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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 01:42

Il y a bientôt deux ans, le secrétaire général du syndicat majoritaire des gardiens de la paix, Unité-SGP-Police-FO déclarait que… et là, j’ouvre des guillemets émus et convaincus, tant la formule a fait date dans l’histoire récente du syndicalisme policier :

"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat"

C’était sur une tribune, lors d’une manifestation de policiers à Paris, 2000 participants selon les organisateurs, 800 d’après la police, un chiffre officiel largement surestimé d’après moi. Énormément de revendications pourtant (je vous fais grâce de la liste, à peu de choses près, ce sont les mêmes depuis vingt ans) à un mois des élections professionnelles, et un pari réussi pour l’organisation syndicale qui remportera une majorité relative, mais forte de ses promesses, une majorité tout de même.

Donc, "Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat"…
Idiotement, je me suis dit que le Grand Soir des flics était pour bientôt.
Il y a des jours comme ça, où on est disposé à croire ce que l’on nous chante, d’autant plus quand le ton et la mise en scène s’y prêtent.

Et là, l’idée de ce poulet en colère qui, tel un pokemon rageux se métamorphosait en coq de combat, ça sentait bon la menace, la désobéissance utile, la lutte finale.

Un secrétaire général chaud comme un marron, une matière première revendicative prête à être transformée en mobilisation, des idées qui fusent, grèves du zèle, service minimum, et des fonctionnaires de police saturés de ras-le-bol n’attendant que le feu vert syndical pour bouger, défendre leur métier, œuvrer à restaurer les relations police-population, redonner du sens au caractère utile et républicain de la police, et privilégier la lutte contre la délinquance à celle de la sacro-sainte statistique.
On avait envie d’y croire.

"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat", voilà ce qui s’est dit ce jour là, sous les fenêtres, non pas de la place Beauvau, mais du ministère des finances, le plus excentré de Paris, au cours de cette manifestation sage et discrète de poulets en colère qui avaient pour consigne de rester groupés et ne surtout pas défiler pour ne pas attirer l’attention ni semer le trouble dans ce quartier où il ne passe pas un piéton.
Et en plus il pleuvait.
Une manifestation pétard mouillé pour les médias, une aimable petite manif qui a fait parler d’elle jusqu’au lendemain à peine. Normal, il n’y avait eu ni casse, ni débordements, la réalité policière fait toujours moins d’audience que les spectacles de rue…

Les élections professionnelles ont donc eu lieu, et ont été remportées par Unité-SGP-Police-FO avec un cri de guerre qui avait fait mouche.
"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat."

J’ai longtemps cherché à entendre l’écho de cet appel. J'ai guetté l’offensive syndicale dans une actualité où le débat sécuritaire excite la politique et les médias, à mesure qu’il épuise une police avec des moyens humains et juridiques inversement proportionnels à la somme des missions à accomplir et des résultats attendus.

La colère des poulets ne s’est pas dissipée, mais les coqs de combat ne sont jamais sortis de l’œuf.
Jusqu’à la semaine dernière...

Enfin il se passait quelque chose, des poulets en colère emmenés par le syndicat Unité-SGP-Police-Force Ouvrière (le dernier ferme la porte) passaient à l’attaque et manifestaient devant leur commissariat à Angers. Contre les privilèges indiquait la dépêche de presse.
La bonne odeur de contestation que voilà ! je me suis dit. On y est ! Enfin !

Fausse alerte. La révolte du jour était provoquée par l’affectation d’un gardien de la paix au commissariat d’Angers, pistonné par Alliance, le syndicat adverse.
Oui, vous avez bien lu…
Un gardien de la paix a été affecté à Angers – le rêve d’énormément de gens de par le monde – et il y a eu une manifestation.
Alliance aurait pistonné un type qui rêvait de bosser au commissariat d’Angers, et le syndicat majoritaire a jeté des fonctionnaires de police dans la rue pour crier leur colère. À Angers.
L’irréprochable Unité-Police-etc a identifié un coup de piston de la part de son adversaire syndical et a convoqué la presse à assister à sa rage.

On a touché le fond là, où il y a encore de la marge ?

Merci, merci à tous, merci Unité-SGP-Police-FO pour cette exhibition.
Les occasions et les motifs de sortir les banderoles et faire le mariole devant les appareils photo sont si rares, tout va si bien, l’avenir de la sécurité publique est si limpide, qu’il ne fallait effectivement pas louper une telle occasion.
Et puis c’est drôlement utile de contribuer à l’image d’une police solidaire, avide de défendre son métier et le service public.

Alors ? "Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat ?"

On a vu ça…

Et on en est restés tout ébaubis.


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Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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commentaires

Liberté 14/10/2011 21:37


coqs de combats ? certainement pas !

Des chapons, peut-être...


annie 14/10/2011 11:44


Dans une décision du 6 octobre 2011, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la France pour entrave à la liberté d’expression de syndicalistes policiers, lesquels avaient manié
l’invective politique à l’encontre du maire d’une commune.
CEDH 6 oct. 2011, Vellutini et Michel c. France, n° 32820/09


bénédicte desforges 14/10/2011 12:43



Merci.
C'est une décision très intéressante.
compléments d'info :
1 - Syndicat : l’invective politique protégée par la liberté
d’expression
2 - Polémique syndicale et conflit politique d’envergure locale : une salutaire et forte protection de la liberté de critique (CEDH, 5e Sect. 6 octobre 2011, Vellutini et Michel c.
France)



Koltchak91120 17/09/2011 10:33


Ah ces fameux principes républicains ! Comme s'ils n'appartenaient qu'à elle, comme si des notions comme la liberté (encore que je préférerais qu'on parle des libertés, notion moins adolescente que
LA Liberté), la fraternité n'étaient propres qu'à notre ripouxblique. Je laisse de côté l'égalité qui chez nous est devenue un égalitarisme forcené, comme la laïcité qui est devenue un laïcardisme
radical et imbécile, comme si les religions n'avaient pas leur place dans le débat public, comme si la morale religieuse n'avait pas à en remontrer à la républicaine.

Sur la constitution, ce que vous ne semblez pas comprendre, c'est qu'à la base c'est un document qui est censé définir les bornes de l'action de l'Etat. A vous lire, je crois comprendre que notre
conception sociale, une et indivisible (au passage, quelle blague pour peu que l'on veuille bien considérer les nombreuses clientèles politiques sans oublier l'existence du peuple de gauche) serait
supérieure à toutes les autres. Ce qui expliquerait l'entrée du principe de précaution et autres conneries dans cet épais volume qui est notre constitution, déjà obèse dès sa naissance.

Enfin, sur le système républicain qui serait le garant, sincèrement vous croyez à ce que vous dites ? Pensez-vous réellement que les flics des diverses monarchies qui existent de par le monde ne
partagent pas une certaine déontologie propre à ce métier ? Une telle foi dans la république tient de la pensée magique.


bénédicte desforges 17/09/2011 18:53



Absolument.
C'est une pensée magique.



Koltchak91120 10/09/2011 14:55


Encore une fois, je ne trouve rien à redire, sur le fond, à ce que vous dites. A une exception près, néanmoins. Qu'est-ce que viennent foutre là-dedans les soi-disant valeurs de la république ?
Comme si le caractère républicain apportait ne serait-ce qu'une once de plus-value à l'action policière ?

D'autant que la constitution est devenue, depuis longtemps, un torchon de papier. A-t-elle d'ailleurs été autre chose pour peu que l'on veuille bien considérer que celle des USA ne dépasse pas les
3 pages. Ce qui semble normal puisque ce document normalement se contente de borner le champ d'action de l'Etat en vue de protéger les droits naturels des citoyens.

Quant à la loi, que dire sinon qu'elle devient de plus en plus incompréhensible pour le citoyen de base eu égard à la diarrhée législative qui s'est emparée de ce pays depuis une quinzaine
d'années. La production annuelle actuelle correspond, bon an, mal an à une dizaine d'années à l'époque des 30 glorieuses. Textes mal foutus, inapplicables, qui oublient d'abolir d'anciens textes,
qui deviennent de plus en plus intrusifs dans tous les aspects de la vie quotidienne, etc.

Pour ma part, je pense que ce sont avant tout les fonctionnaires qui font la valeur d'une institution, policière en l'occurrence, et non pas le régime, qu'il soit républicain ou je ne sais quoi
d'autre.


bénédicte desforges 13/09/2011 08:26



Bien sûr que oui les principes républicains sont une plus-value à l’exercice du boulot de flic. Et la constitution n’est pas un torchon. Celle des USA ne dépasse pas 3 pages ? Tant mieux pour les
juristes américains, donc. Ça doit être drôlement plus simple… C’est probablement grâce à ces 3 pages que le Texas peut condamner à mort en 10 minutes de procès avec un avocat commis d’office.
And so on..

Et c’est évidemment un système – la République en l’occurrence - qui garantit les bases et la teneur de la mission policière. Les fonctionnaires eux-mêmes participent à assurer la qualité du
service public, mais ça ne fait pas tout.
Sinon la police serait un boulot en freelance.



Koltchak91120 10/09/2011 12:56


" œuvrer à restaurer les relations police-population, redonner du sens au caractère utile et républicain de la police "

On ne peut que souscrire à ce programme.

Cependant, je ne cesse de m'interroger sur cette manie hexagonale qui veut que l'on évoque régulièrement les mânes de la république pour convaincre de la justesse de son point de vue. Une manière
d'argument d'autorité en quelque sorte. Comme si la police des pays non républicains était moins utile, moins juste. Comme si le bilan de la république était à ce point édifiant et indiscutable !


bénédicte desforges 10/09/2011 13:40



Ah. J'aurais peut-être dû préciser "...caractère utile et républicain de la police nationale" puisque ce syndicat la représente.

Je veux dire par là l'égalité de chaque citoyen face à sa sécurité grâce à une police nationale, en effectifs adéquats et
suffisants sur tout le territoire français, avec le même recrutement, la même formation, les mêmes compétences, les mêmes
qualifications, oeuvrant conformément aux valeurs de la République française, de la constitution et de la loi,
veillant à travers l'application de la loi au respect de ces mêmes valeurs. Etc etc.

Ce n'est peut-être pas édifiant, mais c'est déjà pas mal.



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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