Le conseil de discipline

7 Janvier 2012

champagne

  Il arrondissait ses fins de mois de gardien de la paix en travaillant de temps en temps au noir. Il avait un physique avantageux, belle gueule et sourire charmeur, et la nuit il faisait le portier à l'entrée de soirées chics et parisiennes. Ni vu ni connu, tout petit fonctionnaire de la République, il s'exerçait au cumul de mandats en dépit des mises en garde du sacro-saint règlement. Une ou deux fois par mois, il faisait fi de cette interdiction de se disperser, et veste noire dans la nuit noire, il se pensait à l'abri de l'œil de Big Brother. Jusqu'au jour où, parmi un petit groupe d'invités luxueusement vêtus et parfumés, lui était apparu comme une mauvaise blague, le regard étonné son commissaire.
  « Oh ! Que faites-vous là ? Vous êtes aussi convié ? lui avait dit celui-ci.
  - Euh... Pas vraiment... avait répondu le flic pris au dépourvu, et à court d'arguments crédibles.
  - Ne me dites pas que...
  - Eh si, patron !
  - Vous savez que vous enfreignez gravement le règlement ? Et aussi la législation du travail ?
  - C'est pas si grave que ça, patron. Une fois de temps en temps pour trois sous...
  - Une fois ? Une fois de trop !
  - Patron... Vous me faites rentrer maintenant que vous êtes là ? J'ai envie de petits-fours...
  - Faites le malin, tiens ! Demain, je vous fais rentrer à l'IGS par l'entrée des artistes !
  - Présentez-moi quand même votre invitation, monsieur le Commissaire, j'ai aussi des consignes à appliquer. »
  Sorti par son patron de sa clandestinité noctambule, il avait fini sa carrière d'aimable portier au conseil de discipline après un passage à l'IGS où il avait exposé sa difficulté à boucler ses fins de mois devant un inspecteur perplexe, mais amusé par sa vision de la lutte des classes administratives. Il s'était donc présenté devant l'assemblée de ses juges, spécialistes ès sanctions et syndicalistes, et aussitôt l'un d'eux lui avait reproché d'être venu sans cravate, desserrant la sienne de sa main propre et blanche pour pouvoir lui aboyer dessus à son aise.
  À ça, le flic avait rétorqué en souriant qu'il travaillait au noir précisément pour s'en payer une...


texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

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A Mehdi The 10/01/2012 05:38

l administration est plus rigide qu'une matraque...

bénédicte desforges 10/01/2012 11:23



Dura lex sed lex, comme dirait Sihem Souid.



B.P. 07/01/2012 21:23

Il a conservé son élégance et son impertinence même lorsqu'il a violé le règlement, un Victor Hugo de la matraque et du bottin.

Alain 07/01/2012 21:02

Dans les années 70, j'étais jeune GPX. Un matin, le patron est venu à l'appel,nous présenter ses voeux. j'étais chargé de l'accueillir et de crier le fameux: "à vos rangs, fixe !" .Il se debarrassa
de son manteau et me le confia .En l'accrochant à la patère,je vis qu'il portait la griffe d'un grand couturier qui résidait près du poste de police. Le vètement devait valoir au moins trois
salaires , même de commissaire... Cet après midi là, je pris mon "second" emploi avec un sentiment confus de colère rentrée, d'injustice. Nos salaires étant ce qu'ils étaient,la presque totalité
des GPX d'alors avions un travail à coté, juste pour pouvoir vivre sans aller aux restos du coeur qui n'existait pas encore...