Pour André Bories, en hommage et en fraternité...

18 Septembre 2010

ruban-noir

Il y en a qui ont besoin d’équipements décents, d’autres de renfort en effectifs, et puis récupérer leurs jours de congés qui finissent par prendre la poussière à force de s’entasser sur des piles de fatigue.
Il y en a certains qui voudraient juste qu’on croie en leur parole, et qu’on cesse de les suspecter de faire indignement leur métier.
Aussi, il y en a qui ne demandent pas forcément un merci, mais de temps en temps le minimum de reconnaissance parce que ramasser tous les jours toute la merde que la société génère, c’est pas simple à vivre.
Il y a tous ceux qui ont compris qu’ils ne sont pas plus que les outils d’un service public méprisé et sacrifié, autant par la main qui les tient, que par ceux pour qui ils portent à bout de bras un équilibre humain et social lui-même malmené.

Et puis, il y a ceux qui ne demandent rien, mais dont on devrait se douter que leur quotidien peut être, certains jours, particulièrement monstrueux.

Il s'appelait André Bories, il allait avoir 39 ans le 10 décembre.

C’est celle qui partageait sa vie qui m’écrit.

(avec son autorisation)

  Mon compagnon s'est suicidé il y a 14 jours aujourd'hui. Il avait été promu capitaine il y a moins d'un an, officier de la Police Nationale et exerçait depuis plus de 10 ans à la Brigade des mineurs...
  Il aimait son métier et toute sa vie a été consacrée au bien-être de son prochain. Ses parents, sa femme, sa fille, nous... Mais lui?
  Il voulait changer de secteur parce que le boulot lui pesait (pédophiles, autopsies de nouveau-nés, etc...) mais devait attendre encore un an et demi pour pouvoir demander une mutation qui risquait de ne même pas être acceptée - deux officiers dans le service, et son collègue voulait déjà partir. Lui, il rêvait de devenir formateur.(.../...)

  On parlait de tout, sauf de son travail : je respectais l'aspect confidentiel des dossiers qu'il était amené à traiter et ne lui posais pas de questions. Lui me parlait juste de son ressenti quand il avait un mauvais jour mais ne donnait aucun détail sur les affaires en cours.
  Pour le reste, on parlait de tout et je le savais épuisé physiquement autant que moralement, très angoissé d'un éventuel échec de notre couple, mais en même temps il montrait tant d'investissement et d'enthousiasme que j'étais sûre de la réussite de nos projets. On s'était fixé des petites étapes tous les mois concernant des choses positives sur lesquels il pouvait se focaliser et il me disait retrouver l'appétit et adorer retrouver toute cette vie en rentrant à la maison le soir.(.../...)
  Il avait la garde de sa fille d’un premier mariage. Je l’avais rejoint avec mes enfants. Tous les cinq on voulait se construire ensemble un avenir dans lequel les maîtres-mots seraient plaisir et harmonie. Mais on n’en a pas eu le temps...

  Le vendredi 3 septembre 2010, il a attendu que son collègue revienne de congés, puis il a pris son arme de service, a mis de l'ordre dans ses dossiers au bureau et ses affaires à la maison, il a roulé pendant plus de deux heures pour aller se tirer une balle dans la tête sur la plage.

  La police m'a appelée au bureau pour m'avertir de sa disparition et des recherches en cours, ils ont tenté de localiser son portable mais il ne l'a allumé que juste avant... Quand je leur ai demandé de localiser son GPS qui est équipé d'une antenne radio, ils m'ont répondu que la loi l'interdisait pour atteinte à la vie privée.
  Il a laissé des courriers pour ses collègues enquêteurs, pour sa famille, pour ses proches... Il tente d'expliquer son geste mais nous laisse évidemment avec la seule question qui compte : Pourquoi ?
  J'ai dû me rendre au commissariat le lundi suivant pour faire une déclaration et répondre à des questions telles que: Ces lettres, ça lui ressemble ? Aviez-vous des problèmes de couple ? Saviez-vous qu'il pensait se suicider ?

  Comme s'ils cherchaient à nous faire dire: Bien sûr, ça n'avait absolument rien à voir avec le boulot…

  Depuis, je ne cesse de repasser en boucle ce jour et ceux qui ont précédé sans trouver de réponses, juste des raisons supplémentaires d'être en colère : Pourquoi le suivi psychologique n'est-il pas obligatoire dans ce corps de métier ?
  Pourquoi son équipe, avec laquelle il passait plus de temps qu'à la maison, n'a pas réagi quand il s'est absenté à deux reprises pour malaise ?
  Pourquoi la loi interdit la radio localisation dans de telles situations où il est indéniable qu'il y a danger de mort ? Pourquoi ce jour-là, je n'ai pas gardé mon portable dans ma poche comme d'habitude ?...
  Enfin, je n'attends pas de vous des réponses à mes questions mais vous vous êtes exprimée à plusieurs reprises sur le travail des policiers, sur leur statut et les risques du métier, sur le suicide... Peut-être aurez-vous tout de même quelques explications pour m'éclairer, je vous lance ça comme une bouteille à la mer...
  Il était l'homme le plus formidable qu'il m'ait été donné de rencontrer, mon meilleur ami, mon âme sœur, un père et beau-père exceptionnel.
  Il était intelligent, intuitif, tendre, compréhensif, indulgent et extrêmement sensible...

  J'ai perdu l'homme de ma vie et je n'arrive pas à l'accepter.

Pauline    

 

Pauline,

Je ne pourrai jamais avoir la bonne réponse, la bonne explication, le mot juste...
Ou alors, vous énoncer des raisons - celles que je pense, que j'accuse - qui ne seraient que celles de ma colère :
L'indifférence de tout un système, les collègues comme les chefs, ça passe ou ça casse. La négation des difficultés de ce métier de la part de ceux pour qui on n’est qu’un matricule. Rien n’est dit avant, rien n’est fait après les moments insupportables.
La négation de l'usure, de la destruction qui touche ceux qui s'investissent et bossent les yeux grands ouverts, avec leur cœur, leurs tripes et leur raison.
Bien sûr que oui cette profession a un impact lourd sur le moral et le psychisme.
Bien sûr que oui, on vous jouera toujours le couplet des raisons personnelles, c’est tellement plus simple dans ce monde d’autismes juxtaposés où personne ne prend ses responsabilités, et ne veut admettre défaillances et erreurs.
André a laissé une lettre à ses collègues, il leur disait qu'ils n'y étaient pour rien, pas plus que son métier...
Il ne faut pas vous en vouloir, rien n’est de votre faute non plus. Rien.

L’arme menottée au poignet, c’est une signature.

L’assassin c’est cette profession.

Qu’André repose paix avec votre souvenir et de l’amour au fond de l’âme.

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Sur le même sujet :

 

B. Desforges

#actu police, #suicides

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Pauline 06/09/2017 11:10

7 ans et 3 jours...

La reconstruction est encore en cours et je pense que le manque ne me quittera jamais... Dans 3 mois et 4 jours, il aurait eu 49 ans...

Je ne sais pas si quelqu'un me lira, mais j'espère qu'André n'est pas oublié.

Par André, j'entends le policier, lui et tous ses collègues!
(l'homme, le père, le frère, le fils, l'ami est dans nos mémoires à nous ses proches et sa famille).

En ces temps lourds d'insécurité, d'attentats, d'angoisses, je pense plus que jamais à tous ces hommes et à toute ces femmes dont le métier est de nous protéger, de nous soigner, de nous autopsier, de nous défendre... A vous tous, merci et courage, vous avez mon plus grand respect.

J'espère que depuis toutes ces années, les choses ont évolué dans le bon sens en ce qui concerne la prise en compte des traumatismes qu'ils peuvent vivre dans l'exercice de leur profession.

Pauline, sa compagne

benedicte desforges 07/09/2017 16:05

Bonjour Pauline,
Non André n’est pas oublié.
A travers vous, votre désespoir et votre incompréhension, et cette immense peine, je me souviens bien de lui. Et aussi, forcément, de mes collègues, qui ont pris la même porte de sortie qu’André.
Merci à vous Pauline, pour votre message, et merci de vous inquiéter du sort des flics. Mais j’ai bien peur d'avoir à vous dire que rien n’a changé...
Prenez bien soin de vous,

Bénédicte

Pierrot,rêveuréquitable 15/02/2013 01:07

ici
Pierrot,rêveur équitable du Québec
très émouvant cet hommage rendu
à l'homme de votre vie
un soldat équitable du quotidien
épuisé psychologiquement:)))

Dans le cadre de mon vagabondage poétique
blogues-musée pertinents mais aléatoires
pour mon oeuvre littéraire pertinente mais aléatoire,

permettez-moi de vous offrir
une de mes chansons
écrite sur le même thème

LE SOLDAT EQUITABLE

COUPLET 1

oh si la vie t’intéresse
si t’as le goût de voyager
l’armée canadienne
paiera pour toi

une facture ouverte
des belles bottes gratis qui brillent la nuit
des beaux casques verts
qui tuent la vie

REFRAIN

rappelle-toi
dans l’temps d’Pearson

des hommes d’honneur
faisaient la une

nos soldats
portaient fièrement
des casques bleus

tait pas question
d’tirer des balles

dans une guerre
qu’est immorale

Kandahar
d’un an ou d’eux
c’est l”Vietnam

COUPLET 2

toi le soldat équitable
qui lit l’journal de Montréal
qui r’çoit ben du courriel
sur son portable

toi qui voit partir les tombes
de tes chums qui ont sauté ses bombes
des bombes artisanales
tu t’dis c’est pas normal

COUPLET 3

hier à la télévision
un autre cercueil près d’un avion
Etienne Gonthier d’la Beauce
cloué dans l’fond

Combien de morts, combien d’blessés?
nos députés savent-tu compter?
c’est l’temps que tout l’Québec
s’mette à marcher
en avant toi pis moi

REFRAIN FINAL

2, 3 millions de québécois
pèlerinage vers Ottawa

pour déposer d’vant l’parlement
qu’on a élu

2, 3 millions de bouquets d’fleurs
rester là au moins 24 heures

silencieusement
au nom de nos
soldats qui pleurent

au nom
de nos soldats
qui pleurent

Pierrot
vagabond céleste

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

www.demers.qc.ca
chansons de pierrot
paroles et musique

sur google,
Simon Gauthier, conteur, video vagabond celeste

merci
Pierrot,rêveur équitable du Québec

Une amie. 10/12/2010 12:40


Mon ami André, ce jour t' appartient, j' aurai aimé te souhaiter ton anniversaire dans d' autres conditions, mais voilà.

Tu me manques, je pense souvent à toi, à ta petite fille. Tu as toujours été là pour me soutenir, me conseiller, et aussi rigoler. J' aurai bien besoin de toi encore aujourd' hui.
Quand je t' ai connu, tu étais un homme heureux, plein de vie, plein de projet, plein de tout. Les mois passaient, et je t' ai vu perdre cette joie de vivre. Je t' ai aidé comme j' ai pu en étant
convaincue que tu prendrais le taureau par les cornes et que tu referais surface. Je me suis trompée malheureusement. Ta fille, ton travail, ce qui avait de plus important dans ta vie, n' ont pas
eut raison de ta décision. Je ne t' en veux pas, ce choix a été ton choix je le respecte, mais je trouve çà dommage, car les solutions il y en avait, rien n' est insurmontable et surtout pas ce que
tu vivais.

J' aurai toujours une pensée pour toi, tu étais un véritable ami sur qui je pouvais compter et que j' appréciais énormément.

Reposes en paix André.

Ton amie.


jp 14/11/2010 09:09


Je m'associe à ta douleur pauline, c'est avec stupeur que j'ai appris le décès d'André. J'ai quitté la région parisienne et je l'ai appris par un télégramme. Difficile de trouver les mots, mais
indéniablement ce boulot t'use. Le malheur des gens, les interventions difficiles, tu as beau laisser un maximum de distance, cela finit par te rattrapper. Il faudrait mettre en place un système
d'écoute, mais cette administration n'est pas impersonnelle, elle est gérée par des hommes et des femmmes! On a plus l'impression d'être géré par des épiciers que par des humains. De notre
activité, il n'en résulte pas uniquement que des chiffres mais des situations et ses difficultés. Je pense à vous


Beatrice 21/10/2010 02:38


Je ne le connaissais évidemment pas, et je ne connais pas grand chose au milieu de la police mais je suis de tout coeur avec vous car j'imagine très bien ce que vous pouvez vivre. Amicalement.


Homme Herta dans la Saucisse 14/10/2010 12:53


Condoléances


Pauline 07/10/2010 00:18


[quote]Pourquoi son équipe, avec laquelle il passait plus de temps qu'à la maison, n'a pas réagi quand il s'est absenté à deux reprises pour malaise ?
Pourquoi la loi interdit la radio localisation dans de telles situations où il est indéniable qu'il y a danger de mort ? Pourquoi ce jour-là, je n'ai pas gardé mon portable dans ma poche comme
d'habitude ?...
Enfin, je n'attends pas de vous des réponses à mes questions mais vous vous êtes exprimée à plusieurs reprises sur le travail des policiers, sur leur statut et les risques du métier, sur le
suicide... Peut-être aurez-vous tout de même quelques explications pour m'éclairer, je vous lance ça comme une bouteille à la mer...[/quote]
Plus d'1 mois s'est maintenant écoulé, si long et si peu à la fois...
Je vis chaque nouvelle journée avec la peine, le manque de lui et je me raccroche à mes enfants, ma famille, mes amis, nos amis. Au fond de moi, je sais que jamais cette douleur et cette
incompréhension ne me quitteront...
Mais je tenais encore une fois à vous remercier tous sincèrement pour vos messages.
Seulement, je reste encore avec toutes ces questions (et d'autres plus personnelles) sans réponses et je ne suis pas sûre de pouvoir "faire le deuil" comme on dit communément.


Jean-Christophe 02/10/2010 15:27


La brièveté de ce message est sans commune mesure avec votre peine, mais celle que j'éprouve pour vous est bien sincère.
Toutes mes condoléances à vous Pauline, ainsi qu'à votre famille, de la part d'un collègue gendarme.

Reposez en paix, mon capitaine.


Mary R. (Sun) 28/09/2010 21:43


Parfois quand le boulot devient harassant ou la vie insupportable pour plusieurs motifs, certains ont tendance à comettre un geste irréparable. Je ne suis pas policier , mais voyant dans quelles
conditions vous travaillez avec les soucis qui s'accumulent en cette période troublée, j'aimerais vous suggérer ceci ( aussi bien à cette femme en Deuil qu'a vous et vos collègues) : Pour se
défendre soi-même face aux aléas de la vie quand on a une profession difficile, les seuls moyens de défense restent l'humour, le dialogue avec des amis ou des inconnus et une occupation tierce
(hobby) . J'ai perdu un ami policier dans mon pays, il y a quelque années. On n'oublie jamais mais avec le temps on apprend à se "blinder" contre les tourments de la vie. Bon courage . Sun


naguima 28/09/2010 08:58


Pauline, que dire d'autre que d'avoir du courage et penser à votre enfant. Peu à peu la douleur va s'estomper, la mémoire restera toujours vivante. Merci d'avoir voulu en parler.
Mais quand je lis tous les commentaires, tout ce qui ressort, c'est la résignation. Pourtant, on peut faire des choses pour que ces choses horribles cessent. Mais tout le monde se tait, craint pour
son poste, a sa famille à nourrir. Oui, je comprends, et ceux qui sont partis , que faites-vous pour eux ? Que faites-vous pour Pauline qui est seule avec sa douleur ? Et qui ne dira que cela peut
arriver dans son commissariat aussi ? Il faut agir, il ne faut pas avoir peur. Je suis une femme, j'ai eu des problèmes au travail, je m'es suis sortie, grâce aux collègues, syndicats et ma force
de ne pas se laisser faire. Où est cette solidarité et surtout l'action ? Honnêtement, tous vos commentaires m'écoeurent.


naguima 27/09/2010 19:46


Mon époux s'est vu retirer son agrément de policier municipal faute de confiance totale du maire suite à une histoire de rapport concernant l'ami du maire. Tout en reconnaissant l'excellence de son
travail, ni le procureur, ni les gendarmes, sans parler du préfet (que peut-il faire contre les élus ?), il s'est retrouvé adjoint technique principal de 1ere classe pour balayer les rues.
Actuellement, il est en maladie longue durée, il a fait 2 ait, parfois, je me demande s'il a tout son cerveau. Lui, si énergique, organisé, chahuteur, est devenu un zombie devant la télé. Aucun
syndicat ne l'a soutenu, ce n'est pas une région à toucher aux élus, c'est le rouleau compresseur qui vous avale tout cru. Mon mari est vivant, oui, notre couple a disparu, je reste là pour le
veiller mais dès que cela ira mieux, la séparation est inévitable. Merci aux collègues, syndicats de police municipale. Le suicide peut prendre des formes différentes.


coralie 21/09/2010 23:29


Pauline,
Que dire......sinon vous adresser mes plus sincères condoléances, et vous dire que mes pensées se tournent vers vous et votre famille. Votre conjoint a sans doute rejoint le pays des "anges bleus",
comme tant d'autres collègues; nombreux, trop nombreux. Puissiez-vous trouver un peu de réconfort dans tous ces messages. J'ai moi aussi entendu l'appel général ce jour-là, entre nous on sait
malheureusement ce que celà veut dire; mais que l'Administration reste aussi inactive, c'est intolérable.
Que l'âme de notre collègue repose en paix.


emmanuelle 21/09/2010 21:43


Pauline,

je ne sais pas si j'ai vraiment ma place sur ce blog mais je tiens à vous présenter mes sincères condoléances. J'ai eu la chance de rencontrer André Bories dans le cadre de ses fonctions. C'était
un homme formidable, qui prennait son travail très à coeur, qui était très à l'écoute des victimes qui comme nous se présentaient dans son bureau. Qu'il est triste de perdre des gens comme votre
époux. Quelle désastre de voire que l'administration ne les soutiens pas plus...j'espère vraiment que vous pourrez réussir à vivre avec ce vide. Continuez à vous battre en l'honneur de l'homme
qu'il était.


Floup 21/09/2010 00:23


Pauline.
Que dire? parler, raconter, se raconter, hurler, culpabiliser même ou plutôt se taire et pleurer.
Il n'y a pas de bonne réponse, de solution miracle.
L'injustice est de mise.
Le dénouement inique.
La profession est habituée à de telles tragédies, sauf que la hiérarchie préfère se taire.
Qui n'a pas connu tel ou tel collègue qui du jour au lendemain est parti sans crier gare avec un quasi mépris et/ou indifférence de nos dirigeants , cela leur évite certainement de culpabiliser et
de se poser trop de question et de devoir par la même régler des comptes.
Pourtant, une simple main tendu, sincère, pourrait rétablir tant d'homme et de femme dans leur dignité...
Où qu'il soit désormais, croyez bien qu'André est heureux et ne souhaite que votre bonheur, à vous et vos proches.
La vie ne sera certes jamais plus la même, tous réunis, mais elle doit continuer, pour vous, pour vos enfants.
André était avec vous, à vos cotés, désormais il perdura toujours à travers vous.
Je vous souhaite du plus profond de mon coeur de surmonter, autant qu'on le peut, cette épreuve et de trouver un semblant de réponse à vos questions et de sérénité à votre vie.
Bien à vous.


Gilles 20/09/2010 21:52


Courage à vous Pauline. Vous avez vos enfants et il vous reste tant de choses à vivre avec eux. La vie doit continuer même si André n'est plus. Toutes mes pensées vont vers vous et vos proches.


sakesyn olivier 20/09/2010 19:28


Bonsoir.
il parait que 30% de la population est touchée par le suicide d'une connaissance (famille, proche, collègue...).
dans la police, ce chiffre doit ètre bien supérieur...
de toute façon, chez nous, les chiffres ne sont supérieurs que dans le négatif...
une grande pensée pour vous PAULINE, qui ètes victime de la double peine que l'on épargne au délinquant, puisque vous ètes touchée en tant que compagne et en tant que membre de ce qui reste de
cette grande famille que fut la police.
bon courage à vous et vos enfants pour l'avenir.
Olivier, un Gardien de la Paix...


Laurence 20/09/2010 13:44


Merci d'avoir eu déjà la force de rédiger ce témoignage Pauline...
On ne sait que répondre puisque nous subissons tous la même chose avec des issues qui peuvent, malheureusement oui, être tragiques. Les "pourquoi" ne trouveront pas leurs réponses aujourd'hui mais
nous essayons de faire avancer les choses....
On ne pense d'ailleurs pas assez à nos proches, vous qui subissez notre rythme, nos angoisses, notre mutisme parfois...
Vous ne pouviez rien y faire et rien n'atténuera votre peine mais je vous envoie beaucoup de courage et qu'André puisse enfin avoir trouvé la paix....


Stéphane.C 20/09/2010 00:24


Pauline,
En lisant vos mots , c'est un peu de ma vie que je vois défiler. Car oui je l'ai bien connue. Connue au féminin puisqu'ici je parle de la mort. Celle qui un jour frappe à votre porte. La votre et
puis forcément celle de vos proches. Elle se nourit chaque jour de ces petits instants négatifs, tous ces petits moments de vie qui font justement douter de ce qu'est la vie. Elle les accumule ces
petits instants.Elle les garde pour vous loin, très loin, très très loin. Puis elle s'en va , et vous laisse penser qu'elle n'est qu'une idée fugace. Un vagabondage de l'esprit, une idée folle.
Mais elle revient car elle vous avait à l'oeil et elle tient dans ces bras tous ces petits instants qui étaient devenus des souvenirs. Elle vous les jette à la figure et c'est trop pour vous. Et
c'est à votre tour de lui tendre les bras. Car ce poids-là est bien trop lourd.
J'ai connu cette situation. Elle est aussi venue me voir. Elle est encore là , elle joue avec moi. Elle rôde. Elle collecte, s'éloigne, revient...
Elle ne s'est pas contentée de jouer avec moi. Elle l'a fait avec deux amis. Policiers aussi. Oh pas les super-flics de la télé. Non. Des petits flics. Ceux qui sans les caméras des télés ou du
cinéma vivent la vie en vrai, pas le 16/9.Peu importe le grade. Eux, ils sont là.Là pour pallier le vide d'humanité dans certaines têtes pas si bien faites. Ils sont des petits soldats, tournés
vers les autres. Prêts à les aider, prêts à croiser le fer avec ceux qui font mal, ils y mettent tout ce qu'ils ont en eux, prêts à sacrifier leur humanité à eux. Ils échangent leur humanité contre
celle des autres. Mais "échange" est-il le mot approprié ? Non.
Ce n'est pas donné à tout le monde d'être comme ça. Certainement pas. Il en faut dans le pantalon. Il en faut dans la tête. Mais c'est nu que nous oeuvrons. Des chevaliers blancs sans armure. Sans
douclier. Sans destrier. Seul.
Deux de mes amis sont partis. Oui des Policiers. Je peux vous dire que je sais parfaitement ce que vous ressentez ou ce que vous allez ressentir. Mais je ne pense pas que cela vous aide tant que
ça. Après la tristesse, le désespoir viendra le doute, la peur, la colère. La boîte de Pandore. Vous passerez par tous les stades. Vous crierez. Vous hurlerez. Vous pleurerez. Vous errerez. Mais la
vie est là. Tout autour de vous. Avec vous.
Je ne connaissais pas André mais je le connais un peu grace à vos mots. Pas besoin de grade. Officier ou pas. Il s'agit d'un flic. D'un Policier.L'un des notres. Vos larmes sont les notres. Les
siennes aussi.
Et pour malheureusement bien connaître cette maîtresse qu'est la mort, je ne saurais trop vous conseiller de parler. Sans cesse. Mettez des mots sur ce que vous ressentez. Saisissez chaque instant
pour parler. Les inconnus sont les meilleurs auditeurs, croyez-moi.
Croyez bien que nous sommes tous avec vous.
Sincèrement, Stéphane.


Pauline 20/09/2010 00:16


Merci à tous pour vos messages, vraiment...
Si certaines choses ne peuvent être dites ici, ce que je comprends, n'hésitez pas à demander à Bénédicte mon adresse mail: j'ai besoin d'avoir des réponses ou je ne pourrai jamais avancer, je vous
le demande pour mes enfants, qui ont besoin de leur mère.
Je tiens à rajouter que je ne suis en ce moment sûrement ni lucide, ni objective et je m'excuse si certains de mes propos paraissent comme des accusations.
André aimait son travail et ses collègues, il était aussi extrêmement pudique vis-à-vis d'eux mais les respectait énormément. Je pense seulement que s'il avait exercé un autre métier il aurait
peut-être été plus à même de relativiser ses angoisses profondes. Mais beaucoup de gens se suicident ailleurs aussi et ne sont pas policiers... Cependant je reste convaincue qu'il faut que quelque
chose soit fait pour abolir l'ineptie de cette réglementation concernant l'atteinte à la vie privée: elle s'arrête en mon sens, là où commence le risque qu'il n'y ait plus du tout de vie privée à
atteindre! Et aussi que le suivi psychologique préventif soit mis en place de façon systématique pour toutes les professions à risque: policiers, médecins, ... Pour que plus aucun d'entre vous
n'ait à craindre de pousser cette porte sous aucun prétexte professionnel et que des drames puissent être évités. Qu'il soit possible, quand on sent que l'usure gagne (même pour des motifs
personnels) de pouvoir demander une mutation ou un congé sans que cela affecte le mérite acquis.
L'administration, comme vous l'appelez, est effectivement absente dans le sens où hormis les condoléances exprimées lors de leur visite le jour de son décès, je n'ai revu ses chefs qu'à ses
obsèques. Mais cela tient peut-être au fait que la procédure de divorce n'a pu être finalisée et que je ne suis donc pas sa veuve au sens légal du terme.
Cependant, l'assistante sociale du Ministère, elle, fait tout ce qu'elle peut pour m'aider à résoudre les soucis administratifs et financiers que nous traversons, étant donné que je dois redémarrer
de moins que zéro (-2000 exactement)... Elle va appuyer mes demandes de logement, car la maison appartient désormais à son épouse et à sa fille. J'espère pour mes enfants que l'une de ces demandes
aboutira, pour moi aussi car rester dans cette maison ne me fait pas du bien... La psychologue m'a aussi demandé de l'appeler si le besoin s'en faisait sentir mais je vous avoue que si je devais
consulter, ce ne serait certainement pas là-bas!
Mais peu importe ces considérations matérielles: avec André, j'ai eu un bref aperçu de ce qu'était le bonheur et c'est déjà plus que ce que peuvent vivre beaucoup dans toute leur existence. Et même
si aujourd'hui je lui en veux énormément de ce geste, j'espère trouver la force de le lui pardonner.
A tous ceux et celles qui se sentent perdus, je vous en supplie: parlez-en avec les gens qui vous aiment ou avec quelqu'un d'autre, peu importe mais ne leur faites pas subir cette douleur, cette
tristesse, cette colère et cette incompréhension. Ne permettez pas que vos enfants grandissent avec le manque de vous! Ne permettez pas à ce nuage noir de prendre le contrôle de votre vie,
battez-vous pour vous et pour tout ce que vous avez encore à construire, même si ça paraît hors de portée!
Ne rallongez pas cette liste, s'il vous plaît...


Elise 19/09/2010 20:35


Pauline,
Vos mots me déchirent le coeur...
Je ne peux que vous présenter mes sincères condoléances...
J'ai perdu des proches, amis et collègues qui comme André n'en pouvaient plus de ce métier qui, tellement prenant et passionnant, colle à la peau jusqu'à ronger jusqu'aux os et à lacher prise parce
que tout autour devient trop dur...
Puisse un jour y avoir quelque chose qui ouvrira les yeux à l'administration sur ce mal être qui emporte tant de "flicards" en cessant de se cacher derrière des sois-disants soucis personnels
inexistants...
Mes pensées vous accompagne...
Qu'André repose en paix...
Courage Pauline...