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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 13:03

DSK

   Quelle sale affaire !
   C’est accablant. Dégueulasse.

   Il y a un faisceau de présomptions qui enfle à mesure qu’on en parle, qu’on en apprend et qu’on en sait un peu plus. Ce n’est pas une vue de l’esprit et sans cet incessant brouillage médiatique, tout ça pourrait très vite devenir limpide.
   Et puis, ce n’est pas très nouveau. Il faudrait de temps en temps ne plus avoir la tête dans le guidon de l’information en flux tendu, parce qu’à force, on sait tout, on sait tout le temps, on sait trop et on ne comprend rien. Quelques flash-back dans l’histoire récente, s’autoriser à réfléchir sans être guidé par les éditorialistes accrédités, et un coup d’œil dans les archives pour s’en convaincre, oui DSK pouvait s’y attendre.

   Aujourd’hui, les preuves manquantes pourraient bien se trouver dans tout ce qu’on ne lit pas, tout ce qui est dissocié de l’actualité pour ne pas ouvrir les possibilités d’un faisceau de doutes.
   Et ne me faites pas rire avec cette fucking tartuferie de présomption d’innocence quand elle n’est qu’un jeu de jolis mots pour législateurs frileux. Ni présomption, ni innocence !
Culpabilité ? Oui, et plusieurs fois. Ooowww sweet America
Récidive ? DSK n’est pas un coup d’essai, mais c’est un coup de maître.
Le complice ?  Une information en trompe-l’œil au service d’une justice-spectacle.
Les preuves ?  L’amnésie, la culture du scoop et la mise en scène.
   Remember… Julian Assange, Eliot Spitzer… deux exemples fermement attrapés par les couilles. Et explosés en plein vol dans le ciel américain.
L’un établit que l’information est prisonnière de la raison d’État, l’autre, un incorruptible besogneux, entreprend un ménage de printemps à Wall-Street, et dévoile des responsabilités dans la crise des subprimes. L’un et l’autre deviennent un peu trop encombrants. Qu’à cela ne tienne, il y a un pays merveilleux où la crédibilité de n’importe qui ne tient qu’à un fil de caleçon. Baissez votre braguette, on s’occupe de tout. Viol, prostitution, and what else ?

   Oui, le faisceau de présomptions, celui qui aura valeur de preuve sans aveu ni flagrance, désigne ceux qui avaient un intérêt à faire trébucher DSK.
   Un faisceau de présomptions – comme ils disent – qui à force d’accabler le directeur du FMI et favori socialiste français, et d’être une somme d’évidences qui à chaque heure, se sont cumulées comme autant d’années de prison clamées avec jouissance par les tribunaux populaires du jour, et rendrait n’importe quelle vérité suspecte.
   Il se pourrait bien que cette sale histoire mette deux victimes dos à dos.

   Storytelling.
   Dans le blockbuster DSK, le casting est impeccable. L’arche narrative des personnages est calibrée. Presque trop beau pour être vrai.
   Lui, une bonne gueule de catharsis. Un coupable idéal. Trop riche, trop puissant, trop d'avenirs, trop bien marié, trop aimant ou trop amant, trop à droite ou trop à gauche, trop européen, trop français ou trop atlantiste aussi…. De ceux qu’on rêve de voir un jour, au moins une fois, mordre la poussière.
   La victime est victime jusqu’au bout des ongles. Imparable.
   Le décor : Une Amérique au bord de la ruine, qui a plongé la planète dans une crise financière qui n’en finira pas de métastaser. Toujours en guerre quelque part, qui envoie ses soldats se faire sauter sur des mines qu’elle a elle-même fabriquées et vendues à ses alliés d’hier, ennemis d’aujourd’hui. Une Amérique audacieuse, qui n’a peur de rien, même pas d’exhiber au conseil de sécurité de l’ONU des clichés d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé. Une Amérique qui jette sa prise de guerre arabe par-dessus bord, et exhibe son trophée européen deux semaines plus tard. Une Amérique à la mémoire aussi courte que son histoire, qui ne laissera pas son dollar se faire grignoter par un euro qui reprend du poil de la bête. Et In God we trust, dit le dollar arrogant à l’euro. Et l’euro de lui répondre sobrement qu’il en aura bien besoin parce qu’en effet, tout l’accable.
   Le public sera au rendez-vous, on ne réfléchit pas trop, on s’émeut, on joue d’empathie et de haine, choisis ton camp camarade, pas besoin de sous-titres, ça sera un succès. Le scénario est creux, il ne tient pas debout, mais ce n’est pas grave. Plus c’est gros, et mieux ça passe.
   Anyway, le public en a déjà pris plein les yeux avec la bande-annonce. On lui avait promis de l’obscénité, il en a eu jusqu’à la nausée en direct live.
L’hypocrisie qui consiste à confondre égalité de traitements judiciaire et médiatique est obscène.
Une justice expéditive et accusatoire, c’est obscène.
Un système où les juges sont subordonnés à leurs électeurs et au financement de leur campagne, c’est aussi obscène.
La valse des rumeurs, des bruits de chiottes et des opportunistes est obscène.
And so on.

   Pour le reste, le cinéma fait son affaire des invraisemblances afin que le crime soit plus que parfait.
   Si c’est pas une preuve ça, what the fuck !

 

 

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Published by bénédicte desforges - dans actu au jour le jour
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commentaires

Jean-Michel 03/06/2011 10:23


Et maintenant c'est le grand déballage publique des "supposées " turpitudes d'un certains nombres de politique...cela promet une campagne présidentielle digne des anglo-saxon!! c'est vraiment
n'importe quoi en ce moment!!


bénédicte desforges 03/06/2011 12:11



Oui, et ça ne donnera pas vraiment envie de voter...



Nocif 01/06/2011 22:13


Et si... déesseKa, seins clairs, l'autre plus sombren faisaient tout simplement partie de la mise en scène?
Cela écrit, les concombres masqués viennent à sa rescousse.


OlvierNK 28/05/2011 20:16


Ça a l'air d'intéresser du monde, leur nouvelle affaire d'Outreau-sur-Hudson. Pour le moment, Dieudonné ne s'en est pas encore mêlé, mais tout reste possible.


bénédicte desforges 28/05/2011 20:49



Toi aussi ça t'intéresse, sinon tu ne te serais pas donné la peine de cette remarque.
Ni de t'inventer une adresse mail aussi débile.



Jean-Michel 28/05/2011 08:47


Oui mais pas trop fort la thèse du complot...car sinon ont sera mis au ban des moralistes qui soudains deviennent légion chez nous!
La bonne parole est de plaindre la supposée victime et de terrasser son supposé agresseur....ce qu'il fait retenir c'est "les supposés" à chaque phrase!!! la vérité c'est que pour l'instant toute
cette affaire c'est du vent!!! la seule vérité qui apparaisse c'est que pour détruire un homme politique la vérité de sa situation n'a que peu d’importance, détruisez sa réputation, son image cela
suffit !! bonne journée


B.P. 28/05/2011 00:05


Elle est encore plus conne. La plupart des Français arrivent à nommer les continents, situer 10-15 pays étrangers sur une carte ...

Le problème des Américains vient entre-autre de leur extrémisme religieux (leur serment d'allégeance actuel (depuis 1954) les place sous la direction de "Dieu"). Ils ne peuvent comprendre que le
monde ne réagisse pas comme-eux.
La France ayant traditionnellement tendance à ostensiblement ne pas les suivre aveuglément (il n'y-a que Villepin à avoir ouvert grand sa gueule à l'ONU pour l'Irak), on est leur pûnching-ball
préféré.
De plus, DSK étudiait la possibilité de réduire l'influence du dollar, ce qui les aurait mis en difficulté (à ce titre, il est amusant de remarquer la promptitude du gouvernement américain à
soutenir la candidature d'un USien au FMI alors qu'il est de coutume que le Mi soit dirigé par un européen, les USA gardant la tête de la banque mondiale)).


bénédicte desforges 28/05/2011 01:10



Cette affaire satisfait et arrange bien trop de monde (et d'intérêts) pour ne pas être douteuse. Se poser la question du coup monté est tout à fait légitime, quoiqu'en éructe la vox populi.



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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