Prévention des suicides dans la police

24 Septembre 2011


Lettre ouverte aux élus et aux médias

 

Bonjour,

Depuis des années, l’un comme l’autre, lors de nos carrières respectives de policiers puis au cours de nos activités d’auteurs de livres spécialisés sur la police, nous n’avons eu de cesse de nous préoccuper de manière active du phénomène des nombreux suicides dans l’institution policière.

Nous avons tous les deux écrit de nombreux articles et participé à de multiples interviews pour alerter publiquement sur ces décès dont la moyenne reste désespérément stable (entre 45 et 50 par an) malgré la mise en place après le pic de l’année 1996 du Service de Soutien Psychologique Opérationnel (SSPO).
Notre but n’est pas la polémique partisane, une telle utilisation serait indécente pour la douleur des familles et des proches des victimes qui, même des années plus tard, reste vive.

Les quatre suicides du 22 septembre dernier sont un nouvel appel, terrible par sa répétition, à une réaction la plus déterminée et prompte possible.

L’urgence pour les policiers, mais aussi, nous en sommes persuadés, pour la majorité des citoyens, n’est plus au constat mais à une recherche volontaire de solutions novatrices de prévention, attendues depuis des années par les effectifs, pour endiguer enfin de manière sensible cette hécatombe.

Nos ouvrages, nos contacts quotidiens avec les milliers de policiers qui font partie de nos réseaux, nous ont permis, avec eux, de rédiger une série de propositions pertinentes pour agir avec volonté et plus d’efficacité dans la prévention des suicides qui endeuillent trop souvent la Police Nationale.

Merci à vous d’en prendre connaissance, de relayer ces préconisations, complémentaires au dispositif existant, peu onéreuses et faiblement mobilisatrices en personnel, et de rejoindre les policiers dans cette volonté de préserver des vies, la leur comme celles de leurs collègues.
 

Marc Louboutin et  Bénédicte Desforges  

 

PRÉCONISATIONS POUR LA PRÉVENTION DES SUICIDES
DANS LA POLICE
:



- Engager, par le Ministère de l'intérieur, dans ses indicateurs de suivi des unités une démarche de mesure qualitative des relations d’écoute et d’échanges entre les personnels de tous grades et la hiérarchie, intermédiaire ou sommitale, dans les différents services. La prise en compte en temps réel de problèmes personnels ou familiaux, souvent passagers, peut désamorcer un sentiment (réel ou supposé) “d’abandon” ou de mépris par les fonctionnaires. Une recherche d’humanisation optimisée du commandement, sans en perturber la pertinence ni la performance, pourrait court-circuiter certaines démobilisations génératrices de tendances dépressives.

- Recentrage du SSPO sur sa mission initiale (et non comme élément intégré, trop souvent, à la chaîne hiérarchique). Retour aux consultations uniquement sur volontariat (et non comme devenu parfois sur saisine du commandement) Réaffirmation d’une confidentialité stricte des entretiens et saisine de la hiérarchie du problème rencontré avec accord express de l’intéressé(e). Possibilité de consultation d’un(e) psychologue extérieure à l’administration. Recherche de solutions graduées d’aide ne déqualifiant pas d’emblée les fonctionnaires requérant parfois un simple soutien moral.

- Immersion régulière obligatoire des psychologues de soutien du SSPO avec les services actifs pour les imprégner de la réalité du métier, leur permettre d'avoir une analyse pertinente des stress rencontrés dans les missions, d’être plus accessibles, et renouer un lien de confiance (et de confidences) parfois dissous avec les effectifs de leurs zones de compétence. La possibilité de constatation “de visu” des situations possiblement traumatisantes (lorsque c’est possible et sécurisé) ne pourrait de plus qu'accroître la compétence de ces professionnels reconnus et leur appréhension des effets possibles.

- Mise en place d’un réseau de cellules de veille et d'écoute par fonctionnaires référents volontaires (avec expérience de services actifs et élus par l’ensemble du personnel du service concerné, bénéficiant d’une formation adaptée) dans les services et de détection et d'alerte aux psychologues professionnel(le)s du SSPO et/ou de relais avec des structures sociales ad hoc. Il ne s’agit pas de créer des “inactifs” mais des personnels en activité détachables en fonction de l’urgence de leurs saisines de cas préoccupants. Affichage de ce recours d’écoute dans les services. Là également, confidentialité stricte des entretiens et avis à la hiérarchie du problème abordé avec accord express de l’intéressé(e).

- Mise en place d’une écoute nationale permanente, centralisée (par téléphone, mails, intranet et sms), permettant d’optimiser le recours à un soutien même la nuit, une autre voie de saisine du référent sectorisé, éventuellement de prendre des mesures d’urgence motivées. Cette cellule centraliserait et d’analyserait les retours d’expérience des dossiers traités par les référents de service. Mise en place d’un réseau Intranet des réactions et commentaires des personnels de service ayant connu un suicide d’un de leurs collègues. Analyse (éventuellement extérieure pour plus de crédibilité) de ces témoignages et des enquêtes de faits de suicide. Personnel bénéficiant d’une formation adaptée, d’une expérience de terrain préalable significative et recruté après un sérieux entretien de motivation.
(cela fonctionne, nous avons testé avec succès de telles écoutes aux policiers en difficultés psychologiques affirmées lors "d'appels au secours", qui effectivement se confient avec beaucoup plus de spontanéité à des collègues "comprenant" et appréhendant totalement leur univers. D'une part par les centaines de courriers reçus par l'un et l'autre d'entre nous, suite à la visibilité conférée par notre expérience éditoriale, puis via nos sites et pages internet, notamment "Le blog de police" depuis deux ans - avant que la direction de FaceBook ne supprime les groupes de plusieurs milliers de policiers à trois reprises. L'utilisation, comme personnes ressources de policiers ayant surmonté de telles difficultés est un plus.)

- Meilleure affirmation, appréhension et règlement des enquêtes internes pour harcèlement.( Il semblerait apparemment - de source syndicale - que l'un des fonctionnaires s'étant donné la mort s’était déclaré victime dans une telle procédure en cours.)

- Enfin, reconnaissance de possibilités d'états de stress post-traumatique (ESPT) à court (événement exceptionnel), moyen ou long terme (par répétition des situations) et possibilité d’adoption sur dossier médical d'un statut de reconnaissance de maladie professionnelle. L'ESPT s'ajoute à des traumatismes extérieurs à la fonction, de même que certains syndromes possible dits de "Burn out" (usure professionnelle), et même sans les admettre de manière dogmatique comme une cause primordiale ou essentielle dans la mortalité par suicide dans la police, il est difficile d'en contester la part, souvent rajoutée à des traumatismes personnels (divorce, difficulté familiales, endettement...etc etc...)

- Debriefing systématique du personnel concerné par un suicide dans un service et association de celui-ci aux mesures locales de prévention*, de même qu’association du référent élu “prévention suicide” du service à l’enquête interne, avec communication par la hiérarchie des conclusions au personnel concerné. (*Le retrait systématique de l’arme en fin de service à tous les fonctionnaires d’un des services concernés par les suicides du 22/09/2011, dérogatoire à l’article 8 du Code de déontologie entendant une obligation d’intervention en flagrant délit hors service, est considéré par eux comme une infantilisation et une déqualification par suspicion générale de faillibilité)

- Présentation d’un bilan qualitatif annuel des interventions nationales de prévention et de celles du SSPO, du nombre de suicides et du décryptage (anonymisé) technique de leur causalité en association avec les centres d’aide aux policiers (ex : centre du Courbat de l’ANAS) et mise en place d’une journée nationale de consultation des personnels dans chaque service sur le “malaise” éventuel des effectifs, l’importance locale des ESPT et du “burn out”, et des solutions préconisées par le personnel, de même qu’un état de la gestion locale des interventions (anonymisées) du référent sus-mentionné. Retour qualifié de ces réunions à la cellule centrale, et affichage au personnel dans chaque service de ce bilan local, de même que de celui qualitatif et quantitatif national. Définition d’objectifs pour l’année à venir.

Le 24 septembre 2011,
 

Marc Louboutin
Journaliste et auteur de “Métier de chien” et “Flic c’est pas du cinoche”
marclouboutin@gmail.com
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Louboutin

Bénédicte Desforges
auteur de “FLiC” et “Police Mon Amour”
police.etc@sfr.fr
http://police.etc.over-blog.net/


mise à jour du 25 septembre 2011 : Tribune sur Médiapart

mediapart

Bénédicte Desforges

#actu police, #suicides

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Fille de flic 01/10/2011 11:13


Bonjour à tous,

je suis fille de flic (SRPJ), et bon sang que je suis soulagée qu'il soit à la retraite depuis presque 10 ans. Il a vécu la bascule de la police vers le chiffre, le sécuritaire, etc., mais a pu
partir à temps. Ceux de ses collègues qui sont toujours en fonction racontent le règne du chiffre et de l'absurde administratif - cf., pour l'un d'un, aux stups, des demandes systématiques, tous
les mois, de justifier le grand nombre d'appels passés aux Pays Bas et en Catalogne...

Il me semble que ça a commencé à basculer avec un de ses derniers commissaires, qui les appelait des "mulets"... comme dans Navarro. Déjà, dans le feuilleton, je trouvais ça scandaleux ; mais qu'au
niveau de la hiérarchie quelqu'un "s'y croit", c'était mauvais signe sur l'état d'esprit du temps... Le coup des armes de service "confisquées" pour les collègues des personnes suicidées est du
même niveau de mépris!!

Le métier n'était vraisemblablement pas plus facile lorsqu'il était en fonction, et j'ai rarement entendu des appréciations positives sur sa hiérarchie étant gamine (parfois, quand même...), mais
il me semble que les flics avaient alors plus de marges de manoeuvre et d'appréciation, y compris pour des "petits arrangements intelligents" à l'occasion. Je crois que l'esprit de corps existait
fortement - et quand on vous lit tous on a l'impression qu'il existe toujours, d'ailleurs.

Il faut insister sur la difficulté d'exprimer les émotions, les stress et les chocs ressentis dans ce métier, et sur l'impact sur la vie familiale. Les situations extrêmes que vous vivez, les
chocs, etc., sont amplifiés par la nécessité de se taire (parce que l'enquête est en cours, parce qu'on ne peut pas toujours raconter à sa femme l'état dans lequel on vient de trouver des gosses
enlevés,...) ou par l'habitude de se taire - par éducation, par difficulté à trouver les mots, ou tout simplement parce qu'agir et analyser ce qu'on ressent en même temps n'est parfois pas
possible.

Si, à la tension intrinsèque du métier, à tout ce qu'il faut "garder pour soi", on ajoute les tendances qui se développent partout dans les organisations publiques ou privées (mode d'organisation
rigide, négation de la marge d'appréciation des situations des niveaux intermédiaires et de base de la hiérarchie, comptage d'indicateur et non évaluation de la qualité du travail..)... comment
s'étonner que ça merdoie parfois, et puis que ça craque et que ça explose!

Je n'ai jamais entendu papa évoquer l'existence des SSOP dont j'apprends l'existence par votre article, mais ça fait un moment que je me disais que les groupe Ballint, comme pour les professions
médicales, seraient utile dans la police.

Si vos syndicats faisaient leur boulot, ça aiderait aussi! Ce qui se passe dans la police est aussi scandaleux que ce qui se passe dans l'enseignement, et aura des conséquences au moins aussi
grave. Qui le dit - à part quelques francs tireurs?

Avec tout mon respect à vous tous.


Mac Saint Kant 29/09/2011 22:02


Les suicides des fonctionnaires de Police sont toujours une conséquence de leurs conditions de travail : harcèlement, mesquineries, abus d'autorité, déconsidération... Ils exercent un métier
difficile qu'ils aiment mais ne se sentent pas soutenus et sont bien souvent sacrifiés au nom de la paix civile. Chacun des échelons de la hiérarchie a les moyens d'améliorer les conditions de
travail des policiers. Quand un échelon fait défaut, l'échelon supérieur doit intervenir pour rappeler chacun à ses obligations. Je suis le témoin direct actuellement de faits dont tous se lavent
les mains et qui pourtant ont un fort retentissement sur la famille du fonctionnaire concerné.
Pour limiter voir éliminer le risque du suicide, il faut que le commandement fasse en sorte que le policier se méfie plus de la rue que du commissariat.
Tenez bon Messieurs. Quoi que les médias en disent, les citoyens de la République ont besoin de vous et vous estiment.


Dupont Pascal 29/09/2011 21:46


Veuillez croire en mon indéfectible soutien à votre noble combat.


brigadier covaciu 29/09/2011 19:58


Le problème n'est pas de savoir si le chiffre est stable ou non, un mort est toujours un mort de trop. C'est là que réside le problème.


Marc Louboutin 29/09/2011 19:05


"Connard du soir, espoir...."


Statistik 28/09/2011 22:41


Si le nombre de suicide est stable et que le nombre de policiers est stable itou, en quoi y-a-t-il urgence? En tout plus pour les policiers que pour les médecins ou les agriculteurs?


jlt 30/04/2018 10:48

A parler chiffre, 10 000 suicides en France par an soit 1 pour 6500.
Dans la police 1 suicide pour 4000.
Heureusement que la population ne suit pas cette proportion, sinon nous aurions 6250 de plus en france, soit près de deux fois le nombre de morts sur la route en plus
A bon entendeur, salut

jlt 30/04/2018 10:35

Visiblement, vous vous prononcez sur un chiffre. Visiblement, vous ne savez pas ce qu'est de vivre cela. En 27 ans de carrière, j'ai connu 6 suicides dans des services différents, et puisque vous voulez parler chiffre, cela fait un suicide tous les 3 ans et demi. J'espère sincèrement que vous n'avez pas eu à vivre cela dans votre carrière professionnelle.
Vous parlez chiffre, je vous parle drame humain. La compassion ne semble pas être votre fort, alors de grâce, abstenez-vous de commentaire de ce genre, vous y gagnerez en grandeur d'âme et en humanité.

Gabriel louet 28/09/2011 19:36


Bonsoir à tous.
Fonctionnaire depuis 2000, je n'ai pas, pour ma part vécu de suicide dans mon service... En revanche, mon épouse et douce moitié, elle, en a connu un : sa chef de goupe. Et c'est moi qui lui ai
annoncé, car ce jour là, elle était de repos. REtour à la maison, accompagné d'une collègue pour lui annoncer la triste nouvelle.

Et là... Incompréhension, et gros sentiment de culpabilité.... Parce qu'elle n'avait rien vu venir.... Que dire dans des cas comme ça ? Rien, j'étais là et c'est tout. Peu importe les causes, je ne
les connaissais pas, mais là, je vais aller plus loin que l'acte lui même...

on ne rappelle pas assez que la Police, et bien oui, malgré tout,c 'est une famille. Et ce dramatique décès a frappé un service dans son entier, chacun se sentant coupable de n'avoir rien vu...

De toute façon, c'est horrible ce que je vais écrire, mais pour l'administration 50 morts par an de suicides, ça reste moins que les accidents de la route.... Au vu des pressions hiérarchiques
constantes liées à la politique du résultat (vu que certains poste de chef de service sont maintenant contractualisé au résultat = primes ) il y a peu de chances que les choses aillent en
s'arrangeant.

La mort d'un collègue imprime toujours sa marque dans ceux qui restent, qu'elle soit liée au service, accidentelle ou alors le pire des cas, un suicide.
Tout le reste a une explication que chacun de ceux qui restent, enregistrent pour faire son deuil. Le suicide est plus insidieux, car on en parle pas à voix haute, de peur de fâcher... Comment nier
l'impact de notre métier dans les suicides ? Combien de problèmes familiaux sont liées directement à notre profession ? Combien de flics divorcés à cause du service ? Nous aimons tous ce métier,
sinon aucun d'entre nous ne serait encore là.... Nous l'aimons tellement, à nous en faire mal, que parfois, on va trop loin... Et comment ne pas penser au suicide dans ces moments là ? Comment ne
pas penser au "stop, j'arrête tout, c'est trop"... Comment ne pas penser que les pressions d'une minorité peuvent être parties prenantes de ces passages à l'acte ?

A quand une prise de conscience politique de cet état de fait ? Mince, je rêve éveillé, mon 4001 est mal rempli, zut, je fausse les chiffres... Et oui, bien venu dans la police de monsieur SARKOZY
et de monsieur GUEANT, où un chiffre dans une case est plus importante que la vie d'un fonctionnaire de Police.


blue poeti 28/09/2011 18:34


Premierement, ce qui me desespere c'est que ces propositions viennent de vous ! Non que vous ne soyez pas legitimes, bien au contraire, vous etes les seuls à vous battre pour que les choses
changent et que le sort des milliers de policiers français (citoyens aussi) s'ameliorent alors qu'une poignée s'acharne à leur faire la vie dure dans un silence assourdissant et meurtier !Plutot
que des disgression hors sujet revenons à vos propositions ! A plus d'un titre, je ne vois pas comment ou pourquoi elles ne pourraient etre mises en place rapidement! En effet elles demandent peu
de moyens , vos preconisations s'arqueboutant essentiellement sur un recentrage sur l'humain et pour cela, que je sache , pas besoin de moyens financiers: juste descendre de sa calculette et ouvrir
ses yeux(son coeur peut etre?) , faire fonctionner son cortex (pas le rappeur :-D) bref etre à l'ecoute de l'autre...Alors oui par contre ça demande de l'organisation , une mise en place(quoique la
nuit par exemple il y a toujours du monde et c'est surtout la nuit que les idées noires sont font le plus polluantes)..Entre nous, ca devrait pas non plus etre insurmontable, si je ne
m'abuse...pour resumer: merci pour vos idées simples, coherentes et qui rendrait à tous ceux et toutes celles qui sont dans la desesperance une lueurs d'espoir et qu'ils puissent se dire qu'ils
n'ont pas tout perdu, qu'il y encore de l'espoir que la vie n'est pas un opprobe et la mort un devoir (à partir d'une citation de Voltaire)


Jayos 28/09/2011 01:39


Je ne m'exprimerai pas directement sur le sujet, car même si j'en ai entendu parler très souvent, même si c'est une crainte récurente qui nous fait prendre des précautions extrèmes lorsque que nous
sentons l'un d'entre nous se mettre à dériver. Je n'y ai jamais été confronté directement (et j'en suis très heureux). Je considère comme relevant de la bonne éducation de ne pas m'exprimer sur un
sujet que je ne connais pas. D'où mon silence.

Cependant, je présente ma plus sincère sympathie à tous ceux, de près ou de loin, qui en on soufert et je m'associe pleinement à votre démarche à tous les deux.

Béné, Marc, sachez que ce que vous faites me parait extrèmement important et que je vous soutiens de toutes mes forces.

Bien à vous deux.


Marc Louboutin 27/09/2011 22:48


....Bon...On sort (un peu) du sujet.
Très déçu par le journalisme à la française de mon côté. Reportages sur les mythomanes sur France 2 ce soir et pas un sujet sur Sihem Souid...
(Je repasse en pôle position pour le procès. Amateurs va....;-)

Bon et sinon sur les suicides...Ben cela semble avancer mais pas vite. C'est vrai que nous ne perdons en moyenne qu'un collègue par semaine. Il n'y a pas le feu donc...SI un député par an se
suicidait, sans doute serait-ce un énoooooooorme problème de société...

(PS : Sinon, Philippe, les députés "progressistes" c'était un énième degré que je n'ai pas compris ou du simple humour ? Parce que la classe politique française, elle mérite des centaines de
qualificatifs, mais progressiste...non, certainement pas et sur l'ensemble de l’échiquier politique...)


Philippe Pichon 27/09/2011 19:33


Chère Bénédicte, chers collègues,
Je connais la gestion de ce que tu appelles l'urgence dans la maison bleue... tu sais comme moi que l'administration ne reconnaîtra jamais directement ou explicitement ses torts... c'est pourquoi
je m'autorisais à me situer précisément sur un autre terrain, celui d'une réflexion à long terme pour faire rendre gorge à certains chefs police dont le mot "éthique" et "policier" ont été raysé de
leur vocabulaire... voilà, il n'y avait aucune arrière-pensée... quand à Sihem Souid : allez, va, tu as réussi à me le faire écrire : JE ME SUIS TROMPE DE "A" à "Z" - il faut dire que j'y ai été
très largement encouragé et d'abord par des parlementaires réputés bien informés et progressistes. Bénédicte comme à Marc, je te redis mon estime. Bien amicalement. Egalement aux collègues -encore-
sur le terrain


bénédicte desforges 27/09/2011 21:56



Les parlementaires en question sont en quête d'icones, de porte-drapeaux, d'hommes et de femmes-sandwich. Se sachant eux-mêmes inaptes - ou en difficulté - à générer de la crédibilité, et
espérant jouer sur des pancartes publicitaires prédigérées. Marketing. Communication.

Montebourg -par exemple - à la fête de l'Huma et aux "assises du service public" (...silence poli....) avec Sihem Souid pour la police (...silence gêné...), c'est un peu comme Sarkozy en campagne
avec Johnny Halliday et Doc Gyneco. Ça fait rigoler tout le monde, et ça ne séduit que les crétins.
Il y a des choses qui ne s'improvisent pas. (Même l'ambition ne s'improvise pas...)
Bien à toi itou.

Post scriptoum aux mauvais coucheurs : pour les menaces de procès en diffamation, me les adresser directement sous forme de textos rageux. Comme d'habitude^^



Tony 27/09/2011 10:41


Je me souviens d'un collègue, major de police, qui s'était suicidé avec son arme de service il y a trois. La première réaction et les premiers commentaires de la hiérarchie ont été: "il s'est
suicidé chez lui, il n'était plus en service, il avait pris un départ avancé". Ouf....


Philippe Pichon 27/09/2011 09:33


Bonsoir,
L'article de Bénédicte et Marc est très riche de propositions, en effet.
Il manque peut-être deux autres points :
1. quid de la formation initiale (tous corps confondus), quid de la formation continue (idem), où des conférenciers - praticiens (sociologues des organisations, psychologues) seraient réellement
investis de cours théoriques et pratiques - l'ouverture aux sciences humaines et sociales me paraît fondamentale;
2. en finir avec l'IGPN et l'IGS comme acteurs uniques de contrôle de l'institution; l'évaluation de la performance policière passe aussi par des collègues bien dans leurs rangers; il faut
réfléchir à une structure non soumise au pouvoir hiérarchique (hors MI ?) façon"autorité administrative indépendante" bénéficiant d'une sorte d'extraterritorialité juridique (disposant de
prérogatives importantes, y compris en matière réglementaire et juridictionnelle; personnalité juridique), un peu sur le modèle des "agencies" nord-américaines ou des "Quangos" (quasi-autonomous
non-governmental organizations) britanniques, avec en son sein des personnes qualifiées (médecins, psy, personnalités civiles, etc.)
3. Revoir entièrement l'organisation de la "médecine du travail" au sein des SGAP; revoir cette "médecine préventive" au coeur du dispositif quotidien; quelle décentralisation ?
Très sincèrement aux collègues touchés par ces deuils

Cdt Philippe Pichon


bénédicte desforges 27/09/2011 15:20



Philippe,
Pour pouvoir y répondre, je me suis permis de copier coller ici à la source, ton commentaire posté sur Médiapart, (je ne suis pas abonnée à ce site, et je ne vais pas le faire juste pour un droit
de réponse.)

Comme précisé dans ce texte de préconisations pour une meilleure prévention du suicide, il s’agit de mesures complémentaires au dispositif existant, peu
onéreuses et faiblement mobilisatrices en personnel c'est-à-dire potentiellement rapides à mettre en œuvre et compatibles avec les RGPP en cours. Ce sont des dispositions d’urgence, donc hors sujet de suggestions plus sophistiquées. Dans ce qui précède, nous n’avons pas la prétention de réformer la police – même si on aimerait
bien – mais d’aller au plus facilement et rapidement réalisable.
L’hypothèse d’autres dispositions préventives plus élaborées demeure, évidemment, et personne ne peut prétendre qu’elles ne seraient pas utiles. Elles nécessitent toutes du temps, une
organisation plus lourde, et surtout une volonté de changement.
Primo, nous savons bien que ça relèverait de la science fiction, deuxio, partant du constat des récents suicides, à mon avis, la seule proposition raisonnable à énoncer est précisément de
décider d’agir vite, voire d’agir vite, avec bon sens, et avec les "moyens du bord". Ça ne sert à rien de partir d’un postulat selon lequel tout
est humainement, fonctionnellement et budgetairement possible. Utopie.
De ton côté, tu énumères des modifications en profondeur, de la formation, de l’IGS et tutti quanti, et de la médecine du travail. Ok. Mais à mon sens , ce ne sont que les éléments satellites
d’un problème plus global qui est celui de la médiocrité des rapports humains dans ce métier, et du manque de reconnaissance et de considération. Pour faire court, que ce soit extrinsèque :
rapports police/population qui se dégradent, les causes sont multiples, mais on peut au moins retenir la politique du résultat, et la substitution d’une police d’intervention à une police de
proximité, faute d’effectifs – ou intrinsèque : hiérarchie et management, syndicats, et d’autre part tout ce qui fait que la solidarité entre collègues est empêchée.
De ce qu’il en ressort des constats, témoignages, et de ce que me dit ma propre expérience, le malaise policier, la dépression, le suicide, tiennent davantage de ce déficit en lien humain, que
d’un manque inhérent au système.

Pour finir, et à propos de ce qui se dit sur Médiapart, il devient soulant de voir le nom de Souid associé à tous les sujets relatifs à la sécurité publique ou à la police, et celui-là en
particulier. Je pense que dans un souci de vérité et de décence, il convient de remettre les choses à leur place quand l’occasion se présente. Pour ma part, c’est fait.



Marc Louboutin 26/09/2011 17:36


Merci Ysabelle. Je sais ce qu'il t'en coûte de témoigner. Surtout à quelques jours de cette commémoration du suicide de Yannick qui était mon meilleur ami. Je n'étais pas là quand c'est arrivé. Les
portables n'existaient pas encore. Ce sont deux gendarmes, gênés, n'osant pas me dire ce qui était arrivé, qui sont venus me dire, dans la résidence réunnionnaise où je préparais une course
extrême, la diagonale des fous, qu'il fallait que j’appelle un ami policier à Versailles. J'ai écrit dans mon premier livre la rage qui m'a alors submergé. Celle contre le sort, contre l'absurde et
contre une administration sans âme, sans mémoire et sans reconnaissance pour les états de service. La haine contre un DGPN (notre ministre actuel) qui pour montrer sa puissance imbécile avait usé
de ses prérogatives régaliennes d'augmenter une sanction d'un conseil de discipline. Oubliées les décorations gagnées au feu. Effacées les blessures sur le terrain. Méprisées les vies de famille
sacrifiées à cette belle mission de sécurité républicaine. Le courtisan du pouvoir se voyait déjà en Cardinal de la sécurité publique qu'il est devenu...Paraît qu'il est Franc-Maçon...Où était son
"humanisme" ce jour là ?
C'est sans doute pour cela que Michel Michaud, secrétaire national de Synergie, révolté par la conséquences de ses procédures disciplinaires "mitonnées" pour rependre son propre terme, écrira une
très longue et belle lettre au Ministre de l'Intérieur de l'époque. Jean-Louis Debré, dont je vous livre des extraits qui restent d'une pertinence extraordinaire quinze ans plus tard :

"Cette affaire dramatique est pour moi un signe. Il faut arrêter d'urgence cette dérive, cette déshumanisation qui gagne chaque jour du terrain. Vos fonctionnaires sont des êtres de chair et de
sang. Il faut arrêter tout et réfléchir. Ne plus continuer ainsi. C'est urgent. La mort du Commandant Collot ne doit pas être inutile (...) Il y a trente ans, lorsque je suis entré dans la police,
un autre état d'esprit existait. Une fraternité professionnelle certaine permettait de résoudre ce type de situation (...) Notre hiérarchie (...) doit se reprendre. Diriger un service, un
département entier nécessite des qualités humaines certainement supérieures à la moyenne. Ce n'est à l'évidence pas le cas aujourd’hui (...). Il faut arrêter Monsieur le Ministre, pour redevenir
des êtres humains."

Monsieur Guéant finira t'il par entendre le message ? Celui là n'a pas changé. Et cela fait des années qu'il est aux commandes des évolutions de la police et toujours pas un regard pour les
sacrifiés sauf lors d'enterrements politiques en grande pompe.

Un peu d'humanisme. Est ce trop attendre d'un gouvernement ?

ET d'écoute. Celle des victimes des tentatives de suicides ou celle des familles de ceux qui sont partis. Ysabelle a eu l'extraordinaire courage, l'an passé, de dominer sa douleur pour l'exprimer.
Une gardienne de la paix, un temps suicidaire, a également témoigné. Que veulent les médias, les politiques, de plus ?
Les entendre encore ?
C'est là, à la fois pour comprendre et surtout ne pas oubliler :
http://www.youtube.com/watch?v=0gd3kIQKPCE


bénédicte desforges 26/09/2011 18:05



Que dire de plus...


ton lien actif :
vidéo Flic c'est pas du cinoche - Les
suicides dans la police



Ysabelle COLLOT 26/09/2011 10:50


Bonjour à tous, je me permets d'apporter ce petit message très personnel puisque je suis très concernée par ce sujet, mon frère Yannick s'étant suicidé il y a de cela 15 ans cette année .... et que
vous dire ? si ce n'est que le discours n'a pas changé, que les flics se suicident tous pour des raisons personnelles, sont en dépression également uniquement pour des raisons familiales ect ect et
le discours je le connais comme tous ceux comme Marc et Bénédicte qui se battent depuis des années pour que ce silence ou cette langue de bois disparaissent .... sans des gens comme eux les 4
suicides de la semaine dernière resteront encore bien enfouis ou feront partie juste des statistiques de policiers suicidés mais surtout pas détruits par leurs métiers, les conditions de travail,
le stress (les planques, les absences, les coups, les insultes et j'en passe ... ) bref il faut que les choses changent et peut être que ces 4 policiers qui ont attenté à leur vie le même jour est
un message fort à relayer car un flic mort comme je l'ai déjà écrit c'est aussi, une femme veuve, des enfants qui grandissent sans père, des parents détruits les frères et sœurs aussi (et je ne le
sais que trop) , des collègues et des amis qui ne comprennent pas ... comment un métier peut être plus fort que la vie ??? le taux de suicide est multiplié considérablement chez les policiers tout
le monde le sait mais personne ne fait rien .... alors si seulement les choses pouvaient changer enfin .....
et je persiste et signe : une sœur détruite par un métier bien trop meurtrier.


bénédicte desforges 26/09/2011 12:12



Merci pour ton message Ysabelle, et merci de contribuer à ce débat malgré la torture de tes souvenirs... Toute mon affection,
Bénédicte



eczistenz 25/09/2011 19:32


C'est un bel effort pour un sujet qui le mérite bien. C'est effectivement très pertinent sur le plan "psychologique" et accompagnement humain, mais je suis quelque peu étonné de votre part à tout
les deux que vous n'abordiez pas l'aspect "managérial" et coordination. Disons que je trouve que vous n'abordez qu'un "aspect" du problème. Déjà, dans les entreprises ou le secteur public un
mauvais management ou des petits chefs incompétents peuvent faire des ravages, alors si on parle de métiers comme les votre... Métier dangereux + mauvais management + pas d'accompagnement humain,
je ne vous pas comment ça peut marcher...


ALex 25/09/2011 18:05


Au vu de la politique actuelle, je ne crois, malheureusement, pas que ces préconisations seront prises en compte.
En effet, le concept de "qualité" y est exprimé de manière prédominante, ce qui va en totale contradiction avec cette machine administrative qui ne sait raisonner qu'en terme de "quantité".
J'espère me tromper....


saillard 25/09/2011 17:12


merci a marc et a toi pour ces propositions en espérant qu'elles resterons pas lettre morte devant des politiciens qui ne pensent qu'a leur petit confort et leur réélection!que pesons nous devant
ces personnes sensées représenter le peuple mais une fois élues se foutent du peuple!alors ne rien faire serait bien plus simple mais peut être qu'avec un peu de chance et de couverture médiatique
certains prendrons conscience que nous sommes à bout et que ce n'est un problème isolé!vous avez mâché le travail pour l'administration,elle n'a plus qu'a apposer le nom d'une de ses excellente
tête pensante dessus et le proposer au bon dieu pour qu'il valide une "excellente idée pensée par l'administration"......... croisons les doigts!encore béné et marco


Isabelle B-P 25/09/2011 16:20


Ces préconisations doivent être soutenues et relayées! Trop de suicides et de détresses passés sous silence sous l'hypocrite motif d'une situation conjugale et privée sans rapport avec le
métier.
Il est temps aujourd'hui: les choses doivent changer vers une meilleure considération de l'Administration à l'égard de ses fonctionnaires. Par respect pour leurs missions souvent difficiles, par
devoir auprès du trop grand nombre de policiers déjà tragiquement partis..!


râleuse chronique 25/09/2011 15:57


Le métier de policier est sans doute l'un des plus décriés qui soit. Et le pire est que c'est dû, comme trop souvent, à cause de la méconnaissance et des a priori. Il est de bon ton de hurler
"haro" contre les policiers et de les appeler "au-secours" dès le moindre problème.
Pour ce qui me concerne, je n'ai que des mercis à dire aux policiers rencontrés au cours de ma vie.