Sacrifice de poulet

28 Juin 2006

(15 novembre 2005)

Un flic incarcéré.
Des flics mis en examen.
Mes collègues…
Flics de La Courneuve dont j’imagine trop bien le travail depuis ces quelques temps de violence urbaine.
Flics, qui à force de faire des heures de rabiot ces soirs et ces nuits très médiatisées, n’ont probablement pas le temps de repos réglementaire pour s’apaiser l’esprit et la fatigue.
Flics des communes oubliées, flics à mettre dans le même sac de mépris des pouvoirs publics, que les mômes après qui ils s’usent les semelles.
Mômes qui ne savent pas encore que c’est rien d’autre que le désespoir qu’ils expriment en brûlant leur vie. Une façon barbare d’allumer la lumière, quand tous les disjoncteurs sont au rouge, et rongés d’indifférence.
Cités qu’on a considérées comme un concept hip-hop, un arsenal de tendances contemporaines, un creuset de rappeurs et taggeurs à fric, alors qu’il fallait aller au-delà des façades médiatiques pour les entendre.
Si on parle des Cités de Star-Banlieue, c’est qu’on n’est déjà plus en banlieue…
Flics, meilleurs interlocuteurs de cette furie, flics qui vivent dans les mêmes cités, avec des trains de vie qui les condamnent aux cages à lapins.
Flics qui partagent souvent les mêmes terrains de foot, flics qui ont des mômes qui s’absentent le soir, et reviennent essoufflés.
Mômes désapprouvés par les flics, mais pas incompris…
Mômes qui, il n’y a pas si longtemps, étaient d’espiègles bambins qui disaient… Quand je serai grand…
Flics à qui on n’apprendra rien, en leur assénant que les dérapages banlieusards ont des circonstances atténuantes.
Flics qu’on oblige à la prévention réfléchie, et à la répression sans pitié. Flics obligés d’appliquer des arrêtés municipaux, et des lois à géométrie variable selon les dynasties de ministres.
Flics en sous-effectifs dans ces communes, alors que la France est le pays le plus policé d’Europe. Les centres villes, les ministères, les ambassades, la tranquillité du pouvoir et des nantis, s’entourent de barrières humaines bleues et armées, que la banlieue aimerait avoir dans ses rangs au moins le temps d’une nuit rouge.
Logique inversement proportionnelle à la nécessité.
On parle de Droits de l’Homme, et les atteintes aux biens sont plus punies par les Tribunaux de la République, que les atteintes aux personnes…
Flics, faut-il le rappeler, qui n’ont statutairement pas le droit de grève.
Flics mal logés, mal payés, flics qui travaillent les nuits, les week-ends et jours de fête, pour que tu dormes tranquille.
Flics pas assez nombreux pour que tu ne sois pas réveillé dans ton sommeil. Un flic au trou aujourd’hui…
Pour avoir pété les plombs, et mis une tarte à un excité du caillassage…
Et un ministre qui aurait pu laisser cette affaire se régler à un moindre niveau, s’il n’avait eu tant besoin, intervention télé à l’appui, et nécessité de cote de popularité, de rallier à sa cause de l’ordre public aveugle, tous les justiciers masqués de la nuit.
Et laisser croire à une volonté d’équité devant la Loi…
Ne suffisait-il pas de suspendre ce flic de ses fonctions, et de le mettre sous contrôle judiciaire, le temps de l’enquête ?... Sachant qu’il y a eu bien moins de gardes à vue que d’interpellations ces jours-ci…
La plaintive victime de ce flic, paradant hier devant les caméras sans aucune trace de coups visible, procédure de l’IGS à la main, est aujourd’hui en garde à vue pour avoir jeté, quelques heures plus tard, des pierres sur des Pompiers en train de maîtriser un feu de voiture.
Encore aujourd’hui, même si j’en réprouve l’expression, je comprends sa haine. Ceci dit, ministre et médias vont bien vite en besogne…
Mais j’entends au-delà de tout, le ras le bol de mes collègues, devant tant de travail rendu vain par la politique ambiante, pour tous les risques encourus sans reconnaissance, et à travers leurs accès d’agacement devant tant d’impuissance…
A mon avis, il y a encore des baffes qui se perdent.

B. Desforges

#actu police

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