Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /Jan /2009 01:14

 

Gaza  

 

  Entre trois causes humanitaires et deux réveillons, le monde découvre et s’émeut de la situation à Gaza. Mais le monde rigole ou quoi ? Ça fait soixante ans que ça dure, ça fait quarante ans que les territoires palestiniens sont sous occupation militaire. Et que l’état sioniste récuse le droit international, et bafoue toutes les résolutions émises par le conseil de sécurité de l’ONU.

  La presse avait cessé de parler du problème palestinien, alors le problème avait cessé d’être. C’est comme ça. C’est l’info. Enfin, l’info qui n’informe plus... Loi du marché, loi de l’audience. Que le journalisme nous garde bien d’une réflexion sur le droit international, l’autorité de l’ONU ou l’histoire de la région, par exemple… À l’heure d’internet, où il est insupportable d’avoir à scroller pour éventuellement prendre le risque d’être moins con en fin de lecture d’une paraphrase lénifiante de paraphrase journalistique, il ne faut pas brusquer le citoyen par le raisonnement, il faut juste des images télé-réalité et de l’émotion en quelques lignes, un petit buzz de quelques semaines, juste le temps de "prendre conscience" et d’avoir bonne conscience. Affaire suivante.

  Les opinions sclérosées pré formatées gesticulent en boucle, au milieu de celles, presque pires, qui consistent à pleurnicher que si tous les gars du monde se tenaient la main, et que merde alors, il va bien falloir qu’ils s’entendent ces cons d’Arabes avec l’occupant. Mais il ne faut surtout pas prendre parti, surtout pas dire qu’il y a un oppresseur et des opprimés, c’est pas politiquement correct, ça. Et surtout pas parler des Israéliens antisionistes, des refuzniks, surtout pas donner la voix qu’elle mérite à Amira Hass, journaliste israélienne, pour ne parler que d’elle entre toutes les voix critiques qui s’élèvent depuis l’état sioniste. Etc.
  C’est plus consensuel de dire que c’est si triste pour les uns et pour les autres cette guerre sans fin, qu'on peut vivre en paix, n’est-ce pas. Si triste, madame Michu, rendez-vous compte... Oh, et puis ils la cherchent bien la merde, les Palestiniens, ils font rien que d’envoyer leurs sales roquettes à deux balles sur le sud d’Israël, c’est pas une vie toud’même. Oui madame Michu, mais t’as oublié cet avion que la France a discrètement détourné de son espace aérien, cet avion qui transportait des armes interdites par les conventions de Genève et d’Ottawa, l’été 2006, des USA à destination d’Israël, pour foutre sur la gueule des Libanais. Et quel rapport avec la Palestine ? Et bien cet été là, Israël qui aime donner des jolis noms à ses opérations militaires menées par la seule armée du monde qui a aussi un nom, et qui d’ailleurs est l’armée la plus morale du monde (c’est pas moi qui le dis, c’est Ehud Olmert), cet été là, l’opération Pluie d’Été a consisté à bombarder et détruire les centrales électriques de Gaza. Et à Gaza, même la flotte a besoin d’électricité pour sortir du sol, tu ne t’en rappelles pas ? Et l’été 2006 a été une catastrophe sanitaire et humanitaire au Liban ET plus confidentiellement à Gaza. Les ONG ont même parlé de phosphore blanc et d’uranium appauvri, mais juste après il y a eu le tour de France, alors on a oublié. Mais pas eux, là-bas, et moi non plus.
  Alors Gaza, madame Michu, c'est un calvaire de quarante-deux kilomètres sur six pour un million et demi d'habitants, c’est un drame permanent depuis soixante ans, tu vois, c’est un génocide à petit feu.
  Et puis aussi je voulais te dire à toi, et à toi aussi Ducon Lajoie, qu’il n’y a pas eu une semaine, un jour, où je n’ai pas suivi ce qu’il se passait là-bas, et qu’une fois sur deux quand j’en parle, on me dit que je soutiens des terroristes. Et là, je veux que tu ailles chercher la définition du mot terrorisme, et que tu te demandes ce que peut bien être un terrorisme d’état...
  Et tu vois, comme je veux que tu piges bien tout, à partir de dorénavant, voici une petite grille de lecture de l’actualité.

 

Règle numéro 1 :
Au Proche Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers et c'est toujours Israël qui se défend. Ça s'appelle des représailles.

Règle numéro 2 :
Les Arabes, palestiniens ou libanais n'ont pas le droit de tuer des civils de l'autre camp. Ça s'appelle du terrorisme.

Règle numéro 3 :
Israël a le droit de tuer les civils arabes. Ça s'appelle de la légitime défense.

Règle numéro 4 :
Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l'appellent à la retenue.
Ça s'appelle la réaction de la communauté internationale.

Règle numéro 5 :
Les Palestiniens et les Libanais n'ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas trois soldats.

Règle numéro 6 :
Les Israéliens ont le droit d'enlever autant de Palestiniens qu'ils le souhaitent (environ 10000 prisonniers à ce jours dont plus de 300 enfants). Il n'y a aucune limite et ils n'ont besoin d'apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées.
Il suffit juste de dire le mot magique "terroriste".

Règle numéro 7 :
Quand vous dites "Hezbollah" ou "Hamas", il faut toujours rajouter l'expression "soutenu par la Syrie et l'Iran".

Règle numéro 8 :
Quand vous dites "Israël", il ne faut surtout pas rajouter après : "soutenu par les Etats-Unis, la France et l'Europe", car on pourrait croire qu'il s'agit d'un conflit déséquilibré.

Règle numéro 9 :
Ne jamais parler de "territoires occupés", ni de résolutions de l'ONU, ni de violations du droit international, ni des conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur ou l'auditeur de France Info.

Règle numéro 10 :
Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C'est ce qui explique qu'on leur donne, ainsi qu'à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9).
Cela s'appelle de la neutralité journalistique.

Règle numéro 11 :
Si vous n'êtes pas d'accord avec ces règles ou si vous trouvez qu'elles favorisent une partie dans le conflit contre une autre, c'est que vous êtes un dangereux antisémite.

 

Gaza - Le mur de la honte

 

et une roquette en bonus :
Les champs de Gaza n’ont jamais existé

 

Publié dans : au jour le jour
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