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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 00:26

 

 

  Reçu en commentaire de l’article précédent [lien]
  Ce que j’en dis ? Pas mieux.

 

  Pourquoi croyez-vous que notre institution est devenue la nouvelle grande muette ? Pourquoi croyez-vous que notre corps civil se tait docilement devant les absurdités de nos hauts fonctionnaires du MININT (en novlangue), devant les discours convenus de nos représentants syndicaux nationaux et devant toutes les conneries qu'elle entend chaque jour à son sujet ou sur la situation sécuritaire de la France ?

  Alors on nous rabâche le devoir de réserve en y mettant ce que l'on veut pourvu que ça fasse taire la base... Trop de bon sens, trop de vérités pourraient être explosifs !
  Et ce devoir, on nous l'impose à coups de menace, de mutations dans les placards pour les plus courageux, de coalitions entre délégués syndicaux de haut rang et hiérarchie pour tuer dans l'oeuf toute vérité bonne à dire... Voilà pourquoi peut-être ce collègue crie son désappointement de manière anonyme !

  On nous rabâche aussi notre devoir, celui d'être garant des libertés fondamentales et de la République. On nous fait bouffer à l'indigestion un code de déontologie. Et pour quoi ? Pour faire de nous des sous-citoyens de cette République ?!
  Le flic est présumé coupable sans que jamais nos syndicats se mouillent la chemise pour réclamer le droit à la présomption d'innocence comme on l'accorde à la première crevure venue.
  Le flic n'a pas le droit à la liberté d'expression et de pensée sans cacher son nom sous peine de sanctions déguisées, menaces, parfois syndicales !
  Si les collègues sont aujourd'hui furieux contre vous, syndicalistes, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas eu leur mutation malgré votre racket annuel... Pardon, le timbre syndical.
  Aujourd'hui s'ils sont furieux, c'est parce qu'ils attendent des syndicats qu'ils soient un contre-pouvoir de notre administration. Qu'ils défendent les plus méritants pour que soit reconnu à juste valeur leur travail.

  Or, les syndicaux dans la police (et la FPE et FPT en général) ne sont plus un contre-pouvoir depuis très longtemps. Ils sont devenus un des pouvoirs dans le système. Si on veut muter qu'importe vos qualités tant que vous êtes syndiqués. Payer l'impôt révolutionnaire est le seul sésame dans la boîte. Du coup, comme les syndicats sont devenus incontournables, qu'ils font leur fortune sur "la vente des indulgences" comme l'Église en son temps, ils se divisent pour récolter les miettes données grassement par l'Administration.
  Et puis les syndicats ont vite compris qu'ils feraient bien plus de business en protégeant les cas sociaux de la boîte plutôt que les plus méritants et ceux qui risquent vraiment leur vie, leur intégrité physique et de plus en plus leur job en bossant vraiment.
  Comme m'a dit un jour un des chefs qui m'a formé : "si tu veux muter rapidement, faut être une sous-merde que tout le monde veut voir partir... En plus, les syndicats adorent cette manne financière."
  Tout a été dit par ce chef connu pour son bon sens terrien.

  Les syndicats, à l'instar de notre administration, ont tout intérêt à continuer cette infantilisation, ce clientélisme pour ne pas dire cette crapulerie institutionnelle.
  Un flic qui se tait est docile. Si les flics avaient le droit d'expression sans être menacés dans leur carrière, ils feraient tomber des gouvernements entiers.
  Ce que l'on sait est explosif. Nos constats effrayants. Et notre connaissance de l'étendue du mensonge étatique trop dangereuse pour beaucoup trop d'intérêts... Les syndicats les premiers.

  Et si Bénédicte a beaucoup de mesure, moi j'en ai beaucoup moins. Je n'ai connu qu'un seul délégué qui n'était pas une tanche au taffe. C'était un délégué d'un syndicat ultra minoritaire à des années lumières de mes opinions politiques. La seule fois où j'ai eu besoin des syndicats, tous se sont dégonflé comme des merdes, sauf lui. Je lui ai dit que jamais je n'adhérerai à son syndicat au vu de nos divergences politiques. Malgré tout il est monté au créneau avec moi. Son intérêt ? Aucun !
  Il a fini par me dire qu'il n'aurait jamais pu être dans un syndicat majoritaire parce qu'à partir du moment où on a quelque chose à vendre, on n'est plus un contre-pouvoir libre. Là encore, le bon sens d'un flic qui devrait pouvoir l'ouvrir sans subir la censure institutionnelle.

  Si vous voulez arrêter de chouiner devant la mollesse de vos collègues pour les soi-disant combats que vous nous ressassez, commencez par vous libérer de l'administration en ne faisant plus partie du pouvoir en place. Pourquoi un syndicat devrait choisir qui doit ou ne doit pas muter ?

  Et si vous voulez vendre des combats auxquels les collègues adhèrent, soyez des flics comme les autres, avec des problèmes et des vies de flics. Peut-être verrez-vous que vos revendications sont complètement à l'ouest, que vos combats n'intéressent que vous et les cas sociaux que vous protégez, quand vous n'en êtes pas vous-mêmes...
Si demain au lieu de casser mes acquis de flic de VP pour consolider ceux des postes aménagés de délégués départementaux ou autres, si demain au lieu de nous présenter vos avancées comme des victoires alors qu'on a reculé de trois pas pour avancer de deux, si demain vous vous battez pour ce que veulent vraiment la majorité des collègues qui bossent, peut-être effectivement que l'individualisme, la soumission au système et le côté réceptif au clientélisme que vous proposez prendra fin. Peut-être aurons-nous envie de nous battre pour cette boîte...

  Parce que c'est tout de même énorme de voir que l'immense majorité des flics rentrent par amour du taffe, par volonté de servir et que cet amour, peu le perdent après les années. Mais quand la haine de l'institution et des syndicats devient tellement forte qu'elle arrive à nous faire espérer que l'institution s'écroule sur ses fondements de merde, là on voit l'étendue du malheur !

  Syndicats, battez-vous pour qu'on devienne une police professionnelle et apolitique, avec le droit de l'ouvrir dans les débats civiques. Et là, on vous suivra... Mais personne se tire une balle dans le pied n'est-ce pas...

 

 

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 19:26

 

 

  J’en ai croisé pas mal des syndicalistes, et j’ai vu de tout.
 Des feignants, des trouillards, des mauvais flics reconvertis délégués à titre de prétexte, des types avec des sourires de vendeurs de voitures, des complexés en mal de pouvoir et d’emprise sur leurs semblables, des carriéristes qui voyaient là un tremplin efficace vers la politique, et qu’importe qu’elle fut du bord opposé.
  J’ai souvent vu un corporatisme éhonté, gardiens de la paix d’un coté et cadres de l’autre, adversaires comme s’il n’y avait pas plus d’intérêts que de possibilités de combats communs. Comme s’il ne s’agissait pas du même métier, et qu’il fallait davantage jouir d’un grade que d’une vocation. Comme si la qualité de fonctionnaire de police devait primer sur celle de flic...
  J’ai vu des gens malhonnêtes, avides d’une misérable notoriété, instrumentalisant les conditions de travail de leurs collègues jamais éprouvées par eux-mêmes, pour se hisser près des caméras et des micros, ou s’imaginer important à faire les yeux doux à un ministre ou son chef de cabinet.
  J’en ai vu aussi qui étaient plus exaltés par leur propre discours que par un hypothétique résultat de celui-ci.
  J’en ai vu marchander l’avenir des uns au détriment de celui des autres, pour le prix d’une cotisation.
  J’en ai vu bander d'autosatisfaction, parce qu’un collègue les suppliait de l’aider.
 « On va voir ce qu’on peut faire… »
  Mais j’ai aussi rencontré des syndicalistes formidables.
  Moins souvent, mais j’en ai connus. Des flics qui avaient le sens du bien commun. Qui avaient réussi à mettre en harmonie profession et métier.
  J’en ai connus qui ne subordonnaient pas carrière et avancement à leur mandat syndical. Des vrais militants - si ce mot peut encore avoir un sens noble et la saveur du désintéressement. À la fois bons policiers, et représentants intègres et justes de leurs collègues.
  Des vrais flics qui envisageaient le syndicalisme au-delà de toute affinité politique. Simplement parce que l’avenir d’un métier se projette bien plus loin que le temps d’un mandat ministériel ou d’un quinquennat.
  Ceux-là qui comme nous, ont parfois cette utopie d’un syndicat unique. Parce que le métier est difficile, impopulaire, décrié, dangereux, et le sera de plus en plus. Parce que l’individualisme est un cancer, et que peut-être plus que d’autres nous avons besoin de solidarité.


  Message d’un collègue aux syndicats de police :

 Pour ma part je vous le dis tout net, je n’irai pas voter aux prochaines élections professionnelles, parce que je n’adhère pas à ce système mafieux qui fait que l’on est muté que si l’on est syndiqué.

  Quelle belle vidéo que celle vantant les reculées de nos acquis et encore une fois, faisant la comparaison entre syndicats (nous on fait ça, voilà ce qu’on fait les autres, votez pour nous!) qui nous demande de nous battre pour des réformes qui sont déjà en place, comme si on devait prendre le train alors qu’il est déjà arrivé en gare.
  Je ne crois plus aux belles paroles. Preuve en est, un de mes gars qui vit séparé de sa femme et de sa fille depuis deux ans, alors qu'elle est fonctionnaire d'état et attend son mari dans une caravane parce que nos salaires ne nous permettent pas de vivre mieux. Les syndicats s’occupent de son dossier parce que je pensais - naïf que je suis - que c’est l’administration qui nous mute, mais non... On lui promet la mutation s’il prend sa carte, appelez ça comme vous voulez, moi j’appelle ça du chantage.
  J’en profite, mes chers syndicats, pour vous remercier de votre engagement à tâtons dans les conseils de discipline, parce que chez nous la deuxième chance n'existe pas, on vous laisse sur le bas côté, sans solutions de reclassement, certains finissent vigiles en supermarché, avec le ricanement des gens que vous avez arrêtés.

  Pour finir de vider mon sac et que chacun comprenne bien : le 6 janvier dernier à Chessy, je faisais partie de cette haie d’honneur avec une poignée de baqueux, et nous avons pu constater encore une fois l’intérêt que nos syndicats ont porté à cette affaire.
  Aucune déclaration ou protestation, j’ai appris la cérémonie grâce à facebook, rendez vous compte... Pas de témoignage de solidarité affiché dans les commissariats. On m’a demandé de faire suivre par mail la date de la cérémonie aux syndicats afin qu’ils préviennent un maximum de gens. On attend encore le communiqué !
  Quand je vois que certains d’entre nous se posent la question de la raison de notre déplacement sur place, et qui ne savaient même pas qu’un Major était mort dans l’exercice de ses fonctions, je me dis qu’on est mal barrés.
  Je n’ai pas à me poser cette question quand je passe chaque jour devant la stèle des policiers morts pour la France.

  À cette cérémonie, j’ai vu des policiers avec leurs enfants en poussettes bravant les moins 5 degrés, parce qu’ils voulaient honorer une dernière fois un homme de 52 ans. On nous a donné le choix entre être parqués dans un gymnase, plein à craquer ou rester dehors, la cour du commissariat de Chessy étant trop petite pour accueillir ministre et feuilles de chênes, agglutinés derrière lui pour la photo.
  Ordre, contre ordre et désordre parce que le "protocole" nous interdisait de nous aligner le long du cortège et du cercueil. J’ai vu des policiers prêts à en venir aux mains avec un commissaire qui voulait nous interdire de passer. Aucun responsable syndical présent pour organiser la présence de mille policiers, ils étaient sans doute eux aussi dans la cour du commissariat.
  Et le summum, pour finir, j’ai vu un CRS en fin de carrière, faisant le jalonnement, me donner une chaufferette parce que nous étions transis de froid, chaufferette achetée à chaque CRS par le fils du collègue décédé, parce que ni l’administration, ni les syndicats n'ont pensé que nous serions si nombreux et que nous aurions sans doute un peu froid. Juste un détail, le fils du Major est également policier

  Alors je vous le redis, je n’irai pas voter, je n’attends rien de ces gens, mon travail me suffit.

 

 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 23:02

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  La cérémonie en mémoire du major Patrice Point aura lieu mercredi 6 janvier 2010 à 10h00 au commissariat de Chessy (Seine-et-Marne)
  La veuve de notre collègue, son fils également fonctionnaire de police, et tous ses proches, souhaitent que la dernière patrouille de Patrice Point ait lieu au milieu d’une haie d’honneur la plus imposante possible.
  Tous les collègues disponibles ce jour-là sont attendus pour rendre un dernier hommage à Patrice.
  Le port de la tenue d’honneur est sollicité ainsi qu’une rose blanche.
  C’est triste de lancer des fleurs à un flic… mais on le fera.
  Venez nombreux soutenir la famille et les collègues de Patrice dans ce terrible deuil, vous représenterez ainsi la solidarité de tous les collègues de France qui ne peuvent faire le déplacement.

 

 

  Patrice Point est mort le 30 décembre 2009 des suites de blessures provoquées par un véhicule qui l’a volontairement écrasé contre un mur. Le véhicule était volé et conduit par des délinquants surpris en flagrant délit de cambriolage.

  Patrice était un fonctionnaire de police compétent, loyal et intègre.
  Et je ne dis pas ça parce qu’il est mort, mais parce que c’était vrai.
  Il était à quelques mois d’une retraite bien méritée.
  Les risques du métier, me direz-vous. C’est exact. Et vous aurez raison de le penser puisque tous les jours, nous y pensons aussi.
  On prend notre service, on va à l’appel, et on ne peut jamais jurer que quelques heures plus tard, aucun nom ne manquera. C’est ainsi et on le sait.
  Mais notre problème n’est pas vraiment celui-ci, voyez-vous. Notre problème est que tout le monde s’en fout.
  La mort d’un flic semble inutile, insignifiante, tant l’écho qui y est fait est inexistant. Tant ça semble faire partie d’un jeu de société. Ou de rôles.
  C’est consternant, absurde, mais l’unité de mesure de la valeur des vies humaines, l’ordre de priorité des faits quotidiens supposés intéresser, l’importance donnée à l’un de ces faits, eh bien c’est la presse qui la définit. Et la presse, elle ressemble à l’opinion publique. Elle est là pour la satisfaire, lui plaire, et lui servir ce qui la met en appétit. On ne peut même pas accabler les médias en fait, ils ont une mission d’audience, la distorsion de l’information à caler entre deux plages de pub, n’est pas vraiment leur problème. C’est la loi la plus souveraine qui soit, bien au-delà du bon sens, de la pédagogie, de l’information authentique et utile, qui dicte tout. La loi du marché.
  Et puis, la mort - donc la vulnérabilité - d’un flic, c’est anxiogène pour une population qui a déjà peur de son ombre, et il ne faudrait pas que l’audimat déserte vers des programmes encore plus creux et dissimulateurs que la messe quotidienne de l’information.

  La mort de Patrice a monopolisé moins de temps d’antenne radio ou télé, moins de lignes dans la presse que la météo. Là ! Ça vous parle, ça ?
  Et je ne vous dis rien de Johnny Hallyday et de ses petits bobos de star shootée et expertisée, un flic ça ne chante pas.
  Je ne vous parle pas non plus des sportives milliardaires qui prennent leur retraite à vingt-cinq ans, à grand renfort d’interviews pour décérébrés. Un flic attend la date limite de péremption - quand il y arrive – et il y va avec ses séquelles de blessures en service, et ses petites arthroses d’avoir trop bossé dehors et dans le froid. Mais il est content quand il y arrive, oui !
  Rien non plus sur la grippe H1N1 qui risque bien moins de vous tuer qu’un accident de la route. Là, c’est nous qui vous ramassons.
  Et encore moins de ces micros-trottoirs qui vous racontent la version mongoloïde débilisante de l’actualité à longueur de journaux télévisés, jusqu’à une exaspérante saturation, et qui pourtant recueillent toute votre empathie, tant la médiocrité devient le langage universel. Il neige en hiver, qu’en pensez-vous ? Noël est en décembre, c’est sans précédent depuis l’année dernière, rendez-vous compte…

  Patrice, rien. Sa mort qui a duré trois jours s’est comptée en secondes dans la somme de ce qui est censé vous informer.
  Personne n’y a trouvé un sens particulier, ou quelque chose à redire. Une fatalité. Une insignifiance médiatique. À classer dans les pertes et profits de la République.

  On en a assez.
  Des morts de flics, on en a tous plein le cœur et les tripes, vous ne savez pas ça, vous qui n’êtes pas confrontés à la violence. Et à la mort des autres.
  L’intégrité physique d’un flic est exposée en permanence.
  La mort d’un flic, c’est un sacrifice.
  Pour vous. Pour votre sécurité.
  Pour que vous dormiez tranquille, sans forcément investir dans une porte blindée, sans milice ou vigiles à chaque coin de rue, parce qu’on est jamais loin. Parce que ce pays sur lequel on chie au quotidien, il n’est pas si mal que ça. La violence et l’insécurité y sont bien moindres qu’ailleurs. Grâce à nous et grâce à la Loi. La police est républicaine, et il se pourrait que ça ne dure pas, et que vos gardiens de la paix et autres Compagnies Républicaines de Sécurité, vous les regrettiez quand le privé s’en mêlera.
  Je vous vois venir, là. On n’est jamais là quand il faut, c’est ça ? Et toujours là quand il ne faut pas, aussi ? Facile. Un grand classique de la rhétorique anti-flic culturellement correcte.
  Vous me faites rire. Si nous cessions le travail ne serait-ce que quelques heures, vous resteriez calfeutrés chez vous, morts de peur. Mais par défaut, vous auriez une juste mesure de notre rôle. Ça n’arrivera jamais, rassurez-vous, il ne vous reste qu’à l’imaginer. Si vous pouvez. De notre côté, on a le sens du service public. Et du service rendu.
  On ne demande pas grand-chose.
  On ne fait pas ce métier pour être aimés, c’est impossible.
  Mais si le respect... le respect...
  Les policiers ne l’attendent raisonnablement pas des délinquants. Ni même des petits merdeux des cités qui expriment violement leurs crises d’adolescence et autres révoltes de futurs petits beaufs consuméristes. À cet âge là, on est toujours plus ou moins con et colérique, même si ces temps-ci on approche les très hautes fréquences.
  Non, le respect et la reconnaissance, on l’attend de tous les autres. Ceux qui ne nous voient pas, ne nous remarquent pas, et trouvent tout à fait normal de vivre en sécurité dans un pays libre. Ceux que l’on indiffère parce qu’on fait partie d’un système. Ceux dont le manque de considération n’est rien moins que du mépris.
  Ceux-là, c’est vous et vos médias.
  Vous devant vos télés et vos journaux, qui n’avez pas cherché à savoir pourquoi, comment et pour qui, un flic peut mourir écrasé par des malfrats, vous qui avez eu une phrase idiote et prévisible sur l’insécurité, et qui êtes vite passés à autre chose. Qui avez oublié que quand la sécurité est un dû pour certains, elle demeure un devoir pour d’autres.
  Vous qui ne comprendrez jamais que la sécurité a un prix, et que ce prix c’est du matériel humain qui s’abime, qui se fêle, qui se casse ou qu’on démolit.

  Le 30 décembre, le prix de la sécurité, c’était la mort d’un flic.
  Victime du devoir, comme on dit.
  Et ça, vous avez le droit de ne pas l'oublier.

18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 17:49

 

 

  C’est bientôt Noël et bien sûr, vous êtes raides comme des flics sous-payés.
  Pas grave, j’ai des bonnes idées de cadeaux pour radins et fauchés, et pour tous ceux qui se disent en se tapant violemment le front Ah ! Damnation ! Noël c’est dans une semaine et j’ai pas commencé à acheter des cadals.

 

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  Mes bien chers collègues,
Connaissez-vous la boutique en ligne de videos de police.com ?
Votre tenue de réveillon vous y attend.
Des t-shirts terribles qui racontent votre vie...
  Aujourd’hui j’ai contrôlé trois individus suspects, c’était un dispositif de la BAC.
  Aujourd’hui j’ai demandé à un jeune pourquoi il était en vérif, c’était le nouveau patron.
  Sous-baloche lifestyle, pas d’intervention, pas d’embrouille.
  Je suis IPPP  
[Infirmerie Psychiatrique de la Préfecture de Police]
  Attention, IPM...  
[Ivresse Publique et Manifeste]
Etc.
Pas cher, joli et de bon goût, le t-shirt de vidéos de police.com ne gratte pas.
Si vous n’investissez pas dans le t-shirt que tous les flics s’arrachent, il y a des chances que vous passiez une année 2010 à chier.

 

 

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  Ensuite, pour ceux qui n’ont vraiment plus un rond et qui se demandent si la solution pour faire plaisir n’est pas le vol ou l’agression d’un père Noël, il y a toujours cet excellent petit livre, une œuvre majeure de la police nationale, un best-seller écrit par une fille extrêmement sympathique et modeste.
  Dedans, il y a des histoires de flics très amusantes ou très dégueulasses, c’est selon. Ce n’est pas ego-trip, la carrière de l’auteur (qui sent très bon) n’a aucun intérêt, elle n’a pas arrêté ni tué de gros bandit, elle a toujours travaillé en uniforme (très joli) et a vécu la même vie de flic que des milliers d’autres. C’est ce qui a fait son succès international.
  Ça ne coute que 5,60 euros, et aucune faute d’orthographe n’est à déplorer.
  Les flics peuvent offrir ces chroniques de la police ordinaire à leur entourage, ça leur évitera de raconter leurs interventions et de répondre à des questions idiotes.
  Ceux qui n’ont pas lu Flic, chroniques de la police ordinaire sont des ignares qui ne comprendront jamais rien à la vie, et il y a fort à parier qu’ils se feront plaquer en 2010.

 

 

28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 16:52

 

 

  Comme je n’ai pas vu Braquo, j’ai décidé d’interviewer un capitaine de police qui avait tenté l’aventure. Pour lui permettre de garder l’anonymat et d’échapper aux caméras de vidéosurveillance, je ne dévoilerai pas son identité.

BD : Donc, vous avez Canal+.

Capitaine X : Oui. Mais je n’ai regardé que deux épisodes. Après j’ai dormi.

Pas grave, on fera avec. En préambule, j’aimerais en dire un peu plus sur vous. Vous travaillez dans les quartiers sensibles d’un département dont le numéro commence par 9 et finit par 3, est-ce exact ? Et vous avez commencé votre carrière comme gardien de la paix.

J’en ai un peu honte, mais oui je fus gardien de la paix.

Je dois vous poser une question avant toute autre, et ce afin de vérifier que nous n’allons pas parler d’une contrefaçon : Est-ce que l’histoire commence mal ?

En effet, ça commence très mal.
Mais il y a un générique juste avant. Des images floues en noir et blanc, des voitures de police, des calibre douze, des têtes patibulaires mais presque, au son d’un riff de guitare basse invitant à une marche funèbre.

Donc, c’est bien du Marchal. On nous avait prédit un Shield à la française, la série a-t-elle tenu ses promesse ?
Je précise au passage que j’ai beaucoup aimé The Shield, sauf la dernière saison bien trop morale à mon goût. En effet, les méchants meurent tous, et Vic Mackey finit en costard cravate dans un bureau de la Préfecture de Police escalier C.


C’est une sorte de Shield yes, mais version lourdingue, noir et rock’n roll. J’en ai renversé un bol d’olives sur la moquette.

Expliquez-nous.

C'est l'histoire d'une brigade "de choc" (but you can call it groupe VP in french) dirigée par un commandant qui s’appelle Caplan comme dans La Mort aux Trousses avec un C à la place du K, qui boit du JB et habite sur une péniche comme dans Les Ripoux.
Autour de lui, il y a des flics habillés en jeans et cuir, dont un vrai aspirateur à coke qui sniffe à toute heure du jour et de la nuit, et roule sur une grosse moto avec le flingue bien visible à la ceinture. Et il y a aussi un chauve qui ressemble évidemment à Vic Mackey et qui roule en 4x4 noir.
Le proc ressemble à Torquemada, un autre magistrat est le clone de Rachida Dati, et le commissaire ne sait pas faire les nœuds de cravate mais c’est plus hype comme ça, et il doit être muté à Montpellier comme dans Adieu Poulet.
Les flics ne font jamais de procédure parce que c’est carrément pas assez cinégénique.
La première scène, première bavure, un collègue un peu énervé plante un stylo dans la gorge d’un violeur présumé innocent, pendant qu’une équipe va braquer un avocat en pleine séance de bondage. Et après, c’est le drame dans un bureau de l’IGS.
Là, j’ai repris des chips, et j’ai dû dire à ma femme que ça ne se passait pas du tout comme ça dans la police.
Le commandant de l’IGS est une caricature. Un mélange d’homosexuel refoulé et de Matrix en simili skaï, avec une coiffure de chanteur des années 80 et une boucle d’oreille pour faire plus déjanté. Bœuf-carottes totale fiction, quoi.
Ah, et il y a un flic femelle ! Un lieutenant qui vit avec un photographe beaucoup plus vieux qu’elle, dans un loft du tonnerre bien sûr. Mignonne, sauvage, j’ai tout de suite pensé à vous bien sûr.

Ah ? Faut pas vous gêner dites donc !


J’ai toujours grave kiffé les femmes flics, et là j’imagine bien une scène… version Marchal.
Gros plan sous la douche sur une superbe fille. Les carreaux sont verts crade, on a mis un filtre bleu sur l'objectif pour rendre les couleurs encore plus fades. L'éclairage est au dessus avec une température de couleur bien froide pour marquer les cernes. La fille ne porte aucun fard, ni même rien d'autre. C'est une brune à la peau blanche et l'on devine qu'elle n'est pas allée voir l'esthéticienne depuis plus d'un mois.
C'est du vrai ciné, merde quoi ! Du vrai ciné, sans complaisance !
Gueguedian n'a qu'à bien se tenir avec sa bouillabaisse du Panier.
L'eau chaude crée de la vapeur qui enveloppe cette héroïne forcément fragile et bien foutue. Elle a les pointes des seins tendues et se racle la gorge bruyamment, crachant ses dernières clopes. Aujourd'hui elle a auditionné plusieurs crevures mais rien à faire. Pas moyen de savoir ou ils ont planqué leurs poppers. Ils n'ont pas arrêté de l'insulter lors des auditions. Sales couilles molles !
Il y a un tabouret en formica rouge à coté de la douche, et une bouteille de sky est posée dessus. C'est pas une pub pour Evin quoi ! Merde !
Y'en a marre des séries fadasses. On veut du réel, du quotidien bien glauque. Et du sky sous la douche pour rendre la scène bien crédible.
Navarro peut s'accrocher, Marchal peut faire bien pire...

Ça vous ennuierait de sortir de la douche et revenir à nos moutons ? J’ai du mal en placer une, là...

Je m’en voudrais de déflorer l’anémie du scénario.

Détendez-vous, respirez par le nez, expirez par la bouche.

Notre héroïne fait un long monologue. Elle picole à en perdre haleine... PUTAIN ! Quelle vie de flic... La fille a dû sortir la boite à baffe aujourd'hui, et un avocat véreux (pléonasme), lui a craché à la gueule que son client trouvait le pavé de biche sauce grand veneur trop cuit ; il a renvoyé le plat au chef de poste. Putain de métier....
Le dealer se nomme Momo. Évidemment.
Marchal a peur du 93, il n'ose même pas le nommer alors il le transfère sur le 92.
Il termine avec un hommage à Damien, un collègue de la BAC 93 qui est mort au boulot. Mais qu'est ce que cet hommage vient faire là ? Putain de scénario… Voila. Marchal est égal à lui même, tout est égal, partout égal...

Le quota de collègues issus des diversités a-t-il été respecté ?

Affirmatif. Le "copain noir" est sagement rangé dans le porte-flingue de Bruce Willis, pas le genre qu'on enfile après dix minutes de lutte et qui laisse le gun tomber dès que l'on enlève la pression. Sinon, aucun collègue des îles ou du bled. Dommage.

Mais pourquoi avoir pondu un truc pareil ?

C'est The Shield à la française, ma pov’ dame.
Vic Mackey commettait ses pires péchés dans une église. Dans Braquo, on n’a pas évité l’entrepôt crade. C’est artificiel. C'est pingre. On aurait pu le faire dans une ancienne synagogue ou une vieille mosquée désaffectée, non ? Marchal, t'es pas joueur.
Les héros sont forcément fatigués, forcément alcooliques, forcément fumeurs, et se font casser la gueule avec le même plaisir qu'ils cassent la gueule des dealers. Les coups, quand ils vous arrivent… oh oui ! Oh ça fait mal ! Allez Johnny, la même s'il te plait...
Là, j’ai fini le paquet de chips, bu tout le whisky et pissé dans le ficus. Ensuite, j’ai renversé la table, et j’ai foncé chez mon voisin pour lui coller des grosses baffes et violer son épouse.

Pensez-vous que l’on soit dans une fiction réaliste qui puisse servir l’image de la police ?


(Capitaine X essuie une larme) La police est décrite comme pourrie, à l'image de la société. Le héros se plaint que le métier a changé, genre "on ne peut plus rien faire, alors on en a rien à faire". Tous les coups sont permis. Petit raisonnement…
Le Proc on l'emmerde, le patron on l'emmerde, les flics se mettent des rails de coke dans le nez. Ils roulent dans des 4x4 noirs comme Vic et pleurent au volant dès qu'ils comprennent qu'ils ont fait de "grosses bêtises".
Ils ont des spasmes dans la mâchoire en gros plan. C'est du grand ciné ça, coco. Et ils ne pleurent pas aux enterrements mais chialent comme des hyènes en garde à vue dès qu'on leur pose une question trop pointue.

Le flic borderline à la française manque décidément d’envergure. Pathologiquement égocentré, et jamais complètement méchant. Quelle misère… Sinon, Marchal a-t-il allumé la lumière ?

Négatif.

Regarderez-vous la saison 2 ?

Joker. Mais putain que cette série me fout les boules ! En filmant sans véritable intrigue, on fait un gros navet. Tapageur certes, mais rien de plausible.
Le commissaire Moulin, c’est du grand documentaire à côté !
Je regrette déjà l'histoire de Tchoupi que je viens de raconter à ma fille. Au moins on y apprend qu'il ne faut pas faire du vélo sans les mains.
De Julie Lescault à Marchal, on a oublié le principal. Il doit bien y avoir quelque chose au milieu.

Une dernière question avant de vous laisser repartir vous faire caillasser. Dans les épisodes que vous avez vus, représente-t-on d’une façon ou d’une autre la cheville ouvrière de la police, plus communément appelée gardiens de la paix ?

Les quoi ?

Merci d’avoir accepté cet entretien.

 

Interview réalisée sans trucage

 

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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