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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 18:39

 

Police Mon Amour

 

 

   Et comme je ne suis jamais mieux servie que par lui-même...

 

source : Refais le Monde Avant Qu'il ne Te Refasse

 

“Police, Mon Amour” de Bénédicte Desforges
par Philippe Sage

 

   Or donc, trois ans après Flic - Chroniques de la police ordinaire, Bénédicte Desforges nous revient avec Police, Mon Amour – Chroniques d’un flic ordinaire.
   Après le recto, le verso.
   Et ça prend aux tripes, ça secoue, deux tons, gyrophare, pas de héros, que des regards.
   Une mémoire.
   Qui émeut, ébranle et balaie tous les derniers clichés ou autres idées reçues sur un métier, celui de gardien de la paix. Ces flics en uniforme dont on ne parle jamais. Ceusses qui patrouillent avec un gros “Police” dans le dos, les voici ! Et c’est pas du Julie Lescaut, du Navarro, abracadabrantesques séries “policières” sorties de l’imagination pénible de quelques scénaristes de troisième division, non ! Là c’est du brut, et de décoffrage ; c’est du réel. Et dont personne ne sort indemne. Pas même elle, pas même Bénédicte Desforges.

   “Police, Mon Amour” n’est pas la suite de “Flic”. Mais son aboutissement. Oh certes, on retrouve ce style, percutant, précis, à la virgule et au “poing” près ; ces “scènes”, ces “images”, ces “sons” qui se succèdent avec juste ce qu’il faut de mots, toujours les bons, ciselés, imparables ; oui, comme dans “Flic” elle va droit à l’os, Bénédicte, et pourtant quelque chose a changé, dans le ton, le regard, encore et toujours le regard. Il nous bouleverse, souvent. Nous déstabilise et nous déshabille. Voilà même qu’on se reconnaît, au détour d’une page, cet automobiliste, ce “sale con”, celui qui s’en fout, qui grille tout ce qu’il peut, celui qui ne sait pas, ne connaît rien de l’horreur, du désespoir, de ce drame survenu sur l’A86, cette femme, son bébé, ce gardien de la paix qui hurle, impuissant, putain aidez-moi ! Oui, cet automobiliste, on l’a tous été, au moins une fois.
   La route, ses accidents, terrifiants, cela fait partie du quotidien peu réjouissant d’un gardien de la paix. Comme garder une rue, déserte, toute une journée durant. Attendre. Compter les pavés. Funambule. Les fleurs, regarder pousser ou effeuiller, “un peu, beaucoup, à la folie”. Et puis, attendre encore. Un cortège présidentiel, qui jamais ne viendra. Ou alors pas de ce côté-là. Mais voilà que, déjà, ça repart, et pas qu’un peu, deux tons, gyrophare, un braquage, un différend familial, un suicide ; la routine ? Même pas ! On a beau avoir du métier, en avoir vu des “scènes”, des “images”, elles ne sont jamais les mêmes, tout le temps elles vous surprennent et vous cueillent. Y’a de quoi rendre carte, insigne et pétard, tant la brutalité est féroce, l’ingratitude est constante, et maigre, si maigre, la reconnaissance.
   Faut-il avoir les nerfs en acier trempé, une solidité à toute épreuve, et de l’humour, une sacrée bonne dose d’humour, aussi ! Parfois il éclate, complètement, pleine page, et ça fait du bien ! Ah, ce ministre de l’Intérieur qu’un collègue prend, en toute bonne foi, pour un acteur célèbre et zozotant ! Cette escapade à Londres ou encore cet attaché parlementaire prétendant que “tout le Parlement va aux putes”, que “la France entière se fait tailler des pipes”, un attaché parlementaire aux jambes étranges … Ça vous distrait des macchabées, carbonisés, éventrés, des chaussures qui saignent ou de ces têtes qui ressemblent à des pizzas. Du poids des corps. Et de celui des insultes. Ah, si encore le gardien de la paix pouvait compter sur sa hiérarchie, mais non ! Cette hiérarchie travaillée, obnubilée par le rendement, le “chiffre”, ou par un détail insignifiant, déplacé, à ce point que c’en est obscène. Plus encore que les “scènes”, les “images” et les “sons” que croise et se fade quotidiennement le gardien de la paix. Prolétaire de la rue. Prolétaire jusqu’au bout.

   Oh bien sûr, il s’en trouvera quelques uns pour dire que, oui, bon, c’est bien joli tout ça, mais enfin, cette police-là, c’est avant tout celle de Bénédicte Desforges ! Une police rêvée, parce qu’humaine, trop humaine ! Non mais attendez, à la lire, on en viendrait à l’aimer, la police ! Convenez que tout de même, c’est un peu fort de café !
   Sauf que, ce n’est pas une police rêvée, c’est juste une police qui s’en va. Qui a vraiment existé. Mais qui s’en va. Petit à petit. Une police qu’on démembre, qu’on désosse, qu’on brade. C’est cela qu’il faut lire, entre toutes ces lignes ; c’est cela qu’il faut comprendre, le danger qui nous guette, un avenir qu’a une sale gueule, Minority Report, police privée, où tout le monde en prendra pour son grade. Cette police, celle des Anciens, est en train de disparaître, et nous ne faisons rien. Assis sur nos canapés, confortables, regards vissés sur cette putain de télé. A préférer des Julie Lescaut ou des Navarro, quand ce ne sont pas les héros tristes et fatigués du cinéma éthéré d’Olivier Marchal.
   Voilà pourquoi ce livre (d'une belle littérature) est essentiel, urgent, un livre magistral, celui d’une femme qui aura tout donné, et qui, au final, la mort dans l’âme, sur la pointe des pieds, au matricule réduite, a quitté bien plus qu’un métier ; un amour. Eternel. Mais perdu.

 

 

”Police, Mon Amour – Chroniques d’un flic ordinaire” de Bénédicte Desforges - Anne Carrière Editions - 4 mars 2010 [274 pages – 17,10€]

 

 

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commentaires

Nounou 29/04/2010 23:57


Bonsoir. Un petit mot d'un petit lecteur peu habitué a commenter. J'ai acheté un premier livre de ton cru et croisant par inadvertance ce nouvel ouvrage j'ai dégainé ma carte les yeux fermés.
Il y avait bien longtemps que je ne t'avais pas lue.
Je n'entrerais pas dans les details mais tes recits m'ont aiguillés vers mon metier a venir. Esperant devenir l'un de ces anciens que tu as cotoyé.
Ben...Tout simplement merci Benedicte :)


Dono 15/04/2010 01:19


Au commentaire numéro vingt j'applaudis des deux mains :-)


k|pA 27/03/2010 17:28


Durant la présentation du film "Gardiens de l'ordre" (en avant première hier soir à Toulouse) Cecile de France a dit avoir lut "Flic" de Bénédicte Desforges pour s'aider à se mettre dans son rôle.
Perso j'ai trouvé qu'elle manquait quand même de crédibilité dans le film par moment. Mais cool qu'elle vous fasse un peu de promo :)


Olivier 18/03/2010 22:59


Peut-on savoir comment est déterminé le prix du livre? 17,10€, pourquoi pas 19,76 ou 14,30? C'est fonction du prix de revient? De ce que les gens sont prêts à payer? Du nombre de caractères?
D'Obiwan Kenobi?
Là dessus y'a quoi comme %tage pour l'auteur? 10%? 13%? Du prix H.T. ou TTC?
Merci de votre réponse.


le flic 18/03/2010 23:30


Le prix du livre est déterminé par l'éditeur.
Il n'est pas fonction du nombre d'images qu'il y a dedans.
Du nombre de virgules peut-être, faut voir...
Je me fous de ce que les gens sont prêts à payer, ce genre de considération n'intéresse à priori que le trésor public qui incite vicieusement à des dépenses obligatoires.
10%
Pour le reste, Google est ton ami.


Coué 16/03/2010 19:07


Bonne fête Bénédicte.
J'ai acheté ton bouquin, je me plonge dedans immédiatement.
A+
Et courage...


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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