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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 09:00

rue89ico   

aimez la police

 

  En fait, la tactique est vieille comme le monde. On raconte des histoires avec des mots bien choisis, et l’autre finit par avoir un doute ou par y croire. C’est une narration réussie. Même si rien n’est vrai.
  Des mots et des images. Ça commence quand on est petit, et ça ne s’arrête plus jamais. D’abord, mots et images élaborent les mécanismes de l’imagination, et plus tard ça fabrique de l’opinion.
  Des mots et des images, il n’y a pas mieux pour décrire le monde et les gens. On appelle ça du récit ou de l’information. Quand les mots obéissent à une stratégie, quand ils se prêtent à un discours, on appelle ça de la communication.
  Et il n’y a rien de mieux pour refaire le monde. Et les gens.

  Réalité et vérité ne sont pas nécessairement des préalables.

  Par exemple, les mots qui définissent le policier sont intéressants.
  Il y a longtemps, on parlait simplement d’agent de police. C’était cartésien et sans arrière-pensée, une étymologie limpide qui indique un acteur dans la ville, un rôle subordonné à une fonction sans autre précision sémantique. Aucune prise n’est donnée à la subjectivité, au fantasme ou à l’interprétation idéologique.

  Ensuite est venu le désuet gardien de la paix, mais l’intention était claire. Et joliment dite. Le gardien de la paix ne part pas au combat, au contraire il est là pour l’empêcher. Il connaît le sens des mots "répression" et "prévention", et les mélange avec discernement dans sa casquette pour en faire un métier polyvalent. Il sait déjà que la paix peut se payer au prix fort de la brutalité de la société et des hommes, ou pire, et que tout le monde ne souhaite pas être paisible. La paix n’existe pas, mais elle a le mérite d’être un idéal, ou professionnellement un objectif.
Et le métier de gardien de la paix a encore la couleur d’une vocation.

  Et puis peu à peu, on a changé la tenue inconfortable du gardien de la paix – depuis celle où l’arme n’était pas apparente, avec un képi d’un autre âge, et des chaussures de ville – et il est assez vite devenu des forces de l’ordre. La transition est plus rude que l’époque… Deux mots coercitifs d’un coup. Les mots antérieurs existent toujours, mais à mesure du temps et des idéologies, on a le choix et le calcul – politique et médiatique - de leur emploi. Les gardiens de la paix sauvent un désespéré de la noyade, les forces de l’ordre interviennent lors de troubles. Ce sont pourtant les mêmes. Un gardien de la paix est-il une force de l’ordre ? Deux gardiens de la paix ? Il n’en décide pas, il ne communique pas sur ce qu’il est. Il fait, et après on interprète qui il était pour le faire.
  Forces de l’ordre suggère explicitement le rapport de force(s), et les mots invitent – si ce n’est à l’affrontement – à l’opposition. Par la force du vocabulaire, le policier n’est plus une présence intégrée dans la ville, mais un outil d’intervention, voire une force de frappe. Le mot paix de la fonction est asphyxié, a du mal à se faire entendre, le langage lui préfère l’idée de la confrontation pour désigner le policier. Peut-être aussi parce que ceux qui décident du langage ne sont pas physiquement impliqués dans ce rapport de forces.

  Maintenant, en étant attentif, on peut voir arriver, dans les médias, la propagande et les discours, les forces de sécurité. Un peu comme à Bagdad. Beyrouth. Gaza. La sécurité, c’est - sans surprise - le mot clé. Les forces de sécurité impliquent et concernent parce que c’est bien de la sécurité (ou de l’insécurité) de chacun qu’il s’agit.
L’insécurité est un concept qui fluctue entre un sentiment et une réalité.
Le métier de policier ne s’exerce que dans la réalité.

  La notion d’ordre ne vise personne en particulier, l’ordre est un contexte social, il s’adresse au système, l’ordre est le dosage idéal de libertés et de contraintes à atteindre en démocratie.
  Le mot "sécurité" parle clairement de menace et de risque à chacun individuellement, il n’épargne personne. Contrairement à l’ordre, sécurité s’entend comme un message personnel, elle appelle à la vigilance, la méfiance. L’imaginaire a moins de problèmes avec la sécurité qu’avec l’abstraction de l’ordre. Parler de sécurité, c’est parler de l’autre.
Sécurité est synonyme de crainte, de peur, forces de sécurité désigne la police comme un rempart entre soi et la menace de l’autre. Un autre indistinct...
La paix est loin.
La paix des mots, s’entend...

  Parce que policier sait depuis toujours qu’il aura à sa charge la sécurité, la paix, l’ordre, et qu’il devra parfois utiliser la force. Sa dénomination à géométrie variable n’y change pas grand-chose.
Beaucoup moins en tous cas que l’idée qu’on se fait de lui.

  Parler de police en la réduisant par son nom, à la force, à l’ordre, ou à la sécurité restreint ce métier, le défigure, dans l’imaginaire collectif, et oriente la perception que le citoyen doit en avoir.
  L’impopularité et la défiance envers la police ne sont pas étrangères à cette dérive sémantique qui ne doit rien au hasard du vocabulaire.

  Les noms donnés à la police parlent aussi sans équivoque de la projection idéologique du monde dans lequel elle œuvre. Ils le coupent en deux. En deux camps.

 

 

Plus de commentaires sur Rue89 [lire] et sur AgoraVox [lire]

12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 00:29

 

 

IGS
B.Desforges - 2010 ©

   Il avait un nom de fleur, cet homme-là, c’est peut-
être pour ça que je m’en souviens si bien. Parce que le reste, j’aurais préféré l’oublier.
   C’était une nuit, c’était un bar, c’était un type avec un nom de fleur qui avait trop bu. Un autre, qui avait bu autant que lui, avait fait une remarque désobligeante sur sa femme. À moins que ça n’ait été sur sa mère. Ou sur sa fille. Le blanc de l’oeil strié de rouge, les deux mains posées bien à plat sur le zinc poisseux pour ne pas tomber, il s’était penché vers lui et, d’une voix pâteuse, avait égrené à son oreille quelques mots noyés dans une haleine infecte. Pute. Traînée. Grosse. Cocu. L’homme au nom de fleur n’avait d’abord pas bronché. Il avait regardé l’autre, goguenard, qui se balançait sur son tabouret en se grattant le ventre, idiot, fier de sa saillie, et continuant à rire grassement. Il l’avait regardé à travers ses épaisses lunettes de myope, les lèvres pincées, les poings serrés, sans rien dire. Il le regardait rire et faire rire les autres ivrognes du bar, lui, la risée de tous, de chaque soir de cuite, et qui ne disait jamais rien. Parce que quand on boit aussi, il faut bien supporter des autres quelques écarts. Mais, ce soir-là, quatre mots avaient enflammé son ivresse. D’un coup, il s’était mis à hurler « Je vais le tuer ! » et il avait sorti de la poche de son manteau râpé un long couteau de boucher.
   Il ne nous a pas vus arriver. Il se tenait au milieu du bar, la lame en avant. Il tournait lentement sur lui-même, livide, sa main libre s’ouvrant et se fermant nerveusement, menaçant à la ronde les derniers noctambules hébétés.
   « Je vais le tuer, je vais le tuer », répétait-il.
   Son front était luisant de sueur, ses lunettes glissaient sur son nez, il clignait des yeux à chaque mouvement qu’il imprimait au couteau.
   Il n’a pas été difficile à maîtriser, il ne tenait pas debout. Menotté les mains dans le dos, il continuait à murmurer : « Je vais le tuer. »
   Assis à l’arrière de la police secours, à chaque cahot, chaque coup de frein, il disait encore : « Je vais le tuer. » Complètement ivre.
   « Pourquoi vous avez fait ça ?
   – Faut pas me parler d’elle. Pas comme ça. Ça ne se fait pas.
   – Mais pourquoi vous vous baladez avec un couteau ?
   – Parce que, l’autre soir, je me suis fait agresser. Avec un couteau. »
   Le couteau, son ivresse, les menaces, une plainte qui serait déposée le lendemain, on l’emmenait face à un officier de police judiciaire qui allait le mettre en garde à vue.
   Devant le commissariat, il descend du car. On l’aide un peu, il titube, ne trouve pas le sol sous ses pieds. Ses lunettes sont pleines de larmes, de sueur, à présent il pleure, il regrette, son nez coule. Toujours menotté, il s’essuie sur son manteau d’un coup d’épaule qui manque de lui faire perdre l’équilibre. Marche pénible après marche glissante, il monte l’escalier appuyé contre le mur. On le tient par la manche jusqu’au bureau de l’officier.
   Et merde. C’est lui, c’est le gros. Un teigneux, un méchant qui ne sort jamais. Toujours au ramassage. Un qui a la main leste, surtout sur les loques humaines, les déchéances menottées. Sur sa femme aussi, quand il n’oublie pas de rentrer chez lui après le service. Personne ne veut plus tourner avec lui dehors, tout le monde attend qu’il se barre, mais il reste. La nuit, les huis-clos seul avec son pouvoir d’être le plus fort, il aime ça. Et ce soir, il est là, il nous attend, les poings sur les hanches, le ventre en avant, avec sa sale gueule couperosée.
   « Alors, les abrutis, qu’est-ce que vous m’amenez là ? La chiure du soir ?
   – Reste correct, d’accord ? Menaces avec arme blanche, et il est complètement torché. Rien de plus. Voilà le couteau. »
   Je lui tends le couteau en le tenant par la lame, il le saisit et, d’un coup sec, le plante sur son bureau.
   « Eh bien, on va s’occuper de lui maintenant. Viens avec moi, connard, tu vas souffler dans l’éthylo et après, je te fous en cage. »
   L’homme au nom de fleur le suit en traînant les pieds, il ne dit plus rien, il renifle bruyamment un filet de morve qui ne veut pas tomber de son nez. On le suit pour lui retirer les menottes. Mon collègue part se laver les mains, je reste dans le couloir et je griffonne sur un carnet le nom de fleur, l’adresse où on l’a cueilli et l’heure.
   Arrivé dans la petite pièce où se trouve l’éthylomètre, l’officier sort une boîte pour y déposer la fouille de l’homme au drôle de nom.
   « Tu vas aller en garde à vue, on va mettre là tout ce qu’il y a dans tes poches. »
   Un portefeuille, un trousseau de clés, un paquet de tabac, un billet froissé, un petit galet rose.
   « Mon porte-bonheur, précise-t-il, ce qui fait ricaner le gros.
   – Tes lacets. »
   Il se penche, pose un genou à terre, se délace, fait la même chose de l’autre côté et tend la paire de lacets à l’officier.
   « Ta ceinture. »
   Il défait sa ceinture, la fait glisser dans les passants et la pose sur la table.
   « Tes lunettes.
   – Non.
   – Comment ça, non?
   – Non. Je veux voir dans quoi je souffle. Je veux lire ce qui s’affiche. Je donne mes lunettes après.
   – Mais mon cher, tu n’es personne ici pour décider quoi que ce soit ! Donne-moi tes lunettes.
   – Non. »
   L’homme s’entête. Il veut voir le chiffre apparaître sur la machine. Appuyée contre le mur du couloir, à quelques mètres, j’observe le face-à-face. L’officier croise les bras et le regarde fixement. L’autre fait de même en vacillant. Il porte d’épaisses lunettes en écaille d’un autre âge, qui lui font de gros yeux et un regard ahuri.
   « Pour la dernière fois, retire tes lunettes.
   – Non. »
   Et c’est allé très vite. J’ai vu le coup de tête partir, les lunettes voler et se briser au sol. J’ai vu l’homme prendre son visage à deux mains en gueulant et saigner entre ses doigts sales. J’ai vu l’autre l’attraper par le col et lui coller le nez contre l’éthylomètre.
   « Et comme ça, tu vois mieux ? »
   L’homme s’est laissé glisser par terre en grognant et soufflant. Je n’arrivais pas à bouger. J’ai encore vu le gros s’approcher et se laisser tomber sur lui, un genou sur son flanc et l’autre sur son nez. J’ai entendu l’os craquer.
   « Pourquoi ? Pourquoi ? » râlait l’homme en se tordant de douleur sur le sol qui se constellait de gouttes de sang.
   Un autre officier est accouru du fond du couloir en hurlant : « Mais c’est pas vrai ! Que se passe-t-il encore ? ! » Il s’est arrêté sur le pas de la porte en soupirant. Le gros a fait un pas vers lui : « Je vais t’expliquer. » Et l’autre s’est tourné vers nous : « C’est bon, allez-y, je m’en occupe. »
   Dans la nuit, les pompiers sont intervenus dans une garde à vue. Un homme y gisait inconscient, le visage tuméfié et couvert de sang. Ils ont tout de suite vu le nez cassé et l’arcade fendue. Aux urgences, ils ont encore diagnostiqué deux côtes cassées.

   Le lendemain à l’appel, nous avons été convoqués dans le bureau du commandant. Il nous attendait, les poings sur les hanches, en haut de l’escalier, comme le gros de la veille. Il était en colère. On est entrés dans son bureau, il a fermé la porte et nous a reproché d’avoir conduit au commissariat un homme en état d’ivresse salement amoché. Un homme avec un nom de fleur qui ne se souvenait plus de rien. L’officier de police judiciaire avait fait un rapport et appelé les secours en pleine nuit.
   « Je vais le tuer… »

 

 

récit extrait de Police Mon Amour

Published by bénédicte desforges - dans chroniques d'un flic ordinaire
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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 13:37

flic2rue

 

 

  Les histoires de Fred de Mai, c’est de la police comme si on y était.
  Patrouiller dans les pages de ce Flic de rue, c’est être son collègue, voir et entendre la réalité de ce flic de terrain, partager ses coups de cœur et ses colères.

  Au fil de ces anecdotes, des tragédies quotidiennes à la comédie humaine, on fait beaucoup de rencontres, on croise monsieur-tout-le-monde, des mal en point, des morts, des délinquants et des flics, hauts en couleur ou ordinaires, odieux ou amusants, mais toujours décrits avec la sincérité et le recul de ceux qui marchent dans la vie les yeux grands ouverts, sans préjugés ou arrière-pensées.
  A travers ces textes, Fred de Mai parle de la vocation de flic qui n’a jamais cessé de l’animer. Même dans les coups durs, même au cœur d’une machine administrative toute dévouée à la hiérarchie et aux notes de service, quand lui ne renonce pas à l’enthousiasme de mettre sa tenue de flic.

  Un simple flic ce "flic de rue"  ? Non. Rien n’est simple dans la police, et c’est ce qu’il raconte avec la grâce de celui qui ne cherche pas à tout expliquer ou juger, et avec l’humilité d’un homme qui se voit d’abord comme un citoyen parmi les autres.

  Flic de rue est écrit par un policier en activité.
  C’est une mosaïque de petits bouts de vie de flic, ponctuée par de belles photos en noir et blanc réalisées par l'auteur, un livre dans lequel la police peut être à la fois synonyme d’épreuve et de passion.

 

 

Flic de rue, 188 pages – 11,40 € sur Amazon

Published by bénédicte desforges - dans trucs en vrac
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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 00:51
Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 10:05
eblogs  e-GBe-DEe-FRe-ESe-IT

 

  C'était une petite galerie marchande comme il y en a parfois au pied des cités. La moitié des magasins étaient fermés, les rideaux de fer, désormais couverts de graffitis, étaient baissés depuis longtemps sur des commerces qui ne tenaient pas longtemps face à la précarité et à la délinquance. Il restait un bazar tenu par un Pakistanais, quelques enseignes inconnues qui vendaient des vêtements à bas prix, un cordonnier et un bar ouvert sur la rue, avec ses quelques tables en plastique délavé et des parasols déployés en toute saison pour avoir l’air plus gai. Tout au fond de la galerie, il y avait un petit supermarché où nous nous rendions ce jour-là pour y chercher un voleur qui avait été arrêté en flagrant délit par des vigiles.
  Les quelques adolescents qui traînaient là, adossés aux murs des magasins morts, nous regardaient passer, le regard mauvais, en marmonnant des mots auxquels nous préférions ne pas prêter attention. Ils devaient avoir une vague idée de la raison de notre venue et de nos pas pressés dans l’allée crasseuse de leur havre de fortune.
  Nous sommes passés au-delà des caisses du supermarché, et un grand type arborant le badge d’une société de sécurité nous a invités à le suivre jusqu’au bureau du directeur du magasin, où le voleur avait été conduit. Nous avons monté un escalier et sommes entrés dans une pièce dont l’unique fenêtre donnant sur les rayons et les caisses était masquée par un store à lamelles.
  Assis sur une chaise, face au bureau et à l’écran d’une caméra de surveillance, un tout petit enfant sanglotait. Il avait six ans.
  « Où est le voleur ? avons-nous demandé.
  – C’est lui, ont répondu d’une même voix le directeur du magasin et le vigile, en désignant le gamin.
  – Qu’est-ce qu’il a volé ?
  – Une boîte de thon.
  – Une boîte de thon ?
  – Oui, une boîte de thon qu’il a mise dans sa manche. On a tout vu. On l’a chopé à la sortie.
  – Il était tout seul ?
  – Tout seul. Pas de complices. Sale petit con. »
  On regardait tous la boîte de thon sur le bureau.
  Une boîte de thon sans marque, vendue à l’unité, de ces produits qu’on place tout en bas des rayons parce qu’ils sont les moins chers, que l’emballage est laid et ne donne pas envie.
  Le gamin continuait à pleurer et hoqueter, avec plein de larmes et de morve sur le visage.
  « Monsieur, on va emmener le môme. Affaire sans suite, on est d’accord ?
  – Ah mais non, certainement pas ! J’en ai ras-le-bol de tous ces merdeux, ces nègres et ces bougnoules qui viennent me faire chier et me piller tous les jours ! Je vais déposer plainte.
  – Ce n’est qu’une boîte de thon, vous n’avez pas mieux à vous mettre sous la dent comme voleur ? On va s’emmerder à faire une procédure pour une boîte de thon piquée par un mioche qui pisse encore au lit ?
  – Mais j’en ai rien à branler, moi! C’est votre boulot ! »
  On est repartis avec l’enfant.
  J’ai attrapé sa main, mais il s’est senti prisonnier.
  On a traversé ainsi toute la galerie marchande dans l’autre sens vers la sortie.
  Le petit pleurait, essayait de m’échapper. Mais il fallait bien l’emmener pour le rendre à ses parents.
  Les jeunes nous ont encore regardés, mais ils ne disaient plus rien. Seuls leurs yeux nous tiraient dans le dos.
  Moi, je regardais vers nulle part, j’avais juste un voleur de six ans à mes côtés, un voleur de boîte de thon, qu’aucun mot ne calmait et qui, la bouche grande ouverte sur une dent de lait manquante, hurlait « maman! »
  Dans la voiture, en route vers le commissariat, il s’est un peu calmé, on l’a rassuré comme on a pu, on a essayé de le faire rire. Et c’est là qu’il nous a dit qu’il avait faim.

 

 

récit extrait de Police Mon Amour

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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