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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 00:38

 

tomb raider

 

   Ça sort aujourd’hui, c’est tout neuf, tout beau, tout propre sur soi, et ça vous est vendu comme un film qui enfin met des gardiens de la paix en vedette. C’est sûrement pour ça qu’ils sont en civil sur l’affiche.
   Ce film, j’ai pu le voir l’autre jour, en avant-première chez Gaumont avec d’autres fonctionnaires de police. Que des fonctionnaires de police. Une avant-première pour flicards. C’est peut-être pour ça qu’on n’a pas pu discuter avec l’équipe du film après la projection. Ils n’étaient plus là.
   Juste avant, on nous a présenté la productrice et le réalisateur. Il m’a dit qu’il avait donné mon FLiC à lire aux deux comédiens pour qu’ils en inspirent leurs personnages. Vous m’en voyez très flattée, je lui ai dit. Mais je le savais déjà, j’avais lu et vu des interviews où mon livre était cité (une révélation, oui, on y lit que les flics ont un petit cœur sensible qui bat sous le gilet pare-balles). Mais ce n’est pas tout. Ils se sont également préparés à endosser le rôle en faisant des séances de tir (à balles réelles, précise-t-il), en observant la gestuelle du gardien de la paix dans son milieu naturel, et en se baladant pendant deux mois avec une carte de police sur eux - ça le fait marrer d’insister sur ce détail. Pourquoi pas, après tout. J’en suis presque à souhaiter qu’ils s’en soient servi pour éprouver la brème-power...
J’étais donc plutôt curieuse de voir le film.
   La communication autour de la promotion de Gardiens de l’ordre semblait être basée sur cette particularité, la descente aux enfers de deux gardiens de la paix, avec insistance sur le grade, l’uniforme, et tout le tralala.
   Il s’agissait sans doute de faire la différence avec les polars à la française, de se distinguer des styles dominants de Melville et de Marchal, et leurs sombres héros de police judiciaire. Et pourquoi pas - sans finir par un suicide ou tragiquement, dans le whisky-prozac - louer les rustiques qualités des flics de base, ces mal-aimés, pour attirer un public séduit par la dimension réaliste de ces gens simples à qui tout peut arriver, bref un bon public formaté à la sympathie pour l’ordre plus que la paix, et les métiers prolo-insignifiants. Le tout assaisonné d’une étonnante insistance sur le titre de mon livre – FLiC, requalifié d’autobiographie d’une gardienne de la paix – en guise de notice d’emploi du flic avec intense imprégnation de réel, comme s’il s’agissait de clamer cette caution de crédibilité empruntée malgré moi, sans avertissement et sans sommation.
   Bref, qu’importe. Les acteurs sont beaux l’un et l’autre, on n’allait pas devoir entrer en empathie avec un Pinot, flic simple et bedonnant, et c’était plutôt de bon augure.

   Ça commence fort. Tapage nocturne, ouvrez, c’est la police ! en restant bien devant la porte pour se prendre la balle là où ça fait 10 points cash (révoquez-moi ce moniteur de tir) et boum ! un flic meurt sous le coup de feu d’un jeune homme de bonne famille, sous amphétamine phosphorescente non répertoriée au catalogue. Le gardien de la paix Cécile de France riposte mais ne le tue pas, ce qui permet au gugusse de prétendre qu’il n’a pas tiré le premier. Pas de chance, l’IGS au grand complet fait une grève du zèle ou s’est tirée en pique-nique, et le commissaire peut donc, tout seul et sans enquête, conclure qu’il y a bavure parce que le type en question est fils de député, et ça ne se passera pas comme ça.
   Les deux gardiens de la paix, au lieu de s’émouvoir de la mort de leur collègue que personne n’a pensé à ramasser sur le palier et dont tout le monde se fout, ou de faire appel au Canard Enchainé pour dévoiler le scandale, décident de se métamorphoser en James Bond et Tomb Raider pour choper eux-mêmes le gros narcotrafiquant (les stups sont à la plage) et sauver non pas la pension de reversion et la mémoire de leur collègue qui est toujours sur le paillasson, mais leur boulot. On ne va pas se laisser révoquer comme ça, nonméooo !... boudiou, que c’est mesquin. Ils n’auront revêtu l’uniforme de gardien de la paix que les vingt premières minutes du film, le pari était trop dur à tenir jusqu’au générique de fin.
   On ne peut décemment pas infiltrer la pègre de la nuit et de la came avec un uniforme de gardien de la paix, faut pas que déconner.
   Ni en habitant un HLM pour flics, non, il est préférable d’aller péter les scellés d’un appartement cossu, ça va mieux avec une robe Prada, et ni vu ni connu je t’embrouille, nous voilà dans un trip typiquement marchalien, à savoir des flics ténébreux dans un habitat incompatible avec leur paye, qui vont résoudre seuls contre tous, un truc énorme avec leurs petites mains.
   Alors stop les incantations au réalisme et au charme du flic de base.
   Surtout qu’on s’en tape un peu du réalisme, voyez-vous, c’est bien une fiction qu’on regarde, pas un documentaire.
   Ce n'est pas que ça manquait de police-secours ou de timbre-amendes, de routine anxiogène ou de malfrats sans envergure, il ne fallait juste pas qu’il y ait cette image du personnage ordinaire qui, comme une larve maladroite sort de son moche cocon bleu marine, pour devenir un merveilleux papillon de nuit en robe noire et escarpins ou en costard sur mesure. Inexploitable, l’uniforme, pas moyen d’en faire une sape de héros, il n’est ici qu’un titre et un prétexte de marketing supposément original.
   Je t’en foutrais du flic de base, du gardien de la paix ou de l’ordre, quand il flingue tout et n’importe quoi à longueur de film, laissant des cadavres de dealers derrière lui pour finir comme dans un jeu vidéo, avec un big boss à effacer, dernier survivant du massacre d’un scénario anémique.
   Il me fait rire le gardien de la paix qui prend cent fois la pose pour tirer, tête légèrement penchée et maquillage en vrac, robe sexy cela va de soi, mais tout le monde n’est pas Nikita pour rendre une tuerie sublime, et un coup de feu émouvant.
   Le pari est raté encore une fois.
   Deux flics banalement borderline trainent le long d’une histoire prévisible leurs caricatures de gentils justiciers aux yeux tristes, face à des méchants qui ont des vraies têtes de méchants, et tout le monde tire sur tout le monde à la moindre contrariété.
   Affaire suivante.

 

 

18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 23:25

 

 

 

France 5

 

Published by le flic - dans revue de presse
commenter cet article
15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 00:43

 

Merci !

 

Police Mon Amour
Police Mon Amour

 

3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 18:39

 

Police Mon Amour

 

 

   Et comme je ne suis jamais mieux servie que par lui-même...

 

source : Refais le Monde Avant Qu'il ne Te Refasse

 

“Police, Mon Amour” de Bénédicte Desforges
par Philippe Sage

 

   Or donc, trois ans après Flic - Chroniques de la police ordinaire, Bénédicte Desforges nous revient avec Police, Mon Amour – Chroniques d’un flic ordinaire.
   Après le recto, le verso.
   Et ça prend aux tripes, ça secoue, deux tons, gyrophare, pas de héros, que des regards.
   Une mémoire.
   Qui émeut, ébranle et balaie tous les derniers clichés ou autres idées reçues sur un métier, celui de gardien de la paix. Ces flics en uniforme dont on ne parle jamais. Ceusses qui patrouillent avec un gros “Police” dans le dos, les voici ! Et c’est pas du Julie Lescaut, du Navarro, abracadabrantesques séries “policières” sorties de l’imagination pénible de quelques scénaristes de troisième division, non ! Là c’est du brut, et de décoffrage ; c’est du réel. Et dont personne ne sort indemne. Pas même elle, pas même Bénédicte Desforges.

   “Police, Mon Amour” n’est pas la suite de “Flic”. Mais son aboutissement. Oh certes, on retrouve ce style, percutant, précis, à la virgule et au “poing” près ; ces “scènes”, ces “images”, ces “sons” qui se succèdent avec juste ce qu’il faut de mots, toujours les bons, ciselés, imparables ; oui, comme dans “Flic” elle va droit à l’os, Bénédicte, et pourtant quelque chose a changé, dans le ton, le regard, encore et toujours le regard. Il nous bouleverse, souvent. Nous déstabilise et nous déshabille. Voilà même qu’on se reconnaît, au détour d’une page, cet automobiliste, ce “sale con”, celui qui s’en fout, qui grille tout ce qu’il peut, celui qui ne sait pas, ne connaît rien de l’horreur, du désespoir, de ce drame survenu sur l’A86, cette femme, son bébé, ce gardien de la paix qui hurle, impuissant, putain aidez-moi ! Oui, cet automobiliste, on l’a tous été, au moins une fois.
   La route, ses accidents, terrifiants, cela fait partie du quotidien peu réjouissant d’un gardien de la paix. Comme garder une rue, déserte, toute une journée durant. Attendre. Compter les pavés. Funambule. Les fleurs, regarder pousser ou effeuiller, “un peu, beaucoup, à la folie”. Et puis, attendre encore. Un cortège présidentiel, qui jamais ne viendra. Ou alors pas de ce côté-là. Mais voilà que, déjà, ça repart, et pas qu’un peu, deux tons, gyrophare, un braquage, un différend familial, un suicide ; la routine ? Même pas ! On a beau avoir du métier, en avoir vu des “scènes”, des “images”, elles ne sont jamais les mêmes, tout le temps elles vous surprennent et vous cueillent. Y’a de quoi rendre carte, insigne et pétard, tant la brutalité est féroce, l’ingratitude est constante, et maigre, si maigre, la reconnaissance.
   Faut-il avoir les nerfs en acier trempé, une solidité à toute épreuve, et de l’humour, une sacrée bonne dose d’humour, aussi ! Parfois il éclate, complètement, pleine page, et ça fait du bien ! Ah, ce ministre de l’Intérieur qu’un collègue prend, en toute bonne foi, pour un acteur célèbre et zozotant ! Cette escapade à Londres ou encore cet attaché parlementaire prétendant que “tout le Parlement va aux putes”, que “la France entière se fait tailler des pipes”, un attaché parlementaire aux jambes étranges … Ça vous distrait des macchabées, carbonisés, éventrés, des chaussures qui saignent ou de ces têtes qui ressemblent à des pizzas. Du poids des corps. Et de celui des insultes. Ah, si encore le gardien de la paix pouvait compter sur sa hiérarchie, mais non ! Cette hiérarchie travaillée, obnubilée par le rendement, le “chiffre”, ou par un détail insignifiant, déplacé, à ce point que c’en est obscène. Plus encore que les “scènes”, les “images” et les “sons” que croise et se fade quotidiennement le gardien de la paix. Prolétaire de la rue. Prolétaire jusqu’au bout.

   Oh bien sûr, il s’en trouvera quelques uns pour dire que, oui, bon, c’est bien joli tout ça, mais enfin, cette police-là, c’est avant tout celle de Bénédicte Desforges ! Une police rêvée, parce qu’humaine, trop humaine ! Non mais attendez, à la lire, on en viendrait à l’aimer, la police ! Convenez que tout de même, c’est un peu fort de café !
   Sauf que, ce n’est pas une police rêvée, c’est juste une police qui s’en va. Qui a vraiment existé. Mais qui s’en va. Petit à petit. Une police qu’on démembre, qu’on désosse, qu’on brade. C’est cela qu’il faut lire, entre toutes ces lignes ; c’est cela qu’il faut comprendre, le danger qui nous guette, un avenir qu’a une sale gueule, Minority Report, police privée, où tout le monde en prendra pour son grade. Cette police, celle des Anciens, est en train de disparaître, et nous ne faisons rien. Assis sur nos canapés, confortables, regards vissés sur cette putain de télé. A préférer des Julie Lescaut ou des Navarro, quand ce ne sont pas les héros tristes et fatigués du cinéma éthéré d’Olivier Marchal.
   Voilà pourquoi ce livre (d'une belle littérature) est essentiel, urgent, un livre magistral, celui d’une femme qui aura tout donné, et qui, au final, la mort dans l’âme, sur la pointe des pieds, au matricule réduite, a quitté bien plus qu’un métier ; un amour. Eternel. Mais perdu.

 

 

”Police, Mon Amour – Chroniques d’un flic ordinaire” de Bénédicte Desforges - Anne Carrière Editions - 4 mars 2010 [274 pages – 17,10€]

 

 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 23:24

 

 

menottes2

 

  J’avais ressorti mes petites histoires de menottes des archives pour tenter de faire passer un message. En douceur. Sans citer des articles de lois ou extraits de règlement – vous les trouverez ailleurs. Parce que j’ai pensé que ça suffisait pour faire comprendre cet aspect du métier de flic, et donner un éclairage différent sur des anecdotes d’actualité. Et que tout ça est moins simple que dans les rapports d’Amnesty International. Qu’un menottage, c’est bien autre chose qu’une entrave à la liberté, que sa raison d’être est multiple.
  Alors quoi ? Ça n’engage que moi, mais oui, oui je n’ai probablement pas toujours respecté les consignes.
  Je ne menotte pas pour humilier ou faire une piètre démonstration de pouvoir.
  Je le fais pour neutraliser celui que j’embarque et l’empêcher – éventuellement - de se mettre tout seul en danger, pour protéger ceux qui sont dans son entourage immédiat, et pour préserver les fonctionnaires de police - et moi avec - de réactions imprévisibles, notamment pendant le transport. Ça a l’air tout bête expliqué comme ça, hein ?
  Alors que vous dire que je n’ai pas déjà raconté ? Que je ne peux pas compter les gens à qui j’ai passé les pinces ? Parmi eux devaient se trouver des mineurs, certainement. Parfois plus grands que moi (je mesure 1m66) plus forts (j’ai vu des petits de 14 ans de 1m85 et 80 kilos, pas vous ?) mais surtout plus motivés à prendre la fuite ou à me coller un bourre-pif. Donc, clic-clac menottes, et boum! dans les droits du jeune citoyen et de ses bons amis donneurs de leçons.
  Pas très réglementaire me direz-vous, vous qui ne connaissez rien à la délinquance et à la procédure pénale, hormis ce que vous voulez bien entendre...

  Bah oui madame Michu, je me suis foutue hors la loi toute seule comme une grande, et pas qu’une fois. Et pas qu’avec les menottes.
  Un jour par exemple, j’ai insulté un méchant type, et j’ai eu très envie de lui coller une tarte. Finalement, c’est un collègue qui se l’est emplafonné, parce qu’il en a eu envie plus vite que moi. Il avait fait un truc moche ce type-là, très moche, et y a eu léger pétage de plomb de notre coté. C’est mal, je vous l’accorde, on n’est pas payés à faire une justice sous forme de baffes. C’est rare mais ça arrive, je ne vais pas mentir, et vous en auriez peut-être fait autant. À notre place. Mais vous n’y êtes pas, alors vous pouvez blâmer.
  Un autre jour, je m’en souviens très bien, j’ai laissé repartir un voleur de pneus et d’outils. Sous-payé par son employeur, licencié de surcroit, il avait fait quelques réserves, nous avait-il expliqué en pleurant au dessus du coffre de sa voiture. Cinoche ou pas, ça a fait tilt et il est reparti avec son butin et un "ça ira pour cette fois" dont il doit encore se rappeler. Et là, normalement, Clic! les menottes sont celles de l’IGS pour ma pomme. Comme de se laisser émouvoir, embobiner ou agacer par un sans-papier, et décider - en conscience et de notre propre chef, sans autre pouvoir de décision qu’une indulgence spontanée et irracontable - qu’il a droit a une chance supplémentaire parce qu’il a une bonne bouille et qu’on était disposés à entendre des histoires de massacres en Afrique Noire.
  Madame Michu et ses potes si prompts à m’expliquer comment exercer mon métier, trouvent toujours que ce genre de coups de canif dans la Loi est extrêmement sympathique. Et so hype sous dictature de droite molle, et tellement plus glamour ! Passibles de révocation, mais ça... bref, rien à foutre.
  Oui, j’ai fait plein de trucs pas prévus par la Loi ou le règlement, répréhensibles et passibles de sanctions, c’est le jeu ma pov’ Lucette. C’est le jeu d’un métier humain.
 Je menotte, madame Michu, et je suis équilibrée psychologiquement pourtant, et je ne fais pas nécessairement du chiffre quand je le fais, je dirais même que je n’y pense même pas.
  Et aussi, vieille gaucho que je suis et je ne me soigne même pas, bon flic que j’ai aussi été malgré ce penchant qui ne trouve plus d’écho satisfaisant dans le linéaire paysage politique français, j’avoue aussi avoir fait des contrôles d'identité au faciès. Et merde, qu’est-ce que ça marche bien le pifomètre avec un peu de métier, vous n’imaginez même pas ! Bon, ne vous y méprenez pas, j’englobe dans cette pratique des bonnes tronches de Maghrébins et des sales gueules de Blancs, ça marche aussi. N’allez pas penser à mal, ou je ne sais quoi...
  D’ailleurs, il faut que je vous dise autre chose, je suis bien plus à gauche que vous, bande de droitdelhommistes de salon. Moi je travaille avec le peuple et je vis avec, pire je le comprends dans ses pires dysfonctionnements, oui je le comprends même quand je ne l’approuve pas. Mais ce matériel humain est ma passion, ne vous choquez pas pour le mot, il est affectueux… Quand vous vous prétendez de gauche, parce que vous en parlez peut-être plus et mieux que moi, et que vous approuvez ce qui ne peut pas vous toucher, que vous avez une complaisance posturale, et que penser du bien du travail de la police pourrait vous faire basculer dans le camp des fascistes incurables.
  Vous parlez de violences policières sans savoir ce qu’est la brutalité du monde.
  Tiens à propos, le CNDS considérait un menottage brutal comme une violence policière. Vous qui validez d’emblée, parce que oui, l’idée qu’on s’en fait est brutale, eh bien je vous mets au défi de passer les menottes à quelqu’un qui n’est pas consentant sans le faire avec un peu de brutalité, ce que nous appelons aussi coercition.

  Vous voyez où je veux en venir ?
  À cette pauvre enfant menottée à 14 ans, bien sûr... ma tentative d’explication de l’usage des menottes s’étant cristallisée autour de ce non-évènement, bien davantage que la raison du nom de ma promotion de gardien de la paix.
  Petite pitchoune - même pas en situation irrégulière, ha ha ! - jetée du lit à 10h15 un jour d’école par des policiers tortionnaires, petite nénette rendue suspecte d’avoir participé à des violences en réunion sur un gamin. Les médias vous en ont abreuvés, ça n’a pas pu vous échapper.
  Les médias pour qui l’enfance est à géométrie variable selon l'actualité, entre la jeune enfant de 14 ans menottée ignominieusement, et la jeune femme de 13 ans qui avait allumé Polanski, vous me suivez ?
  Mais surtout, surtout, ne vous demandez pas pourquoi ces histoires de sales mômes sont surmédiatisées, préférez interpréter cette information en excès de zèle policier et consignes occultes qui n’auraient pas filtré ci-devant votre éminente jugeote. Préférez oublier que la législation va être modifiée, et que ces histoires de mineurs tombent à point nommé. Rappelez-vous des hordes de chiens mordeurs et tueurs déferlant sur TF1 avant le vote de la loi sur les chiens dangereux, et avant que ces molosses disparaissent du champ médiatique du jour au lendemain. Souvenez-vous aussi de ces enfants surineurs de profs juste avant les élections européennes et qui, dès le lundi matin lendemain du scrutin, ont cessé d’agresser leurs enseignants à l’arme blanche.
  Vous vous faites balader pour un oui pour un non. Il suffit de parler d’un fait de société pour que vous le pensiez émergent, ou de le taire pour qu’il cesse d’exister. Haïti va presque bien, tiens...
  Mais pour revenir à nos moutons entravés, à ces putains de menottes, soyez tranquilles, un avenir radieux se dessine. Les effectifs de police sont en baisse, donc les paires de bracelets aussi. Les prérogatives se diluent doucement, les armes c’est pas bien, ça fait mal, les armes non-létales c’est pas bien non plus, la police est écartelée entre des politiques et des missions contradictoires, entre la politique du résultat et l’impopularité de l’uniforme…
  Mais tout va bien, les caméras de vidéosurveillance arrivent, tout est opérationnel. La police se désincarne, se déshumanisera de fait, vous n’aurez plus à souffrir de ses travers. On a pris en compte votre sentiment d’insécurité alors que vous refusiez nos principes de précaution, le menottage par exemple.
  À cause de vous, nous ne sommes plus des gardiens de la paix, mais des forces de l’ordre, et demain nous serons à la faveur d’un glissement sémantique fort à propos, des forces de sécurité.
  Pourquoi ?
  Parce qu’à force de nous voir de travers, la politique qui façonne notre travail, au gré de l’opinion, des élections et des fantasmes citoyens, ultra sécuritaires ou néo anarchistes - l’un et l’autre sont aussi absurdes - cette politique opportuniste fera de nous ce que vous souhaitez. Vous aurez la police que vous méritez.
  Et rira bien qui rira le dernier.
  Même si j’ai mal à mon métier.
  Mais moi, ne vous en déplaise, j’étais gardien de la Paix.
  Malgré mes menottes...

 

 

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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