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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 16:57

police-politique-PS

 

François Hollande, tout juste issu des urnes socialistes et aspirant à la présidence de la République, nous apprend qu’il dispose déjà d’une police politique infiltrée, et qu’il est en mesure d’accéder – et de se servir – de renseignements concernant les appartenances syndicales et préférences politiques de fonctionnaires de police.

En effet, François Hollande voudrait procéder à une sélection très précise des fonctionnaires du SPHP [1] que l’État lui affecte pour assurer sa sécurité en campagne. Son équipe compte bien détecter des fonctionnaires efficaces et professionnels, bref des personnes de confiance.
On peut déjà observer que le parti socialiste, à travers les suspicions de son chef de file, a une très haute opinion de la police nationale puisque trouver efficacité et professionnalisme parmi ses effectifs semble être un sacré défi.

Mais voilà le drame, on lui a fourni une liste vérolée, déclare un partisan anonyme - vérolée est bien le mot employé et les symptômes lui en sont infiniment reconnaissants - comprenant des fonctionnaires syndiqués dans des syndicats pas réputés défavorables au pouvoir en place – comme Alliance, s’oblige-t-on à préciser, soit des fonctionnaires pas fiables politiquement.
Eh bien ! Le parti socialiste et ses mouchards seraient-ils mieux informés, et plus adroits et vicieux que le fichier Edvige qui avait suscité des petits cris d’effroi ?
Le fichage politique de policiers existe donc, et là ce n’est pas Cop-watch qui balance…

La question que devrait, légitimement, se poser une presse démocratique, serait de savoir QUI balance les informations sur les appartenances syndicale et politique supposées, sur quelle base légale et d’après quel hypothétique fichier.

Ce que recherche le candidat socialiste pour assurer sa protection n’est pas un service de police issu de la police nationale, non, ça ressemble plutôt à une police privée composée de volontaires – ou, autre définition : milice - ce qui n’augure rien de bon quant au projet socialiste concernant les questions de sécurité, de police(s) et de qualification des effectifs, et plus largement, le service public.

D’après la même source, on apprend d’ailleurs le secret du casting 2007 de la sécurité rapprochée de la candidate Royal : « Nous avions demandé à nos contacts au sein des organisations syndicales des avis sur les gens qui nous étaient proposés. » Suit le nom de l’éminent consultant en body-guards : l'ancien responsable de l'UNSA-Police.

Le plus amusant (autant en rire) est que manifestement la fine équipe socialiste n’entend pas grand-chose au syndicalisme policier et ne semble pas savoir que les appartenances aux organisations syndicales dites "de droite" et "de gauche" sont sans rapport avec les penchants politiques des syndiqués, le choix d’un syndicat se faisant le plus souvent sur des critères étrangers à l’idéologie de façade réclamée par les apparatchiks des bureaux nationaux, mais sur les qualités des représentants de terrain.
Ainsi, nous connaissons des syndiqués d’Alliance qui votent à gauche depuis des années, comme des délégués d’Unité Police-SGP-FO qui sont de bons petits gars de la Marine.
Voilà qui ne va pas faciliter la tâche à François Hollande...
Alors peut-être devra-t-il compléter ses dossiers d’analyses graphologiques et des thèmes astraux des candidats du SPHP pour y voir plus clair… Et dans un deuxième temps, tant qu'à faire, on leur demandera sans doute leurs préférences sexuelles et un bilan de santé.

Depuis toujours, la police est un gadget électoral recyclable à merci.
Le fantasme récurrent des collusions entre pouvoir politique et police fait la une des médias depuis des lustres et cela quelle que soit l’appartenance politique des gouvernements. Surtout en cette période où les mises en examen des plus hauts cadres de la police nationale pour diverses suspicions de mélange des genres se multiplient.

Mais quand l’obligatoire neutralité politique des fonctionnaires - et plus particulièrement ceux dotés d’une carte tricolore - s’accommode de petits arrangements, c’est vers les donneurs de leçons et les leaders politiques qu’il faut regarder.

Et là, chacun sait s’y retrouver, sans que les défenseurs de la déontologie et de l’intégrité n’y trouvent à redire.
Qu’il s’agisse de Bruno Beschizza [2] (à la fois conseiller régional UMP et sous-préfet hors cadre), parfait exemple du policier politique. Ou bien de Sihem Souid [3] égérie de l’éthique policière au PS, fonctionnaire de police suspendue mais non exempte des obligations de sa fonction, qui s’exprime es qualité de membre du comité de soutien d’Arnaud Montebourg (et dont on attend d’ailleurs avec impatience sa prochaine aventure judiciaire et administrative annoncée, pour reparler d’éthique dans des débats croquignolesques.)

Ceux qui espèrent vainement une République irréprochable avec une police détachée du rôle de VRP du gouvernement en place pour être exclusivement au service du citoyen devront repasser, visiblement une alternance ne changerait rien.

S’il y a une vérole à guérir, ce n’est sans doute pas dans les rangs de la police qu’il faut la chercher, mais plus sûrement dans les décidément inguérissables et sales habitudes des politiques, de droite comme de gauche.

Il serait peut-être temps, pour l’ensemble de la classe politique de relire l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :
« La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. »

C’est facile à trouver : elle est affichée dans tous les commissariats.

 

 Bénédicte Desforges  et  Marc Louboutin


source :
Hollande préfère, pour l'heure, confier sa protection au PS plutôt qu'à la police
Le Monde 26 octobre 2011


[1]  SPHP : Service de Protection des Hautes Personnalités

[2]  Bruno Beschizza qui devrait renoncer à son mandat électoral, comme il en en a l’obligation pour que sa nomination de sous-préfet soit légale [lire]

[3]  Sihem Souid membre de l'équipe de campagne de A.Montebourg

d'autres commentaires sur AgoraVox [lire]

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Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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commentaires

naguima 05/12/2011 13:52

Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires : article 6, alinéa 2 : "Aucune distinction ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions
politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur sexe ou de leur appartenance ethnique.

Stemmelen Eric 06/11/2011 18:32


Je prends connaissance avec intérêt des diverses réactions. Voici le mienne.
La protection des hautes personnalités est un sujet que je connais particulièrement bien ayant été un des responsables de ce service pendant 8 ans set étant un des principaux concepteurs du SPHP
héritier du SVOSHP.
Les lecteurs intéressés pourront lire les 10 articles que j’ai publié sur mon blog sur le site du journal Le Monde.fr intitulé « police, justice et société : http://police.blog.lemonde.fr/
Je vous invite à lire en particulier l’article de fond que j’ai publié sur ce sujet dans la revue « l’auditeur » de l’association des membres de l’Institut des National des Hautes Etudes de
Sécurité et de Justice » et je me ferai un plaisir de l’envoyer à qui me le demandera (esconseils@aol.com).
La protection des hautes personnalités est une fonction de police comme une autre, elle ne saurait souffrir d’aucun favoritisme ou ostracisme. Que ceci soit bien clair : ce qui compte c’est
uniquement le professionnalisme des officiers de sécurité.
C’est la raison pour laquelle, il y a 20 ans nous avons instauré des tests de sélection au SPHP afin d’éviter les interventions politiques de tout bord pour affecter des fonctionnaires de police
dans ce service. Désormais, même sur intervention un policier ne doit arriver au SPHP qu’après avoir passé des tests physiques et psychologiques. Je regrette comme je l’ai déjà écrit que ce
principe ne s’applique toujours pas au corps des commissaires de police auquel j’appartiens.
Le travail de fonctionnaire au SPHP consiste à éviter l’agression de la personnalité mais aussi l’accident, l’atteinte à l’image (je pense bien sûr au célèbre « casses toi pauvre con » de Nicolas
Sarkozy et à l’affaire DSK et à tant d’autres. Si lors de ces évènements les gardes du corps avaient été présents (DSK !!) et avaient agi en prévention suffisamment tôt il n’y aurait pas eu ces
affaires.
Enfin ne jamais oublier que la protection c’est aussi contre la personnalité elle-même : je pense bien sûr au suicide Pierre Beregovoy avec l’arme de service du fonctionnaire du SPHP censé le
protéger.
Tout cela rapidement évoqué pour affirmer avec force que le principal danger de ce travail est de tomber dans la routine, le copinage voire l’amitié é et oublier les règles de base.
D’où l’idée que je défends qu’une protection ne peut se faire seul car en cas d’incident c’est la parole de la personnalité contre= celle du policier.
Maintenant il y a aussi un argument qu’il faut discuter : si un policier qui a ses propres convictions politique comme citoyen protège une personnalité d’une autre conviction et qu’à l’occasion de
sa mission, le policier en question surprenne une conversation politique : ne sera-t-il pas tenté de faire passer ses convictions politiques avant son devoir de policier. Ce débat n’est pas gratuit
car il existe.
Aussi en ce qui me concerne, je n’ai jamais demandé l’opinion politique ou religieuse des fonctionnaires que je dirigeais et je dois dire que chacun s’est acquitté en professionnel de sa tâche.
C’est tout simple : l’important est de faire son travail en professionnel quelles que soient ses convictions.
En 8 ans, la seule mission qui m’a posé problème fut celle de la protection à Paris des dirigeants Khmers Rouges pour des raisons bien compréhensibles au regard de l’Histoire ! Mais cette mission
fut effectuée à contre cœur mais avec professionnalisme.
En résumé François Hollande à bien évidemment tord comme d’autres personnalités de tout bord en ne se basant pas uniquement sur le professionnalisme des agents : que l’on protège Sarkozy, Hollande,
Mélenchon ou Le Pen, c’est la même mission quand même.
Maintenant comme je l’ai écrit : c’est quand même curieux que les candidats arrivés 2 ème et 3 ème en 2007 soient toujours protégés par le SPHP à savoir Hollande et Bayrou !
Mais on en verra d’autres surtout que plus de 30 personnalités bénéficient de protection alors qu’elles n’ont pas le rang protocolaire suffisant et ne font l’objet d’aucune menace : ceci coûte 80
fonctionnaires et 7 millions € en pure perte mais malgré les constatations de la Cour des Comptes cette situation perdure depuis des années.


bénédicte desforges 06/11/2011 19:54



Merci Éric pour votre éclairage sur le SPHP.
Et ces quelques exemples très utiles à la compréhension de ce que recouvrent aussi les missions confiées aux collègues du SPHP. La vigilance s’exerce en effet sur
des points qu’on n’imagine pas forcément avant d’être dans l’instant où les choses se passent…



UMPSphobie 03/11/2011 21:20


Hollande démontre une nouvelle fois que c'est un crétin en affichant ouvertement ce qui se passe depuis des années dans la maison police. Avant lui "TONTON" en a usé et abusé, "CHICHI" également et
"SARKO" idem. Pas de véritable révélations juste une fausse exposition! Il y a juste des gens de chez nous trop cons pour avoir fait des études à l'ENA pour embrasser une carrière politique et qui
se retrouvent au final lécheur de cul rose ou bleu. L'article 12 de la DDHC je ne suis pas persuadé que beaucoup la lisent et c'est bien là le problème !


Attignus 01/11/2011 23:03


Il ne me semble pas anormal que des candidats souhaitent s'entourer de fonctionnaires en qui ils puissent avoir confiance en leur discrétion. Claude Guéant et son DGPN semblent fanas des grands
oreilles. Par ailleurs, on peut légitimement s'interroger sur le fait que les gendarmes aient été écartés du SPHP depuis l'arrivée de Sarkozy.


Philou 31/10/2011 12:05


...Pas forcément besoin de détecteur de mensonge... Il me semble qu'il y a un arsenal juridique pour cela (certaines habilitations peuvent être largement suffisantes...) Cela dit, il faut
comprendre qu'une haute personnalité politique qui échange beaucoup et principalement au téléphone dans sa voiture entre deux rdv, cherche à s'assurer que ses propos privés ne sortiront pas... et
dans sa voiture, il y a un chauffeur et du personnel de sécurité issus, à ce niveau, du SPHP.


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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