Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 23:00

[UP] petite histoire rigolote dédiée à mon amie Pascale.

 

 

Pascale

 

  Quand j’étais le lieutenant de permanence du dimanche, j’aimais bien patrouiller avec une fille. C’était mon incontournable rituel, mon caprice décidé d’avance pour ces tournées plus longues que celles des autres jours de la semaine. Je trouvais ça reposant, apaisant. Une fille, ça fait moins de bruit, ça gesticule moins, ça ne rigole pas dans les basses fréquences en mettant des grands coups de patte sur le tableau de bord, ça n’ouvre pas la vitre pour hurler : « Et ta chiotte, papy, tu la dégages ou faut que j’t’aide avec un décapsuleur ? » Une fille dans une voiture de police, ça fait joli, ça peut prendre une voix d’hôtesse de l’air sur les ondes, ça contredit les préjugés. Et puis, ça sent bon une fille, ça chlingue rarement des arpions ou des aisselles. Et quand on passe plus de huit heures en voiture à ratisser quatre arrondissements en plein été, ça y fait et pas qu’un peu.
  Une paire de filles, c’était vraiment la patrouille idéale du dimanche.
  C’est ma copine Pascale que je préférais comme équipière, une ex-championne de boxe française, férue des méthodes alternatives de l’analyse transactionnelle. Je me disais qu’entre sa force de persuasion, son coup de pied fouetté et mon mawashi, en cas de baston, on ne s’en sortirait pas forcément moins bien que deux vieux collègues bedonnants et bas du derche.
  Un dimanche, donc, où j’avais magouillé à l’avance avec mon chef de brigade pour qu’il me colle Pascale en chauffeur de ma voiture d’officier, on était en ronde sur le district, devisant gaiement dans nos effluves de patchouli et de vanille, quand un appel radio nous est parvenu. Il s’agissait de se rendre au Parc des Princes en renfort et, une fois sur place, de prendre contact avec le commandant d’une compagnie de CRS.
  Je ne me souviens plus de ce qu’il y avait là-bas ce jour-là, un match de foot ou un concert, mais un gros dispositif de maintien de l’ordre commençait à être mis en place pour la soirée. Nous nous sommes donc annoncées, nous dirigeant vers les beaux quartiers, et Pascale fit gracieusement brailler les pneus autour de la place de Clichy pour foncer vers l’Étoile, son avant-bras hâlé à la portière et ses bouclettes voletant autour de son visage rond.
  Arrivées au Parc des Princes, nous avons commencé à chercher la CRS avec laquelle nous avions rendez-vous, en roulant au ralenti le long des dizaines de cars stationnés et en essayant de repérer le numéro de la compagnie qui nous attendait. Nous étions tout à nos recherches quand on a entendu une voix tonitruante au-dessus de nous.
  « Ohéééééé ! Oh! les pépettes ! »
  C’était un CRS hilare, penché à la fenêtre d’un car, en gobe-sueur et bacchantes au vent, qui nous hélait.
  « Voilà bien notre chance, j’ai dit à Pascale, on se fait alpaguer par une section de CRS du Nord. Ils sont terribles, que des sous-baloches qui parlent ch’ti et qui ont voué leur âme et leur corps au maintien de l’ordre et au bitume. »
  Et l’autre continuait :
  « Waaah! hé, ho, les mecs, venez voir, y a deux filles, y a deux fiiiilles dans une voiture de poliiiice ! »
  J’ai de nouveau levé les yeux vers le car et je l’ai vu, entouré de deux clones tout pareils, grassouillets et moustachus.
  « Mais ils sont cons ou quoi, ces têtes d’enclume ? a dit Pascale.
  – Bouge pas, je vais leur demander », je lui ai répondu.
  Je suis descendue de notre joli carrosse sérigraphié en bleu, blanc et rouge.
  « Vous êtes cons ou quoi ? Et le respect ?
  – Ah! Le respect… Le respect ? Le respect ! Aaaah, les filles ! Vous montez dans le car ? Miam miam! »
  Je me suis penchée vers Pascale et je lui ai dit qu’à vue de nez, ils étaient complètement mûrs et chauds bouillants, et qu’il valait mieux partir dignement avant d’atteindre des limites disciplinairement irréversibles.
  Je me suis redressée de toute la grandeur de mes galons et leur ai lancé :
  « Messieurs, vous avez tous des tronches à bouffer des tartines de saindoux trempées dans un bol de bière au petit déjeuner, souffrez que nous prenions congé à l’instant. »
  Nous les avons laissés à leurs mines déconfites et avons vite rejoint la CRS 1 de Vélizy, celle des escortes présidentielles, effectifs rasés du jour avec les oreilles bien dégagées, autrement plus distinguée.

 

 

récit extrait de Police Mon Amour

Partager cet article

commentaires

sylvie 31/05/2011 23:52


eh bien enchantée de savoir que c'est elle, pour une fois que je reconnais quelqu'un ! je ne sais pas comment faire pour qu'on soit en contact histoire d'échanger quelques "souivenirs" . c'est elle
qui m'a fait connaitre Paule SALOMON et sa "femme solaire" ! mais elle ne se souviendra peut être plus de mon nom (de jeune fille!) est il possible de vous envoyer mon adresse mail professionnelle
afin que vous lui communiquiez? ya t il possibilité d'envoyer un message privé dans votre blog avec mon adresse mail?
il y avait 2 Sylvie au 18! moi , je suis Sylvie B : la bonne!!!!!!
En ce qui me concerne, je suis flic en guadeloupe; donc décalage horaire 6h !
Merci
cordialement Sylvie


bénédicte desforges 01/06/2011 01:18



J'ai répondu à ton mail !
(je me rappelle des lectures de Pascale, c'était après son époque je-veux-nager-avec-les-dauphins^^)



sylvie 31/05/2011 20:12


Bonjour
je ne mettrai aucun commentaire sur les relations hommes femmes dans la police, ni de réactions masculines à l a vue de patrouilles "féminines"; nous avons certainement toutes vécu un ou plusieurs
similaires épisodes avec des cies CRS ou tout autre corps constitué..; du Nord en passant par l'ESt etc....; donc aucun intérêt pour moi de donner mon sentiment, cela serait superfétatoire. Je
voudrais juste poser une question à Bénédicte, et savoir si Pascale qu'il me semble reconnaître est bien Pascale B..; qui était ensuite au 18°.(avec moi) C'est une copine, que j'ai perdu de vue en
1995, et qui avait, il me semble pris une dispo pr des raisons strictement personnelles, et qui m'a fait découvrir beaucoup de lectures intéressantes (les runes, littéraires etc) s il s'agit
d'elle, j'aurais vraiment apprécié savoir ce qu'elle est devenue car je l'aimais beaucoup. et nous nous sommes perdues de vue lorsqu'elle a pris sa dispo et moi une mutation. Lorsque je rencontre
des anciens du 18, personne ne se souvient d'elle. merci.


bénédicte desforges 31/05/2011 23:34



Bonjour Sylvie,
Oui, c'est bien elle et... je sais où elle est ! :)



Eric 12/03/2011 21:50


Bonjour bénédicte, si un jour tu es de passage dans le Nord, n'hésite pas à venir nous saluer, tu pourras constater que dans notre région, nous ne sommes pas tous sous baloche, grassouillet
moustachus et que nous n'avons pas à rougir de nos collègues de la CRS 1.
Tu remarqueras que je ne te demande pas de venir avec ton amie !
mais si elle est là, c'est bien aussi ! : )

Bonne continuation


crs_qui_pue 12/02/2011 08:25


Perso suis CRS et ce chapitre là m'a bien fait rire parce que j'ai vécu cette scène plusieurs fois, la répartie en moins. D'ailleurs ça m'aurait vexé que l'auteur nous dépeigne comme des gens
précieux. Nous sommes méchants, sales, grossiers, machos à souhait et paraît même que nous faisons peur parfois (de moins en moins). Et non, les CRS ne sont pas des collègues normaux, manquerait
plus que ça. C'est toute la différence entre les urbains et nous d'ailleurs, nous sortons de la norme à bien des égards. Cela dit nous, on s'en fout. On est logés en hotel 3 étoiles (d'où j'écris
ce commentaire), on nous paye nos heures supp et nos déplacements alors évidemment ça fait des jaloux et des jalouses. Mais viendez les petits ! Il y a de la place pour tout le monde, la preuve,
les femmes débarquent chez nous :)


nina 07/02/2011 00:24


N’ayant pu, malgré mes démarches en ce sens, faire valoir mes droits en justice - j’ai en effet contacté des responsables, des institutions et personne n’a pour l’instant voulu m’apporter son
soutien, pourtant nécessaire. Cela a eu toutefois le mérite de faire passer un petit peu mon témoignage - j’ai donc décidé de faire un scandale, le plus énorme possible et c’est pourquoi je fais
circuler l’adresse de deux blogs que, pour l’instant, j’ai pu publier à la suite de ces démarches infructueuses, dans l’espoir qu’à force de tapage, cela suscite suffisamment d’interrogations de la
part des gens pour que je puisse enfin voir les faits que je relate au moins examinés par la justice et être entendue. C’est tout ce que je demande.

http://blog-etc-temoignage.blogspot.com/
http://swaplitteraire-nina.blogspot.com/


bénédicte desforges 07/02/2011 00:54



Nina ? Ta gueule.

http://www.ch-sainte-anne.fr/



"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

rechercher

 

 

 

undefined

banner Banksy ©