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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 23:59
  Un matin tranquille sur l’arrondissement. L’appel de la brigade a été rapide, pas de note de service à commenter, et pas d’irruption intempestive du commandant toujours sur mon dos à se plaindre qu’on ne fait pas assez de PV. Partir en ronde avant qu’il débarque, histoire qu’il m’oublie un peu. Sept heures, tout est calme...

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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 23:58
  Formation d’officier, dernière ligne droite. Je viens de finir un stage de quinze jours 24/24 chez les Pompiers de Paris, et je reviens quelques jours à l’école, histoire de fignoler la Procédure Pénale. Dans une semaine, je prendrai le commandement de ma brigade, cent vingt brigadiers et gardiens de la paix, j’ai intérêt à la jouer serrée.
  L’instructeur nous annonce pour le lendemain, une visite à l’Institut Médico Légal...



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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 23:00
  Chaque session de Cour d’Assises requiert la présence de quelques flics. Il s’agit par exemple de se tenir avec les témoins, avant qu’ils soient interrogés, et veiller à ce qu'ils ne parlent pas entre eux. Il arrive que certains soient eux-mêmes détenus, et qu’ils aient un intérêt particulier pour les portes qui ne sont pas blindées, et un féroce appétit d’air libre. Il arrive aussi que des témoins aient envie de régler leurs différends avant d’aller à la barre…


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24 juin 2006 6 24 /06 /juin /2006 22:30

  Il y a longtemps. Un été tranquille au boulot. Notre ambitieux officier nous avait oubliés au profit de son déroulement de carrière. Plus souvent à courtiser la hiérarchie et les syndicats, qu’à nous soutenir. Aucune reconnaissance du travail accompli et des risques encourus. Permissions et départs avancés refusés, histoire de démontrer les effets faciles et immédiats de ses galons tout neufs. Alors, on s'est mis en grève. À notre façon.
  Quand on était de service l'après-midi, on emmenait le pique-nique et on allait s'installer derrière un camp de Manouches, là où personne ne nous trouverait. On jouait à la pétanque. Mes collègues se mettaient torse nu, et se chopaient des coups de soleil.
  Si on était appelés pour une intervention grave ou urgente, ou pour des collègues en difficulté, on y allait, mais on ne chassait pas.
  Avant de rentrer à notre base, on prenait l'apéro chez les Manouches, tranquilles, à parler de nos vies, installés confortablement sous l'auvent de la caravane, à regarder le soleil d'été se coucher sur la Seine. On se serrait la main, on s'embrassait en promettant la bouteille de pastis et les pistaches du lendemain.
  De belles vacances d'été...


24 juin 2006 6 24 /06 /juin /2006 22:29
  Je termine un stage 24h/24 chez les sapeurs pompiers de Paris. C’est le quinzième et dernier jour et je suis fatiguée. Quatre heures de sommeil quotidiennes en moyenne. Jour et nuit, je suis montée dans tous les camions rouges qui sortaient de la caserne. Je n’ai pas arrêté. A chaque sonnerie qui retentissait, quelque soit l’équipage concerné, je courais avec les autres. J’avais été dotée de tout l’équipement des pompiers, et mon statut de lieutenant en stage me permettait de les accompagner sur toutes les interventions.
  J’avais la chance d’avoir été affectée à la caserne qui décalait le plus de tout Paris, et j’avais appris et vu plein de choses. Nous retrouvions des effectifs de police sur la plupart des interventions, et j’avais eu le loisir d’observer nos savoir-faire respectifs d’un point de vue un peu extérieur. Je finissais ce stage, grandie d’une expérience inoubliable. Pour cette dernière nuit, je demande donc au stationnaire de désactiver la sonnerie dans ma chambre, et de me réveiller qu’en cas de grosse intervention.
  A cinq heures du matin, coup de fil. « Le capitaine t’attend dans la cour, dépêche-toi, il y a un accident grave sur le périphérique… » Les bottes sont déjà dans le pantalon, j’enfile le tout d’un seul mouvement, et une minute plus tard je suis dans la voiture de l’officier. Périphérique intérieur. La circulation est coupée par la police qui renvoie toutes les voitures vers les boulevards. Devant nous, un coin de ciel de cette nuit glaciale de février est bleu de l’éclat des étoiles électriques des gyrophares. Police, pompiers et Samu. Il y a cinq occupants dans la voiture accidentée… et cinq Samu sont déjà là.
  La voiture a manqué la sortie, et percuté la structure en acier de l’éclairage de l’embranchement. Avec la vitesse et le choc, elle s’est enroulée autour du poteau et ne fait plus qu’un mètre de haut. La carrosserie blanche fait des plis comme du papier. Les pompiers ont installé des projecteurs.
  Du sang coule de tous les côtés de la voiture. Du côté gauche, pendent un bras inerte et quelques mèches ensanglantées de longs cheveux blonds… Le silence est rompu par le bruit métallique des engins de désincarcération. Quand les machines se taisent, le temps de retirer des bouts de carrosserie, on entend des hurlements et des râles dans l’amas de ferraille.
  Personne ne dit rien, chacun retient son souffle comme s’il subissait l’oppression de cette voiture retenant des vies dans sa carcasse. Les médecins du Samu sont accroupis près du véhicule, silencieux aussi, prêts à intervenir. Dès qu’un bout de tôle déchirée est arraché, leurs mains sondent les entrailles de ce monstre à quatre roues, trouvent un bras, une main, une veine et perfusent.
  Le toit de la voiture est découpé à la scie. Cinq à l’intérieur... Jeunes, disloqués, pliés, mutilés. Ceux qui étaient à l’avant ont le moteur sur les genoux, et les pompiers sont toujours à l’œuvre pour les dégager. Mais centimètre par centimètre, cette tâche est longue et délicate. Je tiens deux perfusions tandis que les médecins et infirmiers travaillent. J’entends le mot morphine.
  Une jeune fille gémit doucement, la tête renversée, c’est sa chevelure que je voyais. Des bulles rouges sortent de sa bouche, elle a la colonne vertébrale brisée.
  Ils étaient cinq, ils avaient vingt ans et avaient dansé toute la nuit. L’un d’entre eux avait été tué sur le coup, un autre est mort avant d’avoir été dégagé, un autre est mort dans le Samu, un autre est mort quarante-huit heures après, le dernier a survécu avec une tétraplégie. C’est ce que m’avait dit un des infirmiers présents ce matin-là, rencontré sur un accident quelques semaines plus tard.
  Plus de trois heures après, le jour était levé, le sang était noir sur la carrosserie déchiquetée, et les Samu repartaient avec leurs morts et leurs agonies.
  La circulation était rétablie, et le périphérique allait continuer sa sordide loterie statistique.



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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