Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 00:07

[rediff.]

facade

 

   J'étais en stage avec les sapeurs pompiers.
   Un matin, nous avions été appelés pour un homme victime d’un malaise. À la porte d’un tout petit appartement, une femme très laide nous avait accueillis avec une serpillière posée sur le haut d’un manche à balai qu’elle tenait comme un drapeau. Elle nous avait expliqué avec un fort défaut de prononciation dû à une absence totale des dents de devant et sur tout le coté gauche, qui lui tordait la bouche en biais, que son mari était inconscient depuis son réveil.
   « Ah ! Alors il ne s’est pas réveillé, ou il s’est réveillé avant de s’évanouir ? lui avait demandé le sergent.
   — Non ! J’vous dis qu’il est dans les choux depuis son réveil ! Vous me comprenez à la fin ? Il bouge plus du tout et il fait cette tête-là ! »
   Et voilà qu’elle s’était mise à nous mimer l’état de son mari en renversant la tête en arrière, la bouche grande ouverte sur ses dernières molaires cariées.
   « Alors moi je l’ai laissé et j’ai continué mon ménage, car voyez-vous, cette nuit des pigeons sont rentrés dans la cuisine et ils ont chié partout… avait-elle poursuivi.
   — On va voir ça, madame. Dites-nous où se trouve votre époux. »
   Elle nous avait dirigés vers une chambre minuscule, si petite qu’on y tenait à peine, et qu’on lui avait demandé de bien vouloir rester à l’extérieur. Elle ne s’était pas faite prier, et était repartie gérer l’intrusion des volatiles avec son étendard en forme de serpillière.
   L’homme allongé sur le lit avait exactement la mimique qu’elle avait singée. Et il était raide mort.
   « On essaye de le réanimer ? On appelle un SAMU ? avais-je demandé.
   — Mais il est froid ! Il est mort depuis au moins hier soir ! Regarde-le ! »
   Les pompiers m’avaient gentiment charriée, et du fond de sa cuisine, on entendait la vieille pester contre les pigeons…
   « Tu sais faire un massage cardiaque ?
   — Mais tu viens de me dire qu’il est mort !
   — Raison de plus pour t’entraîner sur lui, tu ne peux plus lui faire mal. Viens, je te montre. »
   On avait descendu le mort de son lit, je m’étais placée au-dessus de lui, le pompier m’avait rappelé comment poser mes mains et m’avait donné le rythme du massage, me précisant qu’on s’épargnerait le bouche à-bouche…
   « C’est bien, c’est bien, flic ! T’as pas réveillé le mort mais c’est bien !
   — Il y a quelque chose qui a craqué…
   — Oui, j’ai entendu. Tu as dû lui casser deux ou trois côtes, ça arrive tout le temps. »
   On avait remis le mort dans ses draps, et on avait été prévenir son épouse du décès. Elle avait semblé soulagée…
   « C’était un poids mort, cet homme-là », nous avait-elle confié en s’essuyant le front avec sa serpillière.


Publié dans : chroniques d'un flic ordinaire
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"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

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« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
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chronique du livre [lire]
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« La révélation du printemps »
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