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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 01:28

 

Vous avez aimé les syndicalistes ? Vous allez adorer les francs-maçons...

 

 J’avais entendu parler de cette chose comme d’une sorte de secte dont les membres se reconnaissaient par des signes invisibles des profanes. Je me suis documentée, et j’ai lu que cette chose qui rayonnait (comme ils disent) à travers le monde avait une vocation humaniste. Et puis j’ai appris qu’il y avait plein de francs-maçons dans la police, alors, j’ai naïvement pensé que police et humanisme faisaient bon ménage et que c’était une bonne chose. J’étais loin du compte...
  J’ai été approchée (comme ils disent) trois ou quatre fois. Cette approche se faisait sur le ton du secret : « Il faut que je te parle de quelque chose d’important, mais n’en dis mot à personne... » Et là, on me proposait une initiation (comme ils disent) sous couvert de fournir préalablement quelques petits travaux écrits, sur la laïcité par exemple, ou les droits de la femme. L’un et l’autre thèmes me semblaient pourtant hors sujet. Parler de laïcité lorsqu’on affectionne des rituels parareligieux dignes de pratiques moyenâgeuses, ou des droits de la femme en s’interdisant d’appliquer le principe de mixité dans la plupart des loges (comme ils disent), me paraissait tordu. Et rien que ça, qui me semblait tout droit sorti d’un autre âge, me confortait dans l’idée qu’il y avait entorse à la vocation originelle des droits de l’homme (et de sa femelle) qu’ils présentaient pourtant comme leur bible.
  Appartenant à une administration où l’obligation de réserve et de discrétion est largement de rigueur, la perspective du silence auquel est réduit l’apprenti (comme ils disent), ne me séduisait guère plus. Apprendre à écouter, prétextaient-ils... Mais moi, je pensais au vœu de silence des moines, qui entre eux s’appellent aussi "frères". Et puis surtout, s’intégrer dans une autre hiérarchie, il fallait vraiment en avoir envie.
  Un des plus exaltés, une espèce de fasciste de gauche à géométrie politiquement variable, et gardien de la paix à temps perdu, m’avait évoqué une seconde naissance, une voie vers la lumière. Il était persuadé que j’avais ma place parmi eux, et désirait me réconcilier avec le concept. Mais le connaissant plus machiavélique que lumineux, son discours néomystique m’avait paru suspect. Il m’avait décrit par le menu et d’un ton passionné la cérémonie initiatique, et j’avais eu la délicatesse d’attendre la fin de son exposé pour éclater de rire. Il m’a définitivement achevée quand, dans une ultime parade de séduction, il a fièrement passé ses gants blancs, son sautoir (comme ils disent) et son tablier, et que je lui ai trouvé un air de soubrette lubrique.
  Il m’avait énuméré les francs-maçons qui m’entouraient au boulot. J’ignorais tout de leur occulte particularité, bien sûr. Mais même à les regarder de cet oeil averti, je n’avais pas su détecter l’étincelle d’un humanisme hors du commun. Ordinairement pistonnés et intouchables, rien de plus... La plupart étaient des délégués de syndicats, de mutuelles, de l’orphelinat, ou des trois à la fois, et le rayonnement policier de leurs vertus restait, par la force des choses, dans les basses fréquences. Et il y avait le patron...
  « Aaah, le patron ! me disait-il. J’en fais ce que je veux, on est dans la même fraternelle ! (comme ils disent).
  – Ah ? Ça se passe comme ça ?
  – Évidemment, et c’est là tout l’intérêt, le court-circuit... »
  Et il m’avait touché deux mots de cette hiérarchie parallèle en perpétuelle interférence avec la hiérarchie officielle, et de l’avantage à être franc-maçon en matière d’avancement de carrière, de mutation et de nomination aux postes influents ou aux planques.
  Je n’aime pas ceux qui croient penser mieux et plus haut que les autres.
  Je n’aime pas les conspirations du silence.
  Je n’aime pas l’embrigadement.
  Je n’aime pas les tours d’ivoire.
  Je n’aime pas les hiérarchies.
  Je n’aime pas les magouilles.
  Et j’ai toujours dit non...
  L’humanisme était un prétexte, mais le pouvoir une réalité.
  Les soi-disant nombreux et influents francsmaçons de la police nationale ne sont qu’une sorte de Rotary Club où la coutume dominante est l’échange de services, et le passe-temps la chasse aux sorcières profanes. Et les procès en sorcellerie. Sans jugement. Sans justice. Ni conseil de discipline. Juste dans le secret des commissions administratives paritaires. Et de leurs backrooms...
  Ça doit être un rite accepté (comme ils disent).

 

 

Texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire (mars 2007)
et inédit sur le blog

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commentaires

Manrod 07/01/2011 15:11


Il faut garder en tête que le terme "franc-maçon" désigne une multitude de courants, de loges, de pratiques...
Effectivement, dans le milieu de la police, ils ont plus l'air d'une secte scientologue qu'autre chose, mais ce n'est pas le cas partout.

Ma mère, par exemple, professeur de lettres, est franc-maçonne (il y en a quelques uns dans ma famille, ça fonctionne au réseau). Et pourtant, elle est totalement athée, pas particulièrement
militante et officie dans une loge ou les femmes ne sont pas traitées différemment des hommes.
En gros, si je comprends bien, ça tient plus d'une bande d'intellectuels qui refont le monde lors de leurs soirées, un groupe de réflexion qui discute des sujets sociaux et organisent des
pique-niques.
Et depuis les années ou ma mère les fréquente, elle n'est pas devenue prophète illuminée pour autant, elle reste discrète, prépare des "planches" sur le handicap, sur le voyage, ça l'occupe
quoi.

Bref, de moi point de vue, la franc-maçonnerie n'est qu'un passe temps d'intellectuels, mais ça diffère grandement selon les loges et les milieu professionnels. Votre description fait froid dans le
dos, les francs-maçons de la police ont du rester bloqués quelque part au moyen-âge.


Lili 29/09/2010 22:16


Bravo pour votre blog et les articles qui le composent. Vous mettez en mots ce que beaucoup d'entre nous vivent dans ce merveilleux boulot de m...e. En plus beaucoup de commentaires sont savoureux,
certaines parties de ping pong sont très sportives ;) J'aime beaucoup la dernière.


le flic 30/09/2010 00:02



 


Merci Lili et bienvenue par ici :)



Bouhnik laurent 18/09/2010 11:07


Yeap!!! Mais on peut pas se filer nos contacts ailleurs que sur ton blog? Please!!


le flic 18/09/2010 11:51



 


Oui bah voilà voilà. T'énerve pas.



Bouhnik laurent 17/09/2010 17:37


Suis pas raciste moi! Les flics, ils sont comme tout le monde, y'en a des bons et y'en a des cons. J'ai failli partir avec les forces spéciales Françaises à l'étranger (là où ça chauffe pas mal)
pour un de mes projets. J'ai aucun problème avec l'uniforme, j'ai des problèmes avec les politiques, ceux qui leur commande parfois de faire n'importe quoi. Tu connais la chanson. "I shot the
sheriff, but I didn't shoot the deputy"... Quand à la rive, c'est bien la première fois que je revendique la droite!!! Ha Ha!!! Et le caviar, faut bien chercher à Barbés pour en trouver un
grain.
Bref, je vais parler de toi et de ton travail à mon prod. Après, tu seras libre de choisir. Et puis, dernière chose, j'aime les gens de convictions, même si parfois je n'ai pas les mêmes. J'ai un
certain mépris pour les moutons. Je sais, c'est pas bien ça.....


le flic 17/09/2010 18:46



Non non, il faut mépriser les moutons, là je suis carrément d'accord. Et puis pas que les moutons d'ailleurs. Les sourds-muets, les lâches, les opportunistes, les mythomanes, les bons à rien, les
courtisans.
Sinon oui pourquoi pas ton prod... il se trouve que - ça vient de sortir - j'ai une bible de série TV toute prête, toute belle, toute novatrice et évidement génialissime (bah tiens..) rédigée par
mes petites mains et celles d'un vrai scénariste, que tous les producteurs du monde ne vont pas tarder à s'arracher. On peut toujours en parler in real life s'tu veux ^^ Un café rue
Myrha ?



Au 13H de TF1 Pernaud se taille un collectionneur..!! 09/09/2010 21:42


Merci à vous tous de vos messages si gentil aprés l'emmission de TF1

Je vous souhaite à tous de vous tailler une bonne rentrée...


LOrent votyre collègue du Périphérique de Paris


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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