Suicides dans la police : un plan de réduction des effectifs?

18 Novembre 2009

Vous pouvez ne pas être au courant, parce que peu d’écho est donné à ces morts-là, mais ces temps-ci, il semblerait qu’on dépasse le quota de minutes de silence dans les services de police.
Peut-être qu’un jour on les regroupera pour en faire des heures à décompter du temps de travail, allez savoir.

  Le suicide dans la police, on en parle très peu. Même dans la police.
  Hors période d'élections professionnelles, les syndicats ne semblent pas trouver en ces drames un sujet très porteur, préférant gérer leurs sempiternelles petites guerillas d’intérêts, et autres pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette, quand ce ne sont pas des indignations qu’on pourrait qualifier de comiques si la cotisation n’était pas si chère.

  L’administration a mis en place il y a quelques années une structure, le SSPO (Service de Soutien Psychologique Opérationnel), composée de psychologues à qui les fonctionnaires de police peuvent faire appel. Mais ce système, même s’il part d’une intention louable, a ses limites. Un flic n’a pas forcément envie de confier ses difficultés à quelqu’un qui a une place trop proche de l’organigramme policier.

  Les flics eux-mêmes ont du mal à parler, se retranchant derrière une obligation de réserve dont on ne sait plus trop ce qu’elle doit recouvrir, et dont la marge avec la liberté d’opinion ou simplement de s’exprimer est incertaine.

  Quant au nombre de suicides, là encore c’est le flou. Et c’est dommage dans une administration qui sait à ce point jouer de précision sur les chiffres, que ce soit le nombre de délinquants recensés dans la nuit du 12 octobre au 28 juin, ou un objectif de gardes à vue à la décimale près pour la semaine dernière.
Pour le suicide, à part une estimation officieuse de un par semaine, pas moyen de savoir. Le chiffre selon la police n’est pas disponible.
Et l’autisme est bien partagé.

  Mais il y a une raison à tous ces suicides, une seule et même raison invoquée : "les problèmes personnels"...
Quelle bonne blague, ces mots prétextes qui ne veulent absolument rien dire, et qu’on assène en urgence, avant les obsèques, comme un rempart contre une accusation qui ne manquerait pas de tomber.
Bien sûr qu’un suicidé a eu des problèmes personnels, un très gros problème même, un problème fatal dirigé contre sa personne pourrait-on dire.

  D’ailleurs, on se suicide partout à cause de problèmes personnels, et les patrons sont des Pilate, la profession n’a rien à voir avec tout ça, même quand on se pend dans un atelier ou qu’on se tire une balle dans la tête dans un commissariat de police. Il ne faut surtout pas y voir de message subliminal, mettre fin à ses jours sur son lieu de travail n’est qu’un hasard de la vie…

  Admettons pour les problèmes personnels. Mais dites-moi, pourquoi les flics en auraient-il plus que dans d’autres professions après tout ?
Et d’ailleurs qu’est-ce au juste qu’un problème personnel ?
Et s’il s’agissait dans la plupart des cas d’une perte de repères, de vies de famille ou vies de couple qui explosent en plein vol ? Si les fonctionnaires de police ne sont pas recrutés en fonction d’une sensibilité exacerbée, s’ils ne sont pas plus sentimentaux et sujets au bovarysme, plus vulnérables psychologiquement que la moyenne des Français, quel peut être le dénominateur commun de tous ces flics qui se suicident ?
Voyons voir… j’ai bien une idée : et si c’était leur métier ?

  Si c’était ce métier qui contribuait plus que pour d’autres à dégrader l'estime de soi, et la vie privée au point qu’elle ne soit plus un refuge, au point qu’il n’y ait plus de vie après le boulot ?

  Le métier de flic de terrain n’engendre pas tous les jours la joie de vivre. Par définition, là où il y a besoin de police, ça ne va pas fort.
  La police doit gérer une gamme très large de dysfonctionnements humains et sociaux, et mettre les mains dedans. Dont la délinquance sous toutes ses formes.
C’est pourtant un métier qui pourrait être – et qui l’est dans certains contextes – très épanouissant et valorisant.
  Les facteurs extrinsèques du métier de flic ne sont pas ceux qui changent le plus. La délinquance et la sécurité sont des préoccupations sociales permanentes dans le temps. Les délinquants n’ont jamais été d’aimables, respectueux et inoffensifs personnages. En outre, si la mutation de la délinquance est une chose, l’augmentation exponentielle qu’on nous annonce dans divers scenarios catastrophe éminemment politiques en est une autre. (l’écho fait par les médias donne l’illusion de l’émergence de certains crimes et délits dont la fréquence n’a pourtant pas varié depuis des décennies.)

  En tout état de cause, la déprime policière est bien moins liée à la difficulté de lutter contre la délinquance et à tout ce que cela suppose de désamour, d’irrespect et d’impopularité, qu’aux conditions de travail ET une certaine façon de travailler.

  On se suicide plus en Sécurité Publique qu’en Police Judiciaire.
  Le risque, la fatigue, les horaires difficiles et leurs incidences sur la vie privée, les coups au moral, les insultes, les atteintes à l’intégrité physique, bref tout ce qui jour après jour abime le flic en uniforme, ne peut être ignoré d’une société pour qui il est indispensable, et surtout du système qui l’emploie.

  Le policier se plaint de mésestime aussi bien de la part des citoyens qu’il sert (mais ça n’a jamais été au beau fixe), des médias qui ne font écho qu’aux incidents le mettant en cause (on ne parle que de ce qui est mal fait, ce qui est bien fait ne se remarque pas), que de sa propre administration (par le passé, il y a eu d’autres méthodes de management, quand on parlait de diriger du personnel et pas de gestion de ressources humaines… )

  La pression liée à la culture du résultat est insupportable, d’autant plus que la preuve de son incidence sur la délinquance est loin d’être faite.
  La hiérarchie est devenue comptable, gestionnaire de statistiques, elle se déshumanise alors même que le métier de flic est peut-être celui qui justifie le plus du besoin d’écoute et d’harmonie entre les grades.
  La dérisoire prime au mérite a créé une forme de compétition chez certains, fragilisant ce qu’il y avait de plus sécurisant et confortable : l’esprit d’équipe et la solidarité.
Jamais le policier en tant qu’individu n’a été aussi insignifiant.
Jamais il n’a été soumis à une telle pression.
« Ceux qui sont fatigués, dehors ! » disait il y a peu le chef de l’État, s’adressant aux policiers et aux gendarmes, le même jour qu’était annoncée une baisse d’effectifs considérable, et la consigne de mettre le paquet sur le Chiffre.
Ita misa est.
Il lui faudra faire plus avec moins…
Et sans se plaindre. Et en sortant de scène discrètement.

  Aujourd’hui, le réconfort moral souhaité par certains est loin d’être suffisant.
La meilleure cellule de crise psychologique est et restera toujours le huis clos de la voiture après une intervention difficile.
  Parler des suicides dans la police, sortir de la conspiration du silence, ce que tous les flics réclament à corps et à cris, ce n’est pas assez non plus. Un temps de visibilité, quelques lignes dans la presse pour faire le jeu médiatique, ça défoule, ça ne console même pas, et ça s’arrête là.

  Ce ne sont pas les métastases qu’il faut soigner quand le mal est fait, mais comme partout, comme pour tous, pour tout salarié, se demander comment on en est arrivé là. Et prendre parfois sa part de responsabilité, quand on a des fonctions de commandement. Ou de représentation des effectifs.
  Et faire preuve de maturité, se dire que si certains – des syndicats ou de l’administration policière – sont défaillants, il appartient à chacun de revisiter le mot solidarité. Et de voir comment il peut le décliner.

  

Autres articles liés au sujet :

Bénédicte Desforges

#actu police, #suicides

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
laisser un commentaire

Keep in Touch – Calling List 07/05/2014 12:56

I agree to the fact that suicide in the police is a least discussed topic. I have heard that there exist some unions where the issues faced by cops are being discussed. Having a psychiatrist could
be a nice idea, but something much more efficient needs to be thought out. Thanks for discussing this.

SIMONET 19/10/2011 10:45


Mon mari (gardien de la paix à la courneuve) s'est suicidé le jour de ses 29 ans en septembre 2005.
Je trouve votre article formidable. Tellement de sujet tabous dans la police... La hierarchie afflige les conjoints dans ce drame en insistant sur des "problèmes personnels", en faisant courir des
bruits de couloirs... C'est minable. Il serait temps que les hauts fonctionneire prennent conscience du mal être des collègues et surtout qu'ils prennent leurs responsabilités...


bénédicte desforges 19/10/2011 11:08



Oui c'est minable, je suis bien d'accord avec vous.
Cette façon de nier que le domaine professionnel puisse gangréner la vie privée est abjecte.



naguima 14/03/2011 13:26


Je suis peinée et révoltée quand je vois un petit filet dans un journal écrit ou une petite phrase dite pendant le journal télévisé : suicide d'un policier, on suppose pour des raisons
personnelles. Oui, j'ai un énorme chagrin pour la famille, car c'est son métier qui l'a tué, révoltée car la course aux résultats vaut davantage que la vie d'un être humain.


un ancien de la PN s'adresse aux actifs 13/12/2009 23:11


Chers collègues,
Jadis, au Centre d'Instruction, on nous expliquait que la mission des gardiens de la paix était la protection des personnes et des biens.
Au début des années 70, la discipline était assez dure, mais, sur la VP, nous étions respectés.
Pour la plupart, nous étions fiers d'être flics, fiers d'appartenir à la "grande Maison", fiers de servir l'Etat.
J'ai lu vos commentaires, notamment celui de "Salvatore sous Guronsan". Je suis sincèrement peiné de constater à quel point les conditions de travail se sont déteriorées dans la PN.
Je suis parti en 2004, je savais que mes collègues allaient me manquer, des mecs supers, bosseurs, bons OPJ.
Certaines enquêtes étaient passionnantes, on ne comptait pas nos heures, la charge de travail était énorme, pas le temps de s'ennuyer...
Je dois reconnaître que la mentalité au sein d'un groupe PJ ou SIR c'est différent, rien à voir avec la tenue, un autre monde.
Le grade est secondaire, ce qui importe c'est d'être reconnu par tes pairs comme étant un bon OPJ, sérieux et travailleur. Je n'étais qu'un major OPJ, mais j'ai eu la chance de servir dans des
groupes et des services commandés (sauf une fois) par des Chefs dignes de ce nom, compétents, à la hauteur, des hommes humbles, malgré leur impressionnant niveau d'études.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment que la PN (GN idem) est malade de la politique de répression. Les gardiens de la paix seraient-ils devenus des collecteurs d'impôts au nom de la sécurité routière
?
Au su des témoignages transcrits sur ce site et ceux entendus ici et là, on peut légitimement se poser la question: la sécurité des personnes et des biens est-elle, encore de nos jours, la mission
première de la police nationale ?
Il est bien loin le temps du SRF (les anciens des CRS se souviennent), et oui, on portait secours, on aidait les usagers. Parfois on verbalisait, mais pas systématiquement.
Courage Salvatore, ne quitte pas la PN, il ne faut pas renoncer. Essaye d'intégrer un service dans lequel la mission correspond à ta conception du métier de policier.
Ce n'est pas facile, mais ça vaut la peine d'essayer.
Amitiés à tous,
CA


SCHMITT Maurice 04/12/2009 14:04


Bénédicte bonjour.
J'ai entendu l'interview sur France Info le matin même où la discussion portait sur le nombre de suicides au sein de la police. N'étant pas un fan des policiers mais estimant qu'à juste titre ils
sont indispensables dans notre société afin que les lois en vigueur soient le plus possible "respectées" et surtout qu'ils garantissent par leur présence une paix sociale. Au gouvernement nous
avons des gens qui sont loin des réalités du terrain et il est plus facile d'acheter la paix sociale par du fric que de mettre en quantité respectable des hommes. La bataille des quotas ou chiffres
voulue par notre actuel président est une hérésie,et cela ne m'étonne guère de lire ou d'entendre que le nombre de dépressifs est en constante augmentation parmi les policiers. Ajoutez le devoir de
réserve, je comprends celles et ceux qui "pensent" servir le pays honorablement et le plus juste possible alors que la hiérarchie se fout éperdument des états d'âmes. Un monde dans lequel l'homme
n'a pas sa place au coeur des décisions et des choix est un monde minable j'attends le jour où la population française se soulèvera massivement et dans le calme pour faire comprendre à nos élus
qu'ils ne sont pas en place pour se faire des couilles en or mais pour défendre l'intérêt de tous les français. Retraité, 61 ans, marre des injustices et des magouilleurs de tous bords.(En plus
j'ai voté pour notre président alors ne me taxer pas de gauchiste, je veux juste un bon équilibre dans le respect de nos institutions)
Salutations à toutes et tous et merci de me lire calmement, car c'est une honte d'entendre que des concitoyens se suicident à cause de décisions débiles.


Maxime 30/11/2009 09:37


De moins en moins facile comme boulot.......

Comme quoi c'est pas forcément un bonheur pour vous d'arrêter à la chaîne du cycliste qui grille un feu rouge. On sait au moins pour qui ne pas voter aux prochaines présidentielles après vous avoir
lue.


Xorizo 29/11/2009 15:41


@jayos
Je porte une "chemise blanche". En fait non, elle est plutôt bleue marine, mais on s'est compris. Je suis officier et comme toi, j'étais sur le terrain ce soir là, et comme toi je suis rentré
couvert de lacrymo, fatigué et dégouté.

Ce sujet, celui du suicide, et plus généralement du malêtre que peuvent ressentir certains d'entre nous, ne devrait pas être l'excuse pour encourager une lutte des classes (ou des grades comme vous
voudrez) hors de propos mais plutôt de retrouver cet esprit de corps qui nous manque tellement de nos jours.

J'ai connu de bons commissaires, de mauvais aussi.
Ils se suicident aussi, les commissaires. Et j'en ai pleuré.

Les officiers : pareil. Trop souvent.

Les gardiens de la paix : pareil. Et ces derniers mois, nous nous sommes trop souvent retrouvés à l'IML pour saluer une dernière fois ceux qui avaient choisi de nous quitter. Olivier, Henry et tous
les autres.

Quelque soit la couleur de notre chemise, quelque soit notre fonction, nous partageons les joies et les peines d'un métier difficile et ingrat.


Patrick JACQUET 23/11/2009 17:09


Bonjour à toutes et à tous,
Ben voilà, je suis ce qu'on appelle un vieux flic, je pense qu'on peux le dire comme ça après 31 ans de carrière.
Ce boulot je le voulais, je suis ce qu'on appelle un flic de vocation. Je ne regrette pas d'y être entré mais ce qui me surprend c'est que je ne vais pas regretter d'en sortir.
Pourtant j'en ai vu des filles et des gars pleurer le jour de leur départ en retraite maintenant il n'en faudrait pas de trop pour qu'ils partent en courant.
Mais revenons à nos moutons :
Les suicides de Policiers ; que nenni pour le porte parole du ministère, la preuve, les chiffres diminuent ; nous n'en sommes qu'à un peu plus d'une trentaine.
Quand j'entends cela je crois entendre un patron du cac 40, nous sommes devenus ni plus ni moins que des salariés du privé. On s'en fou du vague à l'âme des policiers seuls les chiffres
comptent.
Du chiffre, du rendement, de la réduction de personnel pour plus de travail et plus de rendement et moins de repos, l'on pourrait se croire salarié dans une grande surface.
ET l'estime de nos patrons, chercher la bien.
La dépression, le suicide, que nenni, ce n'est pas le travail qui en est le responsable, c'est la vie de famille ! Ah oui? Et si nous inversions la problématique. Métier atypique que celui de flic
; des horaires de merde, des rappels au service même en récup. Nous quand le téléphone de la maison sonne, les autres pensent à un coup de fil de leur famille ou de leurs amis. Nous les flics on se
dit : "merde ça doit être le service". plus les responsablilité quand on interpelle, les situations toujours tendues, ne sachant jamais qui on a en face, cette hiérarchie qui nous lache, la
déconsidération de plus en plus grande de nos concitoyens, les choses horribles qjue l'on peut voir etc...
Et bien tout cela forme un tout qui déstabilise le fonctionnaire et de ce fait déstabilise sa relation avec le conjoint et sa famille et malheureusement, parfois, cela s'emmelle. Et les conjoints
ne sont jamais préparés à ce qu'ils vont vivre au quotidien à vivre au côté d'un flic. Alors NON ! NOUS N'AVONS PAS UN METIER COMME UN AUTRE.
Les syndicats? Mais ils font ce qu'ils peuvent dans des comissions (CTP, CHSC) parce que les patrons votent toujours du côté de l'administration. les commissions de disciplines ou médicales, si
vous avez des délégués mordants ça va mais si vous avez des moutons gare à la sanction. Il m'arrive d'être défenseur pour des collègues en disciplines (je vous dirais pourquoi, plus tard, si cela
vous intéresse mais je ne suis pas délégué syndical)et je vis des situations effarentes; Des porcédures de merde avec des PV sans horaires de cloture, sans motif dans la marge, des procédures
uniquement à charge etc... Hé bien ce qui serait refusé en justice en discipline, ça passe.
Et dans notre malheur, même si des délégués font pas leur boulot, on a de la chance, l'administration craint le taux de participation, alors votez pour qui vous voulez aux prochaines élections mais
votez quelque soit votre grade.
Je suis d'un naturel optimiste mais réaliste, heureusement qu'il y a des représentants du personnel, sinon ce serait encore pire.
J'en ai fini pour ce commentaire mais pour ceux et celles qui ne vont pas bien, parlez. Il faut parler à quelqu'un de ce que l'on vit, cela permet de se déchargez de son trop plein émotionnel. je
suis sur que l'on a tous quelqu'un à qui se confier et qui ne nous juge pas. Allez voir aussi les psy, croyezmoi je travaille assez avec eux pour connaitre leur utilité. Et sinon, ben, parlez à
votre animal de compagnie mais pas à la bouteille, ni à d'autres produits, et surtout pas à votre arme. Ou alors écrivez dans ce blog ça défoule aussi d'écrire.
Allez bon courage à toutes et à tous
@+ PJ62


Denis 21/11/2009 01:58


Salut Béné, salut à tous.
Je passe par là. Je me pose la question de savoir, mais sans doute que oui (à la moindre affaire foireuse qui pourrait entamer la façade, les cellules ad-hoc de communication demandent à ce qu'on
leur faxe les procédures..),si la police de Vichy à un oeil sur ton blog.
Les petits pères doivent bien rendre compte. Je me demande de quel bois ils sont faits ceux là...
L'exercice politique (ramené à 5 ans)consistant à préparer sa ré-élection, le long terme n'est pas la priorité.
Bientot, le fauteuil risque de sentir le cramé. Mais ça, ils en doutent encore.
Le petit peuple s'il n'a pas commencé a lutter pour sa survie, commence sérieusement à manquer d'air. Que vont ils (les "privilégiés de la République) faire.. nous (les flics) faire passer à
l'étape suivante...
...
"Choisit ton camp, Camarade!"..

Je crois qu'on y arrive..


Arnaud 21/11/2009 00:59


Ce qui fait mal...
le rien...
le rien dans le regard de cet opj qui va relacher pour la huitiéme fois ce petit desoeuvré, qui vien de cracher au visage de ma collégue, en disant "ça va ce n'est que de la bave, t en verra d
autres ", ce proc qui a sufisament de violences urbaines dans ses bannettes pour dire "que vos gars fassent doucement sur les controles c'est pas la peine de les provoquer" ou encore "laissez faire
il sont chez eux"
cette victime ensanglantée qui sortira de l hopital 6 heures aprés que son agresseur ai quitté les gav avec un rappel a la loi
ce collégue qui a vu son mur etre tagué et sa porte etre partiellemnt brulé parce qu'il a decidé d'aider son prochain et est intervenu hors service sur ce différent familliale
Ce qui fait mal c'est aussi ce flic qui sert et protege même si ce n'est pas ecrit sur son véhicule de service et qui pourtant se demande si il n est pas un sous citoyen
ce flic qui va manger chaud parce qu'il est flic et qu'il a repondu a la violence par la violence
ce qui fait mal c'est cette annonce faite par un jeune stagiaire au reste d'une famille inquiéte que papa et maman ne vont pas revenir du resto ce soir
que chacun prenne ses responsabilités, le politicien , le magistrat, l opj, le bier, le gardien, le collégue.
ce qui fait mal c'est cette fratrie qui se deteste au point de ne plus se soutenir, cette corporation qui se divise pour de l argent, du petit pouvoir, du rien.
ce qui fait mal c'est le rien, le vide que je ressent au font de moi lorsque j ai "bien travillé" lorsque j'ai souffert aprés ce coup accusé au morale au physique et que je n'ai pas souhaité
notifié lassé de trop de procédure inutile
ce qui me fait mal c'est ce collégue qui ne m'a pas dit qu'il était rempli de tout ce vide que je ressent aussi
Ce qui me fait mal c'est qu'il ne m a pas dit qu'il en avait assez, que sa femme ne voyait en lui qu'un fantome toujours ailleurs même chez elle
toujours ailleurs et jamais là
Ce qui me fait mal c'est aussi qu'il était même devenu un etranger pour lui même au point de ne pas etre touché de sa propre disparition
Ce qui me fait mal c'est qu'il etait mon exemple de flic...
comme un mentor
ce qui me fait mal c'est qu'ils sont nombreux ces flics/fantomes disparues et que personnes n'a jamais enquêté sur leurs meurtriers


non merci 20/11/2009 23:00


Pas mal dit tout ça, on était arrivé aux mêmes conclusions avec nos mots simplets, mais ça ne rendait pas pareil.

Il se trouve que personne ne parle en notre nom de ce qui ne va pas, donc merci à ceux et celles qui retroussent les manches pour essayer de faire comprendre au profane pourquoi le flic de base
peut être un peu morose ou tout simplement ne plus être du tout.

Police et politique, c'est comme chien et chat, ou comme le feu et la glace vu que j'aime bien les chats.
Le policier ne communique pas, il agit. Il ne polémique pas, il applique. Il n'est même pas supposé réfléchir, tout est marqué dans les deux bouquins rouges pour le judiciaire et dans les
règlements du siècle dernier pour le reste (comment il faut couper sa moustache et comment c'est mieux de mettre un couvre-chef avec la visière devant par exemple).

On n'essaie pas d'en faire de la politique, franchement c'est le dernier de nos problèmes (ça devrait l'être du moins), alors laissez-nous faire ce qu'on sait, on est payé pour et on ne voudrait
pas que vous vous fassiez mal.

C'est un métier pour les grandes personnes, pas pour les petits intérêts.


Nichevo 20/11/2009 20:54


Salvatore devrait passer du guronsan au mode camomille...

Il y a aussi de bons officiers et de bons commissaires.
"J'en connais des biens..."

Merci Michel pour cette comparaison "privé public". Le mal vient de là; d'outre atlantique en fait. Performance, primes (ou oboles) individuelles au mérite, compétition entre collègues du même
service, ne peuvent qu'aboutir au pire dont Benedicte nous brosse un tableau inquiétant.

Difficile aujourd'hui de pouvoir "se poser" et réfléchir sur son boulot. Difficile de faire toujours plus vite et mieux avec encore moins....ou alors c'est la triche, mais là on en vient à la fin à
marquer des buts avec les mains...(oui je sais elle est un peu facile).


david 20/11/2009 18:42


Bonsoir,

un petit message d'un simple citoyen, de la majorité silencieuse :

votre métier est difficile …
Vous gérer la misère sociale …
Vous êtes en contact quotidien avec le pire de la nature humaine …
Vous voyez des choses traumatisantes …
Vous risquez votre vie au quotidien …
Vous êtes confrontés à l'ingratitude de certains citoyens et parfois de vos supérieurs (jusqu'au plus haut niveau …)

Mais, grâce à vous, flics de terrain :

notre pays reste une démocratie
je dors à peu près tranquille
mes enfants sont plus en sécurité
les routes sont plus tranquilles
les méfaits de la drogue sont combattus au quotidien
des forcenés se rendent sans abattre femme et enfant
certains petits délinquants n'évoluent pas vers le grand banditisme
les milices privées sont quasi inexistantes
les terroristes sont surveillés de près
les citoyens ne sont pas sur armés

Alors bien sûr le tableau n'est pas parfait …
Mais comment se serait si vous n'étiez pas la …

Bon courage ….


rushes 20/11/2009 13:00


Bravo pour cette prise de position courageuse. Vous êtes désormais en lien sur http://www.betapolitique.fr/La-mode-des-suicides-se-confirme-38537.html
Bonne continuation


François Bénizeau 20/11/2009 12:03


Merci, Bénédicte pour cet écrit magnifique et horrible à la fois; horrible par la vérité qu'il révèle. Je pense sincèrement que tout y est dit, et bien dit!
J'ai assisté aujourd'hui au discours d'Hortefeux à Milipol. Que des belles paroles: création de telle ou telle unité en fonction des annonces d'événements criminels... médiatisés, vidéo-protection,
collaboration avec les entreprises privées...
PAS UN MOT SUR LE PERSONNEL ! En matière de police, le nerfs de la guerre n'est pas l'argent, mais l'humain! Que notre ministre pense aux plusieurs centaines de milliers d'humains qui œuvrent dans
ses forces de l'ordre au quotidien, dans des conditions parfois terribles, et sans aucun soutien de sa part...

Son discours: http://www.interieur.gouv.fr/sections/le_ministre/interventions/salon-milipol-2009


Marc Louboutin 20/11/2009 10:09


Extraits de la lettre envoyée par Michel Michaud, un secrétaire général d'un syndicat (Lequel ? Ce n'est pas le plus important.)à Monsieur Jean-Louis Debré, Ministre de l'Intérieur, le 17 octobre
1996.
"Je viens d'apprendre le suicide du Commandant de police Yannick Collot, en fonction à la circonscription de sécurité publique de Trappes, dans les Yvelines. Cet événement dramatique qui s'ajoute
aujourd'hui à une série d'actes identiques est, pour le responsable syndical que je suis, insupportable par le problème et les conséquences qu'il soulève"..."Il illustre la stupidité des hommes et
démontre l'incapacité de votre administration à résoudre les problèmes humains que rencontrent les fonctionnaires de police"..."L'affaire Collot(...)est le meilleur exemple de la destruction
programmée d'un des nôtres par la redoutable machine que constitue votre administration." ... "Le 16 octobre, il mettait fin à ses jours en se tirant une balle dans le cœur. Cette affaire
dramatique est pour moi un signe. Il faut arrêter d'urgence cette dérive, cette déshumanisation qui gagne chaque jour du terrain. Vos fonctionnaires sont des êtres de chair et de sang. Il faut
arrêter tout et réfléchir. Ne plus continuer ainsi c'est urgent. La mort du Commandant Collot ne doit pas être inutile(...). Il y a trente ans bientôt, lorsque je suis entré dans la Police, un
autre état d'esprit existait. Une fraternité professionnelle certaine permettait de résoudre ce type de situation(...) Notre hiérarchie doit se reprendre. Diriger un service, un département entier
nécessite des qualités humaines certainement supérieures à la moyenne. Ce n'est à l'évidence par le cas aujourd'hui(...)Il faut arrêter, Monsieur le Ministre, pour redevenir des êtres humains.
Alexia ne connaîtra pas son papa. C'est dommage. Un policier qui avait des oiseaux dans son bureau ne pouvait pas être méchant. Ce n'est pas donné à tout le monde d savoir écouter les oiseaux."

Voilà Bénédicte, un courrier officiel qui est exactement dans l'esprit de ton billet. C'était il y a treize ans. Yannick était mon ami. J'ai trouvé son dernier message en rentrant de congés
Outre-Mer, sur mon répondeur.
A l'époque je ne possédais pas de portable.
Depuis cette date, selon la moyenne des plus ou moins mauvaise des années en la matière, plus de 500 policiers se sont suicidés, puisque l'administration actuelle aime tant les chiffres qui
parlent.
Et rien ne change pour autant.


Agnès ROBERT 20/11/2009 09:56


Merci d'ouvrir la bouche, de nous alerter sur votre situation, merci de votre sincérité, un accent qui ne trompe pas ! J'ai mis le lien vers votre site sur le haut de ma page d'accueil... Merci à
France Info qui m'a permis de vous entendre et qui m'a permis aussi de connaître votre site. Je suis atterrée de ce que vous écrivez sans en être étonnée : tout cela était prévisible et des
politiques (pas en cour), des magistrats avaient alerté ! Mais les français ont voté et à 53 pour cent, hélas, ont voté cette culture du résultat, ce populisme des plus bas et démagogique !

Bon courage, je suis avec vous !


BOURGEOIS Michel 20/11/2009 09:40


Je suis un simple citoyen. Ayant étudié le monde du travail au sein des grandes entreprises industrielles, il m'est facile de faire un comparatif entre la "maison police" et l'industrie en
général.
En effet, la Police Nationale, service public à l'initial, de part les directives ordonnées par l'Etat, glisse inexorablement vers un système économique de rentabilité maximale bien connu dans
l'industrie. Le dit système, mis en place pernicieusement, crée, au départ, une fracture entre les officiers (cols blancs) et le policier de base (cols bleus) d'où suppression de l'esprit de corps.
La machine à pression est en place. Du chiffre, du rendement, les officiers qui ont des comptes à rendre à la hiérarchie supérieure tape sur la base pour avoir du chiffre. Je pense que tout le
monde à compris le principe. Mais où le bât blesse c'est la différence de travail entre un opérateur sur chaîne et un flic de base, confronté quotidiennement à la lie de la société - Imaginé le
stress !!!!! - et en plus victime de rendre des comptes à une hiérarchie devenue technocratique ou une seule chose prévaut : le chiffre, le rendement.
Ne vous étonnez pas de la recrudescence des suicides chez les policiers de base. Après tout que vaut la vie d'un homme face aux intérêts supérieurs ?


coyote 20/11/2009 09:27


Bonjour,
Cela fait un petit moment que je ne crois plus en ce mot, et encore moins ces temps ci.
J'ai eu dans dans ma carrière des hauts et des bas, je pense comme tout le monde. L'administration à parfois réussi à attaquer une motivation bien réelle, mais ces derniers temps, les exigences et
propos de ma hiérarchie (qui se fait l'écho de notre administration), ont réussi à me sapper le moral !!!!
Lorsqu'on vous tiens des propos du genre: J'aurais préféré que vous m'interpellié 100 mecs avec 1Kg shit plûtot que votre mec avec 100Kg...!!!, ou encore arrêter de faire des équipes de "dabeurs"
(vol par ruse ou violences de carte banquaires lors de l'utilisation de cette dernière, que se soit au DAB, pompes à essence automatisées etc...), car il ne s'agit pas de Délit de Voie Publique
mais de Délit Général!!!, il est donc préférable de faire un merdeux qui casse une vitre ( car dégradation), plutôt que des voleurs qui opèrent en bande organisée.
Nous marchos sur la tête, des conneries abyssales nous sont dites chaque jours: Surveillé les lieux ou de l'alcool est vendu après 21H00, mais jamais: surveillé les lieux ou des braquos peuvent
avoir lieu.
Autant dire à un médecin les chiffres en traumatologie ne sont pas bons actuellement, alors cessé les consultations et donc les médications pour les autres maladies, faites de la fractures et pas
de grippe.
Tout ça pour dire que j'en ai franchement marre, et je ne parlerai pas d'une hiérarchie hypocrite, sans courage et parfaitement incompétente qui se croie investie d'une mission de service divin,
pour nous rabacher les 20 articles du code de déontologie...


pousse manette 20/11/2009 08:24


OK pour la constatation et son explication. Mais quel en est le but? Dans la police comme ailleurs (avec une souffrance au travail différente quant aux tragédies, les suicides), met-on en oeuvre un
dispositif qui préparerait à, non une privatisation, mais des délégations à des organismes privés de proximité? Peut-on l'envisager? Pour traiter si mal nos Services Publics, sous couvert de
restructurations et de rentabilité, il doit y avoir un but, non?