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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 14:44

rue89ico 

 

morsay

 

 

Envoyez-moi des commentaires ! Faites-moi de la pub !
Cliquez sur mes clips, bande de fils de putes ! (...) Cliquez ! Bande d’enculés !
Cliquez, bande de salopes ! Clique, salope !

(dit Morsay à haute et intelligible voix)

  C’est pourtant clair, non ?

  Il a tout compris, Morsay.
Comme d’autres plus récemment, il a parfaitement intégré le fait qu’il trouverait son compte dans cette frénésie qui consiste à partager ses petites indignations avec le plus grand nombre, et qu’il s’offrirait une belle publicité sur le dos de ses détracteurs les plus virulents. Ceux-là mêmes qui braillent encore plus fort et violemment pour montrer à quel point ils supposent que leurs colères sont exemplaires, bien argumentées, et essentielles à l’information de leur entourage.

  Et c’est le principe du buzz. Le buzz, vous savez bien, cette espèce de bruit de chiottes qui se propulse le plus vite possible dans les médias en général, et sur internet en particulier.
La teneur informative du buzz est généralement très inférieure à celle du scoop.
Le scoop est une information (au sens large) plus ou moins qualitative, dont la plus grande satisfaction revient à celui qui en est le découvreur. Ensuite, un scoop peut buzzer. Ou pas.
Et donc, en marge de ce qui se dit, se rédige, se chante, ou s’invente, l’initiateur d’un buzz ne peut jouir que de sa capacité de propulsion, de sa vitesse de propagation et du potentiel de ses destinataires à relayer. Le succès du buzz réside en la motivation et l’intention commune des buzzeurs.
Un buzzeur ne buzze pas n’importe quoi, il sait ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Ça tombe bien, faute d’inspiration et de talent, c’est souvent son seul fond de commerce et tout ce qu’il sait faire. Un buzz sinon rien.

  Les messages et tentatives de rap postés sur YouTube qui appellent à la violence contre la police ne sont pas si fréquents qu’on veut bien le dire. Mais plus on en parle, plus ils le sont. Et plus ceux qui en parlent sont les meilleurs attachés de presse dont ces petits cons pouvaient rêver.
Personne ne semble avoir compris – ou beaucoup font mine de l’ignorer - qu’un message non entendu, ou tombant dans une sourde oreille, n’est pas un message.
Parce que ces menaces et appels au meurtre n’en sont pas. Ils sont de la provocation.
Ils s’adressent bien davantage à l’objet de leur hargne – la police – qu’à leur entourage direct, les jeunes-des-cités-des-banlieues-avec-capuches, Toufik, Mamadou et Charles-Henri, qui ne prendront pas les armes parce qu’un type jonglant avec un vocabulaire très limité et un calibre en plastique éructe devant une webcam.

  Aucune chanson, aussi hargneuse soit-elle, n'a jamais tué personne.
En revanche, ça agace prodigieusement et ça peut être répréhensible par la loi.
La Justice peut et doit se faire sans tapage. Et surtout sans le parasitage de justiciers amateurs.

  Parce que in fine, on a vu quoi sur le champ de bataille du web 2.0 ?
Une horde de gens d’une haine et d’une violence indicibles libérer leur parole comme aucun rappeur ne l’a encore fait. En quelques jours, les fantasmes les plus aboutis se sont déversés sur internet. Tout y est passé.
Peine de mort, expédition punitive, pendaison par les couilles, dépeçage de nègres, vivisection de bougnoules, projets de ratonnade, brulage de mosquées, louanges répétées du Front National et de son avenir radieux, lynchage de bobos amateurs d’arts de rue, OPA hostile sur Libération et Rue89, mise à mort des journalistes et de la gauche complice, etc.
Un vrai génocide contre un éphémère sacrifice de poulet médiocrement déclamé.
Et un rap qui finit par faire figure de chant grégorien face à ce déchainement de haine ou aucune subtilité de supplice n’a été oubliée. Le tout jeté tel quel et sans Bescherelle, par tous ceux que le panurgisme le plus décérébré peut coller au derche des petits Goebbels d’internet.

  Alors l’intérêt de tout ça ?
Aucun, bien au contraire. Définitivement contre-productif.
Si un clip reste confidentiel, il y a non évènement à ceci près que sa seule mise en ligne suffit à ce qu’une plainte soit recevable.
La publicité excessive faite par buzz interposé et orchestré à dessein démontrerait finalement que l’instrumentalisation sert bien davantage d’exutoire à ceux qui condamnent ? Très probablement.

  Si ce sont les policiers eux-mêmes, l’hyper médiatisation de leur colère est du pain béni pour l’enfumage. Parlons d’un inconnu, sortons-le du néant d’internet, offrons-lui son heure de gloire, sommons le ministre de l’Intérieur de faire justice (de toute façon, le code de déontologie l’y oblige, il l’a déjà fait), saisissons les syndicats qui à leur tour joueront des coudes à qui sera le premier à pérorer dans les médias.
Et par notre indignation démesurée, donnons à cette gesticulation un rang d’importance supérieur aux véritables problèmes de l’institution police, lesquels réclament réflexion et propositions concrètes, qui sont un exercice plus difficile.

  Et derrière et autour des policiers, se démènent leurs pires ambassadeurs. Une cohorte de crétins plus royalistes que le roi, les violents, les racistes, les rageux nostalgiques, tous ceux qui alimentent cette hystérie sécuritaire du moment, et qui repartiraient volontiers en croisade s’ils n’étaient si bien à s’exciter collectivement et confortablement sur internet en attendant qu’on leur ouvre les isoloirs.
Sous prétexte de souci citoyen, et de concert avec une armée de Dupont-Lajoie déchainés, ils se proclament solidaires de la police en ne jurant que par la violence et les armes. Quelle différence avec Abdul X et les autres ?
Voilà un soutien inconditionnel – dont on se passerait bien - de tous les abrutis d’un bord extrême de l’opinion publique, jouissant du fantasme de l’homme en uniforme et en arme, au détail près qu’ils ne sont pas disposés à partager une seule seconde de ce qu’il y a de plus pénible dans l’exercice de ce métier : la haine quotidienne.

  Alors après, il se passe quoi ?
Une condamnation pénale très certainement.
Mais encore plus sûrement, l’apparition d’un titre ou deux dans les bacs à la FNAC.

  Joli combat. Merci pour tout.


Plus de commentaires sur Rue89 [lire]

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commentaires

Redbaron 21/04/2013 06:11

@scitec nutrition, ja, sur la route avec la voiture qui roule plus, que la nourriture c'est le capot dans les gencives, que le bras est cassé et ne veut plus ouvrir la portière, que le pied est
écrasé sur le champignon par le moteur et autres choses "gore"...
Tout seul sur le périph' ou le chemin de campagne isolé, le temps est ralenti par l'adrénaline et la noradrénaline, et ça donne le temps de penser, ja!

Bernard 16/04/2013 19:52

Buzz contre-productif ? pas pour les fachos en tout cas qui se ruent comme des morts de faim sur ce genre de truc. La question du moment c'est : "nom et prénom des agresseurs".
RIP pour la Police de Proximité.

scitec nutrition 15/07/2011 14:31


On découvre que vous des être humains et avec de l'humour en plus !

Parfois on en doute sur la route ! ! !


Lislamiste 31/10/2010 17:55


Je pense que c'est faire beaucoup de pub à ces dégénérés (qui soit-dit en passant ne savent même pas "rapper", alors qu'ils se revendiquent de cet art) que de poster leur vidéo.
Ce sont des imposteurs sans talent et sans compétences au même titre que des loana, des michael vendetta, version vulgaire et inculte (voir analphabète).
Ils n'ont aucune légitimité dans le rap, et le monde du rap leur décerne sans broncher la médaille de la nullité.

Leur succès n'est dû qu'à leur médiatisation et la vulgarité de leurs vidéos. Médiatisation qu'il acquiert notamment grâce à ceux qui relaient leurs vidéos (ados pré-pubères excités de voir des
voyous arabes de banlieue insulter à tout va) et aux plateformes qui acceptent de laisser de tels immondices de vulgarité et de violence.

Et au final, ils batissent des succès et finissent pas se faire l'argent (et beaucoup d'argent) grâce à ça.

Ils méritent une bonne peine de prison et qu'on n'en parle plus.


Erlikhan 15/10/2010 10:54


"Gardez-moi de mes amis, je m'occupe de mes amis" disait Jules César :)


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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