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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 15:31

 

 

  J’ai fait la connaissance de Julie Rubino sur un blog qui proposait sans malice un petit débat tout gentil et objectif sur la police.
  Julie Rubino est jeune-et-journaliste, donc pleine de spontanéité et de bonnes idées qu’elle résume en commentaire de ce blog de la façon suivante :
  Extraits :

Je ne mettrai certainement pas le fait de dévaloriser les gendarmes et les policiers, ce à quoi je m’adonne très volontiers...

(...) et le caillassage des camions de pompiers (que je trouve honteux et complètement irresponsable)

(...) les flics passent désormais plus de temps à faire chier les délinquants du dimanche plutôt que d’aller traquer les vrais.

(...) [le shit confisqué et fumé par les flics] …ce n’était certainement pas une pratique isolée de son commissariat, mais bel et bien quelque chose de très répandu…

(...) Je pense qu’en France, le problème n’est pas qu’on devient dépressif une fois rentré dans la police, c’est que la police embauche des dépressifs… on voit ce que cela donne après...

(...) Les pompiers forcent mon admiration, les employés du milieu médical aussi, mais franchement, non, pas les flics !!


  Ce à quoi, moi, flic-et-préjugée, je réponds sommairement avant d’y revenir :

(…) Je suis auteur de FLiC, Chroniques De La Police Ordinaire (éd. J’ai Lu) pour ceux qui veulent en savoir plus sur tous les vices et tares de la police en uniforme (dont je fais partie) qui boit, se drogue, et se prostitue quotidiennement.
Et je reviens tout à l’heure expliquer à Julie pourquoi son commentaire est débile.


  Pourquoi je vous propose la lecture des fadaises de Julie Rubino ?
  D’abord parce qu’elle est une caricature tristement banale. Parce que des Julie Rubino, il y en a à chier partout, plein les rues, plein les bistros, plein internet. Ça pullule et ça pollue, ça parle fort, c’est fort en gueule. Ça a un avis sur tout, ça désinhibe sa bêtise crasse derrière un écran, et ça doit piailler et pérorer furieusement in real life.

  Les Julie Rubino aiment bien se mettre en scène dans des postures de rebelle contre les pouvoirs en place, les institutions, les lois et toutes ces vilaines choses, parce que ça donne une jolie image et que ça ressemble à la liberté. Sauf qu'il n'y a pas plus conformiste, mais ça, il y en a qui mettent des vies entières à le piger.

  Les Julie Rubino, ça connaît tout sans avoir rien vu. Ça a entendu une petite anecdote une fois, un jour, et ça l’érige en doctrine, en vérité définitivement établie.
  Les Julie Rubino, c’est nombreux, c’est une armada de moulins à paroles, c’est un peu tout le monde qui parle de n’importe quoi.
  Alors consacrant ce billet à Julie Rubino, vous comprendrez que je ratisse large.

  J’aurais pu lui répondre sur ses allégations, lui expliquer pourquoi par principe, il est idiot de s’adonner à dévaloriser flics et gendarmes, parce que ce jeu ne donne pas l’air très futé, passée la dernière crise d’acné.
  J’aurais pu lui parler des soldats du feu qui sont une plus belle expression que forces de l'ordre, et la prier d’expliquer avec des arguments intelligents et intelligibles pourquoi il est plus légitime de caillasser du flic que du pompier. Lui rappeler qu’à cause de caillassages, des gens - qui ne sont pas des Julie Rubino - qui avaient demandé des secours, ont attendu des flics qui ne sont jamais arrivés.
  J’aurais aussi pu lui demander ce qu’est un délinquant du dimanche, j’avoue que je ne saisis pas bien. Un curé peut-être, ou un pêcheur à la mouche.
  J’aurais pu lui dire que s’il m’est arrivé de faire chier des délinquants du dimanche, c’est que précisément je bosse les dimanches pendant qu’elle se tape un brunch en écoutant Vincent Delerm.
  J’aurais pu lui demander ses sources quant au recrutement de dépressifs dans la police nationale, mais je n’ai pas osé voyez-vous, ça me déprime.
  Et enfin, j’aurais pu lui dire que les flics ne demandent pas l’admiration de leurs concitoyens. Les flics, ils veulent juste que, de temps en temps, les Julie Rubino et ses clones ferment leurs grandes gueules, parce que la connerie ça fatigue les fonctionnaires qui travaillent le dimanche.

  Mais tout ça, c’est du déjà dit et cent fois répété, par tous les flics de France aux Julie Rubino de leur entourage.

  En revanche, la Julie Rubino du jour et qui nous intéresse, est jeune-et-journaliste et ça change un peu la donne.
  On eût été en droit d’attendre de sa part au moins une sorte de recul sur la chose, et au mieux un argumentaire un peu construit, un peu étayé, un peu documenté, histoire de faire honneur à sa profession.
  On aurait aimé qu'elle fasse montre d'un minimum de maturité intellectuelle, qu'elle s'exprime correctement et posément.
  Mais Julie Rubino, elle s’en fiche. Ce qui lui importe c’est de parler, parce que comme elle est jeune-et-journaliste, sa parole est légitime. Qu'importe d'avoir l'air pro quand on a déjà le pedigree...
  Alors, elle s’exerce à l’art de la rhétorique à défaut d’avoir compris que la discussion est une méthode.
  Et les flics, c’est un si bon sujet... des boulevards de bien-pensance sont tracés devant elle. Et Julie Rubino, elle fonce. Et d’un coup :

Et merde, si ce n’était pas déjà le cas, je suis désormais fichée sur Edvige… vive la France !


  Et là, pleinement consciente que je vais la décevoir, je lui réponds :

Je ne pense pas que ton cas de normopathe soit assez intéressant pour qu’EDVIGE te fiche.


  Je ressors bien sûr de ce non-débat chargée de tous les défauts énoncés par le dogme de départ, et plus encore, de la rancoeur à l'arrogance. J’ai dû abuser de méthodes policières… Mais comprenez-moi, avec le temps et l’ancienneté, le savoir-faire a vite fait de devenir un savoir-être. On ne se refait plus. À mon âge...
  Mais Julie Rubino, plaidant que si elle est journaliste, elle est tout de même jeune et insouciante, a quand même trouvé tout ça comique. Donc tout va bien.
  Elle attend juste un peu plus de subtilité et d’écoute, probablement les atouts dont elle a fait preuve, en préambule, en balançant son pétard mouillé.

  Mes chers collègues, bande d’abrutis congénitaux, toxicomanes du dimanche, boulimiques du prozac, fascistes et matraqueurs compulsifs, si vous aussi voulez faire preuve de subtilité et d’écoute avec Julie Rubino, la ligne est ouverte.

 

c'est cadeau...

 

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commentaires

michel 22/06/2012 18:26

Je n’en reviens pas que des propos manifestants aussi peu de recul et de profondeur aient été tenus publiquement par une personne " Journaliste " en France !!!
Et pourtant, incroyable, cette " Journaliste " aujourd’hui exerce à France Télévisions !

bénédicte desforges 22/06/2012 18:37



Bah... il y a une cohorte de baltringues employés par France Télévision, ce n'est pas un scoop...
La télé ne sert in fine qu'à regarder des DVD.



salauds 12/05/2012 20:44

Moi je hais les flics.

Plus de 6 ans que je suis sous surveillance, sans avoir rien fait d'illégal.

Plus de 6 ans à supporter des écoutes, des filatures ridicules et mal menées, tout ça pour délit d'opinion.

Alors les flics et tous les services de renseignements, je les emmerde, je leur dis d'aller se faire foutre.

Honte à eux et à ceux qu'ils servent : Hollande, Sarkozy et toute la bande... Même tribu. Oeil pour Oeil, dent pour dent.

Notre peuple se meurt et vous voulez pondre une ode à ceux qui sont en train de nous exterminer purement et simplement, qui nous musèlent, qui nous surveillent, détruisent des vies ?

Est-ce que vous savez ce que sait que de n'avoir aucun échapatoire, aucun repos, aucune porte de sortie ? J'en doute fort.

Quitte à avoir la DCRI sur le dos pendant tant d'années, j'aurais préféré qu'ils me collent une balle dans la tête. A moins que je ne finisse par le faire moi-même.

J'étais patriote, j'aimais mon pays, maintenant j'en ai plus rien à foutre de rien.

bénédicte desforges 12/05/2012 21:49



On peut dialoguer par mails si vous le souhaitez.
Bon courage.



Smoke 15/10/2010 12:53


Je sais que l'article et la conversation datent, mais ça ne m'empêche pas d'être choqué par ce que j'ai lu.

Cela dit, je suis quelqu'un de relativement mesuré, donc mon commentaire sera bref et sera constitué de deux points:

-J'ai fréquenté un flic pendant quelques temps. Radié de la police pour raison inconnue, et convaincu d'être victime d'homophobie, à l'époque je faisais mon unique année en journalisme... dans la
même école que Miss Rubino. J'ai lu dans les commentaires les propos d'un flic, qui reproduisait la même erreur que le flic dont je vous parle. Il estimait être un citoyen avant d'être un flic, et
ce dans tous les aspects de sa vie. L'ironie de la chose, c'est que quand le flic que je fréquentais m'a parlé de son histoire ( à ce moment on pensait pouvoir en faire quelque chose), il m'a lui
même apporté la contre argumentation et prouvé qu'il était en tord, justifiant ainsi son limogeage (ce qui explique que j'ai laissé tombé son histoire, il n'a eu que ce qu'il méritait). D'après ce
qu'il m'a lui même expliqué, un flic, quand il prête serment pour rentrer dans la police, s'engage à représenter en toutes circonstances les forces de l'ordre, qui se doivent d'être des exemples
pour les citoyens. Le flic dont je vous parle, à deux ou trois occasions, n'a pas représenté ni les forces de l'ordre, ni un exemple pour les citoyens. Il s'est donc fait viré. Ma remarque est donc
la suivante: si vous même ne savez pas sur quel pied danser, comment pouvez vous attendre des Julie Rubino, témoins naïfs et distants de votre étrange sarabande, qu'elles aient la moindre idée de
ce que peut être votre réalité?

-Mon second point rebondit sur l'idée du premier, et pour faire dans le très scolaire, il sera accompagné d'une citation d'un commentaire plus haut:

« Comment on peut se permettre de cracher sur ceux qui sont voués à notre protection ? » (Helly, n°55)

Mettez vous à notre place.



Okay, je sais que vous ne pouvez pas. Ça a aussi été expliqué dans les précédents commentaires, quand on est flic, on EST flic, pas autre chose, on vogue entre deux mondes, et concilier les
exigences avec lesquelles ils nous assaillent quotidiennement est un exercice supplémentaire qui nous bouffe. Pour moi, une partie du problème de la cohabitation des flics et des civils réside ici:
vos patrons vous éloignent des civils, et des connards chez les civils nous éloignent de vous. On vous crache dessus parce que le message qu'on reçoit de vous est bien moins positif que celui que
vous espérez nous transmettre. Julie Rubino n'a rien à voir dans cette distance instaurée, à l'époque où je la croisais tous les jours je n'ai jamais été frappé par une réflexion profonde, aboutie,
ou même tout simplement mature. S'acharner sur elle (merci Google Bombing) est donc gratuit, inutile, et ne rend pas service à l'image d'une police un tantinet lettrée. Je n'ai pas lu le reste du
blog, ni le bouquin, et je ne pense pas les lire. Mais je ne trouve pas très malin de répondre à un article creux par un autre article creux, en s'érigeant contre un manque de profondeur, d'analyse
et d'empathie, quand soit même, on n'en est plus totalement capable. Je trouve ça digne d'une Julie Rubino (telle que vous en peignez le stéréotype, puisque je n'ai jamais décelé un fond de
mesquinerie chez elle, contrairement à certaines lignes ici), et ça n'encourage pas des citoyens de bonne volonté à s'intéresser au quotidien des policiers, en tant que professionnels au moins en
tant qu'individus. Ça ne peut que contribuer à creuser l'écart.


Je terminerais sur une touche personnelle: dans ma vie il y a trois métiers que j'ai vraiment voulu exercer, curé, journaliste et flic. J'ai quitté la religion à cause de l'Eglise, j'ai quitté le
journalisme à cause de sa décadence grandissante, j'ai refusé de me lancer dans la police à cause de la vie en communauté, et du fait qu'elle obéisse à des hommes qui se moquent éperdument de sa
réalité. J'exerce à l'heure actuelle un métier qui n'a rien à voir avec tout ça, et je m'en porte très bien. Ca ne fait pas de ma parole une parole plus objective ni plus légitime. C'est juste un
point de vue apporté par un interlocuteur différent. Et si ce n'est pas suffisant pour certains d'entre vous, votre élitisme et votre mépris crasse vous mettent à l'écart des richesses du monde que
vous défendez.


Merci de m'avoir lu, et gardez l'esprit ouvert.


Ptiga 09/03/2009 15:26

Il n'y a pas, ce blog est vraiment superbe, et affiche en script ce que l'on ressent de notre métier. Pour les journalistes (nous concernant en autres infos), la police est le sujet facile pour accrocher les gens au "fil-info" ou aux canaux télévisés. Pas de bavure ou pas de critique = pas d'infos donc pas d'audimat. Et les pompiers = des sur-hommes, image bien sur crédule et béotienne que nous n'avons pas ou avons perdu au fil des réalité de terrain.Petite histoire sur les pompiers : En terminant mon service par un beau soir bien sec de printemps, bien décontracté sur ma bécane après une bonne journée de prise d’insultes par les pékins, je me laisse entraîner par le couple moteur et repique la bretelle qui descend pour entrer sur l'autoroute. (C'est en province). J'avais à peine fait 100m sur la voie de droite qu'un véhicule me dépasse à vitesse VVV, se fout au cul d'un autre qui lui même est presque arrêté pour cause de ralentissement, bloque et fait fumer les boudins, et... BOUM. S'en suit un carambolage juste devant moi. Et merde, je suis témoin, je ne suis pas rentré. Le choc était violent. Non seulement les auteurs de l’accident me signalent –à moi, pourquoi moi- qu’ils ne savent pas comment faire pour appeler les secours, mais en plus ils me disent « y a-t-il moyen de s’occuper de la fille qui est inanimée dans la petite voiture », ils étaient vraiment perdus, tous……Hop : le portable, le 18, et la petite voiture écrabouillée, mais une fille est au volant. La voiture est à cheval sur la BAU et la voie de droite, et il reste pas mal de mètres pour que les pompiers puissent passer plus que facilement. Les autres occupants et concernés s’affairent à la circulation. Je me penche à la fenêtre de la petite voiture coté conducteur, « Madame... madame... » Pas de réponse. Et au moment où je fais pour m’éloigner, TAC !!! Une petite main s’accroche à la mienne qui est appuyée sur le rebord de la vitre ouverte. « Partez pas, ne me laissez pas, s’il vous plait... » me dit une petite voix faible. Les SP arrivent à ce moment là. Mais là le problème survient rapidement : La paroi du camion de pompier qui avait très largement la place de passer s’est mit à glisser le long de mon sac à dos et de mon dos, et à me serrer de plus en plus. Je dois avouer que j’avais mon outil de travail dans mon sac à dos (vous me comprendrez sur le terme). Serré au point que j’ai vu ma dernière heure arrivée, ou plutôt ma dernière seconde. L’enculé de pomplart….. Ouf ça passe, pourvu que l’outil n’ait rien. Putain ce j’ai balisé !!! Arrivent d’autres vh de pompiers et de la maison. Vu l’importance de l’accident, j’ai préféré ne pas les déranger dans leur travail, j’ai été entendu par la suite en tant que témoin par la BADR. Et après ch’tite enquête de ma part et bien sur un contact pris avec le conducteur quelques jours après, il s’avère que : --« Tiens encore un branleur qui fait son malin, je vais lui faire voir qu’il n’a rien à foutre là… !!! »--.Moralité : Sans faire d'un cas une généralité, mon regard à bien changé sur les pompiers, qui sont comme nous d’ailleurs, sensés  sauver des vies. Parce que là, il a quand même essayé de me rouler dessus. C'est loin de l'image de la jeune journaliste, nous on est conscient de cette réalité de terrain.Pardon d'avoir été long. @+.

Ptiga 09/03/2009 10:46

Le commentaire n° 5 posté par Alex le 06/11/2008 à 17h00 m'a particulièrement fait marrer....ah oui alors, ce qu'il m'a fait rire cet Alex, bon sang.......

"Sans la police,
tout le monde tuerait tout le monde et il n'y aurait plus de guerre."

Henri Jeanson, pataphysicien

« Le Flic de Bénédicte Desforges séduit avant tout par sa sensibilité à fleur de peau, sa révolte et sa tendresse. »
Lire
« La révélation du printemps »
Le Nouvel Observateur
« Avec sa fougue guerrière, sa rectitude et sa grande gueule, on irait bien au feu avec elle. »
Les Inrockuptibles

Police Mon Amour

« B.Desforges [...] récidive avec Police Mon Amour, dévoilant le quotidien des flics de base. Au fait, qu'en pense son ministre de tutelle, Brice Hortefeux ? »
France-Soir février 2010
chronique du livre [lire]
par Philippe Sage
« B.Desforges a osé écrire tout ce qu'on n'ose pas dire dans la police... »
France inter
« Chroniques poignantes. Une femme flic qui raconte magnifiquement, et dans un style époustouflant, son quotidien. On est happé. »  Biba

FLIC-BD

Mis en images par Séra, Flic est une adaptation en bande dessinée du livre éponyme de Bénédicte Desforges, publié en 2007 et immédiatement devenu un succès de librairie. Dans cette série de récits courts directement inspirés de son expérience et de son parcours de policier, elle brosse un saisissant portrait de ce métier complexe, en prise directe avec toutes les expressions, souvent contradictoires, de la condition humaine... note de Casterman [lire]

France info  Le livre du jour :

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