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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 08:56

 

En hommage à Philippe Cardon

 

Philippe CardonPhilippe Cardon 1991 Goutte d'Or ©photo JMG

 

  Un jour, nos conviviaux locaux de police eurent à accueillir en leur légendaire garde à vue, un fort bel individu. Trentaine athlétique, élégamment habillé, belle gueule et tout et tout. Il avait dans la vie deux passe-temps, le premier servant au deuxième. Il était marathonien, et parfois courait aussi de bureau de poste, en banque, pour y détrousser des vieillards impotents, de leurs minables pensions, dont le retrait constituait la balade mensuelle.
  Il avait pris goût à cet argent facilement gagné, et on le recherchait activement.
  Il a finalement été arrêté sans heurts. Mes collègues avaient réfréné des envies de gifles sur la tronche de bellâtre de celui qui n'avait, malgré son talent, jamais réussi à voler sans blesser, estropier ou invalider un pauvre vieux. Il était enfin là parmi nous, et en attente d'être transféré devant un juge, pour y plaider sa bonne cause.
  Durant sa garde à vue, il demande à aller pisser, un collègue l'accompagne, le type le bouscule, et file comme un pet sur une toile cirée vers la porte, bref s'évade.
  Le hasard fit que se trouvait aussi là un homme, trentaine pas vraiment athlétique, gueule parfaitement quelconque, habillé banalement de bleu marine avec une étiquette marquée police, mais... marathonien à temps perdu. Réflexe de compétiteur, il se lance à sa poursuite.
  On n'a eu aucune nouvelle pendant trois quarts d'heure. C'est une police secours qui nous les a ramenés, d'un arrondissement éloigné.
  Ils avaient couru trois ou quatre kilomètres dans Paris. Les passants s'étaient aimablement écartés pour les laisser passer, et ils n'avaient pas été gênés dans leur course. Ils cavalaient au même rythme, l'un derrière l'autre, à foulées égales. Je crois que mon collègue en a eu marre, et voyant l'heure de fin de service se rapprocher, il a brusquement décidé d'abandonner l'idée des quarante-deux kilomètres. L'autre voulait manifestement relever le défi, et ne semblait pas vouloir s'arrêter de courir. Le collègue a alors sorti son flingue de l'étui, et le lui a lancé très adroitement sur la tête. Le bel athlète tout estourbi, a dû déclarer forfait.
  On ne dira jamais assez le danger des armes à feu.


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Published by bénédicte desforges - dans chroniques d'un flic ordinaire
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commentaires

mireille 26/01/2014 20:37

Histoire pleine d'humour ! et j'aime la chute

Kranzler 10/12/2013 05:23

5 heures du matin. Le "pet qui file sur la toile cirée" me fait beaucoup, beaucoup sourire.

bénédicte desforges 11/12/2013 13:38



Salut Kranzler ^^



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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