Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 19:16

 

18 octobre 1961 Huma

 

Un groupe de policiers républicains déclare :

  Ce qui s'est passé le 17 octobre 1961 et les jours suivants contre les manifestants pacifiques, sur lesquels aucune arme n'a été trouvée, nous fait un devoir d'apporter notre témoignage et d'alerter l'opinion publique. Nous ne pouvons taire plus longtemps notre réprobation devant les actes odieux qui risquent de devenir monnaie courante et de rejaillir sur l'honneur du corps de police tout entier.
  Aujourd'hui, quoique à des degrés différents, la presse fait état de révélations, publie des lettres de lecteurs, demande des explications. La révolte gagne les hommes honnêtes de toutes opinions. Dans nos rangs, ceux-là sont la grande majorité. Certains en arrivent à douter de la valeur de leur uniforme.
  Tous les coupables doivent être punis. Le châtiment doit s'étendre à tous les responsables, ceux qui donnent les ordres, ceux qui feignent de laisser faire, si haut placés soient-ils.
  Nous nous devons d'informer.

QUELQUES FAITS, LE 17 OCTOBRE...

  Parmi les milliers d'Algériens emmenés au parc des Expositions de la porte de Versailles, des dizaines ont été tués à coups de crosse et de manche de pioche par enfoncement du crâne, éclatement de la rate ou du foie, brisure des membres. Leurs corps furent piétinés sous le regard bienveillant de M. Paris, contrôleur général
  D'autres eurent les doigts arrachés par les membres du service d'ordre, policiers et gendarmes mobiles, qui s'étaient cyniquement intitulés " comité d'accueil ".
  À l'une des extrémités du pont de Neuilly, des groupes de gardiens de la paix, à l'autre des CRS, opéraient lentement leur jonction. Tous les Algériens pris dans cet immense piège étaient assommés et précipités systématiquement dans la Seine. Il y en eut une bonne centaine à subir ce traitement. Ces mêmes méthodes furent employées au pont Saint-Michel. Les corps des victimes commencent à remonter à la surface journellement et portent des traces de coups et de strangulation.
  À la station de métro Austerlitz, le sang coulait à flots, des lambeaux humains jonchaient les marches des escaliers. Ce massacre bénéficiait du patronage et des encouragements de M. Soreau, contrôleur général du cinquième district.
  La petite cour, dite d'isolement, qui sépare la caserne de la Cité de l'hôtel préfectoral était transformée en un véritable charnier. Les tortionnaires jetèrent des dizaines de leurs victimes dans la Seine qui coule à quelques mètres pour les soustraire à l'examen des médecins légistes. Non sans les avoir délestées, au préalable, de leurs montres et de leur argent. M. Papon, préfet de police, et M. Legay, directeur général de la police municipale, assistaient à ces horribles scènes. Dans la grande cour du 19-Août, plus d'un millier d'Algériens était l'objet d'un matraquage intense que la nuit rendait encore plus sanglant.

DES BRIGADES TRÈS SPÉCIALES

  À Saint-Denis, les Algériens ramassés au cours des rafles sont systématiquement brutalisés dans les locaux du commissariat. Le bilan d'une nuit récente fut particulièrement meurtrier. Plus de 30 malheureux furent jetés, inanimés, dans le canal après avoir été sauvagement battus.
  À Noisy-le-Sec, au cours d'un très ordinaire accident de la route, une Dauphine a percuté un camion. Le conducteur de la Dauphine, un Algérien, gravement blessé, est transporté à l'hôpital dans un car de police. Que s'est-il passé dans le car ? Toujours est-il que l'interne de service constate le décès par balle de 7,65. Le juge d'instruction commis sur les lieux a été contraint de demander un supplément d'information.
  À Saint-Denis, Aubervilliers et dans quelques arrondissements de Paris, des commandos formés d'agents des Brigades spéciales des districts et de gardiens de la paix en civil "travaillent à leur compte", hors service. Ils se répartissent en deux groupes. Pendant que le premier arrête les Algériens, se saisit de leurs papiers et les détruit, le second groupe les interpelle une seconde fois. Comme les Algériens n'ont plus de papiers à présenter, le prétexte est trouvé pour les assommer et les jeter dans le canal, les abandonner blessés, voire morts, dans des terrains vagues, les pendre dans le bois de Vincennes.
  Dans le 18ème, des membres des Brigades spéciales du 3ème district se sont livrés à d'horribles tortures. Des Algériens ont été aspergés d'essence et brûlés "par morceaux". Pendant qu'une partie du corps se consumait, les vandales en arrosaient une autre et l'incendiaient.
  Ces quelques faits indiscutables ne sont qu'une faible partie de ce qui s'est passé ces derniers jours, de ce qui se passe encore. Ils sont connus dans la police municipale. Les exactions des harkis, des Brigades spéciales des districts, de la Brigade des agressions et violences ne sont plus des secrets. Les quelques informations rapportées par les journaux ne sont rien au regard de la vérité.

LA COMPLAISANCE DU PRÉFET

  Il s'agit d'un impitoyable processus dans lequel on veut faire sombrer le corps de police. Pour y parvenir, les encouragements n'ont pas manqué. N'est-elle pas significative la manière dont a été appliqué le décret du 8 juin 1961 qui avait pour objet le dégagement des activistes ultras de la préfecture de police? Un tel assainissement était pourtant fort souhaitable. Or, on ne trouve personne qui puisse être concerné par cette mesure ! Pour sauver les apparences, 62 quasi-volontaires furent péniblement sollicités qui obtiennent chacun trois années de traitement normal et, à l'issue de cette période, une retraite d'ancienneté... Ce n'est là qu'un aspect de la "complaisance" du préfet. En effet, au cours de plusieurs visites dans les commissariats de Paris et de la banlieue, effectuées depuis le début de ce mois, M. Papon a déclaré : " Réglez vos affaires avec les Algériens vous-mêmes. Quoi qu'il arrive, vous êtes couverts. " Dernièrement, il a manifesté sa satisfaction de l'activité très particulière des Brigades spéciales de districts et s'est proposé de doubler leurs effectifs. Quant à M. Soreau, il a déclaré de son côté, pour vaincre les scrupules de certains policiers : « vous n’avez pas besoin de compliquer les choses. Sachez que même s’ils (les Algériens) n’en portent pas sur eux, vous DEVEZ penser qu’ils ont toujours des armes ».
  Le climat ainsi créé porte ses fruits. La haine appelle la haine. Cet enchaînement monstrueux ne peut qu'accumuler les massacres et entretenir une situation de pogrom permanent.
  Nous ne pouvons croire que cela se produise sous la seule autorité de M. le Préfet. Le ministre de l'Intérieur, le chef de l'État lui-même ne peuvent les ignorer, au moins dans leur ampleur. Sans doute, M. le Préfet a-t-il évoqué devant le conseil municipal les informations judiciaires en cours. De même, le ministre de l'Intérieur a parlé d'une commission d'enquête. Ces procédures doivent être rapidement engagées. Il reste que le fond de la question demeure : comment a-t-on pu ainsi pervertir non pas quelques isolés, mais, malheureusement, un nombre important de policiers, plus spécialement parmi les jeunes? Comment en est-on arrivé là?
  Cette déchéance est-elle l'objectif de certains responsables? Veulent-ils transformer la police en instrument docile, capable d'être demain le fer de lance d'une agression contre les libertés, contre les institutions républicaines?

 POUR LE RETOUR AUX MÉTHODES LÉGALES

  Nous lançons un solennel appel à l'opinion publique. Son opposition grandissante à des pratiques criminelles aidera l'ensemble du corps de police à isoler, puis à rejeter ses éléments gangrenés. Nous avons trop souffert de la conduite de certains des nôtres pendant l'occupation allemande. Nous le disons avec amertume mais sans honte puisque, dans sa masse, la police a gardé une attitude conforme aux intérêts de la nation. Nos morts, durant les glorieux combats de la Libération de Paris, en portent témoignage.
  Nous voulons que soit mis fin à l'atmosphère de jungle qui pénètre notre corps. Nous demandons le retour aux méthodes légales. C'est le moyen d'assurer la sécurité des policiers parisiens qui reste notre préoccupation. Il en est parmi nous qui pensent, à juste titre, que la meilleure façon d'aboutir à cette sécurité, de la garantir véritablement, réside en la fin de la guerre d'Algérie. Nous sommes, en dépit de nos divergences, le plus grand nombre à partager cette opinion. Cependant, nous le disons nettement : le rôle qu'on veut nous faire jouer n'est nullement propice à créer les conditions d'un tel dénouement, au contraire. Il ne peut assurer, sans tache, la coopération souhaitable entre notre peuple et l'Algérie de demain.
  Nous ne signons pas ce texte et nous le regrettons sincèrement. Nous constatons, non sans tristesse, que les circonstances actuelles ne le permettent pas. Nous espérons pourtant être compris et pouvoir rapidement révéler nos signatures sans que cela soit une sorte d'héroïsme inutile.
  Nous adressons cette lettre à M. le Président de la République, à MM. les membres du gouvernement, députés, sénateurs, conseillers généraux du département, aux personnalités religieuses, aux représentants de la presse, du monde syndical, littéraire et artistique.
  Nous avons conscience d'obéir à de nobles préoccupations, de préserver notre dignité d'hommes, celle de nos familles qui ne doivent pas avoir à rougir de leurs pères, de leurs époux.
  Mais aussi, nous sommes certains de sauvegarder le renom de la police parisienne, celui de la France.

 

Paris, le 31 octobre 1961

 

  • texte tel qu'il a été publié dans la presse le 6 novembre 1961 : pdf2
  • une note du 17 octobre 1961 : pdf2
  • déclaration du préfet de police Maurice Papon le 1er décembre 1961 : pdf2
  • témoignage de Gérard Monate (SGP) : pdf2

Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 12:18

Cannes 22sept2012

Un policier de 27 ans est décédé la nuit dernière vers 3h40 à Cannes dans un accident de la route avec un véhicule qui venait de refuser de se soumettre à un contrôle routier [suite - Nice Matin 22/09/2012]

mise à jour : Au début du week-end, ce conducteur - Adil Briki - très connu des services de police pour des faits de violences et de trafic de stupéfiants, a tué un policier... [suite - Nice Matin 23/09/2012]

 

 

À mes collègues :

   La Loi fait de moins en moins autorité. Même le code de la route. Pourtant, la Loi est juste et rationnelle.
Un contrôle routier peut être plus dangereux qu’une intervention sur un braquage. Ça ne date pas d’aujourd’hui, je sais, mais c’est de pire en pire.
Il y a des risques à exercer ce métier, je le sais aussi, mais je sais surtout tous les risques qui pourraient être évités et ceux qui n’auraient jamais dû exister.
   Votre uniforme incarne à lui seul des valeurs républicaines essentielles. Entre autres, celle de l’ordre nécessaire à la paix, cet ordre-là qui ose dire son nom, parce qu’il est socialement moins contraignant qu’indispensable : l’ordre public.
Et quand la vie quitte cet uniforme, quand il se tache ou se déchire, quand on ne le voit plus, et quand il devient une cible, c’est un renoncement monstrueux à ces valeurs là…
   Elle est inconcevable mais elle existe, cette terrible vulnérabilité, cette indifférence, qui rend presque normal et justifié le fait qu’un flic puisse se prendre des coups, du plomb, une balle, la mort en pleine gueule, dans l’exercice de ses fonctions.
   Je ne suis plus flic, mais j’ai eu la chance de connaître une époque où la solidarité n’était pas un vain mot.
Retrouvez-la, réinventez-la.
Le faisant, vous ne sauverez pas qu’un métier, mais aussi un service public.
L’enfermement dans un corporatisme aveugle et désespéré ne servirait et ne menerait à rien.
   Le système et l’opinion voudraient peut-être que vous soyez de simples outils à fabriquer de la sécurité, mais vous êtes bien plus que ça. À défaut de manifester, manifestez-vous de façon simple et immédiate à chaque drame qui vous touche, en n’assurant, pourquoi pas, qu’un service minimum.
   Il se pourrait bien que votre discrétion ou votre absence de la voie publique incitent la reconnaissance et l'écoute qui vous manquent tant.
   Prenez soin de vous, et soyez prudents,
   Il y a une vie après le boulot.

B.D.

 

Grève du zèle, mode d'emploi 



En fait, c’est assez simple : laisser le flic de coté et devenir pleinement fonctionnaire.
Il s’agit de grève du zèle, pas d’une grève.
Doucement le matin, pas trop vite le soir.
Pour ça, il suffit juste de suivre à la lettre des règlements, notes de service et consignes que l’on a tendance à négliger.

Éléments de réponse pour gérer efficacement son zèle :
À chaque prise de service, faire soigneusement le tour du véhicule, et procéder à un certain nombre de vérifications. Prendre son temps, c’est important pour la sécurité des effectifs.
Contrôler tout ce qui pourrait occasionner une panne, et qui du coup nuirait à la continuité du service public (niveaux, etc) En cas de doute sur un point particulier, demander à collègue d’y jeter un œil à son tour.
Vérifier évidemment, tout ce qui serait susceptible d’être verbalisé s’il ne s’agissait pas d’un véhicule de police (clignotants, feux, pneus lisses, etc), et qui représente donc un danger pour soi-même et autrui.
Si la constatation est faite que quelque chose n’est pas conforme, rédiger aussitôt un rapport détaillé. Les services techniques auront besoin d’un maximum de précisions pour entreprendre les réparations adéquates.
Prendre son temps, on ne rigole pas avec la sécurité,
Ne pas hésiter à immobiliser le véhicule, et s’en faire attribuer un autre.
S’il reste un véhicule de remplacement disponible, réitérer les vérifications de la même façon sur celui-ci en application des notes de service et consignes en vigueur.

Quand tout est fait, prendre éventuellement la route pour patrouiller tranquille pépère, et respecter le code de la route comme un jour d’examen du permis de conduire.

Ne pas prendre d’initiative particulière.
Pas de contrôles routiers, ni de contraventions.
Au pire, faire cesser l’infraction sans verbaliser, saluer aimablement le contrevenant, et passer son chemin.

N’intervenir que sur appel, et conformément au règlement, ne faire usage du gyrophare et du deux-tons qu’en cas d’attaque thermonucléaire, s’arrêter au feu orange, ne mettre une roue ni sur une ligne blanche, ni dans un couloir bus. Aucune urgence ne saurait justifier la mise en danger des fonctionnaires de police et des citoyens. 50 km/h en ville.

Pas de contrôles d’identité non plus (ni de contrôles au faciès, mouarf..)

Pour les fonctionnaires des services dédiés à l’anti-criminalité, ne partir en aucun cas à la chasse au délinquant, attendre qu’il vous tombe dans les bras.
N’intervenir que sur appel, ou si un flagrant délit a lieu dans le périmètre visuel de l’équipage.

Voilà. Ce n'est pas plus compliqué que ça.

 

La grève du zèle pour les nuls (article du 30 avril 2012)

Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 14:18

Deux policiers blessés par balles à Grigny

 

À Grigny hier soir, banale intervention pour faire cesser une bagarre.
Et c’est par des tirs tendus de mortiers de feux d’artifice, des jets de coktails molotov, et pour finir des tirs de fusil de chasse que sont accueillis les fonctionnaires de police.
Des flics qui accomplissent une de leurs missions les plus simples, les plus quotidiennes, une intervention non sans risques - risque zéro ne rime jamais avec police - mais banale, et en dehors de tout contexte particulier de désordre ou contestation "sociale" (les guillemets ne sont pas anodins). Une bagarre au pied d’une cité.

Ce scénario, cette violence extrême, jusqu’au-boutiste, les armes à feu contre des policiers qui viennent rétablir une des garanties de la Constitution, à savoir l’ordre public, devient banal lui aussi.

Hier, dans une cité de Grigny, de 22h30 à 1h du matin, ont eu lieu comme souvent dans beaucoup d’autres quartiers d’autres villes, des scènes de guérilla urbaine, et des policiers ont été blessés par balles.

Hier dans ce même temps, une population excédée a pu assister, une fois de plus, une fois de trop, au résultat d’années successives de politique sécuritaire inefficiente. Et faire le constat que de gauche à droite, et de droite à gauche, le butin des échecs est bien partagé. Les terribles gagnantes de l’improbable équation des simulacres de prévention multipliées par une impossible répression, sont au bout du compte l’insécurité et la délinquance.

Hier, bien loin des conversations de salons sur le rôle de la police, des gesticulations parisiennes et autres frivolités bourgeoises sur ce que devrait être le flic idéal et non coupable, loin des bavardages médiatiques aux prétextes de science sociale, mais qui font honte à la science tant elles sont asservies aux caprices idéologues, loin des claviotages stériles de ceux qui jurent de tout changer en mettant leur avatar dans d’inaudibles colères, loin des donneurs de leçons qui n’ont jamais rien vu mais qui savent tout, très loin des déclarations d’amour qu’ont déclamées tous ministres de l’Intérieur à leur police, si loin, tellement loin des irresponsabilités politiques et de la nonchalance de leurs syndicats, des flics ont encore payé cher le sacrifice annoncé d’un métier et d’un service public.

Abstraction faite de renforts d’effectifs au compte-goutte, et d’un renoncement de façade à l’entrave de la politique du chiffre, mais qui épargne sans vergogne primes de résultats exceptionnels et indemnités de performance, on peut se demander si la police nationale, et républicaine, peut encore raisonnablement remplir son rôle avant de se voir dégager d’une bonne partie de ses prérogatives par des polices municipales soumises au bon vouloir des budgets, des entreprises de sécurité privée et des milices soi-disant citoyennes, d’ores et déjà en train de recruter.

À moins que les flics décident eux-mêmes de sauver leur métier, avant de devenir des fonctionnaires qui feront terriblement regretter les gardiens de la paix.


Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 11:11

 

 

Juin 2012 - Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, extraits :

 

"Je veux passer d'une politique du chiffre à une exigence de sécurité pour tous les Français..."

"la politique du chiffre a priori a pesé très lourdement dans le travail des policiers comme une contrainte qui a nui à l'efficacité".

"Cela n'a pas grand sens de déterminer en début d'année un pourcentage de baisse de la délinquance à obtenir impérativement ou un taux d'élucidation global à atteindre. Cette approche a pu conduire à des stratégies d'action ne correspondant pas aux vraies priorités de terrain, et parfois à faire perdre de vue la réalité du métier de policier."

 

 

Juillet 2012 - ordre du jour d'une réunion hebdomadaire de chefs de services :

 

politik du chiffre

 

En théorie, il n’y a pas, il n’y a plus, il n’y a jamais eu de politique du chiffre.
Même si politique du résultat ou objectifs chiffrés sont des formules admises…
et pourtant, rares sont les consignes écrites, sinon à se faire taper sur les doigts par un supérieur frileux ou finir dans le Canard Enchaîné.

En pratique, c’est une toute autre histoire.
L’activité quantitative des effectifs de police constitue le critère majeur d’appréciation de l'activité policière au sens large, des compétences professionnelles individuelles (conséquence directe sur les notations et d’éventuelles mutations), et la raison essentielle du stress et de la démotivation. Comprenez bien ceci : Mieux vaut trois détenteurs de 0,1 milligramme de shit (3 faits élucidés) qu'un seul dealer (1 fait élucidé).


La politique du CHiFFRE, c’est :
- l’antithèse de l’efficacité,
- une délinquance programmée et prédéfinie avant qu’elle ait eu lieu,
- des quotas imposés, des objectifs déterminés d’avance, des ratios,
- la prééminence du quantitatif sur le qualitatif du travail policier,
- le temps passé à remplir des tableaux statistiques et faire des additions,
- l’amalgame de toutes sortes d’infractions diluées dans la même comptabilité,
- une pression permanente et handicapante pesant sur tous les effectifs de police,
- la priorité de la répression sur la prévention,
- la rupture entre la population et sa police,
- la confusion entre insécurité et sentiment d’insécurité, générée par un gavage de chiffres propulsé par les media, et paradoxalement un effet peu convaincant sur la réalité de l’insécurité,
- la dégradation de l’image de la police nationale perçue comme une institution inhumaine, inefficace, et sans discernement.

La sécurité, c'est avant tout une réponse à des faits, à des situations réelles.
Le chiffre devrait être un outil d’analyse et d’anticipation, et non un but. Il devrait constituer un indicateur, un thermomètre social et sociétal et non une donnée statistique de production.

Pour mieux la combattre, le chiffre devrait servir à définir la nature et les modalités de la délinquance et de l'insécurité réelles, et non pas l’inverse, dessiner le tableau d'une délinquance statistiquement programmée.

Le chiffre ne peut pas, ne doit plus être, de la poudre aux yeux à fins démagogiques et politiciennes de tous ordres, pas davantage qu’il ne doit, de façon inique par rapport à leurs subordonnés, une carotte financière servant le carriérisme des commissaires de police*.

Sera-t-on un jour disposé à faire confiance à une police républicaine, à se reposer sur ses compétences et son savoir-faire professionnel comme garants de son efficacité, et faire enfin cesser, quelque soit la manière dont on le nomme, ce culte du chiffre, et enfin l’aider à redevenir un service public ?

  • *Memento technique de la rémunération du commissaire de police pdf2
    (lire jusqu'à la page 7)

  • sur le même sujet : Le Chiffre

  • Vous pouvez si vous le souhaitez me faire parvenir des notes de service et autres documents auxquels vous avez accès (de 2012) établissant la pratique de la politique du chiffre [mail]



Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 23:23

rafle-veldhiv

 

 

Il y a 70 ans, les 16 et 17 juillet 1942, eut lieu à Paris la rafle du Vel'd'Hiv d'épouvantable mémoire.
Voilà la copie de l'original du texte qui en ordonne les modalités.

circulaire n°173-42 de la Préfecture de Police du 13 juillet 1942

pdf2

Là, une retranscription plus lisible de cette même note :

pdf2

 

Extrait d'une chronologie comparée de la Shoah (d'après doc ©Mémorial de la Shoah) pour se figurer l'environnement législatif et réglementaire en France pour les Juifs sous l'occupation et le régime de Vichy :

1940

16 juillet : les Allemands expulsent des Juifs lorrains et alsaciens vers la zone non occupée (ZNO)

22 juillet : loi française imposant la révision des naturalisations (7000 Juifs perdent la nationalité française)

30 juillet : loi française imposant la “ francisation de l’administration ”.

27 août : loi française annulant le décret-loi Marchandeau (du 21 avril 1939) qui interdisait et sanctionnait la propagande antisémite.

27 septembre : première ordonnance allemande définissant les Juifs et imposant leur recensement en zone occupée (ZO).

3 octobre : premier statut des Juifs adopté à Vichy et publié au JO le 18 octobre. Pour la première fois une loi française définit juridiquement les Juifs, leur interdisant la fonction publique et diverses professions.

4 octobre : loi française autorisant les préfets à interner les Juifs étrangers dans des camps spécifiques.

7 octobre : abrogation en Algérie du décret Crémieux.

31 octobre : seconde ordonnance allemande imposant le recensement des “ entreprises juives ” en ZO.

7 novembre : les Allemands commencent à expulser les Juifs du Luxembourg en ZNO

1941

20 mars : ouverture du camp de Drancy en région parisienne.

29 mars : création du Commissariat Général aux Questions Juives (CGQJ) dirigé par Xavier Vallat qui revendique un “ antisémistisme d’Etat ”.

26 avril : troisième ordonnance allemande donnant une nouvelle définition juridique des Juifs et imposant la nomination d’administrateurs provisoires pour les “ entreprises juives ” en ZO.

14 mai : premières arrestations massives de Juifs étrangers. 3 700 hommes convoqués par un “ billet vert ” pour “ examen de situation ” sont arrêtés par la police parisienne, puis internés à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande dans le Loiret.

2 juin : second statut des Juifs de Vichy ; nouvelle définition juridique et nouvelles interdictions professionnelles.

13 août : 4e ordonnance allemande imposant la confiscation des postes de radio appartenant aux Juifs.

20-25 août : nouvelles arrestations massives de Juifs étrangers à Paris. 4 232 hommes sont internés à Drancy par la police française, à la demande des Allemands.

5 septembre : inauguration de l’expo “ Le Juif et la France ” au Palais Berlitz à Paris.

28 septembre : 5e ordonnance allemande visant les “ entreprises juives ”.

19 octobre : création d’une police aux Questions juives par Vichy.

29 novembre : loi française instituant l’ “ Union Générale des Israélites de France ” (UGIF). Elle regroupe obligatoirement toutes les associations culturelles et cultuelles.

12 décembre : les Allemands, assistés de policiers français, arrêtent 743 Juifs français à Paris et les internent au camp de Royallieu, près de Compiègne.

14 décembre : après un attentat, les Allemands imposent aux Juifs une “ amende ” de 1 milliard de francs et décident d’exécuter 100 otages juifs.

1942

7 février : 6e ordonnance allemande interdisant aux Juifs de quitter leur lieu de résidence entre 20h et 6h du matin.

10 février : loi française interdisant les changements de noms.

24 mars : 7e ordonnance allemande définissant les Juifs.

27 mars : le premier convoi de Juifs déportés “ vers l’est ” quitte la France.

18 avril : Pierre Laval revient au pouvoir et nomme René Bousquet au secrétariat général à la Police.

6 mai : Louis Darquier de Pellepoix remplace Xavier Vallat au CGQJ.

29 mai : 8e ordonnance allemande prescrivant le port de l’étoile jaune aux Juifs de plus de 6 ans, en ZO, à partir du 7 juin 1942.

8 juillet : 9e ordonnance allemande interdisant aux Juifs de fréquenter certains lieux publics (restaurants, cafés, bibliothèques, concerts, cinémas, piscines, squares et parcs...)

16-18 juillet : rafle du Vel d’Hiv’ : 12 884 Juifs arrêtés à Paris.

juillet-août : multiplication des rafles en ZNO et des convois vers les camps de mise à mort.

août 1944 : le dernier convoi de déportés quitte Drancy.

Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

rechercher

 

 

 

undefined

banner Banksy ©