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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 23:41




 
  Vite fait en passant, je voulais contredire une idée reçue.
  Non, le métier de policier n’est pas un psychodrame perpétuel…

  J’étais alors jeune officier.
  J’avais abandonné ma condition de gardien de la paix pourtant si chère à mon cœur, au prix d’un an de scolarité à Nice, rendu particulièrement pénible par les nombreux allers et retours à la plage qui nous étaient imposés après les cours, dès le début du printemps. Il fallait qu’on ait meilleure mine que les inspecteurs de police de l’époque, qui passaient leur année de formation dans l’Yonne, dans une école qui ressemblait à un HLM rural échoué dans les champs de betteraves.
  La guerre des polices n’était alors qu’une simple affaire de géographie et de météo. Pluie et boue pour les civils, soleil et mer pour la tenue. Par la suite c’était bureau et chauffage pour les civils, et pluie et rue pour la tenue, mais bon…
  J’avais été affectée exactement où je voulais exercer, le 18ème arrondissement de Paris, et forte de mes nouveaux galons blancs et droits, en lieu et place des chevrons, j’avais désormais des exigences de cadre. Il me fallait un chauffeur pour tous mes déplacements, même dans les locaux du commissariat central. C’est pas qu’il était immense et qu’on s’y perdait, il n’y avait qu’une seule grande salle, et c’était ma foi bien pratique. Dans un petit périmètre on pouvait y trouver le chef de poste qui était également chargé de l’accueil du public, quelques tables avec des bécanes pour faire rapports et procédures, des bancs aux pieds assez solides pour supporter une extrémité de menottes, la garde à vue, et les poubelles. Au milieu il y avait une colonne. Quand les Anciens passaient à coté d’elle, ils la caressaient affectueusement en disant « Ah si la colonne pouvait raconter tout ce qu’elle a vu… » Et un petit bout de couloir plus loin, il y avait une douche sans eau, des toilettes bouchées, et un réduit qu’il était convenu d’appeler vestiaire.
  Alors un chauffeur, c’était une question de prestige dont je ne pouvais faire l’économie au vu de la lourde tâche de commandement qui m’attendait. Une centaine de gradés et gardiens de la paix était aux aguets de mes premiers bafouillements confus. Il y avait plein de choses que je découvrais. Je venais d’une unité départementale d’anticriminalité, et un certain nombre de rapports dits « de service général » relevait pour moi de la haute-voltige rédactionnelle. En clair, j’allais devoir faire semblant de savoir faire en attendant de savoir faire. La formation d’officier avait passé ce genre d’exercices sous silence, préférant d’obscurs cours sur l’art de commander, avec schémas géométriques à l’appui.
  Bref, je devais asseoir mon autorité sur autre chose que la compétence universelle que je n’avais pas. D’où l’idée géniale du chauffeur qui allait détourner l’attention de mes effectifs loin de mes inaptitudes.
  Le scooter volé était un parfait compromis pour me faire trimballer jusqu’à la cafetière. Petit, maniable et peu bruyant, je pouvais demander à mon chauffeur que j’avais emprunté à la BAC, de faire le tour de la colonne sans troubler la quiétude des gardés à vue. Les scooters volés étaient en principe garés en consigne devant le commissariat, mais il était arrivé qu’ils y soient à nouveau volés. Même si l’on s’y fait moins égorger et détrousser qu’avant que le baron Haussmann ait fait installer l’éclairage public dans Paris, les rues ne sont pas si sûres que ça. Hé oui… Il y a des kamikazes de l’audace.
  Mais quand on quittait ce petit huis clos que je viens de vous faire partager, ils avaient intérêt à courir beaucoup plus vite que nous.

 


Avertissement :
Il est bien évident que cette scène fait authentiquement partie de mon vécu policier, que tout est vrai, que la photo n’est pas truquée, que je ne suis pas truquée non plus, que l’individu qui pilote le scooter est un vrai flic et pas un action-man, et que j’ai obtenu le grade d’officier de façon régulière.
En conséquence et en accord avec moi-même, sachant que ce récit fait l’objet d’un copyright dont je suis l’exclusive détentrice, je dépose un brevet sur le principe de la libre circulation des deux-roues volés dans les locaux de police, pourvu qu’ils soient montés par des fonctionnaires de police, titulaires ou non dans leur grade.
Il va donc de soi que s’il s’avérait qu’un producteur ou un réalisateur de fictions policières me pique cette idée et la mette en scène sans que je lui aie chèrement vendu les droits qui me sont inaliénables, je lui mettrais illico mon avocat (qui est très méchant) au cul.

 

13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 02:09

 


  Il y a quelques jours, je voulais faire un inventaire des clichés vus dans les films policiers français. Et puis mettre mes collègues à contribution pour en faire un catalogue achevé. Et en fait, non je ne le ferai pas.
Je sais aujourd’hui qu’un conseiller technique « police » peut se faire payer mille euros la journée de travail de relecture de scénario.
Donc, on ne va pas fournir aux producteurs et réalisateurs, la liste libre de droits des conneries à éviter dans les scénarios de films policiers. Que cela puisse profiter à un seul d’entre eux me dérangerait (pour rester polie).
Qu’ils fassent bosser des vrais flics contre rémunération, ils ont les budgets qu’il faut.

  Mais quand même, je voudrais un peu évoquer les héros de fictions policières. Les héros français, les envahisseurs, j’ai nommé : les commissaires de police.
  Et la liste est longue, c’est bien simple, il n’y a que ça. Depuis les débuts des Maigret, Moulin, Navarro et consorts, et tous ceux du cinéma dont j’ai oublié les noms, parce qu’ils ont le bon goût de ne pas être aussi récurrents que Harry Callaghan, le héros de polar reste accroché à son galon comme un morpion au dernier poil pubien de la défunte inventivité (oui je sais, c’est lourdingue, mais ça me plait.)
  Encore moins que dans d’autres genres, le héros standard de fiction policière n’a pas pris l’ascenseur social, il est déjà en haut. Il est taulier, il est LE patron. Même s’il a le rôle d’un anti-héros, il est un chef. Ripoux, crasseux, brisé-par-les-affres-du-métier, torturé, alcoolique, camé, partouzeur, il n’en est pas moins commissaire de police. Et il arrive, seul, face au crime, ours solitaire et ténébreux, avec sa besace pleine de clichés. Exemples...
  S’il est parisien, il vit toujours dans un sublissime appartement, genre loft chic et sobre. S’il est en province, c’est souvent sur la côte. Question d’éclairage... Et s’il a touché des pots de vin, c’est pour se faire construire une piscine à débordement avec vue sur la mer, face à laquelle il aura des phrases extrêmement introspectives et définitives sur son déroulement de carrière, et sa mort probable.
  S’il est marié, c’est avec une femme très belle parce qu’il est catégorie A de la fonction publique. Et pour la touche d’exotisme, elle a un léger accent parce qu’elle est peut-être une ex call-girl étrangère et délinquante qu’il a recueillie pour lui obtenir une carte de séjour, et tourner des scènes de copulation sous la douche pour les besoins du scénario. Le commissaire de police de films a souvent un coté Mère Teresa très émouvant. Sa femme a un accent suédois ou italien parce que la prod a trouvé que ça le faisait mieux que l’accent zaïrois ou portugais du Sud (c’est pas moi qui le dit, c’est la prod).
  S’il a des enfants, il les embrasse une dizaine de fois par film dans leur sommeil parce que sa vocation l’a retenu au travail, cette salope qui lui bouffe la vie comme un cancer de l’ambition. Quand ses petits sont réveillés, ils courent vers lui en criant Papa ! Papa ! avec un sourire un peu triste parce qu’ils ne savent pas encore qu’ils vont mourir dans des circonstances atroces.
  Dans le scénario, le commissaire de police fait presque tout tout seul. Il incarne la police nationale de tout son être galonné. Il est d’ailleurs volontiers représenté en grand solitaire ayant un esprit d’équipe très approximatif.
Il conduit seul sa voiture de fonction, se bat seul contre dix, et c’est lui seul qui refroidit les méchants. En gros, ça se passe comme ça.

  Le film policier français parle de police judiciaire, et décline à l’infini le même scénario, celui de l’enquête. Un début (meurtre), un déroulement de l’enquête (où le commissaire de police traque le crime avec un quota de pertes humaines conséquent et énormément de coups de feu tirés) et une fin (la mort du héros-flic ou du bandit ou des deux).
  Vous vous doutez bien que si j’étale ces quelques détails et interprétations, c’est pour parler des grands absents du cinéma et de la télé, la police en uniforme.
Quand les gardiens de la paix apparaissent à l’écran, ils sont figurants.

  Hors fiction, on accorde plus de crédit aux déclarations des commissaires de police faites à la presse par exemple, à propos de leurs effectifs, qu’à celles balbutiées par le petit personnel. Le gardien de la paix n’est qu’un exécutant, un esclave du Chiffre, un matricule. Il ne peut qu’avoir rien à dire…
  Alors de la même façon dans les films, l’omniprésence des commissaires de police est sensée donner une caution de réalisme et de sérieux aux scénarios des films policiers.
  L’uniforme est synonyme de médiocrité, d’inintérêt. L’uniforme n’est pas vendeur.
  L’uniforme n’inspire personne, l’abandon du mythe du héros unique ne tente personne.
  Et pourtant, le réalisme du monde policier se situe essentiellement dans cette approche.
  Qu’importe, après tout, le choix des producteurs d’aimer remâcher indéfiniment du mythe plutôt que de puiser une inspiration nouvelle dans les réalités des vrais flics. Qu’importe qu’ils se foutent de savoir si un genre policier autre peut plaire au public. Mais ce qui est nuisible est que télé et cinéma participent de façon démesurée à forger l’opinion du public sur la police et son fonctionnement. Passe encore d’entendre « votre honneur » dans les tribunaux français, et de se voir réclamer des « mandats de perquisition », mais c’est pourtant une preuve de l’influence de la fiction, et de la confusion qu’elle peut générer.
  Qui sait les nombres relatifs de commissaires et de gardiens de la paix dans la police nationale ?
  Qui sait que 80% des affaires traitées par la police judiciaire leur sont apportées par les gardiens de la paix ?
  Qui sait qu’il y a aussi des flics en uniforme officiers de police judiciaire ?
  Qui sait quel est le grade qui meurt le plus souvent en service ?
  Qui connaît le quotidien des gardien de la paix autrement que par les images cent fois vues des reportages sur les BAC et sur les émeutes en banlieue, à part eux-mêmes et leurs proches ?
  Qui peut affirmer qu’aucun sujet de fiction ne peut s’inspirer de ces inconnus de flics ?

  Une chose est sûre, une seule. L’absence de la police en tenue dans la fiction française est rigoureusement à l’image du désintérêt et du mépris porté à cette police par l’opinion et ceux qui la nourrissent de rengaines réchauffées, et de reportages orientés et répétitifs.


Précisions suite aux premières réactions :

(Histoire qu’on parle bien de la même chose…)

Ce qui précède est de l’ordre du constat.
On ne peut pas avoir les mêmes attentes d’une fiction que d’un documentaire. Ce n’est pas son rôle, pas sa vocation.
Il n’y a pas d’obligation « morale » à faire dire une vérité à la fiction. Heureusement.
Une fiction peut mentir, travestir, ignorer, exagérer. Tant mieux. On en a autant besoin que de vérité. C’est stimulant, ça fait rêver ou réagir.
D’ailleurs, la plupart des clichés du cinéma - policier ou autre - échappe à tous ceux qui n’ont pas un avis éclairé sur le sujet. Les clichés sont une sorte de balises de repérage qui identifient un genre. A force d’être vus, en une ou deux images ils apportent une charge significative qui fait l’économie d’imagination.

On ne peut rien attendre d’une fiction qui ne soit le produit de l’arbitraire d’un sujet qui inspire, et d’une créativité particulière.
MAIS, il n’en reste pas moins qu’elle peut constituer un reflet, une image lisible par ses reliefs et par ses ombres.
Les fictions parlent de culture, d’époque, de mentalité, malgré elles.
Elles parlent aussi de choix culturels, et des intentions de ceux qui les créent et les produisent.

Le constat que je fais de la non représentation de la police en uniforme à l’écran, relève simplement d’une immense inertie du cinéma français à sortir d’un genre qui a fait ses preuves, mais qui manifestement doit encore faire recette.
Et le manque d'audace et de curiosité qu’elle révèle vis-à-vis d’un métier dont je pense qu’il recèle bien plus de sujets adaptables en fiction, que ce qu’on veut bien penser.

De la fiction policière, je n’espère pas la rigueur d’un documentaire, mais juste un peu moins de ce conformisme gavant et attendu.

1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 21:04

 

 

  La police nationale vient encore de subir un sale coup. Un de plus.
Un film qui met en scène la police en uniforme. Comme si elle n’était pas assez malmenée comme ça… Décidément, rien ne nous sera épargné.
Après Clichy-sous-Bois, Villiers-le-Bel, et la dramatique stagnation du pouvoir d’achat des fonctionnaires de police, voici Un Roman Policier.
  Bon, comme promis je vous raconte le film, ça vous évitera ainsi de claquer bêtement le prix d’une place de cinéma. Si j’ai oublié des scènes, ne m’en veuillez pas trop, quand je fais une défragmentation du disque dur des boyaux de ma tête, je vire ce qui est inutile.
  Alors voilà. Ça se passe dans un petit commissariat de la banlieue marseillaise. Mais alors vraiment tout petit, genre une brigade de cinq ou six à tout casser, un brigadier, un officier avec des seins, pas de commandant ni de taulier, et même pas de figurants pour que ça ait l’air vrai, un type qui viendrait déposer une plainte par exemple, comme ça, l’air de rien, pour faire un peu d’animation. Que dalle.
  La première scène nous montre une intervention chez des jeunes-des-cités en train de fumer des spifs sur un canapé. Les flics rentrent à la queue leu leu dans l’appartement, très certainement pour y trouver des produits stupéfiants, ou le mandat de justice qui leur permettait d’entrer sans frapper. Un jeune mal intentionné se saisit d’une arme à feu et flingue un flic pendant qu’un autre flic le flingue avec une synchronicité parfaite. Les deux corps s’écroulent dans un même bruit. Deux morts. Un partout, balle au centre.
C’est chaud bouillant, ça commence très très fort.
  La femme lieutenant arrive, et prend le collègue qui a tiré dans ses bras pour le consoler, pendant que les deux morts s’en vont dans des bâches à macchabées. Peu de temps après, vu que c’est très très chaud dans la cité, et qu’il faut ramener le calme républicain, un gardien de la paix stagiaire arrive en renfort à la brigade. C’est un jeune flic d’origine maghrébine, parce qu’il y a un facho dans la troupe, et qu’il faut croire que le CSA impose des quotas ethniques et politiques dans les films français. Le lieutenant qui est du genre femelle plutôt moche tombe tout de suite amoureuse du stagiaire qui se la pète beau gosse sûr de lui. Elle bégaye et balbutie tant qu’elle peut quand elle lui parle, et lui se dit qu’elle va tomber comme une mouche. Ensuite, il y a une scène où on la voit au lit avec son mari officiel qui est très laid et qui a des poils sur les épaules. Beuark. Elle, elle porte une nuisette qui ne va pas du tout à son type de physique. C’est peut-être pour montrer que les femmes flics sont des pétasses comme les autres. Merci. Après, je sais plus. Après, il y a un trafic de drogue dans une piscine, qui est dénoncé par une mamy marocaine sous-titrée qui est plutôt rigolote avec ses grosses lunettes. Le maître-nageur est le dealer, en fait. La police s’y rend aussitôt avec le gyrophare en pleine nuit, pour mieux se faire flinguer à l’arrivée. Donc, ça se met à tirer à l’artillerie lourde et les flics ripostent cachés derrière les voitures comme dans les films. Et c’est tellement la guerre que les flics font dans leur froc. D’ailleurs, pendant tout le film, les flics ont peur. C’est peut-être pour montrer que ce sont des couilles-molles comme tout le monde. Le jeune stagiaire qui lui n’a peur de rien, poursuit un bandit vers le grand bain où on n’a pas pied, pendant que les anciens s’occupent à avoir la pétoche. La lieutenant suit le jeune flic parce qu’elle est le chef. Le bandit la choppe et lui met son flingue sur la tempe. Le flic lui colle une balle au milieu du front, et le méchant tombe raide mort dans la piscine avec la fliquette. Le stagiaire plonge et la sauve de la noyade, et laisse l’autre couler. Après, ils partent tous les deux se réchauffer sous la douche, et tirent un coup en attendant la police judiciaire. Ils restent habillés pour pas se faire pécho à poil par la PJ. Sur ce, Olivier Marchal arrive. Il joue le rôle d’un officier des stups alcoolique qui est maqué avec une nénette qui tient un bar arabe. Un soir, les flics vont danser en uniforme dans ce bar (un peu comme dans Chez Zoubida, page 76 de FLiC chroniques de la police ordinaire) et ils sortent complètement torchés. C’est peut-être pour montrer que les policiers sont des alcooliques comme tout le monde. La femme lieutenant rentre chez elle, et fait une fellation à son mari pendant qu’il dort. Après, je sais plus. Après, le jeune flic héroïque qui résout toutes les affaires de came du secteur pendant que le reste de la brigade magouille ou prend du prozac, s’ennuie avec un collègue en garde statique dans un hôpital. Du coup, il se roule un joint (un peu comme dans Garde Statique, page 111 de FLiC chroniques de la police ordinaire). L’ancien, qui a des années de banlieue à son actif n’a jamais vu de pétard de toute sa fucking life. Il est tout éberlué. Il essaye donc, et part se coucher dans un lit d’hôpital. Il a tellement fumé le salopiot qu’il faut le secouer pour le réveiller. Après, je ne me souviens plus. Après, la lieutenant quitte son mari et son enfant parce qu’elle a décidé d’arrêter d’être une crevarde, et de repartir à la conquête de sa libido. Pendant ce temps-là, le jeune flic ramasse l’OPJ joué par Olivier Marchal qui vient de se faire jeter par sa meuf parce qu’il foutait le souk dans le bar, et qui gît sur le trottoir complètement bourré. Ils partent bras dessus, bras dessous et discutent de poils pubiens assis sur un escalier. Après c’est presque la fin. Et à la fin, le jeune flic qui a fini sa période de stage et a pleinement satisfait sa hiérarchie part vers de nouveaux horizons. La femme lieutenant pleure un peu, mais de toute façon il n'était pas fait pour elle.
Fin.

 

 

  Et voilà. J’ai lu des critiques enthousiastes de ce film, vous pouvez les croire si ça vous chante. J’ai lu que la police en tenue avait rarement été mise en film avec autant de justesse et de sensibilité. Des conneries. Un scénario creux et décousu, un film fait de peu de moyens, des acteurs inconnus, tout ça n’influe pas tant que ça mon jugement. Mais prendre le prétexte de la police en tenue et de la femme-flic (le vieux mythe foireux) pour pondre une ineptie qui ne contient pour seul réalisme que celui du fantasme et de pré-supposés, ça m’insupporte.
  Qu’importe la fiction, mais qu’au moins le scénario soit assis sur des bases crédibles pour que l’échafaudage tienne au-delà du générique de début. Qu’au moins on sous-paye un conseiller technique police, pour qu’il relève les erreurs les plus flagrantes, et les clichés les plus grossiers du scénario.
  Enfin… il y aura toujours un public pour ça. Pour applaudir des deux mains tout ce qui peut lui présenter une police qui obéit au formatage des esprits.
  Mais aussi, même si ça ne change en rien les projets et réticences des producteurs, il y aura toujours des flics en uniforme pour vomir leurs représentations à l'écran.
  Et merde.

 

 

26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 22:48

TEST

alors ?    

Published by le flic - dans trucs en vrac
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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 23:34

 



  La douche de cinéma, c’est une institution. J’ai vu trois films consécutivement où il y avait une scène de douche, c’est presque devenu incontournable dans un long métrage. 
  La douche de cinéma fait partie des clichés redondants supposés traduire une ambiance ou l’état d’esprit d’un personnage, annoncer la scène qui suivra, remplir d’eau tiède un temps mort, et parfois provoquer des soupirs de lassitude. À force de voir des douches au cinéma, on en finirait par y aller avec un savon et une serviette pour sécher le comédien, histoire qu’il passe vite à autre chose.
  Oh bien sûr, ce n’est pas le seul cliché prévisible. Au hasard, on peut aussi citer les scènes d’ascenseur, l'ascenseur historique, l'ascenseur absolu et originel du cinéma, le meilleur, reste celui qui menait à l’échafaud. Ou encore les scènes de de parking ou de ruelles désertes, pareillement propices aux ambiances de grande solitude, aux meurtres, aux regards angoissés, aux pas qui se pressent à grand renfort de bruitage de talons affolés, ou plus joyeusement aux roulages de pelle. Je vous épargne les scènes de coucher de soleil, rarement associées au crime - sauf au Japon où le savoir-vivre et le savoir-mourir ont encore de la gueule - mais le plus souvent placées juste avant le générique de fin sur fond de happy end. 
  Mais revenons un peu sous la douche.
  La douche au cinéma, c’est trois fonctions essentielles. Se mouiller, baiser, se faire tuer. 
Vous remarquerez que je ne mentionne pas qu’on puisse s’y laver, parce que c’est finalement assez rare. Le gel douche n’est pas une plus-value à la mise en scène, et le shampoing n’est pas compatible avec l'arc psychodramatique de base. Un personnage de cinéma ne se lave donc pas, il se mouille. Et pas n’importe comment. Il se mouille avec style, et sa douche délivre un message essentiel. 
  C’est par exemple le cas du héros épuisé - flic ou voyou, on va dire - que l’eau va laver des turpitudes et miasmes de la vie, le métier, la traque, tout ça quoi. Le voilà nu et vulnérable sous l’eau rédemptrice, pour que le spectateur comprenne qu’il n’est qu’un homme simple comme toi et moi, qui n’a jamais de problèmes de tuyau de douche à la con qui fait des plis, puisque chez lui il y a un splendide pommeau de douche en aluminium hors de prix, pas comme chez toi et moi. La caméra s’attarde sur l’eau qui jaillit et dégouline sur les muscles blindés d’acide lactique du pauvre héros éreinté qui a failli mouru dix-sept fois dans la même journée. Il a la tête basse, et son profil est magnifiquement mis en valeur sous la vapeur que dégage son corps ruisselant, tel un destrier fourbu qui attend le coup de grâce. 
  En général, ça veut dire qu’il vient de faire quelque chose de terrible. Genre, arrêter une météorite géante avec ses petites mains avant impact sur le siège social de Gaumont-production-distribution bientôt cotée au CAC40, tuer trois ou quatre truands recherchés depuis vingt ans par Interpol et paf ! c’est lui qui l’a pécho et pas Bruce Willis, ou interpeller Ben Laden dans un hammam de Barbès. Pas du bidon, du lourd quoi. Donc il se mouille pour oublier qu’il est mortel. Et souvent c’est là que sa femme arrive.
« Chéri ? Mais tu n’as plus de gel douche ? »
  Et là, on passe avec bonheur à l’usage numéro deux de la douche au cinéma. Il l’enlace fougueusement pour se prouver qu’il est en vie, l’embrasse et la baise sous l’eau pour ne pas avoir à répondre de l’absence de la savonnette, et de la mention "héros crasseux" inscrite dans le script. Et il lui dit un truc du style « Non, tu ne pourrais pas comprendre, tu découvrirais alors l’homme que je suis vraiment. » Alors, sous le charme de cette terrible réplique à haut pouvoir érogène, elle oublie de se déshabiller. Parce que s’il y a bien une constante des scènes de baise sous la douche au cinéma, c’est que l’un des deux protagonistes reste habillé. À ce jour, aucun scénariste n’a su résister à l’effet T-shirt mouillé… C’est incroyablement bandant et traduit à merveille le sentiment d’urgence de l’accouplement du héros avec sa femelle. De l’amour insensé au viol bestial, il faut bien reconnaître que l’eau qui coule sur deux corps en train de se secouer sur grand écran, c’est du meilleur effet, ça le fait vraiment.
  Donc, pour que ça cesse, il reste le dernier cliché de la douche cinématographique : le meurtre. Si Hitchcock n’avait pas existé, qui l’aurait inventé ? La douche, c’est le décor idéal de la scène de crime. La victime est seule, environnée de bruits et de vapeur d’eau.
  Dans ce cas de figure, elle peut se mouiller, se laver, faire de la mousse, chanter, etc. L’insouciance de la victime imminente tranchera avec maestria sur l’image de l’assassin approchant avec sa lame à la main. Ou son arme à la main si la production peut raquer pour un R supplémentaire. À peine un cri et le tour est joué. La victime dont les mains laissent des traînées de sang très photogéniques sur le plastique du rideau de douche, meurt en faisant des bulles de savon rougeâtres par la bouche, par le nez et par les blessures infligées par le méchant. Pendant ce temps, la douche continue de couler, ce qui tombe bien parce que l’ADN est soluble dans l’eau, et se barre dans le siphon avec toutes les autres traces et indices, en un gracieux tourbillon. Le petit plus de ce type de contexte meurtrier, est que le rideau de douche a des dimensions convenables pour emballer le cadavre, si toutefois l’assassin veut emporter un souvenir.

  Et pourquoi je vous dis tout ça, moi ? 
Parce que très prochainement sur cet excellent blog, vous pourrez lire ma critique d’un film policier qui justement présente une scène de douche particulièrement grotesque. Comme les autres scènes, d’ailleurs. Et comme je suis très gentille (contrairement à ce que prétend la rumeur) je m’en vais vous conter ce film pour vous éviter d’aller le voir. Un roman policier.
  Que ne ferais-je pour toi, public chéri.

 

 

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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