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24 juin 2006 6 24 /06 /juin /2006 22:14

  Mes fantômes…
  Ils arrivent, leurs visages, leurs corps, leurs histoires, tous à ma mémoire en même temps. Je ne les vois pas venir.
Ils sont partout. Sur un bout de trottoir ou dans une cave. Sur un lit sale ou dans les bras d'un inconnu. Sous une voiture, dans les cendres ou le feu. Sans une larme, sans nom, sans un cri. Ils sont toujours là.
  Je comprends parfois, fugitivement, pourquoi certaines légendes prétendent que les morts n'arrivent pas à quitter les vivants. Ils ne m'ont pas quittée non plus.
  Mon premier mort. Je suis encore élève gardien de la paix, et je suis en stage pour une semaine au commissariat du dix-septième arrondissement. C'est la première fois que je suis en tenue dehors, avec mon revolver. Avant de partir, je me suis déguisée en flic devant le miroir de la salle de bains pour voir une fois de plus l'effet que ça faisait. J'ai sorti le flingue et j'ai braqué mon reflet. Pour voir l'effet que ça faisait.
  Je prends mon service à midi, police secours, et après l'appel, je me tape un gros casse-croûte et un café. On ne lave pas les cuillères, elles sont toutes dans un verre d'eau où on les remet après avoir remué le sucre. Je termine de déjeuner en route car on est appelés. J'écoute le message à la radio. Cadavre en putréfaction. Je n'ai jamais vu ça, et je me dis que je vais avoir l'air très con si je dégueule mon jambon-beurre devant mes collègues. On arrive dans un petit immeuble, et on entre dans un appartement en rez-de-chaussée. Quelques voisins sont rassemblés sur le palier et tendent le cou pour tenter d'apercevoir quelque chose. On referme la porte derrière nous.
  Un homme est mort depuis trois semaines et ça pue. Il est allongé sur son lit, et un drap cache à moitié son corps couvert de marbrures et de taches.
  Le souvenir le plus laid que j'ai de cette intervention est que sa lumière était allumée depuis trois semaines, que sa porte n'était pas fermée à clé, et que ses voisins ont simplement attendu que ça empeste le rat crevé pour s'inquiéter de cette solitude ordinaire et parisienne. Son corps était ce qu'il était... Juste abandonné depuis trop longtemps.
  Il y a plein de morts comme ça à Paris. L'été, on intervient plus vite à cause de l'odeur. L'hiver, on peut trouver des cadavres de trois ou quatre mois. Je me souviens en particulier d'un mort, avenue de Clichy, découvert à cause d'un loyer impayé. Le propriétaire et un huissier avaient ouvert la porte sur un nuage de mouches. On était venus, impossible de dire qui était mort, homme ou femme, il avait à moitié fondu dans son matelas.
  Il suffit de sentir un cadavre une fois pour toujours reconnaître l'odeur, même derrière une porte fermée.
  Quand on rentre au commissariat, les collègues disent : “ Vous sentez le macchabée ! ”
  Et quand on rentre à la maison, on fait une lessive.


24 juin 2006 6 24 /06 /juin /2006 01:46

 

Ce blog était initialement installé chez un autre hébergeur qui a mis les voiles.
Les textes qui composent ce blog sont extraits d'un autre blog que j'ai cessé d'entretenir.
La datation des premiers textes ne correspond donc pas à leur rédaction.
J'ai commencé à bloguer en 2005.

Bonne lecture.

Le flic

 

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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