Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 21:08

Mohamed Merah

 

Quand ça a commencé à flinguer, ils ont attendu le néonazi. Un nostalgique, un tueur d’Arabes et de Juifs qui aurait été élevé à l’hideuse mamelle de la sale Nation française. Et bercé tout contre le mur au chant de l’hymne raciste. Et qui aurait appris à parler avec un ministre de l’Intérieur. Ah ça ! On peut dire qu’ils l’ont espéré de toutes leurs forces, de toutes leurs intimes convictions ! Ça aurait été une affaire tellement simple à raconter, et des responsables si évidents à accabler. Un décryptage presque enfantin. La première balle n’était pas encore engagée dans le canon qu’ils savaient déjà tout de lui.
À ce moment de l’affaire, chacun était déjà expert en profilage criminel.

Et puis, méchant coup de théâtre dans les crânes, rétropédalage et tragédie à Boboland, le néonazi s’est effacé sur la pointe des rangers pour laisser toutes les scènes de crime à Merah, un garçon au sourire ahuri qui aimait bien faire des dérapages contrôlés en BMW. Wesh wesh et vos races, bande de blaireaux, vous ne l’aviez pas vu venir celui-là.
Il a fallu faire la bascule du 3ème Reich au djihad en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mais suffisamment de temps pour que chacun devienne comportementaliste et expert en psychologie, capable d’expliquer comment la société, la politique, la télé-réalité, les boissons gazeuses et les jeux vidéos, avaient pu engendrer un tel monstre.

Pendant ce temps, le RAID tentait d’attraper cette raclure vivante et consentait, le jour passant, à ses ultimatums successifs. En fait, tout le monde était très impatient qu’il se fasse refroidir. La presse attendait la bonne nouvelle au fond d’une rue de Toulouse, et nous autres sur BFM-TV qui tuait le temps en invitant des gens qui n’avaient rien à dire. À un moment de la nuit, on y a cru. BOOOM ! Le journaliste qui était en train de meubler l’attente avec des considérations météorologiques a disparu de l’écran, on a cru qu’il était mort, mais en fait non, il avait plongé à terre au son d’une grenade à bruit du RAID. Le cameraman est resté debout, lui.
La matinée suivante, une trentaine de petites heures après que Merah se fut retranché, le RAID a donné l’assaut. Et a liquidé Merah qui leur tirait encore dessus tout en sautant par la fenêtre. À moins qu’il n’ait été jeté par-dessus le balcon par des flics d’élite, c’est vrai quoi, on ne sait jamais avec ces gens-là.
À partir de là, tout le monde est devenu spécialiste en techniques de police et interventions.

Le gendarme Prouteau, riche de ses souvenirs des Irlandais de Vincennes - ce bon vieux temps où il suffisait aux pandores de planquer armes et indices chez des gens pour en faire des terroristes - des écoutes illégales de l’Élysée, et des condamnations en justice que tout ça lui avait coûté, le gendarme de circonstance donc, est aussitôt venu claironner qu’il aurait fait bien mieux que le RAID à coups de grenades lacrymogènes et de sabre laser. La seule performance de Prouteau est d’avoir assuré le baby-sitting de la fille cachée de Mitterrand pendant les deux septennats du boss. Depuis, il fait le meuble dans tous les salons du livre avec le récit de cette belle aventure. Mais bon, il était content Prouteau, has-been mais comblé, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait de télé, et c’était une aubaine pour se placer en pole position de la liste des innombrables opportunistes et experts du jour.
Après lui dans les médias et au-delà, une génération spontanée de petits gendarmes Prouteau sont venus à leur tour donner des leçons de police et expliquer à quel point les effectifs du RAID sont des baltringues qui ne connaissent rien du job.
Si ces bleu-bites avaient été aussi solidement burnés que leurs détracteurs et autres commentateurs frénétiques, ils seraient entrés chez Merah par la cheminée, une bonne tarte dans sa gueule, et hop ! menottes-police-prison.
Un expert israélien a aussi ramené sa science, mais c’est vrai qu’après avoir fait mai 68 à Gaza, tous les coups sont permis, phosphore blanc, uranium appauvri, etc, mais pourquoi diable n’a-t-on pas balancé une bombe sur l’immeuble de Merah, quels petits bras ces Français, j’vous jure.
Mais bon, comme tout ça avait été assez brutal, et Merah terriblement seul, sans gaz ni électricité contre la horde noire cagoulée, certains scrupuleux ont mis un point d’honneur à se la jouer procédurier dans le texte, et le terroriste mort est devenu un tueur présumé. Pendant que d’autres, très émus, transcendaient leur humanité dans le culte du bad-boy victime, efficacement servis par la monomanie des médias qui n’ont trouvé qu’une image pour illustrer la série de massacres, celle du sourire crétin du tueur, une valeur ajoutée au matraquage pleine de sensibilité.

Et puis, est venu le temps du doute.
Le père ne peut pas y croire, forcément il nie l’implication du fils. Puis arrive l’avocate en charge de déposer plainte contre le RAID pour assassinat, et qui se livre à un enfumage de presse derrière une table couverte à ras bord de codes pénal, civil, code du travail, code de la famille, des ponts-et-chaussées, etc, pour faire plus vrai, et dit avoir toutes les preuves d’un complot.
Mais en fait, si tout n’était qu’une machination policière ? Et si Momo était un copain du squale, un agent double, triple ? Et si la DCRI passait son temps à organiser des tournois de tarots avec la DGSE plutôt qu’aller à la chasse aux renseignements ? Et si dans tout ça, Merah n’y était pour rien ? D’ailleurs, j’vous pose la question, est-ce que Merah a une tête de terroriste ?
Alors bien sûr, tout le monde est devenu spécialiste en renseignement, sécurité intérieure et terrorisme.
À ces gens-là, il ne fallait surtout pas dire que ce sont des actes qui définissent le terrorisme, que suspicion et présomption ne sont simples que sur le papier, et que tant qu’il n’y a pas d’acte, il est relativement délicat de capturer un non-coupable de rien, et qu’un terroriste, ce n’est pas visible à l’œil nu.

Alors forcément, est arrivé le temps de la peur.
Si les services de renseignement et la DCRI, les incompétents de la veille donc, n'ont pas les moyens d'arrêter tous les terroristes avant qu’ils ne passent à l’action, s’il n’y a pas de phénotype unique dans cette catégorie criminelle, pas plus que de mode opératoire standard, alors c’est qu’il faut à tout prix abaisser le curseur du risque à zéro en menant une révolution sécuritaire.
Quand cette cause a été entendue, la trouille au ventre, l’opinion publique est devenue fasciste. D’une seule voix citoyenne, bien plus fort qu’un Patriot Act à la française, elle a réclamé l’instauration d’un état policier. Et alors quoi ! Les caméras de vidéosurveillance, c’est pas fait pour les chiens ! et puisqu’elles sont là, qu’attend-on pour leur demander la détection par reconnaissance faciale ? Fermeture des frontières dans les deux sens ! Flicage général ! Et puisque des gens pensent mal, parlent mal, ont de sales fantasmes, pourquoi ne pas inscrire le délit d’opinion au code pénal ?
Une fois le concept lancé, et acceptant tacitement qu'un totalitarisme, par définition, s’applique à tous, beaucoup de gens étaient devenus des gymnastes de compétition à force de grands écarts idéologiques entre l’avant et l’après Merah.

Dans le même temps, quelques spécialistes en pompes funèbres transméditerranéennes ont estimé que l’idée d'envoyer Merah moisir sous la terre de ses ancêtres était une intention délicate. À ça l’Algérie a fait sobrement savoir que ce type étant français, eh bien, chacun sa merde.

Et ici ça parle, et ça parle encore.
Ça bavasse, ça jacte, ça critique, ça expertise, ça s’interdit l’humilité. Les mots se sont empilés en montagnes de conneries, d’indignations extravagantes, d’explications péremptoires, de circonstances atténuantes, de faux procès, de conspirations, d’opportunismes indécents.

S'ils pouvaient seulement devenir, maintenant, des virtuoses du silence.

 

Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 12:00

 

Je ne change pas une ligne entre celui de l’année dernière et le Sidaction 2012.
C’est le grand show, la piste aux étoiles.


 

sidaction2011

 

 

Ils sont bien jolis, ces ambassadeurs d’un jour de la lutte contre le Virus.
Tous, ils sont allés, haute couture et très basse cour, défiler sur les écrans, avec leur ruban rouge par-dessus leur cœur sec, et leur mine compassée, pour délivrer leur message d'amour capoté au bon peuple de télédécérébrés.

Pécho c’est bien, se protéger c’est mieux.

Ils se sont réunis, la caste séronégative du marketing humanitaire, autour de Pierre Bergé et Line Renaud, les maîtres de cérémonie à l’occulte rémunération. Et ils ont bu du champagne, et ils se sont fait tirer le portrait, fardés et sapés. Egos turgescents devant des gros noeuds rouges. Interviews et nouvelles stars. Comédie et comédiens. Chanteurs, fausses notes et fautes de goût. Indécence. Ils se sont fait héros, en lutte contre le grand ravage. Certains les ont même trouvés émouvants.

Sortez couverts. De honte.

J’avais vomi le baiser de Clémentine Célarié au séropo. Avec la langue. Pour mieux voler l’âme de la maladie et la revendre. À son compte. Fatalement.
Pour en faire du clip, du making-of de Sidaction, de la chanson et du slogan, de l’égérie, d’un seul coup de bouche hypocrite, du fric et de la renommée.

Ne laissons pas gagner la maladie. Combien gagne-t-on à la rejouer ?

Elle, héroïsme factice et simulé sous des applaudissements bien portants,
Et lui, pestiféré, désigné intouchable par cette démonstration, avec son mauvais sang, et sa tête d’exploité ébahi qui aurait gagné au loto salivaire de la star en mal de scènes.
Mise en scène.

Le Sida tue encore.

Ils sont venus, ils sont tous là, à la fête du Virus-prétexte.
Des VIP pour le VIH.
Le Sida, c'est ta secret-story ou pas ?
Ils sont tous là, le créneau Sida affiche complet.
Et tous, ils sont plombés. Syndrome d’Immuno Décadence Artistique.
Les autres n’avaient rien à dire, rien à déclarer, rien pour la télé, rien à faire briller.
Anonymes. Ils n’ont pas reçu de carton.

Le Sida ça plombe l’ambiance.

Le virus du Sidaction, il faut qu’il soit mignon comme une microscopie électronique, petit oursin piquant et même pas mal, glamour à fond, lisse et vernis, il faut qu’il soit désincarné, sans biologie, ni anatomie. Sans sérologie. Le VIH du Sidaction, il se chante, il se rigole, il se trinque.
Les malades, les séropositifs, les médecins, les chercheurs, les associations, ne sont pas en prime time, ils reviendront un autre jour. Peut-être. Le prime time, c’est fait pour rigoler. Pour oublier.
À force d’être pris pour des cons, on le devient.
On se prête au jeu. On finira par trouver ça normal de jouer au con.
On ne parle plus sérieusement des choses sérieuses.
Plus rien ne vaut un peu de rigueur. Plus rien n'est vraiment grave.

Dans le monde, une personne meurt du Sida toutes les 10 secondes.

Il parait que le compteur à fric ne tourne pas si vite qu’il le faudrait.
Il parait que c’est bien ennuyeux parce que l’État a des oursins dans le porte-monnaie.
Charity bizness, frais de fonctionnement, salaires trop gras, the show must go on, mais il parait que ça s’est su.

Mais alors, qui va gagner des millions ?
- Il y répond à la question ? Il prend un joker ce crétin à paillettes ?
- Il a tout faux ! C’est foutu.
- Ton sort était entre ses mains. Célèbre et inculte.
- C’est vraiment foutu. Éliminé.
- Ah le con ! il veut donc que je meure !

Sidaction 2010



Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 12:38

 

JJ.Urvoas

 

 

Jean-Jacques Urvoas, député, vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, et secrétaire national du PS chargé de la sécurité :

"Si je comprends bien le RAID n'est donc pas capable en 30 h d'aller chercher un individu seul dans un appartement ?"

Non monsieur, vous ne comprenez pas, vous ne comprenez rien, et ce que vous avancez est scandaleux.
Et vous seriez bien inspiré de vous en expliquer auprès des fonctionnaires de police du R.A.I.D.
Mais bien sûr, vous êtes un spécialiste de la sécurité...
Allez, bon tweet.


BRAVO et MERCI à tous les collègues intervenants à Toulouse, et au RAID en particulier. Et prompt rétablissement aux blessés.


Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 23:55

Moebius1

 

Merci pour tant de talent,
pour le rêve, pour la couleur bleue, pour la magie,
et tous les voyages avec les grands oiseaux de Métal Hurlant.


Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 10:10

 



Published by bénédicte desforges - dans police - médias - intox
commenter cet article

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

rechercher

 

 

 

undefined

banner Banksy ©