Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 18:38

 Il y avait avenue de Clichy, une petite vieille qui faisait la manche. Quand le feu passait au rouge, elle s’engageait d’un pas lent entre les files de voitures, toute voutée et boitillante, toute petite et toute tordue. On ne la voyait qu’à la nuit tombée. En fait, on la voyait à peine. Si petite et silencieuse, elle disparaissait entre les voitures. Elle portait un gilet en laine trop grand pour elle, et un petit chapeau informe d’où s’échappait une longue tresse grise. Elle avait sur le bras un gros sac en plastique marqué du nom d’un magasin qui n’existait plus, et qui devait contenir ses jours et ses nuits de vagabondage. Son sac la faisait pencher sur le côté…
  Elle ne tendait jamais la main. Elle mendiait avec les yeux. De grands yeux gris qui racontaient sa honte d’être là. On se disait qu’elle avait du être une grande dame, et qu’elle avait choisi la nuit pour ne pas qu’on la reconnaisse. On lui inventait un passé aussi joli que ses yeux gris. On se demandait comment elle était arrivée là. Toujours sur cette avenue. Alors on se disait qu’elle avait peut-être eu un bel amant avenue de Clichy, et qu’elle avait du mal à l’oublier.
  Elle nous évitait, comme par crainte d’être jugée ou réprimandée. Ce qu’on faisait… Madame ! Faites attention aux voitures, vous allez vous faire renverser ! Elle sortait sa main de sa manche trop longue et nous faisait signe… Tout va bien… Et elle continuait son inlassable balade, ombre grise avalée par la circulation parisienne. Elle frôlait la transparence des vitres des voitures derrière lesquelles on la devinait à peine.
  On l’a vue pendant des années, et à chaque fois, on lui criait par-dessus le bruit de faire attention à elle. Faites attention Madame… Faites attention… Faites attention… Attention ! 
  Et c’est nous qui avons refermé sur elle la fermeture de la bâche à cadavre quand une grosse voiture l’a écrasée, un soir de Saint-Valentin. Le conducteur ne l’avait pas vue.

 



Partager cet article

commentaires

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

rechercher

 

 

 

undefined

banner Banksy ©