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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 15:00

 

 

  « Non mais faudrait savoir ce qu’on veut, non? Port d’arme blanche, je te dis ! Et attention, pas une arme blanche de rigolo, un truc de tueur ! Je le chope à la sortie du métro, avec son gros sac qui n’a l’air de rien, et qu’est-ce que je vois ? La poignée d’un sabre qui dépasse ! Et l’autre, une bonne tête de racaille, les cheveux rasés, qui me regarde de haut en plus, avec son air de me prendre pour un con. Alors, qu’est-ce que je fais ? Eh bien, je lui dis de poser son sac par terre, mettre les mains contre le mur, reculer les pattes arrière, et je le palpe. Ouf, rien d’autre, heureusement. Et puis je lui demande si je peux ouvrir son sac, il veut bien. Je le menotte au cas où, hein, flagrant délit, t’aurais fait pareil, hein ? Et là dans le sac, des fringues, et un sabre gigantesque… Monsieur, vous allez venir avec moi au poste, je lui dis. Là, il se met à gueuler que non, que je suis un demeuré, que la police nationale est dans la panade, que ça se sent que je viens du fin fond du trou du cul de la France, et que je n’ai qu’à regarder ce qu’il y a d’autre dans son gourbi pour piger le coup du sabre. Donc, je mate le contenu du sac, et je tombe sur un petit chapeau ridicule avec des plumes. Alors là, je me marre, et je lui demande s’il bosse au Moulin Rouge. Le grand con me regarde bizarrement, il me dit qu’il veut aller au commissariat et vite. Et là, j’attends. Je suis convoqué chez le commandant qui court dans tous les sens depuis un quart d’heure, et qui a l’air complètement furieux. Merde alors, ça ne fait qu’une semaine que je suis sorti de l’école et déjà des emmerdes quand je fais mon boulot consciencieusement…
  – C’est vrai que t’es con, toi. Dis, t’avais pas la télé dans ton village ? Pas l’électricité peut-être ?
  – Bah si, pourquoi ?
  – Quel jour on est, là ?
  – Bah, le 13 juillet, pourquoi ?
  – Parce que, bougre d’abruti que tu es, tu viens de nous ramener un officier de Saint-Cyr qui vient à Paris pour le défilé de demain ! »

26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 13:51

 

 

 

   Juste un hommage à la plus grande star de mon adolescence.
   Repose en paix, MJ.
   Enfin, la paix...

 

 

   Et je vous recommande le documentaire Living With Michael Jackson (2003)

 

 

 

8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 23:40

 

  Des problèmes personnels, il en avait. Sa femme l’avait quitté. Elle disait qu’elle ne le voyait jamais, qu’ils se croisaient à longueur de jours et de semaines sans jamais vraiment se retrouver, et qu’un jour ils ne se reconnaitraient même plus... Quand il rentrait, elle dormait déjà, elle devait se lever tôt. « Tu n’es qu’un fantôme, lui disait-elle, pire, tu es en train de devenir un souvenir... » Alors un jour, elle était partie. Avec leur môme. Et le môme, il appelait l’autre "papa". Et elle le laissait faire, elle disait que ce n’était pas grave, que ça lui passerait quand il comprendrait, qu’il était encore trop petit. Et l’autre, il le connaissait bien. Ils avaient travaillé ensemble quand il était arrivé à Paris quelques années auparavant, il était devenu un ami, et ils avaient souvent partagé un repas, un anniversaire, un réveillon. Il se sentait avec lui comme en famille. Sa femme aussi, mais ça il ne l’avait pas compris.
  Et puis il avait aussi des problèmes d’argent. Il n’avait pas réalisé que la vie à Paris était si chère. Là-bas, chez lui, il avait une petite maison, un bout de jardin, et puis sa famille qui n’était pas loin. Sa mère gardait le petit quand ils allaient travailler, lui et sa femme. Il ne regardait pas l’heure, il savait la tendresse de sa mère, et que tout se passait bien.
  Un jour, il a été licencié. La petite usine allait fermer, alors il a bien fallu qu’il change de métier, dans cette région, il n’y avait plus rien pour lui. C’est comme ça qu’il était arrivé en banlieue parisienne, dans un petit appartement dont il disait qu’il en payait un loyer de château. Il avait trouvé à grand peine une nounou qui venait s’occuper de son fils à la maison, prête à effectuer n’importe quels horaires. Elle était adorable, mais ne voulait pas être déclarée. C’était cher, mais il n’avait pas le choix. Et le petit était tout sourire et commençait à parler le wolof aussi bien que le français. Lui, il aurait préféré le breton, mais ça le faisait tout de même rire.
  À vouloir se refaire un cadre de vie joli et qu’aujourd’hui ressemble à avant, et en achetant une voiture confortable pour emmener sa petite famille à la campagne, chez eux, il s’était endetté. Il avait eu une première saisie sur salaire, et avait dû revendre la voiture. De toute façon, il n’avait plus personne à emmener sur les routes, plus personne avec qui chanter à tue-tête toutes vitres ouvertes, pour faire rire son petit.
  Sa mère pleurait au téléphone « Mais qu’as-tu donc fait pour qu’elle s’en aille ? N’étais-tu pas capable de prendre soin de ta famille ? Les reverrai-je un jour ? » Il ne savait pas quoi répondre. Il avait juste envie de dire que ce n’était pas de sa faute, que le temps ne se mesure pas de la même façon pour tout le monde, que ses journées pourtant si longues, dont il ne connaissait jamais la fin, il ne les avait pas vues passer. Qu’il avait choisi cette vie-là.
  Et son métier, c’est vrai qu’il l’aimait. Même si, comme les autres, il sentait une sorte d’étau se refermer sur lui, même s’il se disait qu’ils étaient de moins et moins des hommes, et chaque jour un peu plus des machines. Même si on ne les aimait pas, là où ils allaient. Qu’on leur crachait dessus. Même s’il fallait, chaque jour davantage, qu’il s’invente des histoires pour se convaincre qu’il servait à quelque chose.
  Non, il n’avait que des problèmes personnels. C'est ce qu'on a dit.
  Et pourtant... pourtant... quand, un dimanche trop silencieux et solitaire, quand pour la première fois les larmes n’ont pu se tarir jusqu’au soir, qu’il a commencé à comprendre, et qu’il s’est enfermé dans sa chambre pour se tirer une balle dans la tête, il s’est mis en uniforme.

Published by bénédicte desforges - dans le suicide dans la police
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 23:35

 

  Des problèmes personnels, il en avait. Sa femme l’avait quitté. Elle disait qu’elle ne le voyait jamais, qu’ils se croisaient à longueur de jours et de semaines sans jamais vraiment se retrouver, et qu’un jour ils ne se reconnaitraient même plus... Quand il rentrait, elle dormait déjà, elle devait se lever tôt. « Tu n’es qu’un fantôme, lui disait-elle, pire, tu es en train de devenir un souvenir... » Alors un jour, elle était partie. Avec leur môme. Et le môme, il appelait l’autre "papa". Et elle le laissait faire, elle disait que ce n’était pas grave, que ça lui passerait quand il comprendrait, qu’il était encore trop petit. Et l’autre, il le connaissait bien. Ils avaient travaillé ensemble quand il était arrivé à Paris quelques années auparavant, il était devenu un ami, et ils avaient souvent partagé un repas, un anniversaire, un réveillon. Il se sentait avec lui comme en famille. Sa femme aussi, mais ça il ne l’avait pas compris.
  Et puis il avait aussi des problèmes d’argent. Il n’avait pas réalisé que la vie à Paris était si chère. Là-bas, chez lui, il avait une petite maison, un bout de jardin, et puis sa famille qui n’était pas loin. Sa mère gardait le petit quand ils allaient travailler, lui et sa femme. Il ne regardait pas l’heure, il savait la tendresse de sa mère, et que tout se passait bien.
  Un jour, il a été licencié. La petite usine allait fermer, alors il a bien fallu qu’il change de métier, dans cette région, il n’y avait plus rien pour lui. C’est comme ça qu’il était arrivé en banlieue parisienne, dans un petit appartement dont il disait qu’il en payait un loyer de château. Il avait trouvé à grand peine une nounou qui venait s’occuper de son fils à la maison, prête à effectuer n’importe quels horaires. Elle était adorable, mais ne voulait pas être déclarée. C’était cher, mais il n’avait pas le choix. Et le petit était tout sourire et commençait à parler le wolof aussi bien que le français. Lui, il aurait préféré le breton, mais ça le faisait tout de même rire.
  À vouloir se refaire un cadre de vie joli et qu’aujourd’hui ressemble à avant, et en achetant une voiture confortable pour emmener sa petite famille à la campagne, chez eux, il s’était endetté. Il avait eu une première saisie sur salaire, et avait dû revendre la voiture. De toute façon, il n’avait plus personne à emmener sur les routes, plus personne avec qui chanter à tue-tête toutes vitres ouvertes, pour faire rire son petit.
  Sa mère pleurait au téléphone « Mais qu’as-tu donc fait pour qu’elle s’en aille ? N’étais-tu pas capable de prendre soin de ta famille ? Les reverrai-je un jour ? » Il ne savait pas quoi répondre. Il avait juste envie de dire que ce n’était pas de sa faute, que le temps ne se mesure pas de la même façon pour tout le monde, que ses journées pourtant si longues, dont il ne connaissait jamais la fin, il ne les avait pas vues passer. Qu’il avait choisi cette vie-là.
  Et son métier, c’est vrai qu’il l’aimait. Même si, comme les autres, il sentait une sorte d’étau se refermer sur lui, même s’il se disait qu’ils étaient de moins et moins des hommes, et chaque jour un peu plus des machines. Même si on ne les aimait pas, là où ils allaient. Qu’on leur crachait dessus. Même s’il fallait, chaque jour davantage, qu’il s’invente des histoires pour se convaincre qu’il servait à quelque chose.
  Non, il n’avait que des problèmes personnels. C'est ce qu'on a dit.
  Et pourtant... pourtant... quand, un dimanche trop silencieux et solitaire, quand pour la première fois les larmes n’ont pu se tarir jusqu’au soir, qu’il a commencé à comprendre, et qu’il s’est enfermé dans sa chambre pour se tirer une balle dans la tête, il s’est mis en uniforme.

8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 22:58

 


  Quel pataquès, dis donc. Ils n’ont pas bien supporté. Ils le savaient peut-être tout ça, mais ils ne voulaient pas qu’on leur dise. Ou alors, ils ne le savaient plus, va savoir… la force du nombre engendre sournoisement d’autres normes.
  Dans ce petit monde trafiqué et verbeux qu’on imagine être un monde, on laisse son petit journal (extime, dites-vous) grand ouvert sur une page choisie pas du tout au hasard, ses révoltes de clavier, ses rebellions hors sujet du courage, signés de frileux pseudos, et on gémit que la passante mal embouchée que je suis ait pu les lire. Et ait pu dire beuark. Foutaise !
  Sur un blog, n’importe lequel, la thématique qui intéresse tout le monde, c’est le blog.
  Et là, ça rapplique dans tous les sens, et ça rigole, ou ça s’offusque et ça pousse des petits cris..
  Alors tout vexés qu’ils étaient, ils ont lu et relu. Tout comme le lecteur du Parisien qui se précipite sur l’horoscope, parce que c’est la seule page du journal qui parle de lui. Avant de passer aux faits divers.
  Passionnant.
  Belle leçon.

  « À mon sens obtus, ils se ressemblent tous... farouchement dans l’insignifiance... Un petit peu plus un petit peu moins de plastronnage, de cuistrerie, tortillage, de velléités, d’onanisme. C’est tout ce que je peux découvrir !... Je me rends bien compte qu’ils essayent de faire des grands et des petits effets, qu’ils se donnent du mal, c’est exact pour faire lever un peu la pâte sur ces platitudes... mais la pâte ne lève jamais... C’est un fait... qu’on a beau prétendre le contraire, c’est loupé... ça flanche... ça découle...
  Et plus ils se décarcassent, se malmènent la pauvre traguitte, plus ils sonnent affreusement factices de tous leurs organes et tambours... Plus ils sont pénibles à regarder... plus ils déconnent intimement et plus ils s’ébullitionnent de rage et de haine !... qu’on s’en doute et s’en aperçoive... Ils ne peuvent plus émettre jamais que de "l’informe", c’est indiqué dans les oracles du magma, de "l’inorganique"... Ils ne sont plus assez vivants pour engendrer autre chose que des histoires creuses et qui ne tiennent plus debout... Ce sont des grossesses nerveuses, infiniment prétentieuses, autoritaires, susceptibles, délirantes, d’orgueil. »

Louis-Ferdinand CÉLINE, Bagatelles pour un massacre 1937

(évoquant des écrivains parisiens, ses contemporains bobos)

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

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