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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 22:38

 

 

J'avais découvert ce texte en 2007. Il est rédigé par des fonctionnaires de police.
Cet appel n'a eu aucun écho et c'est dommage.
Dans ces lignes, aucune complaisance corporatiste, mais un message qui va bien au-delà, vers la police et les institutions.
Avec de l’espoir et un rappel salutaire des fondamentaux du métier de policier.
Sans résignation.

J’aimerais rentrer en contact avec ce qui reste de ce collectif...

 

 

Appel (extraits) d’un collectif de policiers républicains (*).


   L’organisation, les méthodes et les objectifs de la police nationale ont subi ces dernières années des remaniements de grande ampleur qui ont rendu notre travail plus pénible et plus dangereux, en même temps qu’il en devenait de plus en plus contre-productif. La « culture du chiffre », la notation « au mérite », le mépris envers les « crapauds » enseigné dans les écoles de police, un esprit de corps dévoyé en véritable loi du silence, la suppression de la police de proximité et de la plupart des actions socioculturelles ont transformé notre mission de protection de la population en affrontement quotidien avec celle-ci. Les nouveaux délits de voie publique et l’obligation de résultats chiffrés ont transformé la lutte contre le trafic de drogue en chasse au petit consommateur de shit (…), la lutte contre la délinquance et la criminalité violente en recherche d’outrage-rébellion par la provocation gratuite et délibérée (…).

   Si les comportements les plus graves (violences, rackets, racisme) sont le fait d’une petite minorité de fonctionnaires indignes de la République, leur couverture systématique à tous les niveaux de la hiérarchie, allant jusqu’à la falsification des procès-verbaux, et la répression des collègues cherchant à s’y opposer, font rejaillir leur faute sur l’institution tout entière. De plus, les pressions hiérarchiques, désormais privées de contre-pouvoir judiciaire par la fusion des corps d’OPJ et de gardien de la paix, sont telles, l’appréhension des réactions du public si grande, la formation des jeunes collègues et leur encadrement sur le terrain si défaillants, qu’aucun de nous n’est désormais à l’abri d’un dérapage ou d’une perte de contrôle de la situation (…).

   La police nationale est subséquemment de plus en plus considérée par la population, et jusque dans les rangs de certains de nos collègues les plus inexpérimentés, comme une force étrangère à la population, qu’elle devrait « mater » et non protéger (…). Notre travail consiste aussi à réunir des preuves indiscutables contre les délinquants et les criminels, et pas seulement à les amener menottés devant le procureur : la culture du résultat, de la quantité de procédures, s’avère ici contre-productive puisque, en amenant des délinquants endurcis à être libérés faute de preuves, elle induit chez eux un sentiment d’impunité qui les conduit à repousser toujours plus loin les limites de la violence, à l’endroit du public comme des fonctionnaires de police.

   Nous avons choisi ce métier mus par un idéal de service, pour faire respecter les lois de la République, protéger la vie, les biens, les droits de nos concitoyens. Nous sommes fiers de cet idéal que nous portons chevillé au coeur, nous sommes fiers d’être policiers. Mais nous avons honte de ce qu’on nous fait faire, de l’image que donne d’elle-même notre institution (…).

   Nous ne signons pas ce texte et le regrettons sincèrement. Nous constatons, non sans tristesse, que les circonstances actuelles ne le permettent pas (…).
Les « brebis galeuses » ne sont plus aujourd’hui les fonctionnaires corrompus, violents, racistes ou gravement - alcooliques, mais ceux qui s’opposent à leurs agissements (…).

   Nous gardons cependant bon espoir : de même que la grande majorité des fonctionnaires de police souhaite accomplir son noble voeu de protection des biens et des personnes dans la dignité et le respect des lois de la République (…), de même la grande majorité de la population souhaite vivre en paix et respecter la loi et ses représentants. Nous entendons contribuer par ce texte au sursaut républicain qui rendra à la police nationale son honneur, sa fierté et la sympathie de la population, et réaffirmons notre confiance dans l’esprit républicain du peuple français, de ses représentants élus et de ses fonctionnaires de police (…).


(*) Une trentaine de fonctionnaires de police, pas ou peu gradés, en tenue ou en civil, affectés sur la voie publique, CRS, BAC, en région parisienne, Rhône-Alpes et Nord-Pas-Calais.

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commentaires

Passante 19/06/2010 16:18


Fille d'un flic (SRPJ), qui est aujourd'hui à la retraite, je retrouve dans ce texte la vision de la police que m'a transmis mon père : pas angélique, mais avec les idées claires sur son rôle dans
le fonctionnement de la société. Cet "idéal de la police" n'était pas à l'origine de son engagement - il y est entré pour "croûter" (c'est encore le cas de certains jeunes policiers actuels,
j'imagine)- mais il l'a construit au fil de son métier, et au contact de flics plus expérimentés que lui ; je suis sûre qu'il l'a transmis à de jeunes collègues. Mais il est parti à la retraite
écoeuré (en 2005)...

Merci à ceux qui ont écrit ce texte, merci à vous de le diffuser.


Denis 12/05/2010 09:45


Hi Béné.
Une trentaine + 1.


Cobab 09/05/2010 16:31


L'enquête, faut déjà qu'elle ait lieu pour de vrai, et c'est pas un combat facile…

Je n'ai pas vraiment de souvenir, ni personnel ni transmis, d'une « ère des gardiens de la paix » − en fait, je vois assez mal ce que tu veux dire par là, et quand on la situerait…

Sur la République et la Nation, j'ai tourné sept fois mes doigts sur le clavier, chaque fois j'ai eu l'impression de troller… bref.

Chapeau en tout cas.


Cobab 08/05/2010 20:12


Grand merci de nous faire découvrir ce texte. Tout le monde n'est donc pas dans le pur déni.

« couverture systématique à tous les niveaux de la hiérarchie », « considérée par la population, et jusque dans les rangs de certains de nos collègues les plus inexpérimentés, comme une force
étrangère à la population, qu’elle devrait “mater” », « recherche d’outrage-rébellion par la provocation gratuite et délibérée »… j'imagine ce que j'aurai entendu si j'étais venu dire ça ici !


le flic 09/05/2010 01:39



Tu n’aurais pas entendu des amabilités, c’est clair.
Mais comme tu n’es pas le premier crétin venu, tu imagines bien que je suis plus sensible et réceptive à une autocritique qu’à une critique, dont on ne saura jamais si elle tient de la réalité,
ou d’un des nombreux présupposés qu’on colle à la police.

Entendons-nous bien, les flics n’aiment pas qu’on exporte ce genre de choses (je ne me suis pas fait que des potes en ressortant ce texte des cartons, qu’importe..) mais c’est parfois un mal
nécessaire. Parce que, par exemple, tout ce qui est énoncé dans l’appel de ce collectif trouve une explication rationnelle dans l’emploi des effectifs, la politique du résultat, les consignes
données à appliquer, le recrutement, etc, DONC il existe des possibilités de réponses et de solutions à ça.

Mais les flics aiment encore moins qu’on les résume à l’excès de certains fantasmes populistes, aux procès d’intentions, et se voir brandir sous le nez des rapports d’Amnesty complètement
ubuesques qui suggèrent que la police nationale française est tortionnaire, hors-la-loi et toutes sortes d’ignominies. Et il est culturellement de bon ton en France de chier dans les rangers de
sa police. Et tout le monde applaudit des deux mains et crie à la dictature. Mais surtout, tout le monde se tire une balle dans le pied. Parce que s’il y a une chose à défendre ces temps-ci,
c’est bien le principe d’une police nationale et républicaine.

L’avenir devrait prouver que cette hostilité systématique bien plus idéologique qu’autre chose (obsolète, d’ailleurs…), que le fait de tacler la police dans son ensemble au moindre fait divers,
sur présomption et non pas au résultat de l’enquête, affaiblit considérablement une police qui ne se porte déjà pas bien, et participe à l’émergence d’une nouvelle manière d’assurer la
sécurité.

Vous aurez tous joué le jeu, à droite avec des incantations ultra-sécuritaires, et à gauche en ne voyant pas que l'ère des gardiens de la paix touche à sa fin.
On ne vous remercie évidemment pas.

Ça te va comme réponse, ma gueule ?^^



Xavier Bignet 07/05/2010 01:55


Pour la liberté d'expression des organes de sécurité, se souvenir de l'affaire Mathelly. Les textes ne sont pas les mêmes, mais quand on connaît le Sarko, quand on voit comme il a toujours traité
la police, aucun doute que les effets seraient identiques. Et il faut bien qu'ils bouffent, ces flics "sans cojones" qui sont aussi, souvent, pères de famille (et mères aussi, mais ça fait rater
mon jeu de mots sur les cojones, dans ce cas...)


le flic 07/05/2010 11:56



Non non, le jeu de mots est réussi.
Je me posais la question d'un éventuel rapport avec "organes de sécurité" parce que c'est la première fois que je rencontre l'expression ^^



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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