que recherche le candidat socialiste pour assurer sa protection n’est pas un service de police issu de la police nationale, non, ça ressemble plutôt à une police privée composée de volontaires – ou, autre définition : milice - ce qui n’augure rien de bon quant au projet socialiste concernant les questions de sécurité, de police(s) et de qualification des effectifs, et plus largement, le service public.

D’après la même source, on apprend d’ailleurs le secret du casting 2007 de la sécurité rapprochée de la candidate Royal : « Nous avions demandé à nos contacts au sein des organisations syndicales des avis sur les gens qui nous étaient proposés. » Suit le nom de l’éminent consultant en body-guards : l'ancien responsable de l'UNSA-Police.

Le plus amusant (autant en rire) est que manifestement la fine équipe socialiste n’entend pas grand-chose au syndicalisme policier et ne semble pas savoir que les appartenances aux organisations syndicales dites "de droite" et "de gauche" sont sans rapport avec les penchants politiques des syndiqués, le choix d’un syndicat se faisant le plus souvent sur des critères étrangers à l’idéologie de façade réclamée par les apparatchiks des bureaux nationaux, mais sur les qualités des représentants de terrain.
Ainsi, nous connaissons des syndiqués d’Alliance qui votent à gauche depuis des années, comme des délégués d’Unité Police-SGP-FO qui sont de bons petits gars de la Marine.
Voilà qui ne va pas faciliter la tâche à François Hollande...
Alors peut-être devra-t-il compléter ses dossiers d’analyses graphologiques et des thèmes astraux des candidats du SPHP pour y voir plus clair… Et dans un deuxième temps, tant qu'à faire, on leur demandera sans doute leurs préférences sexuelles et un bilan de santé.

Depuis toujours, la police est un gadget électoral recyclable à merci.
Le fantasme récurrent des collusions entre pouvoir politique et police fait la une des médias depuis des lustres et cela quelle que soit l’appartenance politique des gouvernements. Surtout en cette période où les mises en examen des plus hauts cadres de la police nationale pour diverses suspicions de mélange des genres se multiplient.

Mais quand l’obligatoire neutralité politique des fonctionnaires - et plus particulièrement ceux dotés d’une carte tricolore - s’accommode de petits arrangements, c’est vers les donneurs de leçons et les leaders politiques qu’il faut regarder.

Et là, chacun sait s’y retrouver, sans que les défenseurs de la déontologie et de l’intégrité n’y trouvent à redire.
Qu’il s’agisse de Bruno Beschizza [2] (à la fois conseiller régional UMP et sous-préfet hors cadre), parfait exemple du policier politique. Ou bien de Sihem Souid [3] égérie de l’éthique policière au PS, fonctionnaire de police suspendue mais non exempte des obligations de sa fonction, qui s’exprime es qualité de membre du comité de soutien d’Arnaud Montebourg (et dont on attend d’ailleurs avec impatience sa prochaine aventure judiciaire et administrative annoncée, pour reparler d’éthique dans des débats croquignolesques.)

Ceux qui espèrent vainement une République irréprochable avec une police détachée du rôle de VRP du gouvernement en place pour être exclusivement au service du citoyen devront repasser, visiblement une alternance ne changerait rien.

S’il y a une vérole à guérir, ce n’est sans doute pas dans les rangs de la police qu’il faut la chercher, mais plus sûrement dans les décidément inguérissables et sales habitudes des politiques, de droite comme de gauche.

Il serait peut-être temps, pour l’ensemble de la classe politique de relire l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :
« La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. »

C’est facile à trouver : elle est affichée dans tous les commissariats.

 

 Bénédicte Desforges  et  Marc Louboutin


source :
Hollande préfère, pour l'heure, confier sa protection au PS plutôt qu'à la police
Le Monde 26 octobre 2011


[1]  SPHP : Service de Protection des Hautes Personnalités

[2]  Bruno Beschizza qui devrait renoncer à son mandat électoral, comme il en en a l’obligation pour que sa nomination de sous-préfet soit légale [lire]

[3]  Sihem Souid membre de l'équipe de campagne de A.Montebourg

d'autres commentaires sur AgoraVox [lire]

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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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