Syndicats de police : coup de boule

28 Janvier 2010


Reçu en commentaire de l’article précédent [lien]
Ce que j’en dis ? Pas mieux.

  « Pourquoi croyez-vous que notre institution est devenue la nouvelle grande muette ? Pourquoi croyez-vous que notre corps civil se tait docilement devant les absurdités de nos hauts fonctionnaires du MININT (en novlangue), devant les discours convenus de nos représentants syndicaux nationaux et devant toutes les conneries qu'elle entend chaque jour à son sujet ou sur la situation sécuritaire de la France ?

  Alors on nous rabâche le devoir de réserve en y mettant ce que l'on veut pourvu que ça fasse taire la base... Trop de bon sens, trop de vérités pourraient être explosifs !
  Et ce devoir, on nous l'impose à coups de menace, de mutations dans les placards pour les plus courageux, de coalitions entre délégués syndicaux de haut rang et hiérarchie pour tuer dans l'oeuf toute vérité bonne à dire... Voilà pourquoi peut-être ce collègue crie son désappointement de manière anonyme !

  On nous rabâche aussi notre devoir, celui d'être garant des libertés fondamentales et de la République. On nous fait bouffer à l'indigestion un code de déontologie. Et pour quoi ? Pour faire de nous des sous-citoyens de cette République ?!
  Le flic est présumé coupable sans que jamais nos syndicats se mouillent la chemise pour réclamer le droit à la présomption d'innocence comme on l'accorde à la première crevure venue.
  Le flic n'a pas le droit à la liberté d'expression et de pensée sans cacher son nom sous peine de sanctions déguisées, menaces, parfois syndicales !
  Si les collègues sont aujourd'hui furieux contre vous, syndicalistes, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas eu leur mutation malgré votre racket annuel... Pardon, le timbre syndical.
  Aujourd'hui s'ils sont furieux, c'est parce qu'ils attendent des syndicats qu'ils soient un contre-pouvoir de notre administration. Qu'ils défendent les plus méritants pour que soit reconnu à juste valeur leur travail.

  Or, les syndicaux dans la police (et la FPE et FPT en général) ne sont plus un contre-pouvoir depuis très longtemps. Ils sont devenus un des pouvoirs dans le système. Si on veut muter qu'importe vos qualités tant que vous êtes syndiqués. Payer l'impôt révolutionnaire est le seul sésame dans la boîte. Du coup, comme les syndicats sont devenus incontournables, qu'ils font leur fortune sur "la vente des indulgences" comme l'Église en son temps, ils se divisent pour récolter les miettes données grassement par l'Administration.
  Et puis les syndicats ont vite compris qu'ils feraient bien plus de business en protégeant les cas sociaux de la boîte plutôt que les plus méritants et ceux qui risquent vraiment leur vie, leur intégrité physique et de plus en plus leur job en bossant vraiment.
  Comme m'a dit un jour un des chefs qui m'a formé : "si tu veux muter rapidement, faut être une sous-merde que tout le monde veut voir partir... En plus, les syndicats adorent cette manne financière."
  Tout a été dit par ce chef connu pour son bon sens terrien.

  Les syndicats, à l'instar de notre administration, ont tout intérêt à continuer cette infantilisation, ce clientélisme pour ne pas dire cette crapulerie institutionnelle.
  Un flic qui se tait est docile. Si les flics avaient le droit d'expression sans être menacés dans leur carrière, ils feraient tomber des gouvernements entiers.
  Ce que l'on sait est explosif. Nos constats effrayants. Et notre connaissance de l'étendue du mensonge étatique trop dangereuse pour beaucoup trop d'intérêts... Les syndicats les premiers.

  Et si Bénédicte a beaucoup de mesure, moi j'en ai beaucoup moins. Je n'ai connu qu'un seul délégué qui n'était pas une tanche au taffe. C'était un délégué d'un syndicat ultra minoritaire à des années lumières de mes opinions politiques. La seule fois où j'ai eu besoin des syndicats, tous se sont dégonflé comme des merdes, sauf lui. Je lui ai dit que jamais je n'adhérerai à son syndicat au vu de nos divergences politiques. Malgré tout il est monté au créneau avec moi. Son intérêt ? Aucun !
  Il a fini par me dire qu'il n'aurait jamais pu être dans un syndicat majoritaire parce qu'à partir du moment où on a quelque chose à vendre, on n'est plus un contre-pouvoir libre. Là encore, le bon sens d'un flic qui devrait pouvoir l'ouvrir sans subir la censure institutionnelle.

  Si vous voulez arrêter de chouiner devant la mollesse de vos collègues pour les soi-disant combats que vous nous ressassez, commencez par vous libérer de l'administration en ne faisant plus partie du pouvoir en place. Pourquoi un syndicat devrait choisir qui doit ou ne doit pas muter ?

  Et si vous voulez vendre des combats auxquels les collègues adhèrent, soyez des flics comme les autres, avec des problèmes et des vies de flics. Peut-être verrez-vous que vos revendications sont complètement à l'ouest, que vos combats n'intéressent que vous et les cas sociaux que vous protégez, quand vous n'en êtes pas vous-mêmes...
Si demain au lieu de casser mes acquis de flic de VP pour consolider ceux des postes aménagés de délégués départementaux ou autres, si demain au lieu de nous présenter vos avancées comme des victoires alors qu'on a reculé de trois pas pour avancer de deux, si demain vous vous battez pour ce que veulent vraiment la majorité des collègues qui bossent, peut-être effectivement que l'individualisme, la soumission au système et le côté réceptif au clientélisme que vous proposez prendra fin. Peut-être aurons-nous envie de nous battre pour cette boîte...

  Parce que c'est tout de même énorme de voir que l'immense majorité des flics rentrent par amour du taffe, par volonté de servir et que cet amour, peu le perdent après les années. Mais quand la haine de l'institution et des syndicats devient tellement forte qu'elle arrive à nous faire espérer que l'institution s'écroule sur ses fondements de merde, là on voit l'étendue du malheur !

  Syndicats, battez-vous pour qu'on devienne une police professionnelle et apolitique, avec le droit de l'ouvrir dans les débats civiques. Et là, on vous suivra... Mais personne se tire une balle dans le pied n'est-ce pas... »
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September 23/02/2010 05:08


Merci pour votre blog : vous rétablissez un lien que nos politiques sont en train de perdre en transformant la police en outil de propagande. La police est faite pour les gens, elle est faite de
gens. Votre analyse vaut dans d'autres milieux professionnels : les bons syndicalistes sont rares, les jeux de l'institution infinis. C'est une chance qu'il y ait des garçons et des filles comme
vous pour faire ce métier. Je suis heureux de vous lire.


Lerouge 20/02/2010 01:53


Bonsoir,
Je vous félicite pour ce très bon blog que je lis régulièrement.

Concernant les syndicats, je suis très déçu.
D'une part, les syndicats Police devraient être apolitiques (ils ne devraient exister que pour défendre les collègues) et que voit-on ? Alliance à droite et UNSA(s) à gauche (du n'importe quoi,
comme si le flic de base s'intéressait à la politique ? Il s'en fout, il veut simplement le meilleur pour lui).

Ne parlons pas des dernières élections professionnelles où comme par hasard une scission est intervenue avant les élections professionnelles afin qu'un syndicat ne puisse obtenir la majorité (50%
des votes).

Les syndicalistes sont comme les officiers, des carriéristes qui se vendent au plus offrant.

Ne plus mettre la tenue et rester "détachés syndicaux" semble être leur leitmotiv, peu importe les couleuvres qu'ils doivent avaler (oserai-je parler de prostitution ?)

Nous, flics de base, sommes trahis par ces élus qui se foutent de nous !

Exemple : la reforme des retraites, merci All.
Les heures sécables ...

*Un pauvre GPX dégouté que les syndicalistes de niveau national se prostituent pour des places en or offertes par le pouvoir en échange de la servitude des gars en bleu qui EFFECTUENT le boulot sur
le terrain*


sarah 12/02/2010 00:10


Bravo....ton texte est exactement ce que je ressens merci d'avoir mis des mots sur ce sentiment amer et encore bravo.


Salvatore dit l'anonyme (le 2e) 04/02/2010 22:03


@Euskalherria :
Loin de moi de tenir le propos que nous sommes plus à plaindre que n'importe qui d'autres, bien au contraire.
J'ai eu une vie professionnelle avant la police. J'ai connu d'autres institutions publiques et le privé.
Effectivement, nous ne sommes pas plus à plaindre que bien d'autres institutions et d'autres métiers. Je ne voudrais pas travailler dans le BTP ou la restauration aujourd'hui par exemple (liste non
exhaustive malheureusement).
D'ailleurs, quand j'entends certaines pleureuses dans notre métier, je leur rappelle que l'herbe n'est pas forcément plus verte ailleurs.

Pour autant, mon propos n'était pas à lire comme une longue complainte misérable. J'adore mon taffe et je serais totalement en joie d'aller bosser si l'institution et nos syndicats ne gâchaient pas
tout.
Servir, se sentir utile était l'envie qui a guidé mon choix pour ce métier.
Or, dans l'état actuel des choses, je suis furieux en tant que flic et bien plus encore en tant que citoyen de voir notre métier manipulé pour ne devenir qu'une arme électorale, idéologique, un
outil d'orchestration en tout genre et surtout une machine bureaucratique aveugle. Et quand nos propres syndicats deviennent la caisse de résonance des dogmes les plus absurdes, des clientélismes
les plus iniques et le symbole d'une fonction publique qui n'a plus rien d'un service pour le public, là ce n'est plus le flic qui est le plus en colère, c'est le citoyen.

Je n'ai pas choisi d'être fonctionnaire de police pour être fonctionnaire mais pour être flic. Je n'ai pas choisi flic pour me lever le matin et me coucher le soir avec bobonne en me disant que
j'avais gagné mes euros pour bouffer (sinon j'ai des propositions plus alléchantes dans le privé). Et enfin, je n'ai pas choisi d'être flic pour être le mâtin docile d'un régime ou d'un autre en
jouant avec la virtualité des chiffres et non en servant et en protégeant les citoyens et les résidents de notre territoire national.
En gros, comme beaucoup de flics, je ne suis pas rentré dans la boîte parce qu'il y avait de la lumière. Je sais que cet état d'esprit change mais cela n'a rien d'étonnant vu la politique actuelle
de notre institution.

Et les syndicats en devenant un cogestionnaire de l'institution sont devenus les kapos dociles de cette bureaucratie aveugle et absurde. Cela devrait être le boulot de nos syndicats que de révéler
les absurdités de notre institution, de combattre les politiques absurdes totalement détachées des réalités du terrain. Or, quand nos représentants syndicaux ne savent plus ce que le terrain veut
dire et surtout quand ils se taisent pour une place au soleil, là nous ne sommes même plus dans l'incompétence mais dans la crapulerie pure et simple.... Et quand tout ceci se passe dans une
institution comme la Police, c'est tout simplement inadmissible.

Je suis vraiment inquiet pour notre avenir, celui de flic mais aussi et même plus encore, celui de citoyen.
L'Etat démissionne sur ce qui devrait être les piliers fondamentaux de sa raison d'être. Et à qui croyez-vous que cela va profiter ?


Narnokatt 30/01/2010 02:12


Au moins ce n'est pas inutile pour tout le monde:
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/01/29/regionales-un-responsable-d-un-syndicat-de-police-tete-de-liste-ump_1298811_823448.html


le flic 30/01/2010 15:10


Ton lien ne fonctionne pas.
Même info là :
[lien1]
[lien2]


EuskalHerria 28/01/2010 23:13


Si cela peut éventuellement vous consoler la situation est assez similaire dans beaucoup de ( grosses )"boites" du secteur privé, encore que nous ayons les chances de ne pas cottoyer les pires (
comme parfois aussi les meilleurs ) aspects de l'humanité et de n'avoir a nos coté aucune une arme ( avec tout ce que cela implique ); le fait est qu'actuellement une très grande lassitude ( pour
ne pas employer d'autres termes ) est très / trop souvent ressenti vis à vis de "l'encadrement subalterne" par "la base" et vis a vis de "l'encadrement supérieur" par "l'encadrement subalterne",
peut être est-ce du aux évolutions de nos sociétés ou de nos moeurs ou des deux ( peut être aussi de nos pouvoirs d'achats qui continuent de baisser allez savoir ), et cette lassitude est également
très / trop ressentie également vis-à-vis des délégués syndicaux souvent qualifiés de "vendus", "couilles molles" ou "passage obligatoire" pour avoir une défense, un soutien, ou avantage du CE ou
équivalent. Dire "tenez bon un jour cela finira par changer" n'est qu'une formule vide quand on peut rentrer tout les soirs chez soi à heure fixe et parfois sans état d'âme, le fait est que presque
partout la "politique" a pris le pas sur les "convictions" et qu'il faut faire avec : se blinder, changer de métier, attendre la retraite ou la lourde, et/ou plus important se trouver un jardin
secret ( même si c'est un chat ou un poisson rouge ) pour tout oublier et decompresser.


Stéphane 28/01/2010 22:06


Oui mais ça ne m'empêche pas de penser que c'est garve d'applaudir une déchéance pareille.......
Il y a quelque chose de pourri au royaume de .......


Stéphane 28/01/2010 21:40


Ca ne se voit certainement pas , mais là j'applaudis.
Bravo et merci.


le flic 28/01/2010 21:55


Ça ne se voit pas, mais c'est assourdissant... :)


Alex 28/01/2010 19:12


Cher collègue anonyme, tu résumes à la perfection ce qui devrait être mais qui ne l'est pas pour la simple et bonne raison qu'intérêt personnel n'est pas compatible avec intérêt collectif. Mais ça
n'est pas l'apanage du syndicalisme policier et la défense de l'intérêt collectif n'est qu'utopie.

les représentants locaux font souvent ce qu'ils peuvent avec qu'ils ont mais au moins ils ont le mérite de le faire, sans demander aucune reconnaissance, ça s'appelle l'altruisme et ça n'existe
qu'au niveau local dans les syndicats policiers.

Je ne suis partisan d'aucun syndicat mais j'ai une carte que j'ai prise uniquement parce que le délégué de ce syndicat est dans la même brigade que moi et qu'il dit honnêtement ne pas adhérer à
toutes les idées du syndicat qu'il représente, si bien qu'on n'est pas innondé de tracts n'ayant pour but que de décrier les actions de celui d'en face.
et ça c'est rare.

l'administration va mal mais personne ne se mobilise pour que cela aille mieux, pas par lâcheté mais par dépit.


Lolo 28/01/2010 06:07


Coluche disait déjà en 79 à propos des syndicats : "Avec les maisons en préfabriqué, pendant le crédit tu répares ce qui s'écroule, et au bout de quinze ans les ruines sont à toi."
Nous en sommes exactement là avec nos syndicats respectifs.
Depuis 2007, à chaque syndicat qui me tente de me recruter, je répète inlassablement : " quand vous serez unis, je reprendrai une cotise !"
Je sais, c'est pas demain la veille, je sais, je suis une grande rêveuse, mais on ne peut pas repprocher à la grande institution de diviser pour me régner alors que eux sont les premiers à utiliser
cette méthode de manadgement sans scrupule aucun.
Donc non messieurs les syndicalistes, je ne reprendrai pas encore une fois cette année une de vos cartes.....
Prouvez nous d'abord que vos intérêts sont les nôtres et non les vôtres !


Stéphane Berthomet 28/01/2010 03:24


Hors circuit (policier) depuis bien longtemps, je regarde de loin ce que devient la maison police et j'ai vraiment de la peine pour vous... Les nouvelles de ce qui fût, durant si longtemps, la
grande passion de ma vie, me rendent bien triste pour vous. Partout, je ne lis plus que colère, et rancoeur, là où devraient se tenir fierté et passion ! Je vous vois vous débattre dans les
emmerdes, faire front de toutes parts aux attaques, aux petites lâchetés, et à la nullité d'une part de plus en plus grande de votre hiérarchie. Je vous entends, non plus vous plaindre, mais hurler
contre vos syndicats, ceux qui auraient dû rester vos alliés naturels et vous défendre au lieu de mettre eux aussi, la main à un système devenu inhumain et absurde...
Je vous observe vous mobiliser spontanément pour la mort d'un des vôtres (puis-je encore dire des nôtres) et devoir faire face à vos propres chefs pour démontrer un peu de solidarité et de soutien
à un camarade mort en service...
Je repense à ceux qui sont tombés, se sont suicidés où ont été blessés pendant mes années dans "la boite". Je me souviens de notre fierté presque naïve d'exercer un métier de justice au service des
autres. Je me souviens des amis, des soirées de java, des collègues qui se cotisent pour les familles de ceux qui ne reviendront pas au bureau, de ceux qui "craquent" et à qui on laisse une seconde
chance, de ceux qui vont chez le "tôlier" pour vous défendre, des enquêteurs qui apprenaient le boulot aux inspecteurs, de l'entente et de la solidarité entre gardiens et inspecteurs, des
commissaires qu'on appelaient "Patron", des Divisionnaires qui savaient écrire un rapport et des "Patrons" qui protégeaient leurs troupes...
Quand j'ai quitté la "grande" maison, j'avais fait le tour de pas mal de choses, y compris des syndicats, puisque j'ai aussi été détaché permanent. Je pensais en avoir vu beaucoup, en connaître un
rayon sur la police... mais je me trompais, car jamais je n'aurais pensé voir ce métier qui a occupé près de 20 ans de ma vie, devenir un bourbier pour autant d'entre vous, je n'aurais jamais cru
que cette passion qui nous anime tous au départ puisse se transformer à ce point en une haine farouche de l'institution.
Et sincèrement, de tout mon coeur, je suis triste pour vous.
Sb