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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 00:30

 

Grimaudx3

 

 

 

   « Je m'adresse aujourd'hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d'un sujet que nous n'avons pas le droit de passer sous silence, c'est celui des excès dans l'emploi de la force.

   Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c'est notre réputation.

   Je sais pour en avoir parlé avec beaucoup d'entre vous que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez comme moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.

   Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d'outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

   Je suis allé toutes les fois que je l'ai pu au chevet de nos blessés, et c'est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu'au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.

   Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

   C'est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l'ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d'accord, c'est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu'il s'agit de repousser, les hommes d'ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

   Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu'ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

   Je sais que ce je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j'ai raison et qu'au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

   Si je parle ainsi, c'est parce que je suis solidaire de vous. Je l'ai déjà dit et je le répéterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d'elle dans les responsabilités.

  C'est pour cela qu'il faut que nous soyons également tous solidaires dans l'application des directives que je rappelle aujourd'hui et dont dépend, j'en suis convaincu, l'avenir de la Préfecture de Police.

   Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu'une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n'a pas de limites.

   Dites-vous bien aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s'ils ne le disent pas.

   Nous nous souviendrons, pour terminer, qu'être policier n'est pas un métier comme les autres; quand on l'a choisi, on en a accepté les dures exigences, mais aussi la grandeur.

   Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d'entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s'adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d'esprit déplorable d'une partie de la population, c'est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l'on cherche à donner de nous.

   Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l'œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j'entreprends et qui n'a d'autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la Nation. »

 

 

[lettre du Préfet de police de Paris Maurice Grimaud, envoyée aux services de police placés sous ses ordres, le 29 mai 1968]

 

 

Les mots sont importants.
Ceux qui sont écrits et ceux qui ne le sont pas.

C’est limpide, les époques se ressemblent.
Des cas d’excès dans l’emploi de la force – c’est l’objet de cette note, des débordements et l’extrême violence de manifestants contre la police, crise sociale, une presse prévisible et invariablement partisane, des rappels déontologiques...

Mais, il y avait là une Maison police. Pas du personnel, pas des effectifs, ni des fonctionnaires, et encore moins des ressources humaines.
Juste une Maison avec un M majuscule. Avec des vrais gens dedans. Pas des numéros considérés bons qu’à faire du chiffre. Des vrais flics. Avec un vrai métier, des vrais risques, une vraie vulnérabilité. Des vrais doutes, des limites, et des vraies erreurs aussi.

   Alors ils ressemblent sûrement à cette lettre, les flics. Humains. Donc faillibles.

Dans la police du préfet Grimaud, il y a des responsabilités que l’on partage entre tous les grades. La lettre s’adresse à tous. Chacun peut recevoir les mêmes mots, et à parts égales en partager le poids et l’implication. Dans la même galère et collègues au-delà des galons, la solidarité n’est pas un vain mot.

   C’est peut-être ça une hiérarchie digne de ce nom. Celle qui sait comprendre sans approuver, et blâmer sans accabler.

Celle qui touche la conscience, et sait parler de faute sans évoquer la sanction. L’exercice est bien plus élégant. Et tellement plus efficace.
Simplement, lumineuse, l’autorité de la compréhension et de la bienveillance.
La légitimité de l’intelligence de l’esprit et du cœur. Et le respect.
A parts égales encore une fois, mais partagé entre le citoyen et le policier-citoyen.


   Elle ressemble certainement à cette lettre, la police républicaine.


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Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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commentaires

JP Faymindy 16/03/2011 18:55


Bonne fête kan mmmmmm


bénédicte desforges 16/03/2011 23:19



Merci collègue ! 



JP Faymindy 28/02/2011 09:50


Ma chére B...
Pour répondre, à ton brin d'ironie (je vois que tu n'as pas changée), bien sur j'ai suivi avec grand intérêt la suite de ta carriére, dommage que tu ai préféré l'écriture j'allais dire à la
Préfecture, pour ce qui concerne la plainte ce n'est pas écrit sur google mais sache que pour l'instant l'instigateur de tout ça a été condamné par la cour d'appel de Versailles en 2009 à 1000
euros de dommages-intérêt. pour l'ONM, sans doute la reconnaissance d'une carriére bien remplie à la DDSP 92...........Pour le reste toujours en contact avec les anciens du 92 actifs et retraités
dont un certain Cdt MJ qui avait pour toi une infinie tendresse et beaucoup d'indulgence. Si tu veux des news tu peux appeler sur le Numéro qui est sur la page que tu as consultée. Amicalement


bénédicte desforges 28/02/2011 11:06



Re bonjour,
Je ne sais pas où je peux trouver ton numéro, mais je le chercherai.
Désolée, je ne savais pas que tu avais fait le rapprochement avec l'UMS, c'est pas d'hier en plus. J'ai gardé des contacts aussi, c'est probablement ma meilleure tranche de vie de flic. En
revanche, je ne me souviens pas d'un Cdt "tendre et indulgent" rafraichis-moi la mémoire steuplé :) (en tout cas, il ne m'a pas évité le blâme quand j'ai cassé l'auto)
Amitiés itou.



anonyme 28/02/2011 04:14


@Benoît P. le 15/02/2011 à 12h13

Personnelement, je dirais, autant de respect qu'a ceux qui ont désobei a un certains maréchal, pour bien mettre les pieds dans le plat et globalement a tout ceux pour qui le devoir de désobéir a un
ordre qu'il estime rentrer dans ce cadre.

C'est bien dans les textes, aussi, hein?

Excellent article et lettre, sinon.


JP Faymindy 25/02/2011 17:40


Je viens de découvrir ce blog en cherchant des infos sur les attentats contre Chapour Bakhtiar puisque j'étais la pour les deux, pour ce qui concerne le courrier du Préfet de Police de mai 68 j'en
ai gardé un exemplaire puisque j'étais Gardien à Colombes mais ne croyez surtout pas qu'il avait été bien accueilli par l'ensemble des collégues, je pense plutôt le contraire si mes souvenirs sont
exacts. (Une pensée pour B Vigna et JM James je suis passé voir sa mére l'an passé.


bénédicte desforges 27/02/2011 14:57



Je ne crois rien du tout, j'ai mon avis c'est tout.
Sinon on se connait, j'étais GPx à l'UMS 92.
Et ce blog existe depuis 2005. Pour info ;

MàJ : je me disais bien que j'avais entendu parler de vous depuis le 92...
Des policiers municipaux portent plainte
la même année que votre Ordre National du Mérite, c'est chouette ça dis donc ^^



Benoît P. 15/02/2011 12:13


@ Paul : quel crédit accorderiez-vous à des individus chargés d'une mission régalienne et refusant de l'exécuter ?
On a les gouvernements que l'on mérite.
L'Armée a payé très cher son insubordination en avril 1961 (dissolution du 1er REP).
Je crains que le force publique n'ait d'autre choix légitime que de se soumettre ou se démettre.


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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