Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 20:54

 

« Cessez de parler de viol, il n’y a pas viol dans cette histoire… [le journaliste : "mais elle a treize ans..."]… Vous avez vu les photos, elle fait vingt-cinq ans, donc il faut cesser de parler de viol. » (Costa-Gavras) (source Europe 1)

« A son arrivée, il l'abreuve de champagne et de drogues, prend des photos d'elle nue dans un bain, puis, malgré la résistance qu'elle lui oppose, réussit à la forcer à avoir une relation sexuelle. "Je disais : Non, non. Je ne veux pas aller (dans la chambre). Non, je ne veux pas faire ça. Non" (Samantha Geimer dans un entretien en 2003)

« Roman Polanski, un cinéaste de dimension internationale (…/…) De le voir ainsi jeté en pâture pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens et de le voir ainsi seul, emprisonné, alors qu'il se rendait à une manifestation où on allait lui rendre hommage, c'est-à-dire ainsi pris au piège, c'est absolument épouvantable »
(Frédéric Mitterrand, ministre de la culture)


  Ce qu’il a fait le Polanski, ce n’est que du banal.
  Pas plus banal, croyez-le, que le viol d’une mineure sous alcool et stupéfiants.
  Qu’elles sont jolies ces lolitas, il faut dire… les fruits verts comme les appellent les grands auteurs-artistes-baiseurs consacrés. Et puis l’époque engendrait la tentation, rappelez-vous. Ces années-là, il était de bon ton de clamer qu’on disposait de son corps comme bon semblait. Il était tellement dicté qu’on s’oblige à disposer de son corps, que les femmes récemment pilulées ne savaient même plus dire – privées qu’elles étaient de l’argument de la peur d’enfanter ou d’avorter – qu’elles n’avaient simplement pas envie d’une baise à la mode. Et puis, foin des limites d’âge bêtement conventionnelles, le dictat était tel qu’il était d’aussi bon ton d’initier les enfants à disposer de leur corps en disposant du leur.
  Une certaine littérature des années 70 en témoigne abondamment.

  Donc, Polanski était alors un banal connard à la mode.
  Bien dans son temps, et particulièrement bien dans son milieu où, quand on peut sans effort tout s’offrir dans la catégorie légale et consentante, on se laisse aller aux sulfureux interdits, on se laisse aller tout court d’ailleurs, parce que quand on s’appelle Polanski, et qu’on n’est pas un pauvre lambda qui prend le risque d’un avocat commis d’office dix minutes avant la prononciation d’une peine lourde, là, on peut tout oser sans excès d’états d’âme. Il devait être un honneur d’avoir été tringlée par Polanski, non ? Sauf que… Sauf qu’il faut se figurer la scène… Baisée, torchée, droguée à treize ans par un homme de trente de plus. Même si le chef d’accusation de viol a été levé, parce qu’il suffit de plaider coupable, d’indemniser la victime, et que la justice américaine est ainsi faite, on a du mal à se dire - viol à part, donc - qu’il pouvait y avoir mesure et consentement. Les autres chefs d’accusation sont entre autres la sodomie et la "copulation orale". Rien que ça…
  Voilà pour les faits, donc reconnus par l’artiste, et payés à crédit par une sorte d’impitoyable préventive de quarante jours de prison.
  Et voilà un Polanski qui fuit la justice depuis trente ans parce que celle-ci n’en a pas exactement fini avec cette affaire. C’est le droit, dura lex sed lex.
  Parce que Polanski, tout génie du 7ème art qu’il est ou qu’on le dit être, est un pédophile. Il faut appeler les choses par leur nom, s’il ne l’était pas, une fille de treize ne l’aurait pas fait bander au point d’un passage à l’acte.
Et l’artiste s’est fait idiotement gauler sans s’y attendre, c’est ballot mais on ne peut pas tout prévoir.
  Alors finalement, ce qui me choque commence à partir de là. À partir de cet odieux traquenard tendu par les flics, ravis de capturer une racaille pipeule, et complices d’une ignoble justice sans complaisance avec un plaisant et talentueux vieillard vaguement amnésique, qui de toute évidence, même la très fraiche chair, ne baise plus que sous viagra.
  Je blague.
  Polanski peut rester en liberté, je m’en fiche, la justice en voit d’autres. Il peut finir ses jours en prison, et même vivre une belle et charnelle histoire d’amour plus ou moins consentie avec ses codétenus comme c’est la coutume, je m’en fiche autant.
  Ce qui me choque est cette cohorte de grands du milieu qui d’une seule voix, s’émeuvent sur le sort ô combien injuste et ignominieux de Polanski le martyr.
  Cet élan corporatiste, à qui le ministre de la culture de tous les Français - même les Français moyens bourricots plein de principes psychorigides- a ouvert grand les portes d’une indécente protestation.
  Ces soi-disant artistes qui ne sont finalement qu’une caste friquée et décadente, à trouver invraisemblable que le droit puisse s’appliquer au sieur Polanski. Et qui le disant, l’affirmant sans honte et sans retenue, ne démontrent que leur croyance en une justice de classes, et ramènent le concept du droit au moyen-âge, quand la sanction du crime de viol respectait une géométrie variable selon le statut social de l’auteur et celui de la victime.
  Artistes dénués de toute intelligence et tout recul dès qu’il s’agit de défendre cet homme, qu’ils réfugient sans scrupule derrière le souvenir de la déportation, du ghetto et de la shoah comme une énième circonstance atténuante, au motif de laquelle il deviendrait intouchable. Sans parler de l’âge de cet exemplaire père de famille. Si l’âge exonère, faut-il s'attendre à une mobilisation émue pour condamner la traque de génocidaires séniles ?

  Voilà donc la voix dissidente de l’Art.
  Des artistes qui ne sont plus la voix d’aucun génie quand il s’agit de l’ouvrir et de convoquer la presse, mais juste la voix d’eux-mêmes, de leur caste.
  Minables soi-disant artistes qui ne savent plus démontrer la salvatrice subversion de l’Art qu’à travers ce genre de soutien aveugle et sans vergogne, ou parfois plus modérément, parler au nom de gens – étrangers expulsés, handicapés de toutes sortes, enfance maltraitée, etc – dont ils n’ont strictement rien à foutre à part en faire les supports promotionnels de leurs hypocrites prises de position sans conséquences, et sans autre engagement que le prêt de leur image soigneusement botoxée.
  Il faut les voir, les entendre, se succéder tour à tour sur les plateaux des médias compatissants, expliquer comment fonctionne le Droit, plaider l’oubli unilatéral et l’excuse gériatrique, dispenser des circonstances atténuantes, tous autant qu’ils sont, d’un coup, spécialistes du droit international, et du droit de France et de Navarre.
  Il faut l’entendre pour le croire, quand cette fille de treize ans, à la grâce d’un écœurant glissement sémantique, devient une "jeune femme" qui n’était déjà plus vierge, la bougresse, au moment des faits, ce qui aurait pu lever les dernières hypothétiques réticences de Polanski.
  Il faut la lire cette consternante pétition qui de jour en jour s’allonge, évoquant la neutralité de la Suisse sans le moindre début de commencement d’idée de ce que recouvre ce mot, qui suppose une immunité des artistes dès lors que le territoire est un tapis rouge, et enfin qui ose voir en l’arrestation de Polanski une forme d’atteinte à la liberté d’expression.
  Faut-il manquer de pudeur et de sens commun pour se risquer à apposer sa signature sous ce qui ne suggère qu’un catalogue de privilèges reconnus aux notoriétés des génériques.
  Mais cela semble tellement chic de soutenir Polanski, de s’outrager dès qu’on rappelle la nature des faits passés, c’est tellement simple de ne voir en lui qu’un artiste maudit en proie à la scandaleuse justice des hommes quand on joue de solidarité entre demi-dieux.
  C’est tellement excitant d’un point de vue créatif de transformer le crime, un des pires qui soit, en épisode romantique de la vie d’un homme, avec une très esthétique caution culturelle d’impunité.

  L’Art fait pourtant passer toutes les idées et subversions imaginables.
  Dérangeantes, émouvantes, magnifiques, dégueulasses, exaspérantes, choquantes, qu’importe.
  On a aimé Mort à Venise, Lolita, Lemon Incest, Petite, et j’en passe.

  Mais quand un sordide reality-show ne trouve comme public que la grande famille du show-biz, unie dans un même mépris du droit et des sans-noms, on peut se dire que l’Art a de bien sinistres ambassadeurs.

  Parce qu’un artiste hors de l’Art convoqué dans une brigade des mineurs, c’est quand même pas très glamour.

 

 

Liens :
1 - ce que dit le 7ème art : pétition SACD
2 - ce que dit le droit : Le journal d'un avocat
3 - vu à la télé et décrypté par Philippe Sage

à voir : Apostrophes 1975

 

 

Partager cet article

commentaires

Serena 16/05/2011 01:46


Merci pour cet excellent article.
J'ai lu tous les commentaires, si, si!
Et je voulais ajouter ma pierre à l'édifice.
L'argument qui revient le plus souvent pour attaquer cet article est l'utilisation du terme pédophile.

Alors la pédophilie est un terme psychiatrique issu d'une classification nosographique. Il s'agit d'une perversion. C'est effectivement l'attirance pour des enfants prépubères (et uniquement
prépubères).
En cela que ce qui caractérise le pédophile est que l'objet de son attirance est un être dont le genre sexuel est encore indéterminé (en ce sens que les caractères sexuels ne sont pas apparents).
C'est à dire que c'est une perversion qui "nie" la différence des sexes. C'est parce que l'enfant prépubère n'est ni tout à fait une femme, ni tout à fait un homme qu'il attire le pédophile.
L'enfant est un individu encore asexué et c'est cet aspect qui est le point de définition de la pédophilie en psychiatrie.
Il s'agit d'une perversion qui est considéré comme une maladie mentale.
La pédophilie est une forme particulière de la perversion.


Cependant, ce qui caractérise plus généralement le pervers (et là je vais parler de la perversion dans son sens général et pas de la sous catégorie qu'est la pédophilie) c'est que l'autre est vécu
comme un objet, et non pas comme un sujet.
Le pervers "chosifie" sa victime, il la fait passer du statut de sujet à celui d'un vulgaire objet, outil nécessaire à la satisfaction de son plaisir. Il l'utilise pour la satisfaction de son désir
sans considération pour la souffrance qui peut en résulter. Et même, le pervers tire son plaisir de la prise de pouvoir sur sa victime, et de cette désubjectivation de l'autre. L'autre est nié dans
son être.

D'un point de vue strictement psychiatrique Mr Polanski n'est pas un pédophile, cependant il est bel et bien un pervers. Il est donc inutile d'ergoter sur l'utilisation du mot pédophile comme si le
fait que ce vocable ne s'applique pas à Mr Polanski fasse de lui une personne normale d'un point de vue psychiatrique, ce n'est pas le cas. La structure de personnalité de ce monsieur (compte tenu
des faits qui lui sont reprochés) le classe d'un point de vue nosographique dans les structures pathologiques.
En d'autres termes, bien qu'il ne soit pas un pédophile, il n'en reste pas moins qu'il est un pervers et donc un malade mental.

La justice et la psychiatrie sont deux domaines séparés.
Les faits qu'il a commis, sont punis par la loi. Le viol est considéré comme un crime, aggravé s'il est perpétré sur un mineur. Le débat ne se situe donc pas sur le terrain psychiatrique.

Mon avis personnel sur la question est que la maturité psychique et physique sont deux choses distinctes. Ainsi, bien que les jeunes filles de 13 puissent être physiquement mature d'un point de vue
strictement sexuel ne signifie pas selon moi qu'elles soient des femmes ( ce sont psychiquement encore des enfants) en mesure d'être sexuellement actives.
Car la sexualité a des enjeux qui dépassent de loin le corporel, ce que tout le monde conçoit puisque chacun comprend que dans un viol le traumatisme ne réside pas uniquement dans l'atteinte
physique du corps. La victime d'un viol est dépossédé d'elle même et c'est un meurtre psychique.
Je trouve absolument scandaleux que l'on puisse trouvé des excuses à un tel acte.

Je suis entièrement d'accord avec cet article.
J'irai même plus loin qu'une solidarité de caste, je trouve que c'est une solidarité de classe d'une part, et de genre d'autre part.

Que l'on puisse dire qu'elle n'était plus vierge comme si il s'agissait d'une excuse au viol m'est insupportable.

C'était très long je m'en excuse :)


Thorgal 02/11/2010 14:49


Ça a déjà été dit, mais il me semble que le terme de "pédophile" n'est pas approprié pour qualifier un viol sur une gamine de 13 ans: les pédophiles sont attirés par les enfants, pas par les
adolescents.

Cela n'enlève rien au fait qu'il s'agit d'un viol sur mineur.


megaprosper 26/11/2009 07:10


Un peu perplexe par votre texte, que je lis longtemps après les faits.
Peut être à votre corps défendant, certains de vos propos ont clairement une tonalité d'extrême droite, notamment ce que vous dites sur les artistes, sur la décadence morale, etc. Je vous encourage
à faire plus attention.
Vos interrogations sont légitimes, mais n'oubliez pas que cette histoire n'est qu'un fait divers idiot, monté en épingle pour protéger Polanski.
Vous ne devriez pas gaspiller votre intelligence à ressasser des histoires qui sentent le moisi de bout en bout. D'autant que le point de vue que vous partagez n'est ni original ni particulièrement
lucide.
Vous êtes même parfois complètement dans le cirage, notamment quand vous parlez de pédophilie.
J'ai adoré votre texte sur la grosse femme.
Bien à vous,
Pierre.


le flic 26/11/2009 19:45


Vous préférez donc les grosses dames aux petites filles !
C'est chouette !



ti_cyrano 19/11/2009 09:17


@fils du père fouettard

"chez Poulaga" : Mais non Balthazar, je suis entré là par hasard ;-)

"une photo de toi en rousse" : Quoi ??!! La fille du père Noël serait une crypto rouquine d'ultra capilosité tapie dans l'ombre ? C'est une accusation gravissime qu'il faut étayer : un lien vers
une photo hébergée sur Flickr s'impose. Si si :-D

"balance ascendant balance" : Misère ! L'héritier du Chevalier du Guet n'était qu'un Cousin.


Salvatar le fils du père Fouettard 18/11/2009 17:04


@Monsieur de Bergerac :
Me voilà désappointé ! Je croyais que le délit de faciès, le délit capillaire, était une exclusivité de mon institution... Faites attention Ti Cyrano, vous allez finir par exercer votre ti panache
chez Poulaga si vous continuez :D

@ Bénédicte :
Ne te marre pas trop, j'ai une photo de toi en rousse ! Alors c'est vrai que c'est moche la poukave mais je ne suis pas balance ascendant balance pour rien :D


le flic 18/11/2009 17:32


Jamais rouquin n'a été aussi fourbe que toi !


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

rechercher

 

 

 

 

undefined

 

banner Banksy ©