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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 00:57

 

 

RER

 

  Quand elles se produisent dans les transports en commun, les agressions ont la particularité d’être une sorte de huis clos qui met en scène des comportements humains de façon limpide et indiscutable.

   Invariablement, il y a trois sortes de personnages : les agresseurs et les témoins (le plus souvent au pluriel pour ces deux groupes) et les victimes (plutôt au singulier, même si le pluriel des autres est plus nombreux que nécessaire.)

  Les agresseurs sont prévisibles. Ils ont un chef de meute, ils cognent, volent, et violent s’ils sont en forme et motivés.
(l’agresseur peut être vieux, mais il est souvent jeune parce qu’il court plus vite. La France vieillissante doit impérativement développer une délinquance adaptée, il faudra mettre ça à l’étude.)
  Le profil de ces personnages est donc celui d’un petit facho de la pire espèce.
Il évolue en bande virile, il aime l’argent et existe socialement à travers les biens de consommation. La violence est son mode d’expression privilégié, et il jouit de la vulnérabilité d’autrui. Il est donc sexiste et phallocrate. Souvent raciste – ou pire, tribaliste – ça peut être un argument de poids dans le choix de sa cible.
C’est généralement un parfait abruti qui peine à s’exprimer avec des mots intelligibles, il est complètement inculte et l’assume avec arrogance.
Aucune idéologie ne guide ses actes.

  Le(s) témoin(s), c’est celui qui aurait voulu ne pas être là.
  Dans le cas le plus caricatural, le témoin est le type qui veut savater tout ce qui bouge quand il en parle, mais qui ne bouge plus quand ça savate sec autour de lui. Le témoin, c’est la grande gueule de la veille, en fait.
  Ce qu’il y a de pénible avec lui, c’est que souvent il n’a rien vu.
  Ça réduit considérablement le travail procédural de la police, mais ça ne fait pas avancer l’enquête.
  Le témoin est donc généralement un aveugle impotent. Même s’il n’est pas vieux.
  S’il n’est pas aveugle, il est très pris par l’observation du paysage ou la contemplation de ses pieds.
  Le témoin est également sourd, il n’est pas réceptif aux fréquences sonores générées par les bruits de coups et par les cris. C’est donc un poly-handicapé au même titre que la victime, sauf que lui c’est un préalable à la scène quand pour l’autre c’est une conséquence.

  Pour la victime, c’est plus simple. C’est un objet.
  Sur elle se jouent la prise de pouvoir et la violence des uns, et la distanciation des autres.
  Elle n’est plus vraiment quelqu’un au moment de l’agression.
  ...sur elle s’impriment l’indignité et la lâcheté humaines.
  C’est difficile à vivre et à surmonter.
  Sauf si la victime est l’agresseur ou le témoin de l’avant-veille, et dans ce cas elle peut tenter de se faire une raison.

 

L'agression : travaux pratiques

 

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Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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commentaires

un témoin agressé 15/07/2011 11:43


J'ai un ami qui a été agressé devant moi par trois personnes, je suis intervenu, je suis tombé, j'ai eu une triple fracture déplacé du nez. Mon ami a juste pris un coup de poing. La police a fait
son travail à 50% vu qu'ils ont arrêté les agresseurs.
Le fond de l'histoire est qu'ils ne sont pas allé en prison, que certain "amis" présents n'ont rien fait et que le point final est celui-ci : on intervient jamais! bah ouais pourquoi j'irai me
faire casser la gueule pour un inconnu? et puis vu notre justice...


Sergio 21/06/2011 16:32


C'est un assez bon résumé de la situation :)


pt_w 12/05/2011 02:41


Pas facile ces situations... Et, cas vécu, la Police elle-même recommande de ne surtout pas intervenir.
Je m'explique : il y a une bonne 15aine d'années de cela, habitant Paris, j'ai été témoin de l'agression dans un couloir de métro d'une jeune fille par deux "relous". Comme du monde passait, je me
suis interposé, pensant ne pas me retrouver tout seul si ça chauffait trop. Sauf que je n'avais pas vu les 4 potes qui trainaient pas loin. Et mon approche diplomatique n'a apparemment pas
fonctionné...
Résultat : 1 contre 6 , personne n'intervient, j'en amoche un puis passage à tabac en règle, arcade ouverte, 2 côtes fêlées, des bleus partout, une paire de lunette broyée.
Mais ce qui m'a fait le plus mal, c'est le sermon par les flics de l'arrondissement en attendant les pompiers, en résumé "qu'est-ce qui vous a pris de vous fourrer là-dedans, vous avez bien cherché
ce qui vous est arrivé", tout ça d'un air mi-blasé, mi-dégouté...
Conseil reçu lors de ma déposition 2 jours plus tard : "Dans ce genre de cas, n'intervenez surtout pas, contentez vous de signaler et en plus si vous en avez blessé un et qu'on les retrouve, il
pourra porter plainte contre vous."
Heureusement pour moi je ne me suis plus retrouvé dans ce genre de situation depuis. Parce que je ne sais pas comment je réagirais. Intervenir (au risque de prendre un mauvais coup), signaler (au
risque que le temps que ça réagisse tout ce soit passé), détourner les yeux (au risque de ne plus pouvoir me regarder dans la glace) ?
Honnêtement je ne sais pas.


jerome 23/04/2011 23:30


Pardon mais mème si c'est intéressant ce que vous dites je le trouve caricatural.
Non que je tienne à défendre qui que ce soit des victimes des agresseurs ou des témoins, on défend qui on peut quand on veut, ou l'inverse, mais pour m'être retrouvé dans la situation d'assister à
des agressions, verbales surtout, il y a plusieurs cas :
- ça va trop vite , on est choqué, héberlué
- ça va progressivement, et on se demande j'usqu'où va la réserve qu'on doit observer : on n'est pas sensé être le juge de ce qui est supportable ou pas, bon il y a un moment où on est sur. Ok,
trop tard.
- on arrive à intervenir - si on est curieux et attentif en général juste avant que ça ne bascule, et on se demande si c'est pas parce qu'ils étaient pas faibles "les méchants" - une fois
démobilisé c'est souvent des gens malheureux. Ces Cons.

Et puis, et puis, on est toujours suspect quand on agit "bien". C'est lourd ce regard, on n'a pas vocation non plus à ça.

Bref. je connais le regard qu'on a dans votre métier et dans votre position sociale. J'dis pas qu'vous soyez mieux lotie, nan ça non, mais faut pas croire, la plupart des gens sont pas entrainés,
préparés...mentalement à agir.
Merci des articles.


bénédicte desforges 24/04/2011 00:11



Merci pour votre commentaire,
et oui bien sûr que c'est complètement caricatural :)



eczistenz 13/04/2011 16:48


J'avoue que, utilisateur fréquent du métro, je me pose fréquemment cette question... J'espère juste que l'adrénaline du moment me permettra de bien réagir. Dans les transports en commun, les
caméras permettent aussi de reconstituer la scène si tout le monde a pris les jambes à son cou...
Mais je dirai qu'en tant que policier, vous avez certainement une gestion du stress totalement différente de celle du quidam moyen, ca n'excuse pas la non assistance à personne en danger,
certes
Je me rappelle d'une étude sociologique - sur les incivilités et pas sur la violence - où on étudie les réactions des gens dans un ascenseur face à un djeuns qui taggue les murs. Si il y a
plusieurs personnes dans l'ascenseur, la tendance lourde est que personne ne réagit. PAr contre si il y a une seule personne avec le djeuns, il y a beaucoup plus de réactions.


bénédicte desforges 14/04/2011 01:53



C'est fascinant ce genre d'expérience "in vivo" que vous citez.. le phénomène de groupe, c'est le registre de l'inhibition ou de l'exaltation. Jamais la décision et l'action raisonnables et
appropriées.



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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