Elle s’appelait Muriel, elle était gardien de la paix.
Elle travaillait au commissariat central du IVème arrondissement de Paris.
Muriel, elle souriait tout le temps. C’est peut-être parce qu’elle avait les dents du bonheur, et qu’elle était jolie comme un cœur.
Un jour de juin 2008, la radio annonce qu’un feu s’est déclaré dans un immeuble du secteur où elle est en train de patrouiller avec ses collègues. Muriel et eux ne se posent aucune
question, ils se précipitent vers l’incendie. Du courage et du sang-froid, ils en ont à revendre.
Les badauds sont déjà là, ils regardent le feu sans bouger. Avides de spectacle et de drames, comme toujours.
Les gardiens de la paix parviennent in extremis à sauver une femme des flammes, mais malheureusement le mari de cette dernière y laissera la vie. L’intervention a été difficile,
douloureuse, Muriel en restera marquée. Mais qui ne le serait pas... Ce n’est pas évident de se dire que parfois la chance et le hasard prennent des jours de repos.
Mais Muriel le sait, elle a du métier, elle range ça dans sa mémoire avec le reste.
Demain sera un autre jour, dit-on.
La hiérarchie félicite Muriel et ses collègues, et décide de leur attribuer la médaille du courage et du dévouement ainsi qu’une prime de mille euros.
L’administration a des lenteurs, comme souvent, et on apprend début 2009 que les fonctionnaires de police ne seront décorés qu’au mois d’août, et que la prime leur sera versée à la fin de
l’année. La vie continue, le quotidien policier aussi.
Le 14 juin 2009 dans l’après-midi, Muriel se suicide avec son arme de service au commissariat du IVème arrondissement.
Tout le monde est anéanti, personne ne comprend tout à fait son geste. Peut-être qu’elle souriait trop souvent, peut-être qu’elle aimait trop ses collègues pour les entraîner dans une
spirale qui la rongeait de tristesse. Peut-être que sa joie de vivre lui filait entre les jours, en silence, comme du sable entre les doigts, personne n’a su le dire.
Elle était un flic d’exception, elle connaissait son métier sur le bout des doigts, tout le monde le savait. Muriel était un exemple pour tous, elle était intègre et franche. Et plus qu’un
bon flic... c’était une amie, une frangine, pour ceux qui l’ont accompagnée au travail.
Muriel, si joliment armée de son sourire, était dévouée corps et âme à son métier.
Mais Muriel s’est donné la mort dans un vestiaire sans donner d’explication. Tout à côté de ses collègues.
Il y a quelques semaines, on a cru que la prime de Muriel serait reversée à ses parents, et tout le monde a pensé que c’était un héritage qui avait du sens. Le sens qu’elle aurait aimé
donner à ce métier qu’elle avait tant aimé.
Ce mois de novembre, l’administration a rejeté la demande de prime qui devait revenir à Muriel pour l’acte de courage et de dévouement qu’elle avait accompli avant sa mort.
Parce que voilà, Muriel est morte et n’a donc plus de salaire, ni de compte en banque.
Et dans la police, on ne plaisante pas avec le règlement.
Moins qu’avec la reconnaissance en tout cas...
Muriel... au diable les primes, les bons points, les félicitations et toutes ces conneries, tu sais bien que ce ne sont que des miettes de respect.
Ce qui est important aujourd'hui, c'est que nous, on pensera toujours à toi.
Repose en paix.
Henri Jeanson, pataphysicien
France info Le livre du jour :
et ailleurs :
Je n'assumerai pas de remarques déplacées ou outrancières.
Merci à vous.
Il est sur que cet argent ne la fera pas revenir, mais elle a mérité cette prime.....(Tu me manques tant Mumu)
Bel hommage que tu rends-là, avec ce soupçon de cyno-réalité qui fait froid dans le dos.
merci a vous. Rien à dire ,simplement lire et malheureusement sourire (Pour ne pas pleurer) à tant de mesquinerie administrative.
Et quand même, c'est terrible, d'avoir toujours une arme à portée de main.
Pensée à sa famille et à ses amis.
Pourquoi n'en parle-t-on pas dans les JT ? JAMAIS...
A quand un ancien policier au ministère de l'intérieur, je pose la question...
Bravo pour cet article, et une pensée amicale aux proches de cette personne.
Témoignage poignant sous la plume de celle qui est sans conteste la voix de la profession, parce qu'elle sait résonner au-delà de l'oubli et nous conduire sans cesse à la réflexion, plutôt qu'au dénigrement ...
Un bel hommage qui atténuera la rigueue administrative !
Là je modère ...
Merci pour elle.
Mais dès fois les interventions sont dures, sans soutien de la hiéarchie ou du public.
Reposes en paix collègue
Bien sûr que l'argent ne ramènera pas notre collègue. Mais cette prime, elle ne l'a pas volé.
Au-delà de tout ce qu'on pourra écrire ou penser, il ne faut pas oublier Muriel et l'ensemble de nos collègues disparus trop rapidement.
La police reste une grande famille et nous ne devons pas oublier chaque frère et soeur qui ne sont plus là aujourd hui.
Nous devons rester soudés encore plus.
J'ai une énorme pensée pour eux...
En effet ces "badauds qui regardent sans bouger" sont aussi soumis à l'obligation d'assistance à personnes en danger. Mais ils n'en retirent ni 1000 €, ni de médaille, s'ils sauvent quelqu'un (alors que les policiers dont c'est pourtant la vocation, étrangement, si).
Mais Muriel n'a sûrement pas fait ça pour une médaille ou 1000€, elle l'a fait pour la même raison qui a fait qu'elle a choisi ce métier : par devoir moral. Prouvant qu'elle faisait avec amour et compassion son travail.
Alors si elle aimait son travail, si son sourire permanent montrait qu'elle aimait la vie, pourquoi y a-t-elle mis fin?
Les conditions dans lesquels vous travaillez me semblent vraiment difficiles et plus encore ces dernières années. La cause de ce drame est-elle là ou est-elle plus personnelle? Faudra-t-il attendre une vingtaine d'autre suicide avant d'oser en parler ?
De ma très modeste expérience des forces de l'ordre (quelques jours pour "découvrir" le métier au lycée avec les gendarmes), je sais que ce n'est pourtant pas un phénomène isolé. Des "gardiens de la paix"(au sens de la mission) se suicidaient (malheureusement régulièrement) déjà il y a 10 ans, et déjà l'omerta cantonnait aux seuls proches et collègues l'information.
En fidèle lecteur de votre blog, c'est la première fois que je suis à ce point ému, et inquiet (pour vous, votre profession, et donc nous tous).
"Après avoir été sa gardienne, tu seras son hôte. Repose en paix Muriel."
s'il vous plait cessez de vous foutre en l'air, l'administration ou tout autre raison n'en vaut guère le coup.
Pour Muriel, rejoins l'âme en paix de meilleurs cieux auprès de nos anges-gardiens de la paix.
Sincères condoléances à ses proches.
je souhaite beaucoup de courage à ceux qui restent, c'est pour eux le plus difficile...continuer à vivre.
Se souvenir de nos collègues et amis, est la meilleur des reconnaissances.
on vous oubliera jamais.
quel plus bel ange que ( L ANGE GARDIEN DE LA PAIX )
RIP Muriel comme on dit.
La France ne sait pas prendre soin de ceux qui sont là pour prendre soin d'elle.
Car Muriel, c'est un peu comme Fanny, c'est un peu cette partie qu'il y a dans chaque policier, cette partie fragile, qui s'interroge, qui a peur même, cette partie qui vibre, qui se teinte chaque jour de nos interventions, sans qu'on s'en rendre vraiment compte, cette partie qui se tait et qui espère.
Nous sommes tous Muriel.
Repose en paix, soeurette gardienne.
Bonne route à toi Muriel où que tu sois,je ne te connaissais pas mais je pense à toi.
Il est dur de voir cette réalité en face, et de voir nos collègues tomber, pour la France.
Courage à sa familles, à ses amis, ses collègues.
Quelle belle administration...
Repose en paix, Collègue
Une pensée à la famille, amis, collègues quotidiens.
Repose en Paix collegue...
Toutes mes pensées à la famille, aux amis et collègues sincères de ce policier.
Soeur de flic
Je vous présente mes sincères condoléances. Nous ne pouvons jamais oublier ces drames mais apprenons à vivre avec la douleur.
Je n'avais jamais rencontré Muriel et pourtant je la connais bien car chaque jour je la croise, dans le regard de mes collègues.
Le code d'emploi "minute de silence" n'ai pas prévu dans notre main courante informatisée, ce qui nous préserve d'un grave déséquilibre de statistiques.
Et cette prime non versée, quelle tristesse, quelle honte, quelle inhumanité, quelle habitude de notre administration de nous bafouer même dans la mort !
Je tiens à leur/vous présenter mes plus sincères condoléances.
J'espère que vous serez chacun soutenu et accompagné pour traverser cette terrible épreuve.
Le suicide fait des ravages, celui ci m'affecte particulièrement car il s'agissait d'une personne qui secourait qui aidait et qui tentait d'apporter la sécurité aux citoyens.
Bénédicte vous aviez déjà parlé du suicide avec des mots retenus, je vous admire d'avoir réussi à être aussi digne et pourtant poignante en nous parlant de Muriel. Merci
Oui, "au diable les primes, les bons points, les félicitations et toutes ces conneries qui ne sont que des miettes de respect". Tout cela est tellement vrai et tellement triste.
Et, par delà la tristesse de tout ceci, je me dis, que faudrait il faire pour que les choses changent ? Et derrière le terme "administration", il faut savoir qu'il y a des individus qui prennent des décisions, dissimulés derrière l'anonymat bien tranquile de ce mot...
Pour finir, je tiens à transmettre toutes mes condoléances à la famille, aux amis et au collègue de Muriel.
Dans ton regard, je lis une extrême gentillesse, un besoin de reconnaissance qui n'a jamais existé.
Comme je te comprends, repose en paix
fred
Bénédicte, tu as ce don de trouver les mots justes qui expriment le fond de nos trippes, de nos émotions qu'on tente coûte que coûte de mettre de coté pour continuer d'avancer.
Il faut pourtant savoir les sortir ces émotions...même si ça fait mal. Tes écrits m'aident à faire cela. N'arrête pas. Jamais.
Muriel, mais aussi Fanny, et tous ceux partis avant vous, après vous, chaque jour, à chaque prise de service, je commence ma journée avec une pensée pour vous. Et je me demande si vous avez trouvé la paix à laquelle vous aspirez en commettant l'irreparable. J'espère que oui.
Je ne vous ai pas connu, et pourtant je me sens si proche de vous.
Et plus je me sens proche de vous, plus je me sens loin de l'administration....
Reposes en paix là où tu es, ta famille et les tiens peuvent être fier de toi!!!
L'institution manque parfois de Grandeur et d'Humanité. Restons solidaires sur l'essentiel. TK N