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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 23:40

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  C’est quand même drôle – façon de parler – parce que si tout le monde s’accorde à se persuader que la sécurité est un enjeu majeur et déterminant pour le bien-vivre et le bien-voter, l’opinion semble ne pas voir qu’elle se laisse balader en absolue insécurité médiatique.

  Je ne sais pas ce qui est le plus anxiogène, en fait.
  La presse ? On ne sait pas trop si elle est asservie et à quoi, médias et politique sont un couple qui se cocufie autant qu’il sait s’entendre. On peut aussi douter, pour la plupart, de l’aptitude à un exercice autre que la paraphrase de dépêche AFP, la dentelle de faits divers, et le copié-collé de projets de lois. En revanche, aucune ambiguïté quant à l’appétit pour les particularités à transformer en généralités, ça aide à bien des démonstrations bancales.
  L’opinion ? la sécurité c’est – en apparence - aussi simple que le bien et le mal, alors elle avale tout sans sourciller, et piaille de bon cœur et en chœur non-non-non ou oui-oui-oui quand on lui sert un poulet grillé ou sa soupe sécuritaire.

(Volontairement, j’appelle le citoyen l’opinion car parlant de presse (et de politique) un citoyen n’est plus qu’un objet d’influence susceptible de restituer l’impact d’un discours par une attitude (et un vote))

  Le préalable absolu de ce qu’il est convenu d’appeler de l’information, c’est le suivisme de la presse, envers et contre toute pertinence, interdisant le temps de l’information véritable, de la connaissance, la mémoire, la réflexion, bref de la rationalité et la raison.

  Il suffit d’avoir un tout petit domaine d’expertise – j’ai la prétention de dire que la police ne m’est pas tout à fait inconnue - pour se rendre compte qu’on se fait bourrer le mou à longueur de temps. Pas toujours sciemment, pas à coups de mensonges délibérés, non, mais par péché d’immédiateté, souci d’audience, par parti pris de principe, lacunes et déficit de synthèse.
  Il est plus simple de donner du relief à un fait qu’à une idée.
  Plus simple aussi d’être dans le commentaire que dans l’analyse.

  Les ficelles des marionnettistes sont parfois énormes.

  Mais l’opinion s’en contente. Il est attendu d’une opinion qu’elle réagisse, c’est tout. Un individu peut réfléchir, pas une opinion. Et c’est bien pour ça que la sécurité est à la fois un enjeu et un outil idéologique idéal.
  Et à propos de sécurité, l’opinion est très réactive. Qu’on parle de délinquance ou de police, le réflexe épidermique et la posture prennent le pas sur le raisonnement.

  Pourtant si on retrace sommairement quelques chronologies de faits et d’annonces, et les priorités journalistiques qui guident les choix de titres à glisser dans les rubriques Sécurité ou Police, il y a de quoi s’interroger.

  À propos de déontologie policière par exemple :
  Phénomène médiatique, tout le monde a entendu parler d’elle. Celle qui a dénoncé de fâcheuses atteintes déontologiques, que la hiérarchie de la PAF et l’administration ont cru bon de ne pas sanctionner, peut-être pour générer ultérieurement un écran de fumée sur lequel la presse se précipiterait comme la misère sur le monde pendant que le démantèlement du service public police serait mis en oeuvre (eh oui, moi aussi je suis capable d’imaginer des machinations…) dans une quasi indifférence de l’opinion.
  Elle a dit d’elle-même qu’elle fut dans son service d'affectation l’Arabe de service. Je crains qu’elle soit aujourd’hui l’Arabe de service de beaucoup de monde qui, malgré des poses compassionnelles et empathiques très affectées, l’aura complètement oubliée quand les feux journalistiques se seront éteint et que son sort sera soumis à d’autres lois que celles de l’audience et de la visibilité.
  Les hommes politiques sont comme ça, friands de cautions morales, d’étendards volontaires, de bonnes consciences par procuration. Et ils oublient vite.
  Les journalistes y trouvent leur compte aussi, ce genre d’affaire est simplissime à décliner sur le mode des-gentils-et-des-méchants et de la-police-qui-a-tous-les-vices. Un grand classique. Puis ils se lassent vite, ils ne parlent pas deux fois de suite de la même chose parce que l’audience s’émousse.
  Et pour parfaire la péremption d’un fait d’actualité, l’opinion est ainsi faite qu’elle n’a pas plus de constance que de mémoire. Il suffirait donc à l’administration police de programmer un conseil de discipline au milieu d’une actualité bien chargée pour que personne n’en parle. C’est le jeu des médias, il est donc de bonne guerre. Je défie quiconque de faire entendre une cause juste – ou pas, d’ailleurs - entre les deux tours d’une élection présidentielle. Par exemple.

  À propos des armes, autre exemple :
  De façon récurrente, l’usage des armes non létales – flashball et Taser – est remis en cause. À chaque accident, ou bavure selon qui commente. Et aussi régulièrement, il se trouve des associations pour démontrer que la police française figure sur le podium des tortionnaires. L’opinion éminemment informée par la presse, prône la suppression de ces armes. On ne garderait que le 9mm, et chaque légitime défense recevrait donc la même réponse. Mais là, il faudrait éclairer l’opinion d’un peu de droit pénal, et ça se corse pour les journalistes-à-tout-faire.
  Quand on évoque l’armement des policiers municipaux – de plus en plus impliqués dans la lutte contre la délinquance – sous impulsion médiatique, l’opinion frissonne d’effroi.
  Mais quand le ministre Hortefeux annonce une modification de la législation sur les armes, arguant que « la législation sur les armes est inefficace, car trop tatillonne pour les honnêtes gens, impuissante face aux trafiquants » (24 juin 2010 - Seine Saint-Denis) personne ne relève, ni se pose la question de savoir qui sont ces honnêtes gens qui pourraient profiter de cette toute nouvelle deuxième catégorie d’armes soumises à autorisation. Pour l’opinion, un honnête gens est certainement moins attentatoire à la sécurité qu’un policer municipal armé ou qu’un flashball. Bah tiens. En tout cas la presse a négligé cette petite phrase pas-anodine-du-tout de la déclaration du ministre, et autant dire qu’elle est passée comme une lettre piégée à la poste.
  Plus récemment, une loi a été votée stipulant que la réserve civile renforçant les effectifs de police accueillerait désormais en plus des retraités policiers, des citoyens volontaires. Lesquels, après une courte formation pour un emploi qui reste à déterminer précisément, se verraient remettre une arme. À feu.
  La presse - à grande audience en tout cas - n’a pas eu grand-chose à en dire. Et l’opinion non plus, du coup. Trop technique ? Trop juridique ? Trop énorme ?
  Il n’en reste pas moins que cette milice citoyenne armée suscite beaucoup moins de débat que le flashball, mais apporte la preuve lumineuse que la sécurité cesse d’être un métier de spécialistes, et que les valeurs et garanties républicaines sont solubles dans l’amateurisme.
(Et en outre, je tiens le pari aujourd’hui que la détention d’arme sera bientôt étendue à certaines professions. Pour commencer.)

  Bref. Pendant que se prépare l’éparpillement de la gestion de la médiatique et sacro-sainte sécurité, entre des policiers municipaux plus ou moins armés selon les budgets et le bon vouloir des élus, des citoyens volontaires qu’on éduque déjà à la délation avant de les armer, des "professionnels" de la sécurité privée (200 000 en 2012, autant que de policiers et gendarmes), des caméras de vidéosurveillance ; pendant que la police nationale se réduit comme une peau de chagrin abandonnant ses prérogatives républicaines et ses missions régaliennes aux mains du bizness, de simulacres de rentabilité et d’ambitions personnelles, de vocations de la dernière pluie, au détriment de la lutte contre la délinquance et de la sécurité publique, avec quoi occupe-t-on l’espace médiatique ? Un livre à scandale. À se demander s’il n’est pas co-édité par le ministère de l’Intérieur. Tout ça est dérisoire. Décourageant...
  Voilà ce que je reproche à la presse. D’ignorer un essentiel parce que son traitement est un peu plus compliqué - mais tellement nécessaire. De prétendre parler de police et de service public en évoquant en boucle une lamentable histoire, de résumer la police à cette histoire, d’en faire un arbre qui cache la forêt qui nous arrive dessus comme une déferlante à emmerdes. Parce qu’avec les prochains flics en plastique de la dernière tendance légiférante, il y a fort à parier que vous allez en manger de la bavure et de l’atteinte aux droits de l’homme. Et de la sévère.

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Published by bénédicte desforges - dans police - médias - intox
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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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