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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 23:08

 

 

  Elle est assise dans le box des accusés, et elle affiche un petit sourire qui se veut ingénu. C’est vrai qu’elle ne s’est pas rendu compte, disent les témoins à décharge. C’est une jeune femme bien… Elle a eu de la chance dans son malheur, un vice de procédure l’a remise dehors après un mois de préventive. Elle est donc arrivée libre à la cour d’assise, trois ans après les faits.
  Elle aimait sortir et s’amuser. Elle aimait s’habiller et séduire. Elle aimait les boites de nuit, les bars et les don juan de banlieue. Comme elle aimait les expériences nouvelles, elle a voulu jouer à la maman et a fait un enfant. Elle ne se rappelle plus avec qui.
  Les photos de l’enfant circulent entre les mains des jurés.
  Il était sage, il était facile, dit-elle. Il ne pleurait pas, buvait son biberon jusqu’à la dernière goutte et s’endormait. Elle pouvait ainsi repartir au bowling du coin. Et puis, elle a pris l’habitude de ne pas toujours rentrer.
  Le pédiatre est appelé à la barre... Je ne l’ai vu qu’une fois… C’est vrai que l’enfant était maigre, mais pas de problème de santé hormis un début d’anémie. Je lui ai prescrit des compléments minéraux et des vitamines.
  Elle ne s’en rappelle pas et affirme qu’on lui a toujours appris qu’un enfant mange une fois par jour comme un chien. Elle a un chien, et il se porte bien. L’enfant n’avait pas besoin de plus, il dormait beaucoup, et ne réclamait rien. D’ailleurs, il ne pleurait jamais.
  Elle allait tous les jours à son travail, rentrait, se changeait et sortait avec ses amis.
  Un ami est appelé à la barre… Elle avait un enfant ?
  Elle a fait connaissance d’un homme et a décidé de s’installer chez lui. Elle passait tous les jours nourrir le petit. C’était plus simple, à deux ans ça mange tout seul un enfant. Elle lui laissait des culottes pour qu’il se change tout seul aussi.
  L’homme est appelé à la barre… Elle n’avait pas d’enfant.
  Et puis elle est passée tous les deux jours, tous les trois jours, toutes les semaines. Elle laissait la quantité de gâteaux en conséquence.
  Un voisin est appelé à la barre… Elle avait un chat ? Non ? Ah parce que moi, j’ai bien entendu du bruit, mais il me semblait que c’était des miaulements.
  Et puis elle n’est plus passée du tout. On lui a coupé l’eau et l’électricité. Alors, elle a cessé de payer son loyer.
  Quand le commissaire est venu avec un huissier et un serrurier, il a trouvé trois ans de détritus dans l’appartement et une couverture souillée. L’enfant faisait ses besoins dans le même coin. Comme un chat.
  Et puis au pied du lit de la maman, ils ont trouvé ce petit enfant, une petite momie qui pesait quatre kilos.
  Un tout petit cadavre qui n’avait jamais connu que sa mère.
  Douze ans ferme.

 

 

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commentaires

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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