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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 00:00
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  On contrôlait des voitures le long d’une avenue assez large pour qu’on puisse en faire stationner deux ou trois sans gêner la circulation. Chacun d’entre nous s’occupait de la sienne et de son conducteur, c’était une tâche tout à fait routinière qu’on accomplissait de façon presque mécanique. Permis de conduire, carte grise, attestation d’assurance, quand tout était en règle, la vérification était rapide. Parfois un petit rappel à l’ordre pour des ceintures de sécurité oubliées, et tout de même quelques contraventions quand il le fallait.
  Je vérifiais donc les papiers d’un automobiliste quand mon attention s’est attardée sur mon collègue qui contrôlait la voiture qu’il avait arrêtée à quelques mètres devant moi. Il était étonnamment immobile, les bras ballants devant la vitre baissée. Il ne bougeait pas du tout, comme tétanisé, ne parlait pas non plus, et il avait un air complètement ahuri.
  J’ai fait un pas de coté, toujours avec les papiers et mon carnet de PV à la main, pour essayer de voir et de comprendre la situation. J’ai vu ses sourcils en forme d’accent circonflexe et son regard écarquillé en direction de l’habitacle de la voiture, et une inquiétude un peu floue m’a saisie. Aussitôt suivie d’une sourde angoisse. En un quart de seconde, mon imagination a élaboré toute une série de scénarios terribles. Le conducteur était mort. Il y avait un mort à coté du conducteur. Il y avait quelque chose d’effrayant dans la voiture, un animal peut-être, un reptile probablement pour être capable de mettre mon collègue dans cet état de cataplexie. Un énorme reptile. Ou alors il était en proie à un malaise, debout, foudroyé par une sorte de crise paralysante, et il allait s’effondrer comme un pantin. Ou bien, il était en train de se faire braquer, discrètement, sournoisement, par une arme que je ne pouvais pas voir. Et c’est ce pressentiment qui s’est imposé à mon esprit quand j’ai commencé à marcher lentement vers la voiture, le cœur battant la chamade, et la main sur la crosse.
  Il ne fallait surtout pas que le conducteur puisse me voir, et je me suis arrangée pour avancer dans l’angle mort du rétroviseur. Mon collègue avait toujours les yeux fixes et l’air hébété, et il ne me voyait pas. Et moi, je ne pouvais toujours pas voir le conducteur à cause des reflets sur les vitres, et je n’osais pas parler à mon collègue de peur de déclencher je ne sais quoi.
  Et puis j’ai fini par voir. Une scène à laquelle il eut été étonnant que je puisse assister un jour... Une femme, la jupe relevée très haut sur ses jambes, et qui, d’une main experte, se caressait la cuisse avec application jusqu’à disparaître sous le tissu à chaque va-et-vient.
  « Aaaaah ! » j’ai crié.
  Les deux ont sursauté comme si un obus venait de tomber entre eux, et mon collègue m’a regardée avec l’air de celui qu’on vient de réveiller avec un seau d'eau froide.
  « Heu... c’est un défaut d’assurance... m’a-t-il dit d’une voix qui ressemblait à un miaulement.
  - Ah bon ? Un défaut d’assurance ? Et elle tente de frauder le trésor public ? »
  Elle avait en effet tenté un coup de séduction à l’arraché, à la « M’sieur l’agent, on peut s’arranger. » Ça arrive parfois. Et elle avait presque réussi. Presque... 
  « Tiens, s’il te plait, tu pourrais aller récupérer mon carnet de PV dans la voiture garée là ? Je le lui ai jeté sur le tableau de bord par mégarde, et j’ai gardé ses papiers. Tu peux y aller sans crainte, ce n’est pas un piège. »
  Et j’ai repris son affaire à lui au commencement.
  « Bonjour madame, police nationale, pouvez-vous me présenter les papiers afférents à la conduite du véhicule s’il vous plait. »
  Quelques instants et quelques grincements de dents plus tard, elle a une nouvelle fois relevé sa jupe, mais afin de mieux s’accroupir derrière sa voiture, pour nettoyer sa plaque d’immatriculation.

 

 

récit extrait de Police Mon Amour

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commentaires

Alianirah 17/11/2010 01:02


Corruption Corruption ...

Définition du mot à différencier entre le sens juridique, commun et vulgaire.

Ici, il n'est pas fait cas à proprement parlé de corruption.

Tout au plus de concussion, et encore à voir... Peut -être que ça la grattait simplement....

Comment prévenir ces laissés aller...
La fierté et l'honneur peuvent suffire, me semble t il.
Ou alors simplement le bon sens

J'attends un nouvel article...

Bonne continuation en tout cas !


campagnol 10/11/2010 22:58


Bonsoir,
je viens de découvrir votre blog (et je n'avais jamais entendu parler de vous): merci pour tout.
le problème de la "corruption" ne réside pas pour moi dans le fait qu'une personne tente d'obtenir quelque chose auquel elle n'a pas droit (que ce soit par le charme, l'uniforme ou le pouvoir
politique) car c'est un comportement humain, mais comment on le prévient. A cet égard je serai curieux de savoir si à l'intérieure de la PN on utilise des moyens préventifs ou si tout repose sur la
répression sitot les faits connus


bénédicte desforges 10/11/2010 23:27



Corruption.
Tout de suite les grands mots...



Sam Fisher 07/11/2010 11:01


La corruption est une menace permanente dans laquelle tombent quelques collègues. Les raisons peuvent différer. Tout ce qui est sentiments ou sexe est particulier car cela ne suit pas franchement
de raisonnement.
Récemment encore, une collègue surveillante pénitentiaire est tombée amoureuse d'un détenu et lui a passé plein de trucs en détention. Je la connaissais bien et ça m'a fait vraiment bizarre de
réaliser que cette fille avait fait ça.
Elle a démissionné et a continué dans son délire ensuite, allant jusqu'à voir le détenu au parloir alors qu'elle avait quitté le métier pour lui.
Nous, nous savions que cette histoire était sans issue. Mais elle ne voulait rien savoir, parlant de nouveau départ...
En fait de nouveau départ, ce qui devait arriver arriva et elle a tout simplement été jetée comme une vieille chausette (si tant est que vous êtes adeptes du "jetage" de vieille chaussette).
Résultat: blessure sentimentale et perte de son boulot de fonctionnaire.
Je passerai sur la mise en danger de ses collègues...
J'ai d'autres histoires de corruption encore "pires". Je me demande si je ne vais pas ouvrir une rubrique sur toutes les anecdotes et autres faits rencontrés au cours de mes 12 ans de carrère sur
mon blog http://prison.overblog.com
En tout cas, merci de nous avoir fait partager cette "tranche professionnelle".
Sam


Alianirah 04/11/2010 18:43


Rajout :

« Bonjour madame, police nationale, pouvez-vous me présenter les papiers afférents à la conduite du véhicule s’il vous plait. »
=> Et à la circulation

Quand au contrôle un par véhicule... pas de féliciation ! Les mauvaises langues vont parler de quota/d'industrie etc.

Et pour finir, très bon article une fois de plus !


bénédicte desforges 04/11/2010 20:01



Il y a pire qu'être à un pour contrôler un véhicule, y a aussi être tout seul pour en contrôler plusieurs ! Je blague. Quoique..



Alianirah 04/11/2010 18:41


Toujours affligeant de voir des personnes tenter de si grossières choses. (et des collègues tomber dans le panneau)

De mon coté, je n'ai eu droit qu'a une concussion sur une offre de voiture... mais par un gars ...
Du coup, je reste encore motard, point trop n'en faut.

Dans notre brigade, un best-of des meilleurs excuses trouvées par les contrevenant devrait se faire...

"Je ne faisais pas attention"
"Je l'avais mais je ne vous avais pas vu"
"Je vais chercher mon enfant / chien / grand-mère"
"Je ne l'ai pas fait sans le faire exprès"
"ha bon ? il était rouge ? vous êtes sûr ?"
"Je n'ai pas le temps pour ces conneries"
"Mon permis ? Mais ils l'ont annulé ! Je vous jure !"
"Vous voyez pas que je suis en conversation téléphonique ?!?"


"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

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