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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 12:49

 

nike-la-police

 

Je veux donner une place particulière à ce message reçu d’un collègue. Je n’y ai pas bougé une virgule.
Il parle de syndicats, et je lis sa lassitude et son découragement.
Même si j’y perçois encore ce qu’il aime et exige de ce métier
... et du service public.



"Ce n'est sûrement pas un scoop, mais je me demande de plus en plus fortement si le but premier des syndicats n'est pas tout simplement de nous empêcher de prendre la parole.

En la monopolisant dès qu'il se passe quoi que ce soit, même un fait divers. En comparaison avec les gendarmes par exemple, lorsque quelqu'un, chez eux, s'exprime face à la presse au sujet d'une affaire, c'est un officier, en grand uniforme, avec tout ce que peut avoir de gueule un officier de l'armée française. C'est quand même une autre classe qu'un "pignouf" (désolés collègues mais c'est le premier mot qui me vient à l'esprit) en civil, mal fagoté et qui n'a pas travaillé sur le cas, ni de près ni de loin.

Quant à ce qui n'est pas un fait divers... bah... une nouvelle fois chers collègues, j'en suis navré, mais on a toujours droit aux trois ou quatre même gugusses, invités sur les plateaux télé pour y débiter les mêmes poncifs, qui ne sont d'ailleurs pas bien différents de ceux des journalistes dans leur forme, et à quelques détails près dans le fond.

A côté de ça, le collègue sur la voie publique, l'enquêteur du quotidien ou le C.R.S. en faction, makach (oui, ça doit pas s'écrire comme ça). Un bon coup d'obligation de réserve dans les gencives et retourne chez mémé. Laisse causer ceux qui savent.

Résultat, des mouvements de grogne spontanés qui ont pris tout le monde à contre-pied, pas ou peu relayés dans les médias (je suppose que je dois avoir une idée trop personnelle de ce qu'est un scoop, bien calé entre le dernier chien écrasé et le temps qu'il fait) et des syndicats pratiquement muets, complètement dépassés et immobiles.
Si leur but est "réellement" (et ce mot entre en guillemets ne reflète que mon opinion personnelle) de défendre nos conditions de travail, je ne vois pas meilleur pain béni. Je m'attendais, encore très naïvement, à ce qu'ils s'engouffrent dans la brèche comme des chiens enragés.

Mais non, dans l'immense majorité des services, les deux principaux syndicats n'ont même pas réussi à se mettre d'accord sur une date de rassemblement. C'est dire le niveau de motivation...

Alors on va me parler des petits délégués locaux qui suent sang et eau. Ouais, c'est pas faux, mais sans remettre en doute leur engagement et leur abnégation, quand on y réfléchit trente secondes, que font-ils ? Ils plaident les petits bobos et les mutations/avancements. À tel point qu'obtenir ce que de droit en terme de déroulement de carrière sans être syndiqué, revient à sacrifier plusieurs années de sa vie. Et ce, même s'ils le font le plus sincèrement du monde. Une fois encore, ferme-la camarade, laisse causer ceux qui savent. Et même si en l'occurrence, ils savent bien mieux défendre nos intérêts que nous ne le ferions individuellement, ils finissent tout simplement par se substituer à tout ce qui devrait nous apporter une solidarité sans faille.

"Mais le syndicat c'est la solidarité!" Bah non.
Les principaux syndicats font partie des fédérations syndicales, elles-mêmes très politisées. Et là où il y a de la politique, ça pue, c'est comme ça...

Regardez les dernières arnaques en date…
Le bloc O.P.J.  Et même si beaucoup de collègues s'y sont engouffrés en y trouvant un réel intérêt et généralement avec grand succès, ils se retrouvent à faire le boulot d'un officier d'il y a 20 ans pour la moitié ou deux tiers de son salaire.

L'heure sécable, on m'a dit que c'était la modernité face à un archaïsme qui ne pouvait durer car trop coûteux. Mouais, citez moi un corps de métier où on fait des heures sup' gratos sans s'en plaindre.
On a toujours eu des compteurs d'heures monstrueux car on ne pouvait en pratique pas les prendre, mais maintenant l'administration peut dire qu'elle ne travaille plus à crédit (d'ailleurs, ça aussi c'est discutable mais c'est une tout autre histoire) puisque le curseur des compteurs baisse. Argument purement marketing, lui aussi tout à fait politique et puant.

La fameuse politique du chiffre qu'on voit passer dans tant de tracts. D’accord, mais concrètement, l'action des syndicats a changé quoi à ce sujet là?
De là où je suis, je n'ai vu aucune différence, aucune action concrète. Que ce soit chez Alliance ou chez Unité. C'est toujours complètement opaque et très mal défini. Sans parler, c’est évidence, que ça pue tout de même pas mal en terme de service rendu à la collectivité.

Conclusion, les syndicats nous tiennent par les ... enfin, vous voyez par où ... pour ce qui est de faire bouillir la marmite, et nous font taire, pour que le gentil citoyen ne se rende pas compte de la merde noire dans laquelle nous sommes, et continue gentiment de voter et de croire à la version qu’on lui raconte.

Et voilà, maintenant, ils préfèrent s'insurger devant une affiche qui ne nous crache pas dessus, qui ne remet pas en question nos orientations sexuelles et qui ne parle pas de l'honnêteté de nos mamans, plutôt que de s'attaquer aux problèmes de fond. Vous trouvez ça surprenant? Moi pas.

En attendant, travaille, mets des prunes et tais-toi camarade, c'est ce que ton syndicat attend de toi.
Et si tu as l'impression que ça ressemble vachement à ce que l'administration attend de toi, dis-toi que c'est parce que tu n'es qu'un petit flic sans envergure ni intelligence, et que tu n'es pas capable de comprendre la façon dont on défend l'intérêt général de ta profession. "


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Published by bénédicte desforges - dans syndicalisme
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commentaires

Denis 01/11/2012 02:05

On a vendu le droit de grève, on a oublié de vendre les syndicats avec....

bénédicte desforges 01/11/2012 02:13



Et la grève du zèle ?



morel 31/10/2012 22:37

kom disait coluche, le syndicalisme est a la societe ce que le mercurochrome est a la jambe de bois....de bons à riens mais prêt à tout !!! faisons comme les infirmieres et créons un collectif sur
lequel les syndics n'auront pas prise...au moins le ministere pourra leur sire : messieurs, vous n'êtes pas capables de tenir vos troupes !! allez hop, retour sur la vp...je suis dégouté, B/C, 25
ans de boite, j'ai fait une demande de départ volontaire.....révoltez vous, abstenez vous aux prochaines elections professionnelles, faites la grêve du zele, on en peut plus de ce système....bon
courage à tous...

bénédicte desforges 01/11/2012 02:19



Personne ne peut blairer les syndicats, mais tout le monde (ou presque) a une bonne raison de se syndiquer. Alors à ce train là...
Sinon gaffe à l'IDV, j'attends la mienne depuis août 2011. Faut croire qu'ils ont paumé mon adresse et mon RIB...



merlo 20/10/2012 23:12

et oui on fait crédit à l'administration.....combien ont ouvert un compte épargne temps ? En faisant cela, disons policiers qui épargnet jours soit journées de travail. Combien de policiers ne sont
pas embauchés grace à cela ? refusez ce CET, ne faites pas crédit à votre employeur....vous rend t'il ces congés avec un bonus, un taux d'intêret ? et si vous décedez....le reversera t'il sous
forme d'une prime à votre conjoint, sur la base du vrai salaire d'une journée....allons, allons....

flore 21/08/2012 17:24

Bon...........petit sourire.....finalement, ces discours et ces mots, même si je les comprends et les partage souvent, ressemblent tant à la mode!!!!!Ca passe et.......ça revient.....ce qui est
tendance un jour....ne l'est plus....pour l'être de nouveau.....deux dizaines d'années dans cette "maison" et toujours (et encore) les mêmes récriminations finalement.....si le changement était si
simple, si tout était si simple, cela se saurait et cela aurait été, je pense, déjà mis en place. Ces"gens-là" m'horripilent et je crie souvent à l'injustice mais je n'arrive pas à partager ces
réactions.....la politique de la "terre brûlée", très peu pour moi, les héros, les sacrifiés, très peu pour moi....Un métier en perdition ? J'espère que non car la vie serait bien triste....un
combat ? J'en ai d'autres et celui-là ne sera pas le mien....relever la tête ? Je ne l'ai jamais baissé....quand à la solidarité, elle débute tout d'abord en tendant la main vers un collègue en
souffrance, à l'issue d'une intervention difficile, de rencontres difficiles.....peu importe, elle débute juste sur le regard que l'on pose sur l'Autre.

Jimmy 19/08/2012 22:35

Oui Sampériu, les mouvements de mai ont démontré que la solidarité existait encore.....

Permets moi d'apporter un bémol (et je suis bien placé) : cette solidarité peut elle rester constante dans le temps.....

Bien sûr que, comme le suggère le rédacteur de l'article, les syndicats tentent de nous faire taire..... mais à l'inverse, qu'attendons nous pour renverser tout cela et prendre le pouvoir?

Quand le flic de base sera t il plus fort et déterminé que ce système étouffant que nous subissons chaque jour, tête baissée, en disant merci?

Quand serons nous tous unis et fort devant notre métier en perdition?

Je crois qu'un combat doit être mené pour modifier tout ça, mais combien d'entre nous relèveront la tête et oseront dire NON à ce qui se passe en ce moment?

A coeur vaillant, rien d'impossible..... dit le proverbe.....

Encore faut il posséder un coeur vaillant....!

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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