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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 22:59

 

 

Sur cent personnes à qui l'on souhaite bonne année, bonne santé le premier janvier,
deux meurent d'atroces souffrances avant le pont de la Pentecôte.
[Pierre Desproges]

 

Proverbes et dictons, ne sont gerbes ni moutons. ® Normandie™ (France)

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 13:03

DSK

   Quelle sale affaire !
   C’est accablant. Dégueulasse.

   Il y a un faisceau de présomptions qui enfle à mesure qu’on en parle, qu’on en apprend et qu’on en sait un peu plus. Ce n’est pas une vue de l’esprit et sans cet incessant brouillage médiatique, tout ça pourrait très vite devenir limpide.
   Et puis, ce n’est pas très nouveau. Il faudrait de temps en temps ne plus avoir la tête dans le guidon de l’information en flux tendu, parce qu’à force, on sait tout, on sait tout le temps, on sait trop et on ne comprend rien. Quelques flash-back dans l’histoire récente, s’autoriser à réfléchir sans être guidé par les éditorialistes accrédités, et un coup d’œil dans les archives pour s’en convaincre, oui DSK pouvait s’y attendre.

   Aujourd’hui, les preuves manquantes pourraient bien se trouver dans tout ce qu’on ne lit pas, tout ce qui est dissocié de l’actualité pour ne pas ouvrir les possibilités d’un faisceau de doutes.
   Et ne me faites pas rire avec cette fucking tartuferie de présomption d’innocence quand elle n’est qu’un jeu de jolis mots pour législateurs frileux. Ni présomption, ni innocence !
Culpabilité ? Oui, et plusieurs fois. Ooowww sweet America
Récidive ? DSK n’est pas un coup d’essai, mais c’est un coup de maître.
Le complice ?  Une information en trompe-l’œil au service d’une justice-spectacle.
Les preuves ?  L’amnésie, la culture du scoop et la mise en scène.
   Remember… Julian Assange, Eliot Spitzer… deux exemples fermement attrapés par les couilles. Et explosés en plein vol dans le ciel américain.
L’un établit que l’information est prisonnière de la raison d’État, l’autre, un incorruptible besogneux, entreprend un ménage de printemps à Wall-Street, et dévoile des responsabilités dans la crise des subprimes. L’un et l’autre deviennent un peu trop encombrants. Qu’à cela ne tienne, il y a un pays merveilleux où la crédibilité de n’importe qui ne tient qu’à un fil de caleçon. Baissez votre braguette, on s’occupe de tout. Viol, prostitution, and what else ?

   Oui, le faisceau de présomptions, celui qui aura valeur de preuve sans aveu ni flagrance, désigne ceux qui avaient un intérêt à faire trébucher DSK.
   Un faisceau de présomptions – comme ils disent – qui à force d’accabler le directeur du FMI et favori socialiste français, et d’être une somme d’évidences qui à chaque heure, se sont cumulées comme autant d’années de prison clamées avec jouissance par les tribunaux populaires du jour, et rendrait n’importe quelle vérité suspecte.
   Il se pourrait bien que cette sale histoire mette deux victimes dos à dos.

   Storytelling.
   Dans le blockbuster DSK, le casting est impeccable. L’arche narrative des personnages est calibrée. Presque trop beau pour être vrai.
   Lui, une bonne gueule de catharsis. Un coupable idéal. Trop riche, trop puissant, trop d'avenirs, trop bien marié, trop aimant ou trop amant, trop à droite ou trop à gauche, trop européen, trop français ou trop atlantiste aussi…. De ceux qu’on rêve de voir un jour, au moins une fois, mordre la poussière.
   La victime est victime jusqu’au bout des ongles. Imparable.
   Le décor : Une Amérique au bord de la ruine, qui a plongé la planète dans une crise financière qui n’en finira pas de métastaser. Toujours en guerre quelque part, qui envoie ses soldats se faire sauter sur des mines qu’elle a elle-même fabriquées et vendues à ses alliés d’hier, ennemis d’aujourd’hui. Une Amérique audacieuse, qui n’a peur de rien, même pas d’exhiber au conseil de sécurité de l’ONU des clichés d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé. Une Amérique qui jette sa prise de guerre arabe par-dessus bord, et exhibe son trophée européen deux semaines plus tard. Une Amérique à la mémoire aussi courte que son histoire, qui ne laissera pas son dollar se faire grignoter par un euro qui reprend du poil de la bête. Et In God we trust, dit le dollar arrogant à l’euro. Et l’euro de lui répondre sobrement qu’il en aura bien besoin parce qu’en effet, tout l’accable.
   Le public sera au rendez-vous, on ne réfléchit pas trop, on s’émeut, on joue d’empathie et de haine, choisis ton camp camarade, pas besoin de sous-titres, ça sera un succès. Le scénario est creux, il ne tient pas debout, mais ce n’est pas grave. Plus c’est gros, et mieux ça passe.
   Anyway, le public en a déjà pris plein les yeux avec la bande-annonce. On lui avait promis de l’obscénité, il en a eu jusqu’à la nausée en direct live.
L’hypocrisie qui consiste à confondre égalité de traitements judiciaire et médiatique est obscène.
Une justice expéditive et accusatoire, c’est obscène.
Un système où les juges sont subordonnés à leurs électeurs et au financement de leur campagne, c’est aussi obscène.
La valse des rumeurs, des bruits de chiottes et des opportunistes est obscène.
And so on.

   Pour le reste, le cinéma fait son affaire des invraisemblances afin que le crime soit plus que parfait.
   Si c’est pas une preuve ça, what the fuck !

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 00:57

 

 

RER

 

  Quand elles se produisent dans les transports en commun, les agressions ont la particularité d’être une sorte de huis clos qui met en scène des comportements humains de façon limpide et indiscutable.

   Invariablement, il y a trois sortes de personnages : les agresseurs et les témoins (le plus souvent au pluriel pour ces deux groupes) et les victimes (plutôt au singulier, même si le pluriel des autres est plus nombreux que nécessaire.)

  Les agresseurs sont prévisibles. Ils ont un chef de meute, ils cognent, volent, et violent s’ils sont en forme et motivés.
(l’agresseur peut être vieux, mais il est souvent jeune parce qu’il court plus vite. La France vieillissante doit impérativement développer une délinquance adaptée, il faudra mettre ça à l’étude.)
  Le profil de ces personnages est donc celui d’un petit facho de la pire espèce.
Il évolue en bande virile, il aime l’argent et existe socialement à travers les biens de consommation. La violence est son mode d’expression privilégié, et il jouit de la vulnérabilité d’autrui. Il est donc sexiste et phallocrate. Souvent raciste – ou pire, tribaliste – ça peut être un argument de poids dans le choix de sa cible.
C’est généralement un parfait abruti qui peine à s’exprimer avec des mots intelligibles, il est complètement inculte et l’assume avec arrogance.
Aucune idéologie ne guide ses actes.

  Le(s) témoin(s), c’est celui qui aurait voulu ne pas être là.
  Dans le cas le plus caricatural, le témoin est le type qui veut savater tout ce qui bouge quand il en parle, mais qui ne bouge plus quand ça savate sec autour de lui. Le témoin, c’est la grande gueule de la veille, en fait.
  Ce qu’il y a de pénible avec lui, c’est que souvent il n’a rien vu.
  Ça réduit considérablement le travail procédural de la police, mais ça ne fait pas avancer l’enquête.
  Le témoin est donc généralement un aveugle impotent. Même s’il n’est pas vieux.
  S’il n’est pas aveugle, il est très pris par l’observation du paysage ou la contemplation de ses pieds.
  Le témoin est également sourd, il n’est pas réceptif aux fréquences sonores générées par les bruits de coups et par les cris. C’est donc un poly-handicapé au même titre que la victime, sauf que lui c’est un préalable à la scène quand pour l’autre c’est une conséquence.

  Pour la victime, c’est plus simple. C’est un objet.
  Sur elle se jouent la prise de pouvoir et la violence des uns, et la distanciation des autres.
  Elle n’est plus vraiment quelqu’un au moment de l’agression.
  ...sur elle s’impriment l’indignité et la lâcheté humaines.
  C’est difficile à vivre et à surmonter.
  Sauf si la victime est l’agresseur ou le témoin de l’avant-veille, et dans ce cas elle peut tenter de se faire une raison.

 

L'agression : travaux pratiques

 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 00:55

 

 

2poches Et les voilà, maintenant ils sont deux.
Ce qui fait environ 250 grammes d'histoires bleues.
(le poids d’une âme de flic ? mais au fait, le flic a-t-il une âme ?)

Les deux livres ont été habillés par J’ai Lu.

Comme d’habitude, c'est sans faute d'orthographe, les virgules sont toutes de moi, et les nègres ont été reconduits à la frontière de mon aptitude à faire un certain nombre de trucs toute seule.
Je dis ça pour voir, hein. Avec tous ces commissaires de police de la pensée politique qui traînent par-ci par-là, à écouter aux portes et regarder par les trous de serrure, il y en a bien un qui va m’épingler pour délit d’humour de merde. Je dis ça aussi parce que dans ces deux livres, bien qu'ils soient petits, jolis, et qu'ils sentent très bons, tout n’est pas forcément politiquement propre et correct. Mais c’est la vie qui est comme ça, que voulez-vous.

Bref.
Voilà mon œuvre complète enfin accessible à tous les radins, les fauchés, les maniaques, les cleptomanes, les chômeurs de longue durée, les groupies, les étrangers en stage de langue française et de bonnes mœurs, sans oublier bien sûr mes chers collègues sous-payés.
À eux je précise que chaque livre peut être prêté mais il s’appelle reviens.

Ces deux livres se suivent et se ressemblent.
On peut lire le second avant le premier, mais il n'y a aucune raison particulière de se livrer à cette fantaisie. Non mais alors.
De toute façon les deux finissent mal (comme ces histoires d’amour qu’on peut avoir avec de belles idées ou des rêves d'enfant)
Ça finit mal mais personne ne meurt à la fin, sauf une voiture si je me rappelle bien. Les autres meurent avant la fin, et c’est joli ni à voir, ni à entendre, ni à renifler. Mais ça aussi, c’est la vie.

Ceci dit, comme on dit dans la police, on est pas cher payés mais on rigole bien quand même.

Alors ? Je vous embarque à l'envers du décor ?
                                                                        communiqué de presse pdf

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 00:30

 

Grimaudx3

 

 

 

   « Je m'adresse aujourd'hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d'un sujet que nous n'avons pas le droit de passer sous silence, c'est celui des excès dans l'emploi de la force.

   Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c'est notre réputation.

   Je sais pour en avoir parlé avec beaucoup d'entre vous que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez comme moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.

   Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d'outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

   Je suis allé toutes les fois que je l'ai pu au chevet de nos blessés, et c'est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu'au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.

   Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

   C'est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l'ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d'accord, c'est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu'il s'agit de repousser, les hommes d'ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

   Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu'ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

   Je sais que ce je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j'ai raison et qu'au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

   Si je parle ainsi, c'est parce que je suis solidaire de vous. Je l'ai déjà dit et je le répéterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d'elle dans les responsabilités.

  C'est pour cela qu'il faut que nous soyons également tous solidaires dans l'application des directives que je rappelle aujourd'hui et dont dépend, j'en suis convaincu, l'avenir de la Préfecture de Police.

   Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu'une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n'a pas de limites.

   Dites-vous bien aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s'ils ne le disent pas.

   Nous nous souviendrons, pour terminer, qu'être policier n'est pas un métier comme les autres; quand on l'a choisi, on en a accepté les dures exigences, mais aussi la grandeur.

   Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d'entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s'adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d'esprit déplorable d'une partie de la population, c'est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l'on cherche à donner de nous.

   Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l'œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j'entreprends et qui n'a d'autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la Nation. »

 

 

[lettre du Préfet de police de Paris Maurice Grimaud, envoyée aux services de police placés sous ses ordres, le 29 mai 1968]

 

 

Les mots sont importants.
Ceux qui sont écrits et ceux qui ne le sont pas.

C’est limpide, les époques se ressemblent.
Des cas d’excès dans l’emploi de la force – c’est l’objet de cette note, des débordements et l’extrême violence de manifestants contre la police, crise sociale, une presse prévisible et invariablement partisane, des rappels déontologiques...

Mais, il y avait là une Maison police. Pas du personnel, pas des effectifs, ni des fonctionnaires, et encore moins des ressources humaines.
Juste une Maison avec un M majuscule. Avec des vrais gens dedans. Pas des numéros considérés bons qu’à faire du chiffre. Des vrais flics. Avec un vrai métier, des vrais risques, une vraie vulnérabilité. Des vrais doutes, des limites, et des vraies erreurs aussi.

   Alors ils ressemblent sûrement à cette lettre, les flics. Humains. Donc faillibles.

Dans la police du préfet Grimaud, il y a des responsabilités que l’on partage entre tous les grades. La lettre s’adresse à tous. Chacun peut recevoir les mêmes mots, et à parts égales en partager le poids et l’implication. Dans la même galère et collègues au-delà des galons, la solidarité n’est pas un vain mot.

   C’est peut-être ça une hiérarchie digne de ce nom. Celle qui sait comprendre sans approuver, et blâmer sans accabler.

Celle qui touche la conscience, et sait parler de faute sans évoquer la sanction. L’exercice est bien plus élégant. Et tellement plus efficace.
Simplement, lumineuse, l’autorité de la compréhension et de la bienveillance.
La légitimité de l’intelligence de l’esprit et du cœur. Et le respect.
A parts égales encore une fois, mais partagé entre le citoyen et le policier-citoyen.


   Elle ressemble certainement à cette lettre, la police républicaine.


Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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